TECHNIQUE — MANUEL OPÉRATOIRE
L'appareil dont nous nous sommes servi pour nos recherches (chronomètre de d'Arsonval), et dont on trouvera le dessin sur la planche annexée à ce travail, est un chronomètre à aiguille indépendante, parcourant un cadran divisé en 100 parties, en un temps qui oscille entre 1" et.l"5.
Voici le mécanisme de l'appareil. Tne pile P envoie un
courant qui passe de A A' dans Télectro-aimant H et de lu, par B', dans le marteau F, par C" D\ pour revenir en B. Tant que Télectro-aimant H est ainsi aimanté, il fixe le disque r qui commande l'aiguille E. En face de -r 9 le disque R tourne d'un mouvement constant, actionné par un mouvement d'horlogerie. Si on vient à appuyer la boule du marteau F sur un plan résistant, le courant est interrompu entre C et D' et l'électro-aimant cesse d'attirer le disque >\ A ce moment, le ressort S applique r contre R ; ce dernier entraîne le petit
Nos planches sont dues au crayon de notre compatriote M. H. Bellieni. Qu'il nous permette de lui dire combien son aide nous a été précieuse el combien nous le remercions.
— Ni —
disque et par suite l'aiguille dans son mouvement «le rotation. Si on vient alors à mettre au contact les deux branches de la pince G, le courant passe de nouveau en A A', H B' C 1) B, et l'électro-aimant, de nouveau aimanté, fixe le disque /*. L'aiguille a parcouru un certain nombre de divisions. Si on connaît la vitesse du disque R, on aura facilement le temps écoulé entre le moment de départ et le moment d'arrêt de l'aiguille.
On emploie cet instrument en touchant un point de la peau avec la boule du petit marteau et en disant au sujet de serrer entre ses doigts la pince G sitôt qu'il se sentira touché. Le chemin parcouru par Taiguille entre le moment où Ton touche le sujet et le moment où il serre la main donne (en centièmes d'une révolution totale autour du cadran) le temps écoulé entre les deux autres. Il suffit donc de prendre, chaque fois qu'on veut se servir de l'appareil, avec une montre à secondes, le temps mis par l'aiguille pour faire un tour, pour avoir exactement en centièmes de seconde la valeur indiquée.
Mais nous n'avions ici, comme excitant et comme signal, qu'un seul manuel opératoire possible et il nous était difficile d'étudier dans quelles limites les temps de réaction oscillaient avec la nature de l'excitant employé chez nos différents sujets. Nous trouvions en effet dans les auteurs que, toutes choses égales d'aillours, le temps que l'aiguille indiquait sur le cadran devenait plus intense, sans cependant dépasser une certaine limite au delà de laquelle, la douleur remplaçant l'excitation simple, la longueur du temps devenait de plus en plus considérable.
C'est ainsi que Hirsch nous montrait le temps croissant de (V'1733 à 0"1911 avec la diminution de l'excitation, que Wittisch voyait tomber le temps nécessaire pour enregistrer une impression lumineuse de 0"1720 à 0"1510 en mettant le sujet dans l'obscurité ; que Exner, qui faisait signaler par l'individu en expérience le moment où jaillissait une étincelle électrique, voyait le temps perdu diminuer de 0"1581 A0"1229
en augmentant de 5 à 7 millimètres la longueur de l'étincelle ; que Wundt, étudiant l'influence des excitations auditives, voit le temps de réaction diminuer au fur et à mesure que le son s'élève, pour augmenter ensuite quand le son tendait vers le maximum des vibrations perceptibles.
Voulant vérifier cette loi et savoir si nous devions la retrouver dans les différents cas pathologiques que nous nous proposions d'étudier, nous avons fait construire par M. Bellieni deux excitateurs (Ep et EP de la planche) dans lesquels nous avons remplacé la boule primitive de l'instrument par une pointe, conique dans Ep, aiguë dans EP, de façon à nous permettre d'exciter, à volonté légèrement ou fortement, le point du tégument externe auquel nous nous adressions.
On pourrait maintenant nous demander pourquoi, dans cette étude, nous avons négligé les sens spéciaux et pourquoi nous n'avons employé que des excitations tactiles aussi simples que possible, évitant même d'employer une excitation électrique. Si nous nous en rapportons aux résultats obtenus par les différents expérimentateurs, qui ont fait des essais sur les divers organes, nous trouvons les chiffres suivants qui expriment en centièmes de seconde les temps de réaction simple selon les sens excités.
Excitation
Excitation
Excitation
lumineuse.
auditive.
cutanée électrique.
Hirseh
Hinckel
Donders
Wittich
130 (ra«i).
