‹ Recherches expérimentales sur l'application extérieure de al vapeur pour échauffer l'eau dans la filature de la soieChapitre 6 sur 9 · IX · texte numérisé non relu

IX

Quoique ces deux méthodes prises séparément offrent plus d’avantages que tontes celles qui avaient été antérieurement employées , il existe cependant , en Lombardie et en Piémont., un nombre considérable de filatures où l'on emploie la simple action du feu , en

comparaison du nombre de celles où l’on fait usage de la vapeur; celles-ci meme sont tout-àfait négligées et presque inconnues dans les provinces méridionales de l’Italie.

Parmi les nombreux avantages qui donnent aux filatures à la vapeur la supériorité sur celles où l’on fait usage des fourneaux ordinaires, on peut spécialement remarquer les suivans :

i°. Quelque considérables que soient les frais des filatures à la vapeur, par rapport aux chaudières, aux tubes et aux robinets, cependant, d’après les calculs de M. le comte Porro, ils n’excèdent pas ceux des filatures anciennes. Cela tient à ce que, dans les nouvelles, on économise et les fourneaux, et les ustensiles de fer qui en dépendent, et de plus une main-d’œuvre au moins par chaque moulin à soie.

2°. Il résulte des mêmes calculs que, dans les filatures à la vapeur, la consommation du combustible est diminuée des deux tiers et même des cinq sixièmes; par la raison que, dans les anciens fourneaux, il fallait employer du bois choisi et fendu en petits morceaux, tandis que dans le procédé à la vapeur, peu importent la forme et la qualité du combustible. M. le comte Porro, en substituant dans sa manufacture, au chêne qui ne donnait que peu de cendre, le bois de châtaignier, amis a profit le produit du charbon

qui a été d’un boisseau milanais ( stajo ) pour 5oo livres de bois.

3°. Par le procédé à la vapeur, on peut, ce qui est impossible dans le procédé ordinaire, régler la température et la maintenir à un état constant; cela dépend de celui qui gouverne le fourneau. Cette uniformité de température contribue à détacher des cocons les fils de soie avec égalité, et d’une manière uniforme. Ajoutons à tout ceci que les chaudières ne sont pas altérées par l’action directe du feu, que le produit du travail journalier en est plus parfait, que la filature est plus aérée et plus saine, et que les principaux instrumens pouvant être transportés, lorsque les travaux de la filature sont terminés, le local peut être consacré à d’autres occupations d économie rurale.

4°. J’ai dit que dans les filatures à la vapeur le local pouvait être plus resserré, d’où il suit que les directeurs auront plus de facilité pour surveiller les ouvrières, et que celles-ci ne devant en aucune occasion mettre la main aux fourneaux, au bois, aux cendres, ne pourront jamais altérer une matière aussi précieuse et aussi délicate que la soie. Quant à celles qui sont chargées de tourner les moulins des filatures, n’étant point distraites par le soin de l’entretien des fourneaux , elles pourront en mettre davan-

tage à nettoyer et à étendre îa bourre de soie vulgairement appelée strusci, qui est un des produits les plus importa ns d’une filature.

5°. On n’aura point à craindre que des vents impétueux, des orages violens n’empêchent la fumée de s’élever librement dans les petites cheminées des fourneaux, et ne forcent à suspendre quelque temps le travail , sous peine de voir la soie altérée par la fumée. Ces inconvéniens ne sauraient exister dans le procédé à la vapeur, où il n’est besoin que d’un seul fourneau, dans lequel la fumée est soulevée, quelles que soient les circonstances, par une masse puissante de calorique. La cheminée peut même, à la rigueur, être tout-à-fait séparée du lieu de la manufacture, et alors tout sera parfaitement à l’abri de son influence.

