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TRENTIÈME EXPÉRIENCE

Dix-sept tourterelles ( nos 1 à 17), sept pigeons ( nos 23, 24, 28, 29, 3 1 , 32, 34; une poule (n° 1), et un cochon d’Inde

(n° 5) (voyez tabl. 4, 83, 84, 87 et 88); ainsi en tout vingtsix animaux , ayant été graduellement amenés par l’inanitiation jusqu’au terme de mort imminente , ont été immédiatement soumis au réchauffement artificiel.

Examinons les phénomènes que ces divers animaux nous ont présentés, soit dans l’état de mort imminente, soit pendant le réchauffement artificiel qui lui a succédé.

S Ie'. Du terme de mort imminente.

J’ai toujours cherché, comme je viens de le dire, à retarder le plus possible le début du réchauffement, et à ne le commencer qu’au moment où l’animal me paraissait sur le point d’expirer. J’y voyais le double avantage , d’abord de ne pas altérer les résultats de la série d’inanitiation, quant au poids du corps et à la température finale ; ensuite , de rendre le rétablissement plus difficile et par conséquent plus probant. C’est ce qu’on va voir par les détails suivants , déduits essentiellement des tourterelles.

Sensibilité. Avant le début du réchauffement, tous les animaux étaient dans un état de stupeur complet; mais à peu près tous percevaient encore l’impression de l’attouchement des yeux et celle du froissement des orteils. Ainsi la vie persistait aux deux extrémités du système nerveux. .

Du reste, les yeux étaient tantôt fermés (tourt. 1, 10, 1 4 , i5 et 16), tantôt ouverts et ne clignant plus, c’est-à-dire insensibles à l’action lente de l’air (tourt. 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, i3 et 17); la pupille était dilatée (tourt. 3,7), et l’on observait des contractions convulsives de l’iris (tourt. 5, 6, io) et de la première ou de la seconde paupière (tourt. 5).

Mouvement musculaire . Quant au temps écoulé entre le moment où la station a cessé d’être possible et le début du réchauffement, sur neuf tourterelles, les seules sur lesquelles je l’aie noté, le réchauffement n’a commencé, en moyenne, que plus

SUR L’INANITION, de deux heures après le moment de la cessation de la station l.

Du reste, avant le début du réchauffement, elles ont toutes éprouvé une prostration complète. Dans cet état, elles avaient la tête pendante, et restaient étendues dans la position où on les plaçait, sans pouvoir se relever et sans même chercher à le faire.

L’on observait dans quelques cas des soubresauts de tendons (tourt. 7, 8, 10), des accès de rigidités tétaniques de tout le corps (tourt. 8), et des spasmes de l’œsopbage qui empêchaient l’introduction des corps étrangers , et qui amenaient une syncope mortelle, pour peu que l’on cherchât à forcer le passage (tourt. 1, 10, 1 4, 1 5).

Respiration. Les mouvements respiratoires, après s’être graduellement ralentis, devenaient au moment de la mort:

Tantôt de plus en plus éloignés et insensibles (tourt. 1, 2, 3 , 4, 5, 6, 7, 16);

Tantôt réaccélérés , et cela quelquefois jusqu’au point de devenir haletants (tourt. 8, 9, 11, 12, 1 4 , 1 5 , 17); changement qui alors ne précède en général la mort que de quelques instants.

Poids du corps. Chez tous, le poids du corps s’était abaissé jusqu’à la limite de mort imminente, ainsi qu’on peut le voir par le poids de chacune de nos dix-sept tourterelles, tel qu’il est rapporté dans les tableaux 7, 3o et 36.

TABLEAU N° lü6.

plus de 2 heures.

Tourterelle n° 1

Somme.

9 plus de 18 £

Quant aux pigeons, à la poule et au cochon d’Inde, leur perte de poids se trouvera dans les tableaux 7, 3 2 et 36, à l’exception pourtant des pigeons 2 3 et 2 4 pour lesquels nous renvoyons à l’appendice à ce mémoire.

Chaleur animale. Elle se trouvait abaissée à un point qui aurait suffi pour occasionner la mort, alors même qu’aucune autre cause ne serait venue combiner son action avec celle du refroidissement, ainsi qu’on peut le voir par l’inspection des tableaux 83, 84 et 87.

Les tourterelles, par exemple, avaient si bien atteint le terme de mort imminente, que pour celles, au nombre de dix-sept, que nous avons soumises au réchauffement artificiel, la moyenne de. la chaleur animale, au moment de la mort imminente, était sensiblement la même que celle de nos tourterelles mortes de froid, savoir : 2 3° contre 2 20, 8 (tabl. 84 et 85).

