‹ Recherches expérimentales sur la durée des actes psychiques les plus simplesChapitre 35 sur 39 · POSSIBLE · texte numérisé non relu

POSSIBLE

Si nous considérons la faible valeur du temps employé par la transmission dans le cordon nerveux, nous voyons qu'elle a une importance très minime en comparaison du total que représente le temps de ré-iction simple; l'élément dominant est bien plutôt ce facteur polymorphe que nous avons désigné sous le nom général de processus psychique.

La principal* difficulté qui nous empêche d'appprécier exactement cet intervalle psychique consiste dans l'impossibilité où nous sommes d'enregistrer le début et la fin de ce processus, qu'il ne nous est pas permis d'étudier avec des procédés objectifs isolés, car nous sommes absolument dépendant du concours conscient des individus observés et nous sommes obligé de compter avec les erreurs qui en sont inséparables.

Mais si- nous ne pouvons apprécier la valeur du facteur psychique dans le total du temps de réaction, nous pouvons arriver, en introduisant un élément un peu plus complexe dans notre méthode expérimentale, A savoir quel est le temps nécessaire pour que le sujet que nous examinons accomplisse uu acte mental équivalent par sa simplicité à celui qui fait partie du temps de réaction simple.

Soit, en effet, un individu qui a subi l'excitation du marteau à boule et l'excitation de l'aiguille, et pour lequel nous avons noté un temps de réaction pour chacune de ces sensations. Si nous venons lui proposer de ne réagir qu'à l'une de ces deux excitations, chacune venant alternativement se présenter à lui, sans qu'il puisse prévoir laquelle va arriver, nous obtiendrons un chiffre plus élevé que les précédents et auquel nous avons donné le nom de temps de discernement. La différence entre cette valeur et la moyenne des deux tenip» de réaction précédemment obtenus nous donnera précisément la durée de l'acte cérébral qui est constitué par la distinction. Si maintenant les deux excitations sont aussi simples que possible, et si la réaction se traduit par un signal aussi peu compliqué que possible, comme l'attention est d'autre part amenée à son maximum d'intensité et que, par ce fait même, la volition se trouve suffisamment tendue pour mettre aussitôt le conducteur centrifuge en fonction, on peut considérer cette différence comme exprimant bien le temps employé par l'opération psychique la plus simple qui puisse être accomplie par la faculté d'aperception. Nous appellerons, pour plus de simplicité, cette différence le temps D.

C'est Donders qui entreprit en 1865 les premières expériences dans ce sens; plus tard, Kriès et Auerbach (1877) reprenant ces recherches, trouvent comme différence entre le temps de réaction simple et le temps employé pour discerner deux impressions tactiles les chiffres suivants:

Auerbach

Knrs.

Excitations tactiles fortes

— — faibles

Buccola (1), en faisant distinguer au sujet en expérience entre deux impressions sur des points différents de la peau, trouve comme valeur du temps D: 0"031,0"042.

(1> La dura del discernimento délia determinazione volitiva, liirista id filosifia scicnti/îca, anno I, fasc, 2, 1881.

Les deux points choisis étaient la pointe du doigt et le tiers inférieur de Pavant-bras.

L'individualité possèd3 certainement une influence sur ce temps D. Ainsi Wundt trouve en examinant trois personnes différentes des valeurs oscillant entre 0"047 et 0"O79. Mais à côté de cette influence individuelle, existe celle de l'état de chacun au moment de l'expérience, de la disposition actuelle du sujet, et si la première comporte les nombreux facteurs qui constituent la personnalité, la seconde comprend tous ces éléments différenciateurs qui établissent entre l'homme sain et l'homme malade une dissemblance encore plus complète que celle que l'on trouve entre les sujets sains.

C'est ainsi qu'en comparant les chiffres divers de nos séries, on pourra se rendre compte de la première, tandis que nos moyennes établiront la valeur de la seconde selon les cas.

Nous ne donnons pas ici la valeur du temps D quand, au lieu d'excitations tactiles, on emploie des impressions lumineuses des impressions auditives ou des impressions gustatives, la comparaison avec les résultats que nous fournissons n'étant pas en réalité scientifique ; qu'il nous suffise de dire que les valeurs ne diffèrent pas sensiblement de celles que nous indiquons.

Nous ne nous occuperons pas davantage des chiffres obtenus par les différents expérimentateurs quand on complique l'expérience et que le sujet a à choisir non plus entre deux, mais entre plusieurs excitations présentées avec des alternances irrégulières. Ces valeurs, qui croissent avec la complexité du problème, ne présentent plus en réalité le même intérêt que celles qui sont plus simples, car elles ne donnent plus que le temps employé à des opérations intellectuelles donts le facteurs deviennent rapidement trop nombreux pour être facilement accessibles à l'analyse.

