EXPÉRIENCE VII
Chien n° VIII. - Berger noir; poids : 15 kilogs. Après anesthésie morphine-chloroforme :
a) ligature sous-duodénale de l'intestin grêle, b) ligature iléo-cœcale.
Injection dans la cuisse gauche de 0 gr. 40 de bleu de méthylène dans 10 ec. d'eau distillée. Sacrifice de l'animal 24 heures
après.
La vessie contient une urine de coloration vert foncé. L’estomac renferme un liquide gastrique abondant et coloré en vert. L’intestin grêle et le gros intestin contiennent également des matières colorées.
Nous procédons à la recherche du bleu de méthylène au moyen de trois méthodes :
1° Recherche du bleu dans l'eau de lavage des organes ;
2 Recherche directe sur les muqueuses ou les organes eux-même ;
3 Recherche du médicament dans une macération alcoolique des viscères pulpés.
Les résultats sont résumés dans le tableau ci-dessous. L'analyse quantitative étant particulièrement difficile, nous nous sommes contentés d'établir la proportion relative du médicament contenu dans les organes examinés, par comparaison et nous nous sommes servis pour exprimer la quantité approximative de bleu de méthylène retrouvé de la notation +, ++, +++, exprimant une quantité faible, moyenne ou forte.
nr Re
EAU DE LAVAGE RECHERCHE DIRECTE | Macération alcoolique
Point d'injection... » Coloration intense Urine Urine vert foncé dent, De
Intestin grêle .
Estomac Rancréas 2-5.
Reine rm ae ele
Glandes salivaires...
Nous voyons donc par l'exposé des résultats, que l’élimination du bleu de méthylène s'effectue surtout par Île rein et l’urine, mais aussi en grande quantité par les glandes gastriques.
Quant à l'intestin, il joue aussi un rôle éliminateur non douteux et il semble que l'intestin grêle fournit une élimination plus abondante que le gros intestin. Il suffit en effet de déposer sur la muqueuse lavée de ces viscères une goutte d’acide acétique pour obtenir aussitôt une belle coloration verte.
Nous retrouvons également le bleu de méthylène dans le pancréas et les glandes salivaires.
Dans le foie et dans le rein nos réactions nous ont paru douteuses, la coloration bleu-verdâtre étant difficile à apprécier sur le fond rouge brun de ces organes.
Cacodylate de Soude.
Le cacodylate contient 46,87 d’arsenic métalloïdique pour 1090 et d’autre part on peut en faire absorber une ceriaine dose sans produire d'intoxication. Aussi, avons-nous porté notre choix sur ce composé organique pour étudier l'élimination intestinale de larsenic.
Lewin nous apprend que « même appliqué à lextérieur du corps; l’arsenic absorbé s’élimine en partie par la bouche, l’estomac et l'intestin. Il s’élimine surtout par l'urine, la bile, le lait, et avec le contenu intestinal. »
D’après Arnozan et Carles, «les solutions de composés arsenicaux ne sont pas absorbées par la peau revêtue de l'épiderme normal, mais le sont avec une grande rapidité par la peau dénudée et par toutes les muqueuses. L’élimination très rapide également se fait par l’urine. Mais lorsque les doses absorbées sont très fortes et très répétées l’élimination se prolonge très longtemps dans l’urine après cessation du remède ; elle se fait par la bile, par les glandes intestinales, car Oré a montré que les lésions intestinales étaient les mêmes dans tout empoisonnement arsenical, soit que le toxique ait été introduit dans l’estomac, soit qu’on l'ait fait pénétrer par l’hypoderme ; il s’élimine enfin par la peau, non seulement au moyen des sécrétions cutanées, mais en s’incorporant à l’épiderme, aux poils et aux ongles, dont la desquamation ou la chute assure ainsi son départ définitif de l’organisme. »
On aurait constaté (A. Gautier en particulier) que l’arsenic se trouve dans quelques tissus normaux des ani-
maux, dans la glande thyroïde, la peau et ses annexes, la glande mammaire, le lait, les os, le thymus, mais on ne constate au contraire jamais d’arsenic dans les muscles, le foie, la rate, l'estomac, l'intestin, le pancréas.