6°. Les ouvrières se trouvant , au détriment de leur santé, exposées, pendant les chaleurs de l’été, à une atmosphère échauffée encore par le calorique des fourneaux, deviennent faibles et incapables de supporter la fatigue des travaux de la manufacture. C’est encore un inconvénient qui n’existe pas dans les nouvelles manufactures,

H’est-il pas étonnant que, malgré tant d’avantages remarquables qu’offre le nouveau procédé,

beaucoup de provinces de l’Italie, riches en manufactures de soie, s’obstinent encore à faire usage de l’ancienne méthode? Ce motif m’a engagé à interroger plusieurs fabricans sur les raisons qui les empêchaient d’adopter une amélioration si importante. Ils me firent aussitôt remarquer la différence notable qui existe entre les soies du Piémont et delà Lombardie , et celles de l’Italie méridionale, et notamment de l’Etat ecclésiastique. Les premières ont un tissu dont le ciment est facilement soluble dans l’eau à 60 ou 66 degrés de Réaumur; les autres offrent un ciment si glutineux et si solide que, pour en obtenir la dissolution, il ne huit pas moins, disentils, qu’une température de 80 degrés. Ils ajoutent ensuite qu’il arrive souvent, pendant les travaux de la manufacture , des journées froides , où le torrent de vapeur passe au travers de l’eau des capsules sans pouvoir lui communiquer la chaleur nécessaire. Alors, effrayés du danger de voir interrompre les travaux commencés, ils aiment mieux s’en tenir aux fourneaux ordinaires, au moyen desquels il leur est toujours permis de faire varier à leur gré la température de l’eau, et de la porter en toutes saisons jusqu’à l’ébullition.

Quant à moi , tout en convenant que la quâ* lité des soies de l’État du Pape puisse exiger Une température plus élevée, je ne puis me persuader qu’il soit nécessaire de la porter jusqu’à l’ébullition, qui ne permettrait certainement pas aux ouvrières d’exécuter les opérations propres à la filature. Lors même, d’ailleurs, que le procédé deGensoul aurait quelque obstacle . à éprou^ ver du froid de l’atmosphère dans certains jours, celui que je propose serait tout-à^fait à l’abri d’un semblable inconvénient: car l’action de la vapeur étant isolée du contact de l’atmosphère, le calorique répandu dans l’eau se trouve, toutes choses égales d’ailleurs, exposé à une perte beau» coup moins considérable. Toutefois faut-il observer que le voisinage des Apennins, dans les provinces de Bologne et de la Romagne, où sont situés les principaux établissemens de filature , occasionne dans l’atmosphère des variations fréquentes et inattendues, desquelles il résulte des anomalies, qui peuvent assurément troubler la marche régulière d’une filature à la Vapeur.

En généra] , le prix du combustible et la manière plus ou moins facile dont la filature s’exé-

cute, peuvent exercer une grande influence sur le choix d’un de ces procédés^ plutôt que de l’autre. Dans les pays où le bois est cher, et où une température d’environ 60 degrés est suffisante pour la filature, comme cela a lieu dans la Lombardie et dans le Piémont , le procédé à la vapeur offrira toujours plus d’avantage, et d’autant plus que l’industrie saura mieux le mettre à profit. Si , au moyen de quelque préparation saline , on est parvenu à filer la soie à froid (E\ en bannissant toute dépense de combustible, pourquoi l’action si peu dispendieuse de la vapeur ne serait-elle pas employée à préparer les cocons à la filature , qui deviendrait plus prompte en proportion de la solution opérée dans les fibres meme, et qui pourrait se faire à une température plus basse, avec une grande économie de combustible? Pourquoi, au lieu des étuves communes, n’admettrait-on pas plus généralement la coutume déjà adoptée par quelques-uns, de faire mourir les vers des cocons par ce moyen de la vapeur? Pourquoi enfin la vapeur elle-même, appliquée si merveilleusement de nos jours à mouvoir tant de machines diverses, ne deviendrait-elle pas aussi le moteur des moulins qui servent à dévider la soie ?

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