Wundt
Exner
Kriès
Auerbach
Buccola, 1 re série
On voit donc que la réaction à l'impression lumineuse est constamment plus longue. La prédominance oscille ensuite
entre l'excitation auditive et l'excitation cutanée électrique. Mais, si nous nous reportons aux expériences que Buccola a faites sur trois individus, nous trouvons que l'excitation tactile simple donne encore des temps de réaction plus courts que l'excitation électrique de moyenne intensité ; témoin le tableau suivant :
A (TUS, ., 4 . 0"143j „ . 4 ,. ....
B 0"136^ Excitatl0n avec 0"W Excitatl0n electn( ï u *
G O'W un P inceau - 0^67^ moyenne.
et ces chiflres ne font que confirmer le résultat des recherches de Vintschgau et Hônigschmied.
Désireux d'avoir des résultats aussi dégagés que possible de toute complication, nous n'avons pas hésité à choisir le manuel opératoire qui donnait les chiffres les plus faibles et qui présentait en outre l'avantage d'exiger un appareil moins encombrant.
Que l'on se demande en effet avec Wittisch si la structure des organes sensoriels n'introduit pas un élément important dans la durée du temps de réaction ou qu'on attribue, avec Kriès et Auerbach, la plus longue durée du temps de réaction à une impression lumineuse aux processus chimiques intrarétiniens qui accompagnent l'acte de la vision ; ou même que l'on se borne à considérer, avec Wittisch encore, la plus grande proximité des centres sensitifs et moteurs des membres dans le cerveau relativement à la distance qui sépare, par exemple, le noyau de réception des impressions auditives du centre moteur du bras, il est bien certain que c'est en s'adressant aux ,nerfs de la sensibilité générale que Ton a le plus de chances d'éliminer des erreurs d'expériences dont la valeur est encore actuellement impossible à apprécier. Nous pouvons enfin invoquer en faveur de notre manuel opératoire cette raison que nous avons, en général, une plus grande habitude de coordonner nos incitations volontaires avec les impressions tactiles qu'avec n'importe quel autre genre d'impressions.
Les chiffres que nous donnons ci-dessus nous permettent
encore de ne pas tenir compte de causes d'erreur que Ton considère en général comme devant influer considérablement sur la valeur des résultats. Nous voulons parler de l'influence que peut avoir sur la vitesse que met le sujet à réagir Je fait qu'il voie ou qu'il entende l'excitation avant de la sentir. Le temps nécessaire pour réagir à une excitation lumineuse ou . auditive étant plus long que le temps nécessaire pour répondre à une excitation tactile, il est bien évident que si le sujet observé emploie le minimum de temps possible et le maximum d'attention, le résultat fourni par lui sera l'expression du temps nécessaire pour réagir au contact et non autre chose.
Jusqu'ici nous n'avons encore parlé que d'un seul mode de signal : la mise en contact par une simple flexion de doigts des deux bornes a et b de la pince S de notre planche. Curieux de savoir de combien le déplacement du signal pouvait influer sur le temps nécessaire à son emploi, et prévoyant d'ailleurs l'impossibilité où seraient certains de nos sujets de se servir de leurs mains, nous avons fait construire la pédale P, dont les deux bornes a et b permettent, par leur rapprochement sous l'influence d'une très légère pression, d'employer cet instrument avec le pied aux marnes usages que la pince S avec la main.
Une dernière objection se présentait enfin à laquelle nous avons tenu à pouvoir répondre. On nous faisait observer que, la force avec laquelle nous piquions ou nous touchions nos sujets n'étant pas réglée mécaniquement, il pouvait, de ce fait, s'introduire dans nos observations une cause d'erreur très sérieuse. Nous avons alors, avec le concours de M. Bellieni, établi un excitateur cylindrique dont nous donnons le dessin et dans lequel une pointe ou une boule venait trapper la peau avec une vitesse constante. Dans ces conditions, nous avons constamment trouvé les mêmes oscillations et les mêmes moyennes qu'avec l'excitateur A main et nous avons ainsi acquis cette certitude que l'exercice nous avait donné dans la main une régularité suffisante pour que les erreurs inhérentes à cette cause pussent être considérées comme nulles.
