‹ Recherches Experimentales Sur l'Élimination intestinale des médicamentsChapitre 14 sur 39 · AS ER · texte numérisé non relu

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ale est tuméfiée dans son ensemble et surtout au niveau des follicules clos et des plaques de Peyer : dans le gros intestin la couche épithéliale est absente et le chorion est infiltré de leucocytes.

Les mêmes troubles se produisent après intoxication par le bismuth. Dans l'observation de Savariaud, citée par Ribadeau-Dumas et Harvier, un jeune garçon atteint de fistule tuberculeuse soignée par la méthode de Beck (injection dans le trajet fistulaire de pâte bismuthée) présenta peu d'heures après l'intervention une entérite ulcéreusc.

Ces quelques preuves cliniques paraissent démontrer la réalité de lélimination intestinale. Mais, dira-t-on, il s’agit dans la plupart des cas d’« intoxication » et non pas d'absorption d’une dose médicamenteuse. À cela nous répondrons : tous les médicaments sont en définitive des poisons ; ils n’en diffèrent que par l'intensité moins grande de leur action. Les préparations dont nous faisons usage n’agissent réellement qu’à cause de leurs propriétés toxiques qui apportent un trouble étranger à l’économie. Ou si l’on veut, on peut dire que l'absorption d’une dose médicamenteuse est une intoxication physiologique, un empoisonnement normal, tandis qu’une intoxication n’est qu’une action médicamenteuse anormale, pathologique.

De cette courte étude résumée, ressort, croyons-nous, ce fait que la plupart des infections ou des intoxications peuvent s’accompagner de manifestations intestinales. L’intestin peut être lésé primitivement, mais le plus souvent il ne l'est que secondairement, et logiquement on peut se demander si cette atteinte si fréquente n’est pas liée à sa fonction d'élimination, méconnue par la plupart, entrevue par quelques-uns.

Voilà ce que nous enseigne la clinique : elle nous sugsère l'hypothèse de l'élimination intestinale de certains médicaments introduits dans l’organisme, car il demeure bien entendu que l’expérimentation seule peut nous apporter

AO ‘ia certitude, toutes causes pouvant provoquer une erreur étant écartées par une méthode rigoureuse.

Or, bien peu d’auteurs ont mis en lumière expérimentalement la fonction éliminatrice de la muqueuse intestinale, Parmi eux, Charles Richet fils a particulièrement bien étudié la question. Il a poursuivi un certain nombre de recherches expérimentales sur divers animaux en vue d’élucider différents points intéressants de l'élimination microbienne intestinale. Il a donné à ce phénomène le nom de dienteropédèse bactérienne (paidô, je passe -— dia, au travers — enteron, intestin).

Ainsi il a constaté que si dans les septicémies humaines lélimination microbienne, parfois évidente, est pour des raisons de technique souvent délicate à mettre en lumière, par contre dans les septicémies expérimentales, elle est sinon constante du moins très fréquente. C’est ainsi qu’il a pu constater l’élimination par la muqueuse intestinale du streptocoque, du bacille d’Eberth, du bacille dysentérique, du pneumocoque, du pneumobacille, du pyocyanique, du bacille de Koch.

De ses études sur l’élimination des toxines microbiennes, difficile à prouver expérimentalement, il semble résulter cependant que les toxines tétanique, diphtérique, colibacillaire et dysentérique, la plupart des hétéro-albumines s’éliminent par l'intestin.

Mais l'intestin n’élimine pas seulement les microbes et les toxines, il élimine également les toxiques.

Nous avons vu que la plupart des auteurs admettent que les substances solubles s’éliminent par l’urine ; les insolubles au contraire s’élimineraient par l'intestin, le rein et le tube digestif étant considérés comme les deux grands émonctoires de l’organisme.

Or, il nous semble que la majorité des auteurs s’appuient sur une tradition classique plutôt que sur des faits expérimentaux précis. Aussi avons-nous cru bon de rapporter les travaux et les opinions des principaux expéri-

Et:

mentateurs touchant cette question. Nous les exposerons impartialement et nous les critiquerons ultérieurement, s’il y a lieu.