Les composés arsenicaux organiques comme le salvarsan et le néo-salvarsan s’éliminent également par l’urine et les matières fécales (Greven, Burnaschoff, Frenkel- Heiden et Navassart, Usuelli). Pour certains de ces auteurs Pélimination urinaire serait plus active que l'élimination par les matières fécales ; pour les autres ce serait le contraire qui se produirait.
Dans une étude intéressante sur la toxicologie de l’arsenic, Simonot affirme que ses recherches « démontrent d'une manière définitive que l'appareil gastro-intestinai (estomac-intestins) et ses annexes glandulaires (pancréas) participent, par leurs sécrétions, à l’élimination du poison. » Il constate que les reins se chargent d’abord d’une forte proportion d’arsenic, mais ne permettent néanmoins l'élimination du toxique, dans les premières heures, que dans des proportions extrêmement minimes. Quant au foie, il renferme la proportion maxima d’arsenic.
. Ces constatations ont été faites également avec l’atoxyl. De même qu'avec l'acide arsénieux, la proportion d’arsenic métalloïdique retrouvée dans les intestins et les matières fécales est assez considérable (0 gr. 06 pour 0 gr. 78 d’arsenic métalloïdique injecté ; 0 gr. 43 pour 2 gr. 64 d’acide arsénieux). Aussi Simonot n’hésite-t-il pas à conclure : « Nous croyons avoir démontré d’une manière incontestable et définitive, le pouvoir éliminateur des organes digestifs vis-à-vis de l’arsenic. » Nous nous contenterons de faire remarquer que le foie contenant une quantité considérabie d’arsenic, tout porte à croire que l’apport de la bile a faussé les résultats et en a même peut-être compromis l'exactitude. Nous n’insisterons pas davantage ayant déjà longuement insisté sur les causes d'erreurs à supprimer lorsqu'on veut rechercher l’élimination intestinale.
Ver
Pour ce qui est de lélimination du cacodylate de soude en particulier, si l’on fait prendre en une seule fois 200 milligrammes de cacodylate de soude lélimination urinaire suit une courbe décroissante pendant 26 ou 28 jours. À ce moment-là on ne trouve plus que des traces d'arsenic dans l’urine, tandis que dans les 24 premières heures 36 milligrammes d’arsenic métalloïdique ont été éliminés (Imbert et Badel). Après une série d’injections hypodermiques, on trouve de l’arsenie dans la peau, les poils, les poumons, les os, le tissu cellulaire, le foie, les reins, la rate, les muscles, le sang (Badel).
Dans un travail récent (juin 1922), L. Mathieu estime que l'élimination des cacodylates est très rapide, leur voie d'élimination prépondérante étant la voie urinaire, et « l'émonctoire intestinal ne participant que pour une part tout à fait minime à leur excrétion ». L'arsenic des arsénobenzènes présenterait au contraire, d'après cet auteur, la particularité inverse. L’excrétion arsenicale a été recherchée dans les urines et les fèces de sujets traités par injections intra-veineuses de cacodylate de Na et d'arsénobenzènes à doses élevées.
Quoi qu’il en soit tout cela ne nous apprend rien sur l'élimination intestinale de l’arsenic, car nous ne nous arréterons pas davantage aux conclusions erronées de Fischer ct Hoppe exposées au chapitre premier.
Aussi avons-nous procédé à l’expérience suivante :
EXPÉRIENCE VIII Chien n° XIV. — Noir et feu; poids : 12 kilogr. Intervention opératoire après anesthésie morphinechloroforme (0 gr. 12 de morphine) :
a) ligature sous-duodénale ; b) ligature iléo-cæcale.
Injection intra-musculaire dans la cuisse droite de 2 gr. de cacodylate de soude (dans 10 cc. d’eau distillée). Sacrifice de l'animal 40 heures après.