Les valeurs négatives que l'on pourra rencontrer dans les chiffres que nous allons présenter au lecteur sont d'une interprétation relativement facile. Soit en effet un malade, un halluciné, par exemple, dont l'attention est, malgré tous nos

efforts, constamment détournée de ce que nous lui demandons par ses idées délirantes ; cet état élève forcément le temps de réaction au simple contact et à la piqûre ; mais nous ne pouvons en réalité rien y fair>, puisque c'est là l'essence même de la maladie qui nous occupe de ne permettre que très difficilement la fixation de l'attention. Quand nous venons à proposer au sujet l'opération de discernement, l'influence du délire diminue et l'attention est fixée plus facilement. Dans ce cas les chiffres obtenus peuvent être parfaitement inférieurs à la moyenne des chiffres exprimant les temps de réaction, et par suite le temps D devient négatif, ce qui ne signifie pas autre chose que ceci : « le temps perdu à distinguer deux impressions est, sous l'influence d'une plus grande activité de l'attention, compensé et au-delà par la diminution de la distraction qu'imposaient au malade ses idées délirantes. »

D'ailleurs ces valeurs négatives sont rares et nos sujets nous ont presque toujours donné des chiffres suffisamment forts pour le temps d^ discernement par rapport aux moyennes des temps de réaction pour que le temps D ait une valeur positive.

Chez l'homme saii}, et d'une intelligence en général assez exercée, comme le peuvent être des étudiants, nous trouvons :

Et si nous nous adressons à des soldats, c'est-à-dire à des individus dont l'esprit est forcément moins éveillé ; nous trouvons:

Soit en movenne : O'O&M.

Soit en movenne : (YW07.

C'est-à-dire un raccourcissement moyen de 0"0074 sous l'influence d'une gymnastique intellectuelle plus complète et plus prolongée.

En faisant iutorvenir l'effet de la distraction par un bruit continu (métronome), les étudiants nous donnent une moyenne de 0"0645 en augmentation de 0"0012 sur la normale, variation qui ne doit pas nous surprendre si nous voulons bien réfléchir à la difficulté que Ton éprouve en général à travailler de la tête quand un bruit monotone vient vous déranger.

Ces chiffres donnent une idée de l'importance des dispositions individuelles. Si nous considérons maintenant les soldats et les étudiants comme nous ayant fourni la valeur moyenne du temps D chez des sujets normaux et sains, et si nous considérons cette moyenne comme type, soit :

nous pourrons étudier dans quel sens et de combien varie cette valeur chez les différents sujets dont l'étude constitue le corps de ce travail. Nous avons partagé nos vieillards en trois séries, la première comprenant ceux chez lesquels l'athérome était fort développé, la seconde, ceux qui ne présentaient d'autre affection que leur grand âge ; la dernière enfin ceux dont la moelle se trouvait dans un état d'irritation spéciale due à des lésions microscopiques disséminées cà et là. E* d'abord quelle est l'influence de Vàge seul ? Nous trouvons :

, 0"02n ^ ^°'* en ,n °y eilne " 0"062.

chiffre très peu différent de la normale ; donc l'âge n'a pas d'influence à lui seul sur la lenteur des opérations intellectuelles, mais la sénilité artérielle joue une rôle plus important et dans la première série on a:

A „^, ; Soit en moyenne = 0"098(3

Nous trouvons déjà un ralentissement de 0"(Kil6 qui ne fera que s'exagérer chez ceux de nos sujets qui présentent de la sénilité de la moelle. Ces derniers (troisième série) donnent en effet les chiffres suivants :

+ 0"4213 > Soit en moyenne : 0"1KM.

valeur qui dépasse de 0"0921 la normale du temps D. Nous retrouverons d'ailleurs un allongement aussi considérable chez ceux de nos sujets qui, plus jeunes, sont porteurs de lésions médullaires plus accentuées.

Chez les hémiplégiques, on pouvait se demander s'il n'y aurait pas une modification plus considérable du temps nécessaire à l'opération intellectuelle qui nous occupe, quand on s'adressait à l'hémisphère cérébral lésé. Nous avons jusqu'ici distingué les hémiplégies avec sclérose descendante et les hémiplégies flasques ; voyons si cette distinction se maintient au point de vue spécial que nous traitons ici :

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