EXPÉRIENCE XVII
Lapin n° II. — Poids : 1 k. 250 gr.
Anesthésie à l’éther.
a) ligature sous-duodénale de l'intestin grêle ; b) ligature au niveau de la valvule iléo-cœcale.
Injection dans la masse musculaire de la cuisse droite de 2 cc. d’une solution d’ésérine, représentant 0 gr. 02 de l'alcaloïde.
L'animal présente du myosis 5 minutes après l'injection et à son réveil de la paralysie motrice transitoire.
Sacrifice de l'animal 8 heures après.
On préléve :
Estomac, foie, reins, gros intestin, intestin grèle, glandes salivaires, point d'injection.
Nous n'avons pu prélever le pancréas
Pour isoler l’alcaloïde nous employons la méthode précédemment décrite pour latropine.
La recherche physiologique est effectuée sur la pupille du cobaye albinos que des expériences antérieures préliminaires nous avaient fait considérer comme très sensible à l’action de l’ésérine.
Nous avons obtenu les résultats suivants :
Cobaye N° 1 Cobaye N° 2 ÉSTOMACE Re Réaction négative. Réaction négative. Gros matestins 0. Réaction positive (+) |Réaction positive (—) Intestimigrelen "tr Réaction négative. Réaction négative. ROC Re cn Ti Réaction positive (+) |Réaction positive (<-) Rens er ere ..[Réact. positive (+ +) |Réact. positive (+ +) Glandes salivaires... .../Réaction positive (+) [Réaction positive (+) | | Point d'NÉCHOn ee Réaction négative. Réaction négative. |
Ces réactions se produisent au bout de 3 à 5 secondes et ne persistent pas longtemps. Nous n'avons considéré la réaction comme positive que lorsque la pupille avant reçu le liquide étant en myosis, la pupille saine restait normalement dilatée, éliminant ainsi les réflexes consensuels.
Nous voyons par conséquent que l’ésérine s’absorbe assez rapidement et s’élimine surtout par les reins. Le foie et les glandes salivaires servent aussi de voie d'élimination. Quant au gros intestin, il joue aussi son rôle éliminateur vis-à-vis de cet alcaloïde, mais dans lintestin grêle par contre nous n’avons pu le déceler, dans le même temps, c'est-à-dire 8 heures après.
CGCHAPIRRE TIT
L'élimination de suppléance de l'intestin.
«La muqueuse intestinale, dit Ch. Richet fils, joue un rôle physiologique important dans l'élimination de certaines substances solubles (chlorure de sodium, urée, glucose) : l'intestin est un véritable organe excréteur. Son rôle est évidemment moins considérable que celui du rein, mais n'est point cependant négligeable. Accessoire à l’état normal, lémonctoire intestinal devient d’une importance extrême dans certaines conditions pathologiques, en particulier dès que le rein est insuffisant à sa tâche. »
Claude Bernard avait déjà noté en effet que si chez un chien on enlevait les deux reins ou si on ligaturait les artères rénales, on provoquait un trouble dans l’économie : Purée ne pouvant plus s’éliminer par les reins, s’éliminait par l'intestin, ce qui produisait sur la muqueuse, irritée par le contact permanent des sels ammoniacaux, des altérations morbides qui finissaient par amener la mort de l'animal : l'intestin grêle présentait des lésions d’entérite congestive, le gros intestin et PS iliaque notamment, des escarres et des ulcérations. (Voir page 20.)
Confirmant les expériences de Claude Bernard, la clinique nous montre d'autre part la fréquence des troubles gastro-intestinaux dans l'insuffisance rénale, ce qui s’explique par le passage de l’urée à travers les muqueuses de l'estomac et de l'intestin. En cas d’urémie, l’une des prin-
LR cipales voies d’élimination des multiples poisons introduits dans l’organisme ou produits par lui se trouvant annihilée ou tout au moins très amoindrie, la muqueuse gastro-intestinale supplée du mieux qu’elle peut à l’absence ou à l'insuffisance d’élimination, mais non sans en souffrir, et l’on peut trouver à l’autopsie des urémiques sur tout le trajet du tube gastro-intestinal des lésions d’intensité variable : simple congestion de l’estomac et de l’intestin grêle, ulcérations et escarres de la partie inférieure du gros intestin et quelquefois de la partie terminale de liléon.
Aussi avons-nous été amenés à nous demander si, de même que pour l’urée, la muqueuse intestinale ne jouait pas vis-à-vis des médicaments, le rein ne fonctionnant plus, un rôle de suppléance pour leur élimination, et nous avons repris les expériences de Claude Bernard en poursuivant un but différent.
