‹ Recherches Expérimentales sur l'Élimination de l'Alcool dans l'Organisme: Détermination d'un « alcoolisme congénital »Chapitre 5 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

! Toutes choses égales d'ailleurs, les progrès d'une science expérimentale sont intimement liés à la perfection des méthodes de recherches.

L'idée première de ce travail est déjà lointaine. Elle appartient tout entière à mon maître, M. Le professeur Gréhant. On me permettra d'en rappeler l’origine.

En 1894-1895 (1), reprenant des expériences anciennes faites en collaboration avec feu Quinquaud, M. Gréhant cherchait à déterminer la quantité d'alcool dans le sang après injection intra-vasculaire, se proposant de fixer les conditions de lélimination. L'animal en expérience recevait par la veine saphène de l'alcool à 25 0/0; des prises de sang étaient faites d'heure en heure. Après distillation dans le vide à l'aide de l'appareil que nous décrirons p. 43, on prenait la densité du distillatum par la méthode du flacon; on pouvait avoir ainsi une idée de la teneur en alcool.

Voici les résultats d’une expérience. L'animal avait reçu environ 4 centimètres cubes d'alcool absolu par kilogramme.

L'alcool était en solution à 20 0/0.

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Les variations étaient, comme on le voit, fort petites.

(1) J'étais alors absent du laboratoire pour raison de force majeure.

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En mai 1896, les expériences furent reprises, mais Pévaluation de la densité par la méthode du flacon pour la détermination de l'alcool étant évidemment insuffisante. lorsqu'il s’agit de traces, il fallait tout d’abord être en possession d'une méthode de dosages de petites quantités de ce liquide. M. le professeur Gréhant me demanda de chercher dans cette voie.

La recherche qualitative de l'alcool, même de traces, ne présentait aucune difficulté; les réactions sont nombreuses, pour ne pas dire classiques : stries à la distillation, variation de la tension de vapeur, réaction de l'iodoforme en milieu alcalin, réduction du bichromate en présence d'acide sulfurique.

En ce qui concerne la détermination quantitative de traces d'alcool, la littérature était muette ou à peu près. Une méthode physique, méthode du compte-goutte du professeur Duclaux, donne des résullats satisfaisants à partir de 0 ce. 5 p. 0/0; au voisinage de 4 p. 0/00, les résultats sont douteux. De méthodes chimiques, il n’était aucunement question.

M. le professeur Gréhant, momentanément éloigné du laboratoire, me fit alors faire quelques essais : la combustion de l'alcool et Ia détermination de l'acide carbonique produit furent l'objet d’un certain nombre d'expériences très délicates dont les résultats furent peu encourageants; et finalement, après ces recherches infructueuses, dont je lui faisais part chaque jour, il me pria d'étudier à nouveau, au point de vue du dosage, la réaction si sensible que fournit l'alcool oxydé par le bichromate en présence d'acide sulfurique.

Je répétai alors cette réaction, sous toutes ses formes, en liqueur riche en bichromate, pauvre en bichromate, jusqu’au Jour où j'aperçus une différence de teinte très nette, vert bleu

el vert jaune, entre deux tubes à essai renfermant la même

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quantité d'alcool et d'acide sulfurique, le bichromate seul étant en très petit excès pour le tube vert jaune.

Quelques jours après, utilisant ce « virage » que j'avais si heureusement aperçu, j'étais en possession d’une méthode de dosage volumétrique quantitative de petites quantités d'alcool.

Dès lors, les expériences se multiplièrent et, en juillet 1896, M. Gréhant publiait sa première note sur le dosage de l'alcool dans le sang. À la même époque, je faisais paraître mon procédé dans les Comptes rendus de la Société de biologie.

Depuis, et ce travail en est la preuve évidente, les applications se firent encore plus nombreuses, confirmant ainsi la pensée placée en tête de cette introduction.

Le présent travail a pour but l'étude du passage de l’alcool ingéré (1) dans les principales humeurs, sécrétions et excrétions de l'organisme, ainsi que le passage de l'alcool à travers le placenta.

Le dosage de lalcoo! dans le sang, qui constitue la base de tout ce travail, a 6t6 étudié complètement par M. le professeur Gréhant; il me suffira, sur ce point, de résumer les travaux de mon maitre.

De mon côté, j'ai poussé à fond, en raison de son importance au point de vue pathologique et pathogénique, l'étude expérimentale du passage de l’alcoolde la mère au fœtus; j'ai donné aussi un grand développement au passage de lalcool dans le lait, les recherches expérimentales faites jusqu'à ce jour par les auteurs ayant donné des résultats variables, voire négatifs, pour de pelites quantités d'alcool introduites dans le tube digestif.

Je mesuis beaucoup moins étendu sur les autres liquides de l'organisme; la variation des doses d'alcool ingéré n'avait

(1) L'alcool a été introduit dans l'estomac au moyen d'une sonde œsophagienne sous forme d’alcool à 1030. Il n’a jamais été fait d'exception à cette règle,

1 ARE plus, comme pour les deux questions précédentes, la même importance, et le fait du passage une fois acquis, la multiplicalion des expériences, sous ce rapport, ne présentait qu'un intérêt d'un tout autre ordre.

J'ai laissé de côté les liquides pathologiques, ne voulant pas accroître outre mesure les limites de ce travail.

En fin de compte, ce travail pourra être divisé en cinq grandes parties. ;

Dans un premier chapitre, j'exposerai ma méthode de dosage de petites quantités d'alcool, j'indiquerai la technique expérimentale en vue de la séparation de ce principe des liquides ou tissus de l'organisme et de son dosage.

Dans un deuxième chapitre, je discuterai la méthode employée, spécialement au point de vue chimique, et lexactitude des résultats qu'elle fournit.

Dans un troisième chapitre, j étudierai le dosage de Palcool dans les humeurs : sang etlymphe; dansles sécrétions digeslives : salive, liquide pancréatique, bile; dans Les excrétions : urine ; dans les sérosités : liquide amniotique, liquide céphalo-rachidien.

Dans un quatrième chapitre, je trailerai la question du passage de l'alcool dans le lait.

Le passage de l’alcool de la mère au fœtus et la déterminalion d’un « alcoolisme congénilal » fera l’objet du cinquième

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