‹ Recherches Expérimentales sur l'Élimination de l'Alcool dans l'Organisme: Détermination d'un « alcoolisme congénital »Chapitre 12 sur 37 · DISCUSSION DE LA MÉTHODE EMPLOYÉE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE LA MÉTHODE EMPLOYÉE

Avant de tenir pour définitivement acquis les résultats numériques des expériences qui vont suivre (Chapitres 11, 1v, v) et résumées dans les tableaux des pages 41, 52, 53, 61, il y à lieu de faire l'étude critique:

1° De la méthode expérimentale ;

2° De la précision qu’elle comporte.

1° Critique de la méthode.

Je résume cette méthode en deux mots: distillation dans l'appareil de M. le Professeur Gréhant; dosage de l'alcool dans le liquide distillé par mon procédé.

De la distillation, rien à dire ; l'appareil à distillation dans le vide à 50° (sans par conséquent jamais provoquer la destruction des matières organiques) permet d'obtenir la totalité de l'alcool. Condensation et distillation sont parfaites. Qu’on ajoute de très petites quantités d'alcool à des liquides organiques ne renfermant pas trace de ce principe, et même à du sable fin, on les retrouve intégralement.

Du dosage de lalcool dans les liquides distillés par mon procédé, au contraire, un certain nombre d’objections et des plus sérieuses se posent immédiatement. I nous faut les discuter, les réfuter si besoin est.

1" OnsecrioN. — L'alcool existe-t-il normalement dans l'organisme ? Cette question ayant préoccupé un certain nombre d'auteurs, il me fallait la discuter.

Hudson Fort (4) conclut de ses expériences que le sang, le

(1) Schmidt s Jahresbericht, Bd 112, p.148, 1861.

nt le

foie frais ou putréfié, donne par distillation un liquide présentant les réactions de l'alcool. Cet alcool se forme, d’après lui, continuellement dans l'organisme, s'oxyde dans les pou- ‘mons en acide carbonique et en eau.

À. Béchamp (1), dans son travail € sur la fermentation alcoolique et spontanée du foie et sur l’alcool physiologique de l'urine humaine », caractérise dans l’urine normale une quantité suflisante d'alcool pour pouvoir l’enflammer. Ceci nous parait d’ailleurs extraordinaire.

Une année plus tard (2), il signale ce corps comme contenu normalement dans le lait de vache ; il donne, d’ailleurs, quelques chiffres variant entre 1/5.000 et 4/50.000.

.J. Béchamp (3), dans un long mémoire € sur la présence de l’alcool dans les tissus animaux pendant la vie et après la mort dans les cas de putréfaction au point de vue physiologique et chimique », conclut à la présence de l'alcool dans les tissus même vivants, donne quelques expériences, mais un seul dosage, 50 centimètres cubes d’alcool à 4 0/0 pour 1.340 grammes de foie, soit une proportion de 4 cent. cube pour 2.680 grammes, proportion énorme.

Rajewski (4) obtient, par distillation du cerveau et du foie de beaucoup d'animaux n'ayant jamais consommé d’alcool, un liquide donnant la réaction de Lieben (formation d’iodoforme par l’action de l’iodure de potassium en milieu alcalin). I trouve, chose extraordinaire, que l'absorption de l’alcool n’a aucune influence sur l'intensité de la réaction iodoformique.

Albertoni (5), auteur qui, à mon avis, se rapproche certainement le plus de la vérité, signale que le produit recuifié de la distillation des viscères frais où putréfiés d'hommes ou

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXV, p. 1830, 1872.

(2) Ibid. t. LXXNI, p. 836, 1873.

(3) lbid., t LXXXIX, p. 513, 1879, et Annales de chimie et de physique, 5e série, t. XIX, p. 400, 1880.

(4) Razmwskr. — Ueber das Vorkommen von Alkohol im Organismus. Pflüger's Archiv, Bd XI, p. 122, 1875.