Avant d'exposer nos travaux personnels sur cette question spéciale, nous croyons devoir rapporter les expériences effectuées par G. Meillère et A. Pettit en vue d’étudier Pélimination du plomb dans ses rapports avec l’état du rein. Ces auteurs ont, en effet, procédé à la recherche de l'influence exercée par l’état du rein sur l’élimination uriuaire et sur l’élimination fécale. Pour cela ils étudient comparativement ces deux éliminations chez des animaux sains et chez des animaux atteints de néphrite expérimentale provoquée par une injection de toluylène diamine.
Ils font à chaque animal une injection de 0 gr. 05 de nitrate de plomb dans la masse sacro-lombaire. En dix jours l'élimination fécale qui atteint deux milligrammes chez lanimal sain, monte à 8 milligrammes en moyenne chez l'animal atteint de néphrite expérimentale. L’élimination rénale n’a été que de 1 milligramme chez l'animal sain et de 2 milligrammes en moyenne pour l’animal néphrétique. Donc l'élimination fécale et l'élimination rénale sont un peu plus marquées chez le sujet atteint de né-
OU phrite que chez le sujet sain, tout en restant d’ailleurs extrèmement faibles dans les deux cas.
Nous avons rapporté ces expériences bien qu’en vérité les conclusions ne nous intéressent pas directement. En effet, il s’agit d'élimination fécale et non d’élimination intestinale, et en second lieu malgré la néphrite expérimentale les reins continuent à éliminer et même davantage.
D'autre part, il nous faut signaler aussi les intéressantes expériences de Maurel et Arnaud. Donnant à des lapins de larséniate de soude aux doses de 0 gr. 01, 0 gr. 025, G gr. 63 et 0 gr. 035 par kilogramme d’animal, ces auteurs remarquent que les deux premières doses, qui n’ont pas rendu les urines albumineuses, n’ont pas produit la diarrhée, tandis que les deux autres, qui ont rendu les urines albumineuses l’ont provoquée. Dans ces expériences on voit donc que l’arséniate de soude n’a provoqué la diarrhée que lorsque sa dose a été assez élevée pour altérer les reins et probablement diminuer leur perméabilité.
De même dans des expériences comparatives semblables effectuées avec le bi-chlorure de mercure donné par la voie gastrique et par la voie hypodermique, on voit dans l’un et l’autre cas la diarrhée n’apparaître que lorsque la fonction rénale a été troublée et lorsque, peut-on supposer, les reins sont devenus moins perméables.
Ces faits viennent donc à l’appui de lhypothèse d’après laquelle la diarrhée, dans ces cas, serait un moyen de suppléance destiné à aider la voie rénale dans son rôle d'élimination.
Personnellement, pour mettre indiscutablement en lumière cette fonction de suppléance de l'intestin, nous nous sommes adressé à un médicament qui, nous l’avions constaté, se localisait en majeure partie dans le rein : le citrate de fer. Dès lors, supprimant cette élimination rénale, il était intéressant de savoir quels organes se chargeraient de remédier à cet état de choses.
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Aussi avons-nous fait les expériences suivantes :
EXPÉRIENCE XVIII Chien n° XI. — Épagneul marron et blanc; poids : 18 kilogr.
Intervention opératoire après anesthésie morphinechloroforme (0 gr. 08 de morphine) :
a) ligature sous-duodénale; b) ligature iléo-cæœcale ; c) ligature des vaisseaux rénaux au niveau du pédicule
rénal.
Injection intra-musculaire dans la cuisse gauche de 1 gr. de citrate de fer (dans 10 cc. d’eau distillée). Sacrifice de l'animal 9 heures après.
On trouve les reins violacés, durs, et augmentés de volume. On note la présence d'un œdème hémorragique périrénal. Pas d'urine dans la vessie. L'intestin grêle est rempli de matières noirâtres.
On prélève :
60 gr. gros intestin (70 gr.), 60 gr. intestin grèle (370 gr.), Contenu gros intestin, Contenu intestin grêle, 50 gr. foie (390 gr), 125 gr. reins (totalité), Rate, Pancréas, Glandes salivaires, Point d'injection.
Destruction par le procédé Geneuil.
L'analyse quantitative donne, pour la totalité de chaque organe, les résultats suivants :
Chosinieshn ui. 0 gr. 05 DUO RERO. chere 0 gr. 09 Contenu gros intestin ....... 0 gr. O1 Contenu intestin grêle ...... 0 gr. 003 PO AR nr ce dar 0 gr. 52 RER RE Rs mi code à 0 gr. 045 RATER ne de cvs 0 gr. 018 Glandes salivaires .......... 0 gr. 02 RTS te ah ent 0 gr. 03 Point ee HONTE re 0 gr. 17
EXPÉRIENCE XIX Chien n° XVI — Noir et feu; poids : 15 kilogr.