L’on trouve assurément dans la réunion des symptômes précédents tous les signes de l’imminence de la mort; et en effet, lorsqu’on commençait le réchauffement, les animaux paraissaient ne conserver de la vie qu’un reste de respiration et de sensibilité.

Du reste, il est à remarquer que les dix-sept tourterelles sur lesquelles j’ai pratiqué le réchauffement artificiel se sont toutes ranimées assez rapidement, tandis que, des sept pigeons sur lesquels ce réchauffement a aussi été employé, il en est trois chez lesquels la réanimation ne s’est point effectuée, et qui sont morts, le premier au bout de six minutes, le second au bout de dix minutes, le dernier enfin au bout de vingt minutes de séjour dans l’étuve, temps qui aurait été suffisant pour obtenir un commencement de réanimation chez des tourterelles. Il est donc probable, et on le conçoit bien, que, dans le réchauffement artificiel, le volume du corps est un élément qu’il ne faut point négliger: car l’animal le plus gros est celui qui se réchauffe le plus lentement, et, à moins de se servir de moyens de réchauffement plus énergiques que ceux que nous avons employés, l’animal volumi-

SUR L’INANITION, neux aura le temps de périr de froid avant que la chaleur l’ait assez pénétré pour soutenir sa vie prête à s’éteindre1.

S II. Réanimation.

Une fois qu’ils étaient arrivés à l’état que nous avons appelé de mort imminente, et dont nous venons de présenter l’exposé, nos animaux étaient soumis au réchauffement artificiel dans l’étuve que nous avons décrite précédemment. Cette étuve se trouvant déjà en activité quand on y plaçait les animaux, le réchauffement artificiel commençait immédiatement; ce qui était important, puisque peu d’instants plus tard la mort imminente eût été remplacée par la mort réelle. Du reste, pendant la durée du réchauffement, l’on suivait, montre à la mâin, tous les phénomènes que les animaux présentaient.

Le réchauffement étant souvent très-prolongé, et ayant exécuté toutes mes expériences seul et sans aucune assistance, j’étais parfois obligé d’abandonner mes animaux sur leur étuve pendant un temps plus ou moins long. Cette circonstance m’a fait manquer la fin de plus d’une expérience, dans lesquelles la mort est survenue pendant mon absence. C’est une imperfection; mais je n’ai pas pu m’y soustraire, et je me borne à la mentionner.

Sans rapporter les détails de mes vingt-six expériences de réchauffement, je vais continuer à en présenter le résumé collectif, en en classant et datant tous les résultats d’après l’heure du réchauffement à laquelle ils ont été recueillis. Ces résultats sont les suivants :

1 Chez les quatre animaux chez lesquels seuls la réanimation ne s’est point effectuée, savoir, trois pigeons et une poule, le réchauffement du corps dans l’étuve a été nul ou à peu près. (Voyez plus bas.)

RÉCHAUFFEMENT

0 0 0 de 0 à 5

0 de 5 à 10

0 de 10 à 15

Symptômes de mort imminente ; début du réchauffement.

Pendant ces cinq minutes, les animaux ont commencé à se ranimer un peu ( tourt. î, 6, 7, 8, 17).

La respiration est devenue plus marquée et s’est faite sans ouvrir le bec (tourt. 2, 3, 4, 5, 6, 9, 10).

Quelques mouvements ont commencé à reparaître , mais encore faibles et vacillants (tourt. 3, 5, 6).

Les yeux , auparavant ouverts , fixes et sans clignotement , se sont fermés plus ou moins complètement , la perception du contact de l’air y étant revenue (tourt. 7,9, 17). Dans d’autres cas, ils restent encore ouverts, non clignotants (tourt. 10, 11).

Pendant ces cinq minutes , tous les animaux ont continué à se réchauffer et à se ranimer peu à peu. C’est ainsi que :

1 . Les mouvements ont pris plus de fermeté et d’étendue ; par exemple, chez la tourterelle n° 9, déjà, pendant la 10' minute, différents mouvements des ailes et des pattes se sont effectués.

2. Les yeux sont redevenus très-sensibles à l’impression de l’air; en sorte que, sauf les tourterelles n°s 11, i3, 16, toutes celles qui , pendant les cinq premières minutes, avaient encore les yeux ouverts, les ont fermés pendant ces cinq minutes-ci (tourt. 2,3,4, 5, 6, 7, 9, 10, 12).

3. La respiration est redevenue naturelle ou à peu près; par exemple, à 5o par minute chez les tourterelles n°s 3 et 4.

Pendant ces cinq minutes la vie s’est plus solidement établie encore:

1. Les animaux sont restés tranquilles sur l’étuve (tourt. 4, 7, 9, 10, 11).

2. Ils ont continué à avoir les yeux fermés (tourt. 4, 5, 6, 7, 9, 10, 11).

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