«Il y a, dit Lewin, des substances toxiques qui quelque soit leur mode d'introduction s’éliminent par la muqueuse stomacale ou intestinale, de sorte qu’on trouve, par exemple, de la morphine dans l’estomac quand celle-ci a été introduite sous la peau ; qu’on peut dépister le venin dans l'estomac après la morsure d’une vipère et que le mercure se trouve en abondance relative dans le gros intestin après âes frictions mercurielles. »

Au dire des auteurs, la plupart des métaux peuvent s'élminer en effet par le gros intestin. Le plomb absorbé par voie parentérale s’éliminerait surtout par les matières fécales. Meillère et Pettit, chez le chat, après injections intra-musculaires de sels de plomb (nitrate de plomb dans la masse sacro-lombaire), montrent que cette élimination fécale, sans être considérable, car la plus grande partie se fixe, n’est pas négligeable ; elle s’exagère quand les reins fonctionnent mal. J. Carles, par des expériences exposées plus loin en détail, semble démontrer élimination du plomb par la muqueuse intestinale et en explique le mécanisme.

L’élimination du cuivre serait, d’après les recherches de Lewin, comparable.

L’élimination arsenicale par l'intestin n’est pas non plus négligeable. Après les injections intra-musculaires d’arséno-benzol, elle se poursuit environ cinq ou six jours, tandis que l'élimination urinajre, du moins en quantité notable, ne persiste que deux à trois jours. D’après Fischer et Hoppe, elle serait pour une injection de 0 gr. 30 d’arsénobenzol, contenant 0 gr. 12 d’arsenic, de 0 gr. 0062 dans les matières fécales des trois premiers jours, contre 0 gr. 05 dans les urines. Simonot, expérimentant en vue de recherches toxicologiques, avec l'acide arsénieux et latoxyl, trouve une forte proportion du médicament injecté dans

les organes digestifs et l'intestin (muqueuse intestinale et matières fécales) (1).

Les expériences faites avec le mercure sont beaucoup plus intéressantes, car c’est à l'élimination mercurielle que les auteurs attribuent les accidents intestinaux parfois très graves observés au cours de lintoxication hydrargyrique. Les lésions sont identiques après ingestion ou après injection mercurielle, si bien qu’on peut se demander si, comme l’iodure de potassium ou le chlorate de potasse, absorbés par l'estomac et éliminés de nouveau dans le tube digestif par la parotide, les sels mercuriels absorbés par l'estomac ne sont pas éliminés par le côlon. C’est en effet au niveau du côlon, nous l'avons vu plus haut, que semblent être dans les deux modes d'intoxication, par ingestion et injection, les lésions maxima.

Harnack pour le manganèse ; Mendel, Lafayette et Sicker pour le baryum ; Good, Breton, Bruyant et Mézie pour le lithium ; Steinfeld pour le bismuth, ont affirmé l'élimination intestinale, partielle ou totale.

L’élimination du strontium admise par Mendel, Lafayette et Thacher, et niée par Breton, Bruyantet Mézie serait discutable, Ces derniers auteurs ont fait sur le cobaye une série d'expériences qui méritent d’être rapportées. Ils ont expérimenté tantôt sur le cobaye normal, tantôt sur le cobaye ayant subi la ligature du cholédoque. Les substances chimiques mises en expérience ont été les suivantes : bleu de méthylène, salicylate de sodium, iodure de sodium, chlorure de lithium, bromure de strontium, sulfate d’ammonium, antipyrine, e{ sulfocyanure d’ammonium. Les doses injectées dans la veine jugulaire ont varié suivant la toxi-

(1) Des recherches toutes récentes de L. Mathieu (de Nancy) sont en désaccord avec celles de Fischer et Hoppe. Comparant l'élimination urinaire et intestinale (fécale plus exactement) de l’arsenice des arsénobenzènes et des cacodylales, Mathieu conslate : pour les arsénobenzènes, une éliminalion urinaire minime el une élimination fécale importante ; pour les cacodylales, au contraire, une élimination urinaire importante el une élimination fécale infime.