ARR — On prélève :
65 gr. gros intestin (70 gr.) 65 gr. intestin grèle (300 gr.), Contenu gros intestin, Contenu intestin grèle, Pancréas, Reins, Point d'injection.
La muqueuse intestinale est tuméfiée dans son ensemble, présentant des extravasations sanguines. On opère la destruction des viscères par le procédé nitro-sulfurique de Denigès dont voici la technique générale :
« Dans une capsule de porcelaine de 2 litres (capsule à), on mel :
Aeiderazotique à.40 Bree. SL. 00 160 ce.
Permanganate de potasse à À %... AC
pour 200 ec. de substance à détruire en fragments grossiers.
Chaulfer au Bunsen, la capsule étant posée sur un disque de tôle de 2 à 3" d'épaisseur, de 11 à 12° de diamètre, et perforé au centre d'un orifice de 4 à 5°" de diamètre.
Au début, il se produit une mousse abondante ; parfois on est obligé de la briser avec un agitateur, ou d'enlever le feu. 1/4 d'heure ou 1/2 heure après, la désagrégation est complète.
Une fois tout vestige de la pièce traitée disparu, ajouter 160 ce. d'eau distillée. Ébullition douce pendant une dizaine de minutes. Enlever le feu et faire flotter la capsule sur l’eau froide dans une grande terrine. Ïl se produira une solidification des graisses nageant dans un liquide.
Décanter le liquide dans un entonnoir sur un petit tampon de «laine de verre », en recevant le produit dans une capsule de 2 litres (capsule b).
Verser sur le résidu graisseux de la capsule a 80 cc. d’eau bouillante. Agiter jusqu'à fusion et division complète de la graisse dans l'eau. Faire refroidir comme pour la première fois. Décanter comme pour la première fois sur le même tampon: de laine de verre. Répéter une seconde fois cette opération à l’eau
Tue
bouillante. Laver enfin avec 40 ce. d’eau froide à deux reprises.
Tous les liquides de décantation et de lavage étant recueillis dans la mème capsule b :
Ajouter 8 ec. d'acide sulfurique pur. Couvrir d’un entonnoir en verre à bout coupé. Porter à l'ébullition jusqu'à concentration à 200 ce. Pour cela on dépasse au feu cette concentration, puis on décante le liquide dans un récipient jaugé et on complète avec de l’eau qui rincera d’abord la capsule.
Dans ces conditions, 1 cc. de liquide représente exactement 1 gramme de la substance primitive organique.
Cette première destruction étant terminée, pour aboutir à une destruction définitive, on prendra un volume donné du liquide de première destruction, par exemple, 100 cc. correspondant à 100 gr. de substance organique.
Dans une capsule de porcelaine de 1 litre, mettre :
100 cc. de liquide 16 ce. d'acide sulfurique pur.
Couvrir avec un entonnoir et porter à une douce ébullition. A un certain moment, les vapeurs nitreuses cessent d'apparaître, la masse tend à devenir brune et à se boursoufler, cependant que des fumées bleues se montrent.
A ce moment, enlever le feu, soulever l’entonnoir avec une pince, faire couler en filet le long des parois de la capsule et tout autour 10 cc. d'acide nitrique. Un torrent de vapeurs nitreuses se dégage. On attend que l'effervescence cesse, puis on chauffe de nouveau jusqu'à boursouflement et dégagement de fumées blanches. On réitère une fois cette opération, puis on en effectue une troisième avec seulement 5 cc. d'acide nitrique. On chauffe alors le mélange, une fois couvert, jusqu'à ce qu'il soit d'un jaune brun.
