VINGTIÈME EXPÉRIENCE
Poule forte et vigoureuse (n° 2, tableau 7) soumise comme la précédente à la privation complète des aliments et des boissons. Sa crête a offert les changements suivants :
DURÉE
de
L’INANITIATION.
POIDS
DU CORPS
Début
grammes.
Crêtes bien rouges.
Crêtes d’uu rouge un peu bleuâtre et moins grosses que dans l’état naturel.
5e jour
10e idem
Crêtes ridées et rapetissées, d’un rouge bleuâtre quand l’animal est en repos, d’un rouge plus vif quand il s’agite.
1 5° idem
Crêtes de la mâchoire inférieure amincies , blanchâtres à la circonférence, d’un rouge jaunâtre dans le reste de leur étendue. A la mâchoire supérieure elles sont moins amincies, mais flétries, rabougries et d’un rouge bleuâtre.
1 9e idem
Mort. Pendant ces cinq derniers jours, les crêtes sont devenues de plus en plus pâles et ont fini par se recouvrir comme d’une écorce décolorée.
Autopsie. Amaigrissement extrême; muscles tout à fait pâles; cœur petit et contracté; fort peu de sang; épanchement séreux dans le péricarde.
Je ferai sur ces deux expériences les remarques suivantes :
a. A mesure que le poids de l’animai s’abaissait, les crêtes se flétrissaient, se rapetissaient, et le sang paraissait de plus en plus s’en retirer.
b. A mesure que les forces diminuaient, les crêtes perdaient leur couleur écarlate, et prenaient une teinte d’un rouge sucsecsivement bleuâtre, jaunâtre, blanchâtre. Cette teinte reprenait de nouveau quelque chose d’un peu rutilant, lorsque l’agitation de l’animal amenait pour un moment un plus grand déploiement de forces.
c. Après la mort, on a trouvé chez ces deux animaux un épanchement séreux dans le péricarde, quoiqu’il y eût eu privation de boissons comme d’aliments; preuve évidente de l’augmentation d’aquosité du sang.
Et, à cette occasion, je dirai que chez la plupart de nos pigeons inanitiés, si ce n’est dans tous, j’ai trouvé une infiltration séreuse dans le bout des ailerons, sorte de leucophlegmasie partielle, digne de remarque assurément chez des animaux d’ailleurs entièrement privés de boissons. Du reste , je n’ai point fait de recherche à cet égard chez les autres espèces d’animaux dont je me suis occupé, sauf chez les grenouilles où, à la leucophlegmasie, se trouvait jointe l’hydropisie des grandes cavités du tronc.
Revenons maintenant à nos autopsies comparées :
4. Je ne quitterai pas ce sujet sans faire connaître une altération très-singulière du sang que j’ai observée chez six de nos grenouilles, dont la mort a été précédée d’une très-longue inanitiation, savoir de 9 à 1 1\ mois (grenouilles 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e; tableau 19) b
Chez elles, le sang rouge avait complètement disparu, excepté chez la 4e et la 5e, où l’on en retrouvait encore quelques restes; et il avait été remplacé par un liquide noir, semblable à une solution étendue d’encre de sépia, qui remplissait tous les vaisseaux du corps, ceux des membres, ceux du mésentère, ceux des poumons et du cerveau; même les épanchements des grandes cavités paraissaient avoir un peu de la teinte mélanosée.
Mais l’organe qui était le siège principal, et, peut-être même à cause de cela, l’origine de cette mélanose générale, c’est le foie. Il avait changé sa couleur hépatique contre une teinte noire assez intense pour tacher le papier comme l’aurait fait l’encre de Chine, et d’une tache qui se conserve encore sans altération depuis six ans. Dans ces foies mélanosés, la bile de la vésicule, tout en devenant très-liquide, était tantôt verte et tantôt roussâtre.
Dans la 4e grenouille, où la mélanose n’était pas encore complètement établie au moment de la mort , le foie a été trouvé d’un brun un peu rougeâtre, et non pas couleur sépia. Il ne teignait le papier qu’en brun chocolat.
1 La grenouille n° i, qui a vécu seize mois, et par couséqueut plus longtemps que cellesci, n'a point été autopsiée.
SUR L’INANITION. 75
Système musculaire. Il nous a fourni pour moyennes les résultats suivants :
ÉTAT
PERTE
INTÉGRALE
NORMAL
pro-
portionnelle.
grammes
grammes
Poids total à l’état humide
Poids total après dessiccation à l’étuve .
Je ferai observer à cet égard :
i° Que ces deux pertes intégrales proportionnelles diffèrent fort peu l’une de l’autre , et montrent que les pesées à l’état humide donnent sensiblement le même résultat que celles après complète dessiccation à l’étuve;
2° Que la perte intégrale proportionnelle du système musculaire est un peu supérieure à la perte intégrale proportionnelle de la totalité du corps, et que par conséquent la déperdition porte en excès sur ce système.
3° Un fait curieux, c’est que la perte intégrale proportionnelle des muscles grands pectoraux est très-notablement plus grande que celle du reste du système musculaire.
Pour mettre ce fait en évidence, etpour mieux écarter toute cause d’incertitude résultant de l’elfet desséchant de l’air, ne prenons, pour déterminer nos moyennes, que celles de nos paires de pigeons chez lesquelles le système musculaire a été pesé tout à la fois à l’état humide et après une complète dessiccation à l’étuve ( pig. 3 et 4 , 7 et 8 , î î et î 2 , 17 et 18, i 9 et 2 o) , nous aurons :