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cité propre de chaque substance : les solutions étaient rendues isotoniques et les corps chimiques recherchés après des temps différents dans l'urine, la bile, et le contenu intestinal. Les expériences ont donné les résultats suivants : tous les produits injectés ont pu être décelés dans l'urine aux temps indiqués (de 15 minutes à 2 heures). Dans la bile, seuls le bleu de méthylène, l’iodure de sodium, le chlorure de lithium et le bromure de strontium furent retrouvés à l’état de traces. Enfin, dans le contenu intestinal des cobayes dont le cholédoque était ligaturé, une seule substance, le chlorure de lithium, put être mise en évidence. Chez les animaux non opérés dont la bile renfermait les corps énumérés ci-dessus, ceux-ci ont été naturellement retrouvés dans le segment de lintestin répondant à l’abouchement du cholédoque.

« Il en résulte, disent ces auteurs, que chez les cobayes sains, les substances chimiques injectées dans la circulation sanguine ne peuvent généralement pas être décelées dans le contenu intestinal par les procédés ordinaires de recherche et dans les limites de temps indiquées. La seule exception notée, celle du chlorure de lithium, peut aisément s'expliquer par l’extrême sensibilité de la méthode spectroscopique, On peut done en conclure que chez le cobaye sain, la voie biliaire ne joue qu’un très faible rôle et la voie intestinale un rôle d’importance encore plus négligeable, dans lPélimination des substances solubles introduites dans la circulation. »

Quant à Joseph Langer (de Gratz), il s’est demandé si réellement les substances introduites dans la circulation peuvent être évacuées par l'intestin et il a donné une preuve directe de cette élimination intestinale. Il introduit du sulfate de soude dans une anse isolée chez les lapins, puis injecte dans les veines des animaux diverses substances ; quelque temps après il les recherche dans le sang, dans l'urine et dans le contenu intestinal.

Le sel de Glauber ainsi administré aux lapins provo-

Or que dans l’anse isolée une sécrétion évaluable à trois ou six fois le volume de la solution saline introduite. Dans ces conditions, Langer retrouve dans cette sécrétion intestinale de l’antipyrine, de la curarine, de la toxine diphtérique, de l’albumine d’œuf, injectées dans le sang quelques heures auparavant, mais il ne parvient pas à déceler dans cette sécrétion le ferro-cyanure de potassium, l’acide phénique, l’argent colloïdal, inoculés également dans la circulation.

Ces expériences montrent qu’il y a une véritable sélection de la muqueuse intestinale qui, éliminant par exemple l’antipyrine, n’élimine pas l’argent colloïdal.

Duranthon, étudiant la salicylamide, concluait à l’élimination intestinale de ce médicament pour les raisons suivantes : dans une autopsie pratiquée sur un animal qui avait absorbé à jeûn une dose toxique de salicylamide, en même temps que de l'herbe, lintestin grêle fut trouvé complètement vide et l’estomac renfermait encore une quantité assez notable du mélange d'herbe et de salicylamide : rien n’était passé dans l'intestin, la résorption ne s'était opérée que dans l’estomac. Cependant cet intestin contenait un mucus donnant à l'analyse la réaction caractéristique des produits salicylés. Comme la salicylamide n’avait vraisemblablement pas dépassé le pylore, se séparant ainsi du reste du bol alimentaire, il est probable que la muqueuse intestinale avait joué là simplement le rôle d’organe d’élimination.

D’autre part, Maurel a insisté sur une preuve indirecte de cette élimination intestinale et a montré, dans une série de travaux particulièrement intéressants, combien fréquente était la diarrhée consécutive à l’injection intraveineuse de sublimé, d’arséniate de soude, de colchicine et de sels de baryum, combien elle était rare au contraire dans intoxication par voie digestive. Par la voie veineuse, la diarrhée est produite par des doses bien inférieures à celles qui sont nécessaires pour la provoquer par la voie gastrique. Comment expliquer ces résultats ? Si la diarrhée

n'était produite par la voie hypodermique et par la voie veineuse que par des doses supérieures à celles de la voie gastrique, on pourrait invoquer une action de contact sur la muqueuse intestinale au moment de labsorption du produit par cette muqueuse. Mais c’est le contraire qui se produit. I] faut des doses en moyenne dix fois plus fortes pour produire la diarrhée d’ingestion que pour provoquer ce que Maurel et Arnaud appellent une « diarrhée d’élimination », diarrhée par élimination de produits toxiques au niveau de la muqueuse intestinale.

