CHAPITRE V
Pathogénie de la mort dans l’'Hyperthermie. Conclusions.
L’'exposé que nous avons fait antérieurement des opinions multiples qui ont été données par les auteurs pour interpréter les causes de la mort par la chaleur, a démontré qu'aucune d'elles ne pouvait être admise, toutes étant purement théoriques et basées sur des faits inexacts ou mal interprétés. En essayant d’analyser les phénomènes observés pendant la vie, en étudiant ceux qui précèdent de quelque temps la mort et comparant les syptômes dominants de l’Hyperthermie aux lésions anatomiques déterminées aussi complètement que possible, ne peut-on pas cependant espérer faire la part des phénomènes accessoires qui concourent à la production de quelques-uns des troubles morbides de l’'Hyperthermie, et de ceux qui provoquent à proprement parler, la mort ? Nous allons tenter de le faire en évitant autant que possible les théories et en nous appuyant sur les expériences qui précèdent et sur les résultats de plusieurs autres expériences que nous avons été amené à faire.
Si nous avons décrit avec assez de développement la symptomatologie et les lésions de l’Hyperthermie expérimentale, il est évident que l’on est frappé de la grande place que tiennent d’une part les troubles du système nerveux et, d'autre part, les troubles circulatoires et respiratoires qui sont en grande partie sous la dépendance du premier. Ajoutons enfin que les modifications considérables des sécrétions et des phénomènes chimiques de la respiration viennent compliquer en apparence la recherche de la pathogénie de cet ensemble symptomatique. Mais nous verrons que
LR ces troubles si nombreux et si disparates s’enchaînent et s'expliquent les uns les autres.
De phénomènes musculaires il n’en est aucun de véritablement saillant, tous ceux qui peuvent se produire tels que convulsions, tremblements, paralysies, etc., étant eux-mêmes subordonnés au système nerveux — sans compter qu'il n’y à aucune lésion histologique des muscles. Il existe cependant une conséquence de cet excès de travail musculaire; c'est la rigidité cadavérique rapide, souvent instantanée, qui se produit d’abord dans les muscles qui ont le plus travaillé, muscles respiratoires et surtout ventricule gauche du cœur dont la rigidité, presque toujours immédiate, est néanmoins consécutive à l'arrêt de la respiration et est provoquée par l'énergie constante de ses contractions pendant la vie.
Donc les symptômes de l'Hyperthermie se concentrent principalement sur les troubles respiratoires, circulatoires et nerveux. Estil besoin de les rappeler ? Accélération, puis épuisement progressif de la respiration, dyspnée extrême, diminution d'amplitude et régularité (chez le chien) des pulsations artérielles, dicrotisme du pouls ; excitation générale suivie de coma et d'état apoplectique dans la dernière période, convulsions cloniques et toniques, raideurs tétaniques, spasmes, opisthotonos {Vallin); troubles sensitifs, hyperesthésie puis anesthésie générale, abolifion des réflexes, dilatation pupillaire, etc. (1).
On doit supposer que le point de départ de tous ces désordres nerveux et respiratoires se trouve, soit dans le système encéphalorachidien, soit dans le système nerveux périphérique, soit dans l’un et l’autre à la fois. Mais nous avons vu qu'Harless avait
déduit de ses expériences (il chauffait des nerfs à 52° environ) que
(1) Les mêmes accidents nerveux ont été signalés dans le coup de chaleur: anesthésie absolue (Hestrès); convulsions et raideurs tétaniques, paralysies passagères (Baxter) ; paraplégie (Thinn), etc. La plupart des autopsies sont négatives (Mortimer Shanks, Green, Chapple); quelquefois les membranes du cerveau sont hypérémiées (V. Hestrès, Th, Paris, 1872).