DISCUSSION
En résumé, nous sommes en présence d'un fait indéuiable : l’action corrective de la morphine à l'égard du mercure. Mais quant à la manière dont l’alcaloïde agit, nous ne savons rien. D'une part, l’examen histologique des foies et des reins ne nous a rien donné. Tantôt nous trouvions des lésions, tantôt nous n’en trouvions point. Cela dépendait du rapport qui existait au moment de l'expérience entre la dose de Hg, la dose de morphine et l’accoutumance que le sujet avait de l’alcaloïde à ce moment.
Lorsque la mort arrivait, c’est toujours que la dose de Hg avait été trop forte, eu égard à la dose de morphine employée, ou que celle-ci était trop forte eu égard à l’accoutumance du sujet, et, par conséquent, avait amené des désordres plus graves, en empêchant l’élimination biliaire du mercure.
Ensuite nous avons pensé que nous trouverions peutêtre une explication dans l’examen du sang.
L'expérience suivante fut instituée dans ce but.
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Exp. XXVIII. — Deuxlapins A et B recoivent chacun une dose de 0,007 par Kg de HgCl°. De plus, B recoit 0,005 de chlorhydrate de morphine. |
Le lendemain une prise de sang est faite à chaque lapin et une goutte placée sous le microscope. Le sang de B comme celui de À contient un certain nombre de globules crénelés, c'est-à-dire en état de destruction par le poison mercurique.
Ce n'est donc pas en empêchant la destruction globulaire que la morphine agit sur le mercure.
Il ne nous reste qu’une hypothèse qui expliquerait le rôle des opiacés.
D’une part, Roger a reconnu que le foie devient incapable d’agir sur les poisons, quand son parenchyme cesse de contenir du glycogène et qu’il y résiste d'autant mieux qu’il contient plus de glycogène.
D'autre part, Lépine cite des expériences de Richter, d’où il résulte que « le foie des animaux soumis à l’action de l’opium contient plus de glycogène que celui des animaux témoins ; l’opium et la morphine mettent done obstacle à la production du sucre. »
Ce serait donc en accumulant le glycogène dans le parenchyme hépathique et en exaltant par là les propriétés antitoxiques du foie que la morphine et l’opium agiraient,
Mais cette explication ne fait que reculer le problème et il y aurait une source intéressante de recherches dans
le mode d’action de la cellule hépatique glycogénée sur le
mercure et sur ses sels.