Enfin, Ch. Richet fils a recherché l’élimination intestinale du glucose, du chlorure de sodium, de l’urée et du ferrocyanure de potassium. Il n'indique pas la technique employée dans son expérimentation, mais recherche ces produits dans les matières fécales.

Pour le ferrocyanure de potassium, il ne constate pas d'élimination intestinale, ni biliaire, mais seulement une élimination rénale.

Pour le glucose, le chlorure de sodium, et l’urée, produits normaux dans l’organisme, il pratique l’expérience en injectant ces corps à des chiens, à doses massives et par voie intra-veineuse, comme s’il s'agissait de médicaments. I compare l'élimination urinaire à l’élimination intestinale et obtient les résultats suivants :

Glucose : résultat total (3 chiens) :

Glucose fécal : 14 gr. 7.

Glucose urinaire : 39 gr. 6.

Autrement dit, si l'élimination urinaire est 3, l'élimination fécale est 1. Elle n’est donc point négligeable. Fe)

Nacl: avec du sérum physiologique, l’élimination a paru nulle. Avec des solutions concentrées à 5 %, les résultats ont été positifs. On constate que en additionnant les résultats obtenus, l’élimination intestinale de Nacl est de 6 gr., contre 25 gr. éliminés par l'urine, soit un rapport de un quart.

Re 7 Urée : Les résultats totaux obtenus ont été les suivants:

Elimination intestinale : 11 gr. 65. Elimination urinaire : 38 gr. 9.

Près de un quart de l'élimination totale se fait donc par la muqueuse intestinale.

Il faut remarquer d’ailleurs que cette fonction d’élimination de l’intestin s’exerce aussi et surtout pour les subs- {ances normales, en particulier pour la chaux et le fer qui résultent de la destruction de nos tissus.

La preuve directe en a élé donnée par l'analyse des fèces, mais comme on pouvait prétendre que ces éléments provenaient des ingesta, Honigmann en fournit la preuve indirecte en montrant qu'après extirpation de la moitié de l’iléon, la chaux et le fer étaient retenus en plus grande quantité dans l’organisme.

Pour Lœper.et Béchamp, l'élimination d'acide oxalique par le tube digestif est un phénomène physiologique : l'injection intra-veineuse ou sous-cutanée d'acide oxalique ou d’oxalate de soude est suivie d’une élimination gastro-intestinale massive d’oxalate qui déterminent des altérations sérieuses de la muqueuse. Cliniquement d’ailleurs, l’exagération de cette élimination caractérise la lithiase oxalique intestinale.

L'élimination du calcium se rapproche de cette élimination oxalique. D'après Lœper et Béchamp, cette élimination appartient surtout au gros intestin et particulièrement au rectum, dont les matières renferment jusqu’à deux fois plus de chaux que celles de l'intestin supérieur. Et de même les irritations de la muqueuse intestinale ont toutes pour conséquence une augmentation de l'élimination calcique.

Enfin, on est en droit de supposer que dans certains cas la muqueuse intestinale peut éliminer des pigments biliaires. Brulé, en effet (1), a constaté dans plusieurs cas

G) M. Bruzé, — Recherches récentes sur les ictères (3° édition, Masson éditeur).

= JÙ = dictère par rétention avec obstruction cholédocienne, qu’il y avait coloration des matières. Il semble que ce phénomène ne puisse s'expliquer que par élimination des pigments biliaires au niveau de la surface intestinale.

Voilà done une foule considérable de documents qui tendent à montrer de façon plus ou moins irréfutable la réalité de lPélimination intestinale. Nous les avons rangés en deux classes : les faits cliniques et les faits expérimeniaux. Les premiers, intéressants en eux-mêmes, n’ont qu’une valeur de probabilité : les seconds devraient avoir une valeur de certitude. En réalité, que faut-il en penser ? Les iravaux des divers auteurs que nous avons cités sont-ils à l’abri de toute critique ? Nous ne le croyons pas et nous allons donner les raisons des réserves que nous formulons.

