INTRODUCTION
Tous les médecins ayant exercé à la campagne ou dans des milieux peu éclairés savent qu’il ne suffit pas de guérir pour acquérir la renommée, et que, souvent, la réputation d'un praticien provient de sa manière de formuler.
Les paysans en effet ont le respect des longues ordonnances et des drogues compliquées et ne peuvent pas arriver à comprendre qu’un demi-gramme d’une poudre blanche puisse faire autant et plus d'effet que trois ou quatre verres d’une potion bien noire et bien mauvaise à avaler. En cela ils ont conservé les goûts et les traditions de nos ancêtres.
L°s anciens médecins et les anciens apothicaires aimaient les formules longues d’une page, les électuaires, les panacées, les thériaques qu’il fallait des mois pour préparer.
Il faut reconnaitre pourtant que l’amour des mélanges n’était pas leur seul mobile et que chaque substance était ordonnée avec intention, Ils avaient remarqué, en effet,
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que l'association dans une même formule de deux ou plusieurs médicaments simples ne produisaient pas les mêmes effets que si chacun d’eux avait été pris isolément. Exagérant cette vue, ils se plaisaient à réunir dans certaines drogues des masses de substances. Mais si dans leur esprit un certain nombre d'éléments devaient venir en aide aux différentes parties de l'organisme atteint, ils en ajoutaient aussi d’autres pour corriger ce que les premiers pouvaient avoir de nuisible.
L'école moderne a changé tout cela et réagi en sens contraire. Avec la découverte des alcaloïdes et des substances chimiques pures, elle a cru trouver pour ainsi dire la quintessence des drogues et s’est mise à les administrer dans toute leur simplicité.
Cependant il est nombre de substances qui n’agissent pas de même si on les ordonne seules ou associées avec d’autres. Il en est même qui prennent par leur mélange avec une autre des propriétés toutes nouvelles comme par exemple la poudre de Dower,mariage de l’opium et ipéca.
Si l’on faisait des expériences comparatives avec des substances simples et avec des médicaments composés, dont la composition serait basée sur une idée théorique ou sur un résultat pratique, on reconnaîtrait peut-être alors que certaines substances médicamenteuses ne développent complètement leur action pharmaco-dynamique qu'autant qu’on leur en associe d’autres. C’est ainsi que ce qui paraîtrait une bévue chimique pourrait souvent ne pas être une bévue thérapeutique. Il se pourrait même qu’on arrivât à trouver des règles pour former certaines combinaisons de substances médicamenteuses qui en assureraient ou augmenteraient l’action.
Cest une partie de ce vaste champ d'expérience que. nous avons voulu explorer,nouscantonnant dans l’étude de l’action de l’opium et particulièrement de la morphine sur la toxicité du mercure.
Dés longtemps on associait l’opium à de nombreuses substances toxiques et Eisenmann disait que « tous les remèdes héroïques gagnent en vertu curative et perdent de leurs propriétés toxiques lorsqu'on leur associe un peu d’opium ».
Pour nulle substance cette action corrective ne s'exerce aussi manifestement qu’à l’égard du mercure. Aussi, parmi les vieilles recèttes de pilules et potions mercurielles, trouvons-nous souvent l’opium associé à différents sels mercuriaux. Les raisons que les auteurs en donnent sont bizarres. L’un (Cadet de Gassicourt) nous dit que « la vertu cocrcitive et fortifiante du suc de pavot agissant sur l’esprit volatil du demi-métal empêche celui-ci de se fixer sur les parois du ventricule et par là même empêche son action nuisible ».
Moscati qui, dans ses pilules longtempscélèbres, associait un oxyde de mercure à l’opium et au quinquina, n’observait jamais d’accident mais, dit-il « si le sujet est faible et qu’il eût souffert auparavant de ptyalisme, je restreins la prescription à un seul scrupule d'oxyde de mercure, une demi-once d'extrait d’écorce du Pérou et j'ajoute douze grains d’opium pour restreindre encore l’âcreté du mercure.
Nous trouvons dans la pharmacopée quantité de formules où cette association est réalisée.
A la fin du siècle dernier, au moment de la grande réaction contre le mercure, quelques auteurs se sont
occupés de la question. Gouecou (1798) publie un mémoire sur l'usage de l’opium «considéré comme auxiliaire du mercure dans le traitement des maladies vénériennes ».
Nous n'avons pu nous procurer le travail de Gouecou .
devenu rarissime, mais en 1803, le D' Senné publie, dans le Journal de médecine, chirurgie et pharmacie (germinal, an XI), l'observation suivante sur les bons effets de l’opium contre les accidents occasionnés par le mercure.
« Le canton dans lequel je fais de la médecine est bordé à l’ouest par l'Océan, au sud par la rivière de Seudre et par une grande et belle saline, et au nord par un vaste marais connu sous le nom de marais du Brouage qui, autrefois, était aussi une saline immense, mais qui, maintenant, ue représente plus qu'un terrain inégalement entre coupé où séjournent et s’altérent les eaux pluviales. « On y observe les maladies qu'éprouventpartout, chaque année, vers le milieu de l’été et de l'automne, les hommes qui habitent les pays bas et marécageux; je veux dire les fièvres intermittentes, rémittentes et continues rémittentes. L’atmosphère dans laquelle nous vivons pèche constamment par excès d'humidité; aussi avons-nous la fibre lâche, le sang sans consistance et ayant une extrême tendance à la dissolution scorbutique. D’après cet exposé, on jugera facilement que le mercure et ses préparations doivent être bannis de notre matière médicale, leur usage étant toujours suivi d'accidents graves et infiniment désagréables.
« Privé d’avoir recours à ce moyen curatif dans beaucoup de circonstances, où cependant on aurait à se promettre du succès de son emploi, je lus avec infiniment d'intérêt