(5) ALB&RTONI. — Sur la formation et la transformation de l’alcool dans l’orga-

nisme. Académie des sciences de Bologne,24 avril 1887,traduit et publié dans le Jour. nal dela Sociélé royale des sciences médicales el naturelles de Bruxelles, 1887,

d'animaux donne presque toujours une réaction iodoformique prompte et prononcée, quelquefois intense, sans qu’il soit besoin de chauffer (il faut chauffer un peu pour effectuer la réaction avec l’alcool), mais il considère la formation de Palcool dans les tissus vivants ou en état de putréfaction comme un fait rare et exceptionnel, et conclut que, si l’on obtient la réaction de Lieben avec les liquides distillés, il ne faut pas pour cela l’attribuer à l'alcool, pas plus qu’à l’acétone ou à l’aldéhyde.

De plus, et à un autre point de vue, il lui a été possible, après avoir donné une dose enivrante d'alcool à des animaux, de démontrer la présence de l’alcool dans l'air expiré et dans les urines; de l’aldéhyde, jamais.

L'indication de ces travaux montre que l’opinion des auteurs sur la présence de Palcoo!l dans les tissus à l’état normal est très partagée. J'ai abordé seulement par un point cette question délicate à résoudre d’une façon définitive en raison des traces infinitésimales de cet alcool normal, s’il existe.

Examinons done rapidement si les liquides: sang, lait, ou tissus: foie, renferment à l’état normal de l’alcool, comme cela avait été signalé, ou d’autres substances réductrices susceptibles de réduire le bichromate en présence d'acide sulfurique.

Voici les expériences :

Expérience I. — Lait de vache. Pris 500 ce. Distillé 420. Ces 120 cc. sont distillés, volume : 40 cc. On distille finalement ces 40 cc., volume : 42,2. Bichromate à 9 gr. 5 par litre : 0,2.

Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool — 12,25 0,2: "2000 —10kcc. 0012:

ROPO FAO :

a 500 500.000 400.000 "0 Expérience II. — Lait de femme à jeun (non soumise au régime

lacté). Pris 100 ce. Distillatum après deux distillations : 40 cc. 3. Bichromate à 9 gr. 5 par litre : 0 ce. 1, reste jaune. Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool : néant.

Expérience TT. — Lait de femme à jeun (soumise au régime lacté).

pe

Pris 85 cc. Distillatum après deux distillations : 6 ec. 8. Bichromate à 9 gr. 5 par litre ; avec 0 ce. 1, est peut-être légèrement réduit.

Substances réductrices comptées en alcool : néant ou inférieures à 1/500.000.

Expérience IV. — Sang fœtal. — On recueille dans 2 cc. oxalate d'ammoniaque à 1 0/0. On distille 5 minutes après. Volume du sang, 40. Distillatum après deux distillations, 5 cc. 9. Bichromate à 9 gr. 6 par litre : 0,15.

Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool :

5,9 x 0,15 5000 7 0,00045. Proportion 100.000 © Viron.

Expérience V.— Fœtus haché. Cobaye femelle sacrifié par section de Ja tête. Fœtus extraits, 3. On les hache. Poids, 50 grammes. On les introduit dans le ballon A. (Voir page 101.)

Distillatum après deux distillations : 5,1.

Bichromate à 9 gr. 5 par litre : 0,2. \

Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool — 5,1 X 0,2 : 2000 — 0,00051.

Proportion = environ.

Expérience VI. — Foie haché. Cette même cobaye femelle. Poids du foie, 14 gr.

Distillatum, 5 ce. 9.

Bichromate à 9 gr. 5 par litre : 0,1.

Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool — 5,9 X 0,1 : 2000 — 0,0003.

Proportion — environ.

Expérience VII. — Urine humaine. Émission d'urine par trois femmes soumises à un régime alimentaire sans vin depuis trois, six ou neuf jours. On mélange les urines, On en prend 500 cc. Deux minutes se sont écoulées entre l'émission et l’introduction dans le ballon. On distille, volume : 120 cc. On distille ces 120 cc., volume : 30 ce. On distille ces 30 cc., volume : 7 cc. 9.

Bichromate à 9 gr. 5 par litre : 0,15.

Substances réductrices, alcool ou autres, comptées en alcool — 0,45 X 7,9 : 2000 — 0,0006.

D te 0006 Propor ton — 500 == 800.000”

Expérience VIII. — Urine humaine. Expérience faite dans les mêmes

conditions sur 500 cc. Proportion : 1/560.000.

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