Intervention opératoire après anesthésie morphinechloroforme. Les temps de l'opération ont été les suivants :
a) ligature sous-duodénale ;
b) ligature iléo-cœcale ;
c) décapsulation des reins ;
d) ligature de l’uretère ;
e) ligature des vaisseaux rénaux ;
f) extirpation des deux reins;
£) lavage de la cavité péritonéale à l’éther.
Injection intra-musculaire dans la cuisse droite de 1 gr. de citrate de fer (dans 10 cc. d’eau distillée).
Mort de l’animal 24 heures après. Il a présenté des troubles urémiques très accusés (folie urémique) avec ictère grave et atrophie jaune aiguë du foie.
On prélève :
45 gr. gros intestin (50 gr.), 45 gr. intestin grêle (225 gr.) Contenu gros intestin, Contenu intestin grêle, 50 gr. foie (300 gr.), Rate.
Pancréas, Glandes salivaires, Point d'injection.
Destruction par le procédé Geneuil.
L'analyse quantitative donne les résultats suivants :
Grosimtestin 0-0" 0 gr. 065 Intestin opréle.. "0e 0 gr. 12 Contenu gros intestin. 0 gr. 02 Contenu intestin grèle. 0 gr. 008
FOIRE 0 gr. 55 Rate RER e EURE 0 gr. 18 Pancréas ere 0 gr. O1 Glandes salivaires .... 0 gr. 00!
Point d'injection..." 0 gr. 02
Dans l’expérience XVIII, les vaisseaux rénaux étant liés, les reins contenaient encore du fer, ce qui s’explique par la circulation collatérale très active qui s’établit dans ce cas (vaisseaux extra-rénaux, surrénaux, Capsulo-adipeux) et peut-être aussi par l'effort de la circulation lymphatique. Aussi dans l'expérience XIX avons-nous pratiqué la néphrectomie : par ce moyen nous avions du moins la certitude de supprimer, et pour cause, tout fonctionnement rénal.
Considérant les résultats de l’analyse, nous voyons que la suppression de l'émonctoire rénal a amené ainsi que nous le supposions une élimination plus importante du médicament du côté de l'intestin et nous constatons que le gros intestin a suppléé pour une plus grande part que l’intestin grêle, à poids égal, à la déficience du rein. Plus exactement, nous constatons que le gros intestin seul semble avoir rempli ce rôle de suppléance ; en effet, alors que chez les animaux sains on trouvait respectivement dans le gros intestin 3 milligrammes et 16 milligrammes de fer, chez les chiens XI et XVI nous trouvons dans les mêmes temps Ogr.05 et 0 gr.065, quantité proportionnellement considérable. Cette constatation expérimentale s'accorde d’ailleurs avec les faits enregistrés par Claude Bernard et avec la clinique ; nous avons vu en effet que l’urée s’élimine surtout par le gros intestin qui présente des ulcérations et des
ONE escarres, alors que lintestin grêle présente seulement des lésions congestives.
D'autre part, ce qui frappe davantage quand on consiaère les chiffres fournis par l'analyse c’est le fait que chez le chien normal, le foie et la rate ne recèlent pas de fer après l'injection du médicament, tandis que chez le chien, dont on a supprimé les fonctions rénales, les mêmes organes en contiennent de grosses quantités. Il doit s’agir probablement d’une particularité du fer : quoi qu’il en soit, lorsque chez un animal auquel on injecte un sel de fer, on supprime fonctionnellement ou anatomiquement les reins, le médicament injecté va se localiser en masse dans le foie et dans la rate. C’est là un fait particulièrement intéressant qu’il importe de signaler.
Les résultats comparatifs de l’élimination du fer sont condensés dans le tableau suivant :
Sacrilice 9 h, après l'injection |Sacrilice 24 h. après l'injection lien n , :
Chien n° IV} (Ligature des |Chien n° III Chien n° NI
vaisseaux rénaux) (néphrectomie)
TE De
Gros intestin : Ogr.05 | Ogr.016 | Ogr.065 Intestin grêle sr. 25 Ogr.09 Ogr.05 Ogr.12 Contenu gros intestin.. Ogr.01 » Ogr.02 Contenu intestin grêle. Ogr.003 » Ogr.08
Ogr.52 0 Ogr.D5 Ogr.045 Ugr.18 Ogr.018 Ogr.01 Ogr.002 » Ogr.001 Ogr.03 | Ogr.66 »
Ogr.17 Ogr.02
Ainsi donc, nous avons constaté expérimentalement le rôle de l’intestin comme voie de suppléance de l’élimina-
27 08 tion d’un médicament donné. Sans vouloir généraliser le fait à tous les médicaments sans exception, nous basant sur la constatation expérimentale, nous pouvons émettre le principe que l’émonctoire intestinal, important à l’état normal l’est encore davantage lorsque le fonctionnement rénal est supprimé.