Et d’abord, nous ne nous arrêterons pas à l’opinion des auteurs qui parlent de l'élimination intestinale de tel ou tel produit, simplement parce que d’autres l’ont dit avant eux, sans plus de preuves d’ailleurs.

Nous reprocherons ensuite à la plupart des auteurs ayant mentionné l'élimination intestinale, d’avoir confondu élimination intestinale et élimination fécale ; or, ce sont là deux choses très différentes. Sous prétexte qu’ils ont retrouvé, sous telle ou telle forme, le produit absorbé dans les matières fécales, ils en concluent à l'élimination par l'intestin. Dans certains cas, il s’agit de produits ingérés et il est bien évident qu’on ne saurait alors parler d’élimination intestinale ; car en admettant que les auteurs qui en parlent n’aient pas confondu le contenu avec le contenant, c’est-à-dire la muqueuse intestinale avec les matières fécales, même s'ils ont prélevé l'intestin et exécuté leurs recherches sur le viscère, nous croyons fort qu’ils risquent de confondre absorption et élimination. Tel produit absorbé par ingestion pourra se retrouver après un temps variable dans la muqueuse intestinale par des procédés appropriés ; mais qu'une muqueuse absorbe un médicament ou qu’elle l’élimine, cela ne se voit pas à l’analyse : dans lun et l’au-

M sn tre cas, on peut dire seulement qu’elle renferme le médicament.

D'autre part la majorité des auteurs, ayant injecté dans les veines ou dans une masse musculaire, chez un animal quelconque, un médicament donné, proclament l’élimination intestinale sous prétexte qu’ils ont retrouvé ce produit dans le contenu intestinal. En réalité leur affirmation nous paraît portée un peu à la légère. En effet, il ne faut pas oublier que dans l'intestin se déverse :

1° Le suc gastrique.

214, bille

3° Le suc pancréatique.

Or, qui nous dit que l’estomac n’envoie pas dans l'intestin, avec la sécrétion gastrique et aussi la sécrétion salivaire, une certaine quantité du produit injecté ? Qui nous dit que le foie ne l’élimine pas et ne le déverse pas avec la bile dans l’intestin ? Qui nous dit enfin que le pancréas n’est pas doué vis-à-vis du médicament d’un pouvoir d'élimination et que le suc pancréatique apporté dans le duodénum ne va pas fausser les résultats obtenus ?

La majorité des auteurs n’a pas envisagé ces facteurs de perturbation et d’inexactitude., Le fait d’injecter un médicament à un animal et de le retrouver dans les matières fécales suffit à les convaincre. C’est là une déduction imprudente et qui nous rappelle, mutatis mutandis, celle que fit Magendie en affirmant que le suc pancréatique est un Hiquide albumineux. Et il nous revient à la mémoire ces paroles du maître reconnaissant l’erreur qu’il avait commise : « Moi qui croyais, disait-il, ne jamais aller au-delà des résultats fournis par les sens, j’ai cependant encore dépassé les limites du fait brut dans mon expérience sur le suc pancréatique ; et c’est pour cela que je me suis trompé. En effet, je n'avais vu qu’une seule chose : c’est que le suc pancréatique coagule par la chaleur ; et au lieu d'exprimer simplement ce résultat, j’ai dit : le suc pancréatique est un liquide albumineux. Si je n'étais contenté de dire : le sue

pancréatique est un liquide coagulable par la chaleur, j’aurais été inattaquable. »

De même les auteurs auraient dû dire : «tel médicament s’élimine avec les matières fécales », et non pas: «tel médicament s’élimine par l'intestin »,

C’est ainsi par exemple que les recherches de Bellot pour lacide urique (1), de Lewin pour le mercure, de Meillère et Pettit pour le plomb, de Fischer et Hoppe, de Simonot, de Mathieu, pour l’arsenic, ne démontrent nullement l'élimination intestinale. Harnack, pour le manganèse, Mendel, Lafayette et Sicker pour le baryum, Steinfeld pour le bismuth, n’apportent aucune technique précise et ont également confondu élimination fécale et élimination intestinale.

Quant à Duranthon pour la salicylamide il a observé, mais il n’a pas expérimenté.