À ce moment, on introduit par l'orifice du grand entonnoir un entonnoir de Joulie à longue tige capillaire, et avec un flacon siphon qu'on penche plus ou moins, on fait tomber goutte à goutte et d’une manière continue de l'acide nitrique dans le liquide brun ou noir de la capsule maintenue au voisinage de l'ébullition, 40 à 60 gouttes par minute au début, puis de plus en plus lentement jusqu'à décoloration complète du liquide. À ce moment, il doit rester environ 12 à 15 cc. Après refroidissement, ilsera addi-
FRA tionné de 70 ce. d’eau, porté à l’ébullition et refroidi, puis ramené par addition d'eau à 100 cc.
À ce stade terminal, 1 ce. de liquide représente 1 gr. de matière organique primitive. »
L'analyse quantitative a donné les résultats suivants :
En arsenic. En cacodylate.
(POS ANTES EI. - 2... 0,0 ur DO, 0 gr. 15 environ. ENNES SPORE ee 0 gr. 26 . Ogr. 45 — Contenu grosintestin.. Ogr. 02 ..... 0 gr. 035 — Contenu intestin grèle. 0 gr. 095 ..... Ogr. 18 — CADET Mu Vera 2 Orge HOME TIME Dpr2924u. 7. Ogr. 45 — Point d'injection ...... PES LEE FERRER Ogr. 35 —
Les recherches et les dosages ont été effectués à la fois au moyen du réactif de Bougault et par la méthode habituclle de lPappareil de Marsh.
Nous voyons donc en considérant les résultats obtenus que lélimination de l'arsenic par l’intestin grêle et le gros intestin est réelle, L’intestin grêle semble éliminer le médicament d’une façon plus abondante; mais en réalité si on considère la surface de l'intestin grêle par rapport à celle du gros intestin, on s’aperçoit que l’élimination n’est pas plus considérable proportionnellement.
Nous constatons également l’élimination pancréatique de l’arsenic qui n’est pas négligeable, et sa localisation au niveau du rein en assez grande quantité.
Enfin, nous voyons que l’absorption du cacodylate de soude à hautes doses en injections intra-musculaires n’est pas extrêmement rapide, puisque 40 heures après nous retrouvons un sixième de la dose au point d'injection.
En V Es
Bi-iodure de Mercure.
L’élimination du mercure se fait par les reins, les glandes salivaires, mammaires, intestinales (Arnozan et Carles, Manquat). Le foie, d’après ces auteurs, élimine également une forte proportion de mercure et c’est par la bile qu’arriverait en grande partie le mercure que lon trouve avec les matières fécales et qui, dans les cas de grave intoxication, y apparaît en goutelettes métalliques.
D’après Lewin, tous les composés mercuriels finissent par se transformer dans lorganisme animal en un albuminate de mercure et c’est sous cette forme qu’ils circulent dans le sang, dissous grâce à la présence des chlorures alcalins. Le mercure est éliminé par l'urine irrégulièrement, par l’estomac, la bile, les glandes intestinales, la salive, le lait, la sueur, très rarement par la peau, sous forme de mercure métallique.
L’élimination du médicament est toujours lente. D’après Mayençon et Bergeret, cités par Chapuis (1897), les sels mercuriels pris en une seule fois et à petites doses sont éliminés promptement et complètement de l’organisme (4 jours suffisent). Pris, pendant un certain temps, même à petites doses, les sels mercuriels mettent plusieurs jours à s’éliminer complètement.
La localisation et la répartition du mercure s’effectuerait par ordre décroissant dans les organes et les tissus suivants : reins, foie, rate, gros intestin, intestin grêle, muscles du cœur et du squelette, poumons, cerveau, glandes salivaires, bile, os. (Lewin).
L’élimination intestinale du mercure est donc admise, croyons-nous, par tous les auteurs. Comme nous l’avons
vu plus haut, la clinique nous en a fourni des preuves abondantes et les travaux anatomo-pathologiques de Almqvist en particulier, nous ont montré la présence indiscutable du mercure dans l'intestin à la suite d’intoxication mercurielle. Cependant, nous avons voulu faire une expérience de contrôle et par une méthode rigoureuse, démontrer expérimentalement l'élimination de ce médicament par la muqueuse intestinale,
Voici l'exposé de nos recherches :