VINGT-NEUVIÈME EXPERIENCE
La tourterelle n° 2, dont le poids initial était = 1 42^,02, ayant été soumise à une alimentation insuffisante (tableau 3o), vers la fin du 6e jour de cette alimentation , se trouva arrivée à l’état de mort imminente, et son poids était réduit à 92^,66.
Dans l’état en question, la station, depuis deux heures de temps, était devenue impossible : le corps était étendu, la tête pendante;
les yeux étaient ouverts, fixes, sans clignotement, et le froissement des orteils n’accusait plus qu’un faible reste de sensibilité aux extrémités postérieures. La respiration, depuis quelques minutes, n’était plus appréciable; le corps froid; la chaleur animale = 2 3°,o. La perte de poids intégrale proportionnelle = o,3 5o. C’est dans cet état, que j’appelle de mort imminente, parce qu’au bout de peu de minutes il devait se terminer par la mort, que j’ai placé l’animal dans l’étuve, et que j’ai commencé le réchauffement. Appelons oh,o' le moment du début du réchauffement , et voyons ce qui est arrivé pendant la durée de celui-ci.
TEMPS
du
RÉCHAUFFEMENT
Mort imminente; début du réchauffement.
La respiration est devenue très-marquée.
La respiration est bonne; l'animal est plus animé : il remue la tète.
Les yeux sont redevenus sensibles, et le clignotement est rétabli.
Respiration naturelle; la vie revient de plus en plus.
L’animal est bien vivace; il agite ses ailes comme pour se sauver.
La station sur les pattes est redevenue possible; mais elle est entore chancelante, et l’animal ne se soutient qu’en agitant ses ailes ; tête encore vacillante.
L’animal paraît bien remis. Etant obligé de le quitter, je l’enveloppe d’un tissu qui l’empêclie de s’envoler de dessus l’étuve pendant mon absence.
A mon retour, je trouve l’animal mort sur l’étuve, la tête renversée en arrière, dans un état d’opisthotonos. La chaleur dans le cloaqu.e = 48°, 7 ; le poids du corps = 90g, 58 et la perte pendant le réchauffement = 28,08.
L’animal n’ayant pas pu quitter l’étuve, comme il l’aurait fait s’il n’y avait pas été emprisonné , il est évident que sa chaleur s’y était élevée progressivement à cinq ou six degrés au-dessus de l’état normal , ce qui était plus que suffisant , comme on sait, pour amener la mort par la chaleur.
SUR L’INANITION
J’avoue que ce n’a pas été sans la plus vive satisfaction que j’ai vu un animal arrivé par l’inanition au dernier terme de l’insensibilité , de la prostration et du refroidissement, renaître, en quelque sorte, et reprendre rapidement un grand degré de force musculaire et de sensibilité, et cela sans nourriture, sans boisson, et sans autre secours que l’application de la chaleur artificielle. C’était là, sans doute, la vérification la plus complète que nous pussions obtenir de la justesse de nos conclusions précédentes, en même temps que cela nous montrait l’action nerveuse sous un jour assez nouveau.
Cette expérience, je me hâte de le dire, je l’ai répétée sur vingt-cinq autres animaux, et à peu près toujours avec un résultat semblable, pourvu que le réchauffement commençât avant que la sensibilité eût disparu aux orteils des extrémités postérieures, c’est-à-dire avant le commencement de la mort. Cette restriction, la seule que je sois tenté d’imposer pour les animaux sur lesquels j’ai opéré, montre que je ne me pressais pas de commencer le réchauffement pour mieux faire réussir mes expériences. Loin de là, je reculais autant que possible l’application de la chaleur, et, pour avoir trop attendu, il m’est plusieurs fois arrivé de perdre mes animaux pendant les déterminations de poids et de chaleur animale préalables au début du réchauffement, et de manquer ainsi des expériences péniblement préparées pendant plusieurs jours.
Ne pouvant, à cause de sa longueur, présenter le détail individuel de chacune des vingt-six expériences de réchauffement artificiel que j’ai effectuées, je vais offrir ici le résumé détaillé des résultats qu’elles m’ont fournis.