Enfin Maurel, dans ses très intéressants travaux, n’apporte somme toute qu’une preuve indirecte de l’élimination intestinale.

D'ailleurs il est fort possible que tous ces auteurs ajent raison ; dans tous les cas ce n’est pas d’après leurs travaux qu’on peut affirmer d’une façon absolument irréfutable, la réalité de l’élimination intestinale dans tels cas particuliers. Si ce qu’ils énoncent est vrai, nous pensons qu'il y a simplement heureuse coïncidence.

Cependant il nous faut retenir les travaux de Breton, Bruyant et Mézie, ceux de Joseph Langer, et ceux de Richet.

Breton, Bruyant et Mézie, ont affirmé, après les expériences rapportées plus haut, la réalité de l'élimination intestinale du lithium. Ils ont, chez le cobaye, lié le cholédoque : cela nous paraît pourtant insuffisant, car ils n’ont pas éliminé ainsi la sécrétion salivaire et la sécrétion gastrique. De même, ils n’ont pas séparé l’élimination de l’in-

(x) BezLor. — De l'élimination de l’acide urique par l'intestin dans l’entérite mucomembraneuse. (Thèse de Lyon, 1906.)

ste testin grêle, de l’élimination du gros intestin., Leurs expériences prêtent donc le flanc à la critique.

Quant à Joseph Langer, on ne peut rien lui reprocher dans sa méthode expérimentale. Il est certain qu’en isoiant une anse intestinale, il supprime par ce fait même toute cause d'erreur et ses expériences offrent toute garantie. Remarquons, en passant, qu'il conclut à l'élimination de l’antipyrine par l'intestin, tandis que Breton, Bruyant et Mézie, n’ont pas retrouvé ce médicament dans ce viscère.

Enfin, Richet, dont les résultats expérimentaux coincident avec ceux obtenus par Langer pour le ferrocyanure de potassium, ne nous précise pas la technique qu’il a adoplée dans la recherche de lélimination intestinale, mais, nous voulons croire, cependant, qu’il s’est placé dans les meilleures conditions expérimentales et que nous pouvons tenir compte des résultats qu’il a obtenus.

En résumé, nous voyons que lélimination intestinale ne peut être mise en doute, mais nous constatons aussi que les preuves qu’on en apporte, qui paraissent considérables au premier abord, ne résistent pas à un examen approfondi et le réduisent sensiblement après le passage au crible de la critique. La question méritait d’être étudiée de nouveau au moyen d’une méthode expérimentale précise. Nous l’exposerons au chapitre suivant.

Quel est maintenant le mécanisme de cette élimination intestinale ? Les recherches effectuées sur les leucocytes nous en fournissent lPexplication. Leur rôle d'absorption vis-à-vis des substances métalliques ou organiques a été mis en évidence par Arnozan, Besredka, Cassaët, Carles, Cheminade, Collet, Danilewsky, Gabritchewsky, Lombard, Maurel, Metchnikoff, Montel, Stassano, etc... On a démontré également que ces mêmes leucocytes après avoir absorbé les corps étrangers, les déversaient dans les viscères pour les éliminer. Les travaux de J. Carles et de Stassano sont à cet égard pleins d'intérêt. |

Stassano narcotise des chiens à l’aide de la morphine,

puis leur injecte du sublimé. Cantacuzène a démontré que la narcose diminue sensiblement le pouvoir chimiotactique des globules blancs ; par contre, leur pouvoir d'absorption pour le mercure, selon Stassano, n’est pas modifié. Or, lapport du mercure à l'intestin est notablement plus faible chez les animaux narcotisés que chez les témoins. C’est là une démonstration nette que l'élimination du mercure par les leucocytes est réelle.

On observe également une semblable diminution de la proportion de mercure éliminé dans la cavité intestinale, si avant linjection mercurielle, on provoque une désagrégation très étendue des leucocytes par des injections intraveineuses de peptone.

Ainsi, en diminuant d’une façon artificielle le concours habituel des leucocytes, on obtient une diminution très marquée du mercure dans l'intestin ; c’est démontrer quelle part ils prennent à son élimination.

