Modifications morphologiques accompagnant la croissance
Dans le chapitre précédent, on a vu qu'au cours de la croissance, le poids frais d'un individu passait de 0,5 milligramme à la sortie du cocon à un maximum de 40 milligranmes à 12° ou de 60 milligrammes à 7°, c’est-à-dire que sa valeur se trouvait approximativement multipliée par 100. Pendant toute cette phase d’accroissement si considérable, l'individu conserve sensiblement la même structure, et, dans ses grands traits, la même organisation. Seul, le développement des organes reproducteurs, qui est d’ailleurs très précoce, constitue une modification anatomique notable. Cependant, il s'en faut que l'individu adulte puisse être considéré comme étant exactement l’image agrandie du jeune.
a) Tandis que là masse se trouve approximativement multi- . pliée par 100, la longueur totale de l'individu passe de 2 millimètres ou 2,5 millimètres à 25 millimètres au maximum, c’està-dire qu'elle est approximativement décuplée. La masse ne croit donc pas proportionnellement au cube de la longueur, comme cela se produirait si l'individu restait exactement semblable à lui-même du point de vue dùü rapport entie sa longueur et ses autres dimensions, largeur et épaisseur. Il peut
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se produire, il est vrai, une certaine variation de la densité du corps. En fait, l'individu adulte a une forme plus allongée que le jeune. |
b) Un second point, sur lequel j'ai déjà attiré l'attention dans le chapitre précédent, est le suivant : la capacité du tube digestif est relativement d'autant plus grande que l'individu est plus petit. Autrement dit, le parenchyme et les organes qu'il contient croissent plus rapidement que l’épithélium intesüinal. Ajoutons que le nombre des cœæcums digestifs ne semble pas augmenter au cours de la croissance (fig. 13).
Fig. 13. — Varialions des proportions du corps au cours de la croissance. Les longueurs figurées en regard de chaque individu sont proportionnel- D (e) D .
les à leurs longueurs réelles.
c) La faille cellulaire ne croit pas proportionnellement à la taille de Pindividu. M. Lecamr et moi-même (1929) avons constaté que la hauteur des cellules épithéliales tégumentaires croissait moins rapidement que la longueur totale de l'animal. J'ajouterai que, pour ces mêmes ‘cellules épithéliales, le l'apport du volume du noyau au volume du cytoplasme (rapport nucléoplasmique) décroit lorsque la taille de l'animal augmente. : x
d) Les proportions relatives des différentes parties qu'on peut distinguer /e long de l'axe antéro-postérieur du corps se modifient de façon continue au cours de la croissance. J'ai déjà
résumé mes observations à cet égard dans une note préliminaire (M. AseLroos, 1928). La fig. 13 indique la position des yeux et du pharynx chez des animaux de trois tailles différentes : 3 millimètres (fig. a), 12 millimètres (fig. 0), 18 millimètres (fig. c), qui ont été représentés à différentes échelles, de façon à occuper sur la figure la même longueur totale. Les dimensions utilisées sont les moyennes de mesures faites sur de nombreux individus, fixés en extension par l'acide nitrique à 0,5 0/0. J'ai représenté aussi les cœcums digestifs de la branche antérieure de l'intestin.
La fig. 13 montre que certaines longueurs comprises entre
des repères morphologiques, — par exemple la longueur comprise entre l'extrémité antérieure du corps et le niveau des yeux (longueur préoculaire), — ne croissent pas proportion-
nellement à la longueur totale, mais moins rapidement qu'elle. IL en est ainsi également de la longueur prépharyngienne et de la longueur du pharynx. Au contraire, la région postérieure au pharynx, comprenant les organes copulateurs, croit plus rapidement que le reste du corps, de sorte que le pharynx prend une position de plus en plus antérieure.
Ces faits doivent être rapprochés de ceux qui ont été réunis par un certain nombre d'auteurs, — notamment Cuamry (1924), et, plus récemment, J. S. Huxcey (1927), — sous le nom de croissance dysharmonique où hétérogonique, et qui sont relatifs à certains organes d'animaux appartenant à des groupes variés (Insectes, Crustacés, Vertébrés). Les modifications de proportions observées chez les Planaires obéissent en effet aux mêmes lois. Les variations de la longueur préoculaire en fonction de la longueur totale sont assez bien représentées par une formule de la forme :