DES EFFETS DE L'JNANITIATION SUR LE POIDS DU CORPS
Quelque nécessaire qu’il eût été de connaître d’une manière approfondie les effets de la privation complète ou incomplète des aliments, puisque pour le médecin c’est la question de tous les jours, cependant cette importante étude n’a point encore été entreprise par la méthode expérimentale, la seule qui fût capable de l’éclairer complètement. Ce n’est pas que nous manquions d’observations d’individus soumis à une abstinence prolongée, tantôt volontairement, comme chez quelques aliénés, tantôt d’une manière forcée , à la suite de naufrages , d’éboulements , etc. non plus que d’histoires merveilleuses de personnes qui ont paru supporter un jeûne continué pendant des mois et des années : mais des observations de cette nature, presque toutes isolées, incomplètes ou absurdes, ne peuvent donner que des notions superficielles ou erronées, et ne contribuent à peu près en rien à l’étude expérimentale de la question.
A ma connaissance , les seules expériences que nous ayons sur ce sujet sont celles que fit le célèbre Piédi, et qui se trouvent dans son Traité des animaux vivants (Florence, i684). Ces expériences sont surtout remarquables par la variété d’animaux qui
1 Je me vois à regret obligé de créer un nouveau terme, en suivant du reste les analogies grammaticales, pour exprimer le passage graduel du corps à un état qui n’est réellement de l’inanition que lors de sa terminaison. L’inanition, à proprement parler, n’est que la fin de l’inanitiation.
y ont été soumis; car d’ailleurs elles se bornent essentiellement à indiquer la durée de la vie des animaux privés de toute nourriture , et ne donnent qu’un résultat brut , qui aurait eu besoin d’être analysé 1.
Laissant de côté les recherches d’érudition, dont j’ai cru pouvoir me dispenser entièrement, puisque je n’avais qu’un mémoire, et un mémoire expérimental à présenter, mais que je me serais certainement imposées, si j’avais eu un traité ex professo à rédiger sur le sujet, je me bâte de passer à l’exposé de mes recherches particulières, et c’est par l’étude de l’abstinence complète des aliments que nous allons commencer.