Ces observations coïncident d’ailleurs parfaitement avec les faits cliniques mentionnés et analysés plus haut.

Stassano a réalisé avec l’iode, des expériences qui permettent d'arriver aux mêmes conclusions.

En effet, les leucocytes n’interviennent pas dans l’élimination des seuls composés mercuriels.

Kobert, après avoir noté leur rôle dans labsorption du saccharate de fer, avait observé qu’une grande part est déversée dans la cavité intestinale, grâce à Îleur intermédiaire.

D’après Stassano, le même fait existe pour le manganèse, l’arsenic, la peptone, la ricine, la morphine, la strychnine, et il donne comme nouvelle preuve de cette élimination intestinale par les leucocytes, le fait que ces diverses substances introduites dans l’organisme, se trouvent dans l'intestin à l’état de combinaison nucléinique.

Dans plusieurs cas de colite mercurielle, Almqvist a étudié avec soin la pathogénie des lésions et il rapporte ainsi ses observations : « Les dépôts mercuriels se rencon-

{rent surtout dans les parties les plus saillantes des villosités coliques et leur richesse va en décroissant du sommet à la base de la villosité. C’est donc en ce dernier point qu’on peut suivre l’évolution du processus dans ses phases initiales. On observe alors que les granulations mercurielles se déposent de préférence dans l’endothélium des capillaires les plus superficiels et dans la partie de leurs anses la plus rapprochée de l’épithélium de recouvrement. En même temps les capillaires et les petits vaisseaux se dilatent. Bientôt après des masses de leucocytes issus des vaisseaux se répandent dans le tissu conjonctif et cheminent ensuite vers l’épithélium : ils sont remplis de granulations. Ce fait, ainsi que la diapédèse traduit l'effort de l’organisme pour se débarrasser du toxique. On note en outre quelques symptômes de dégénérescence du côté de la muqueuse. Dans un troisième stade, l’épithélium et les couches les plus superficielles de la muqueuse se nécrosent pendant que dans la profondeur apparaissent des hémorragies interstitielles : c’est à ces dernières qu'est généralement due la coloration gris noirâtre de la surface de l'intestin, car leur abondance va souvent jusqu’à former de véritables infarctus. »

Sur le côlon de deux malades ayant succombé à une intoxication hydrargyrique, Almqvist a pu se convaincre que le processus est absolument analogue au précédent, quand l’intoxication s’est produite d’une façon aiguë.

Dans les formes subaiguës ou chroniques, les granulations mercurielles étaient rares dans les vaisseaux, très abondantes au contraire dans les leucocytes ; étant donné la lenteur du processus, ces derniers peuvent en effet charrier à l’extérieur la plus grande partie du mercure déposé dans les parois vasculaires.

D'autre part, à la suite de l'introduction dans l’organisme de certaines substances, Bizzozero examinant des coupes colorées de l'intestin, y a découvert de nombreux leucocytes gorgés de granulations chromatophiles. Elles marquent, d’après Stassano, qu’ils sont surchargés de subslances étrangères.

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La réaction des oxydases (Portier) obtenue au niveau de la muqueuse, permet encore de constater que par la diapédèse de nombreux globules blanes viennent s’éliminer et se désagréger dans le tube intestinal.

Nous pouvons donc considérer, avec Stassano, la diapédèse des leucocytes au travers des muqueuses, de la muqueuse intestinale en particulier, comme un des principaux mécanismes par lesquels l’économie se débarrasse des principes inutiles. « Surchargés de poisons et de déchets organiques, une foule de globules blancs viennent se perdre corps et biens dans l'intestin,» selon l’expression de J. Carles, qui dit ailleurs : « Le leucocyte est un agent important d'absorption et d'élimination, c’est l’intermédiaire nécessaire entre une foule de substances non organisées, nos différents viscères, et jusqu’à nos plus fins tissus. »

Après cette courte étude de l’élimination intestinale en général, nous allons exposer maintenant nos recherches expérimentales personnelles, effectuées au moyen d’une technique qui paraît devoir être à l’abri de la critique. Sans vouloir bouleverser la question de l'élimination intestinale, nous apportons quelques faits nouveaux qui pourront peutêtre servir à éclaircir le problème.

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