— ao —
Notre instrument étant bien connu, ainsi que les raisons qui nous ont déterminé à l'employer de préférence à tout autre, voici maintenant comment nous nous en servons : nous plaçons dans la main du sujet la pince-signal S en lui expliquant comment, sitôt qu'ii se sentira toucher .un point de la peau, il n'aura qu'à appuyer avec le pouce sur la vis située à l'extrémité de l'une des branches et à maintenir sa pression pendant quelques instants ; puis nous le prions de fermer les yeux, au besoin, nous les maintenons fermés avec la main gauche, et, saisissant l'excitateur de la main droite, l'aiguille étant au zéro de l'appareil, nous touchons un point de la peau. Le courant cesse de passer et l'aiguille se met en mouvement; le sujet serre la pince, le courant passe de nouveau ; un aide placé devant le cadran note le point où l'aiguille s'arrête, puis il la ramène au zéro. Puis nous recommençons en ayant soin d'éviter toute cause de distraction et en priant de temps à autre le sujet de concentrer son attention sur ce qu'il fait. Les premiers chiffres obtenus sont négligés pour permettre au sujet de s'habituer à l'appareil. Quand nous avons obtenu 30 à 40 chiffres ayant sensiblement la même valeur, nous laissons le signal dans la main et nous allons successivement exciter la peau au niveau du sommet de l'acromion, de la pointe de la malléole externe et du sommet du grand trochanteiv Le premier point excité et que nous désignons dans notre travail sous le nom d'Em. Thén., n'est pas à proprement parler l'éminence thénar, mais le dos de cette éminence, la peau qui recouvre la face dorsale du 1 er métacarpien. Quittant ensuite l'excitateur à boule, nous prenons l'excitateur à pointe conique et nous prenons deux nouvelles séries de chiffres sur le l pr métacarpien et au sommet de l'acromion.
Ceci fait, nous disons au sujet qu'il va sentir alternativement la pointe et la boule et qu'il ne devra réagir qu'à l'une de ces deux excitations, la pointe par exemple. Nous touchons alors irrégulièrement, et en cherchant à surprendre l'individu examiné, l'éminence thénar tantôt avec la boule, tantôt avec la
pointe, en ayant soin de ne faire passer le courant qu'à travers celui des deux instruments auquel il doit réagir, si bien que l'aiguille ne se met en mouvement que pour être arrêtée.
Enfin nous substituons au signal à la main le signal au pied, et, avec les mêmes précautions, nous établissons encore deux séries de chiffres, la l re , en excitant PEm. Théft., la 2 e en touchant la pointe de la malléole externe.
Nous terminons l'observation en examinant la sensibilité des points excités avec le compas de Weber, voulant savoir si nous pourrions établir un rapport entre les résultats fournis par ces explorations différentes.
Chaque sujet nous donne ainsi neuf séries de chiffres non identiques et dont il s'agit d'obtenir la moyenne. Prenons un exemple pour rendre l'explication plus facile. — Soit obtenue par excitation de l'Em. Thén., et réaction à la main la série suivante :
Soient 54 chiffres inscrits, les premiers ayant été laissés de côté. Nous trouvons le chiffre: 15 répété 22 fois.
15 répété 22 fois 14 -~ 6 —
si
19 ; chacun 1 ou 2 fois.
Nous laissons de côté le chiffre 9 pour lequel une erreur d'expérience est toujours possible ; nous ne considérons pas non plus les chiffres 17, 18, 19, 21,27, 31, qui, répétés isolément chacun une fois, ne sont que l'expression des moments d'inattention du sujet.
Restent donc : 22 x 15 = 330
Soit: 668
à diviser par 22 + 6 -h 1 1 -4- 6 = 45, ce qui donne ^f = 14,84.
Si maintenant l'aiguille fait le tour du cadran en l"l, par exemple, chaque division vaudra 1", 1/100; pour avoir le temps auquel équivaut ce chiffre de 14,73, nous le multiplierons par 1"1. Soient 16, 320 centièmes de seconde ou: 0"1632.
Multiplions par 1,1 le plus faible et le plus élevé des chiffres obtenus, ce qui donne 9,9 et 34,1 et nous aurons ainsi une ligne de nos tableaux constituée.
t. minimum. - t. maximum. T. moyen.
Une dernière question se posait: l'influence de l'habitude est-elle suffisante pour qu'une série obtenue comme nous venons de le dire ne puisse être considérée comme exacte dès la première fois ? Nous ne le croyons pas. Les premiers chiffres, ceux que nous ne prenons pas, subissent seuls l'influence de l'inexpérience du sujet ; une fois que l'individu a compris ce que Ton veut, les moyennes ne se modifient pas sensiblement ; seuls les chiffres extrêmes se rapprochent sous l'influence de l'habitude. Ainsi nous avons examiné à ce point de vue un de nos amis R., et nous avons trouvé pour la l rc série 0"1540 comme temps de réaction à la main, avec excitation à l'Em. Thén, et pour la 5 me environ trois semaines après, c'est-à-dire avec un intervalle moyen de quatre jours entre cha-
que série, 0"15 15, c'est-à-dire une différence en moins de (T0025. Quant aux chiffres extrêmes, ils étaient la première fois 0,06 et 0,22, la cinquième fois 0,13 et 0,18. Ce n'est donc que sur ce point spécial que porte l'influence de l'habitude et nous croyons pouvoir conclure avec Wundt que, dans certaines limites, elle disparaît devant celle de l'attention. Nous allons maintenant passer à l'étude des résultats obtenus.