‹ Recherches Expérimentales sur l'hyperthermie et les causes de la mort dans celle-ciChapitre 18 sur 42 · EXPÉRIENCE VI · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE VI

On étale sur une petite plaque de liège percée d’une fenêtre la patte postérieure d’une grenouille vivante et on la place, en la fixant solidement, sous le champ d’un microscope (Obj. I, Oc. 11 Verick). Le tronc et les autres membres de la grenouille sont introduits dans un petit cylindre métallique en cuivre de 2 et demi à 3 centimètres de diamètre et de 8 centimètres de longueur, dont on obture incomplètement les 2 orifices à l’aide d’un bouchon de liège, de façon à laisser passer un peu d’air d’un côté et le membre postérieur tout entier de l’autre (1).

‘ On plonge alors la grenouille et son manchon dans un récipient qu’on peut remplir alternativement et rapidement d’eau froide ou d’eau chaude à volonté, à l’aide de plusieurs siphons de caoutchouc. Un thermomètre indique la température de l’eau. On fait en sorte que les narines et une partie de la tête de la grenouille émergent de l’eau.

Or, si on emplit le récipient d’eau froide et qu’on examine en même temps la circulation dans la membrane interdigitale, on voit se succéder les deux phénomènes suivants :

1e Rétrécissement des capillaires et surtout des artérioles:

(1) C’est le seul moyen qui permette d'immobiliser complètement la grenouille.

+ tte 2° Accélération de la circulation.

Si à l’eau froide on substitue de l’eau tiède à 37e, 38, on voit très nettement se produire :

1° L'accélération momentanée et très courte de la circulation dans les capillaires :

2° La vaso-dilatation des capillaires et surtout des artérioles;

3° Le ralentissement considérable de la circulation.

Ces deux derniers phénomènes sont définitifs et persistent jusqu'à la mort de la grenouille.

L'expérience précédente que nous avons répétée plusieurs fois peut être faite plus simplement avec une grenouille curarisée; mais le curare détermine (1) la dilatation des vaisseaux (Vulpian).

L'Æyperthermie s'accompagne donc de vaso-dilatation considérable des capillaires généraux. Quant à savoir si ce fait est dû à la paralysie des vaso-constricteurs ou à l’excitation des nerfs vasodilatateurs, c'est ce que nous ne saurions dire, Cependant, comme il n’est pas prouvé que toutes les parties du corps soient pourvues de vaso-dilatateurs (Vulpian) et que les autres troubles musculaires présentés par les animaux en Hyperthermie sont des phénomènes paralytiques, nous serions tenté de croire à une paralysie des vaso-constricteurs. La vaso-dilatation généralisée qui en est la conséquence provoque donc une augmentation de chaleur, et cette paralysie vaso-motrice explique bien ce fait paradoxal, à savoir qu’un chien dont la température est de 39°5 en moyenne, s’échauffe dans un milieu dont la température (37°, 38) est inférieure à la sienne.

. Arrêt du cœur chez les animaux surchauffés. Le cœur s'arrête après la respiration (Jolyet et Lagrolet). Nous avons pu l’observer à plusieurs reprises et nous avons montré plus haut un tracé qui

l’enregistre.

(1) Leçons sur les Vaso-mot., t. II, 28e leçon, p. 664 et suiv.

— 56 mes L'arrêt du cœur a lieu en systole.

. Modifications hustologiques el chimiques du sang. Gaz du sang. L'examen microscopique des globules sanguins préalablement fixés par les vapeurs d’acide osmique ne nous a révélé aucune altération de ceux-ci. Nous avons cependant trouvé un état faiblement crénelé de quelques globules chez un chien mort dans l’étuve. Les animaux morts au soleil n’offrent pas de lésions des globules. Obernier dit avoir trouvé quelquefois une augmentation des globules blancs, d’autres fois rien. Jamais nous n'avons rencontré cette désorganisation des globules avec transsudation dans le plasma de particules colorées que Litten a signalées dans le sang de cobayes exposés pendant plusieurs jours à une T. extér. de 38. D'ailleurs les expériences de Schultze et de Ranvier montrent queles globules rougesnecommencent à s’altérerqu'à 54°-56°.

Nous avons parfois trouvé quelques bacilles dans le sang.

Le nombre de globules sanguins parait augmenté ; nous disons parait car il est évident que cette augmentation, toute relative, est due à la concentration du plasma par l'énorme évaporation qui se fait par la surface pulmonaire (seule chez le chien) et par la peau.

Cette augmentation a été de 300,000 globules par millimètre

cube.

La même interprétation va nous servir pour expliquer l’awgmentation de l'hémoglobine chez les chiens en Hyperthermie. Le dosage a été fait à l’aide du colorimètre de Duboscq, fondé sur ce principe que la quantité d’hémoglobine du sang ou sa capacité respiratoire est proportionnelle à l'intensité de sa coloration.

Si donc on compare le sang dont on veut doser l’hémoglobine avec une solution titrée dont on a déterminé au préalable la capacité respiratoire par la pompe, on peut déduire la quantité d’hémoglobine du premier. À cette solution titrée, Jolyet et Laffont ont substitué un verre de couleur étalon représentant la

7e coloration d'une solution d’hémoglobine dont le titre et l'épaisseur unité ont été déterminés une fois pour toutes (1).

Ceci dit, étant donné que les quantités d'hémoglobine sont, dans le colorimètre, en raison inverse de l'épaisseur des liquides ; soit 28,2, la capacité respiratoire et 3,8, l'épaisseur de la solution titrée d’hémoglobine, que représente la coloration du verre ; », l’épaisseur sous laquelle la solution d’hémoglobine à déterminer se présente à égalité de teinte avec le verre étalon ; x, la capacité respiratoire à déterminer, on aura :

Le —, d’où l’on tire x — 1%

C'est ce procédé très simple qui nous a servi. Une dilution de sang au 20% pris dans la carotide et examinée au commencement et à la fin de l’expérience chez un chien mis dans l’étuve a donné, après calcul, au début 28% 9 et à la fin 30% 6 soit une différence de plus de z*" 7 au moment où l’animal atteignait près de 44°.

Cette augmentation apparente de l’hémoglobine a été trouvée dans une autre analyse.

Ceci explique encore pourquoi le sang artériel est très rutilant; mais il noircit rapidement au contact de l’air. En outre, sa coagulation se fait très lentement, fait déjà signalé par CI. Bernard, Richardson et Vallin.

L'analyse des gaz du sang dans l’'Hyperthermie a été faite par CI. Bernard, par Mathieu et Urbain; les chiffres trouvés par ces auteurs ne concordent pas avec le résultat des analyses faites au ‘laboratoire de médecine expérimentale, avec l’aide de M. Jolyet.

CI. Bernard trouve sur 100 centimètres cubes de sang d’un lapin mort d'Hyperthermie :

CO?—:37 00 c;,"2.

Az— 3,4

(1) Travaux du labor. de M. Jolyet, 1880-81, p. 91. 8 V

La quantité d'oxygène est donc insignifiante. Urbain recueillit également du sang après la mort et trouva sur

53 c. c. de sang mixte :

CO? — 22 c. c., 0.

Az— 3,8, etc.

Enfin, dans son mémoire publié dans les Archives de médecine de 1871, Vallin publie les résultats d'analyses des gaz du sang faites encore par Urbain et dont nous citerons une seule :

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