Recherches expérimentales sur la pathogénie des lésions du coeur droit consécutives à certaines maladies douloureuses de l'appareil hépatique et gastro-intestinal
Il y a quelques mois, M. Joseph Teissier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon, faisait, au Congrès scientifique de Montpellier, une communication sur les affections cardiaques, consécutives aux lésions hépatiques et gastrointestinales.
Cette communication attira particulièrement l’attention des membres du Congrès, et Messieurs Potain, Combal, François Franck, Lancereaux, prirent part à la discussion.
Ce mémoire, en effet, joint aux recherches antérieures du professeur Potain sur certains faits de dilatation cardiaque, qu’il avait vu survenir dans le cours de quelques affections de l’appareil biliaire, ouvrait un chapitre tout nouveau dans
l’histoire des cardiapathies. 11 prouvait tout au moins, qu’à côté des affections organiques du cœur, qui ont leur point de départ, soit dans une maladie valvulaire, soit dans le mal de Brigth, se trouvent des cardiopathies d’un ordre tout différent, dont il faut désormais tenir compte. Nous voulons parler des cardiopathies d’origine réflexe.
C’est, en effet, à une influence nerveuse que MM.Potain et Teissier croient devoir attribuer les désordres cardiaques , dont nous entreprenons l’étude, et le poumon serait l’intermédiaire des accidents observés. M. Potain s’est surtout efforcé de mettre en relief l’action pulmonaire, et sans oser se prononcer, il pense que l’influence des pneumogastriques n’est pas étrangère à ces désordres cardiaques consécutifs.
M. Joseph Teissier, d’un autre côté, ayant eu l’occasion d’observer plusieurs cas de lésions du cœur droit, à la suite de maladies douloureuses du foie, de l’estomac ou des intestins, a pensé que cette affection était soiis la dépendance d’une irritation du grand sympathique. Selon lui, par voie réflexe, il s’opère un spasme des vaisseaux pulmonaires sous l’influence de l’irritation réfléchie sur le pneumogastrique; d’où augmentation de la tension sanguine dans l’artère pulmonaire.
Nous avons été séduit par la théorie nerveuse qui expliquerait les désordres cardiaques que M. Potain avait notés en pareil cas, et la récente commu-
nication de M. Teissier nous a donné l’idée de faire des recherches expérimentales, pour élucider ce point délicat de pathogénie. Chercher l’explication de faits cliniques, dont l’existence, dûment constatée, ne nous semble pas être mise en doute, tel est le but de ce travail; et voici l’ordre que nous suivrons : Nous donnerons d’abord l’historique de la question, étudiant les différentes phases qu'elle a traversées, les hypothèses auxquelles elle a donné lieu. Dans un second chapitre nous exposerons le fait clinique, résumant, aussi bien que possible, les observations sur lesquelles on peut l’établir. En troisième lieu, nous exposerons et nous discuterons les expériences que nous avons entreprises pour arriver à en donner une explication rationnelle. Enfin, dans un dernier chapitre, nous donnerons les conclusions anxquelles nous sommes arrivé par la méthode expérimentale.
Mais, ainsi que M. Lancereaux le faisait remarquer au Congrès de Montpellier, le sujet que nous nous proposons d’étudier est complexe, et dans ce modeste travail nous ne prétendons pas dire le dernier mot sur ce point important de la pathogénie des affections cardiaques, consécutives aux affections hépatiques et gastro-intestinales. Espérons toutefois que de nouvelles recherches viendront contrôler notre manière de voir, donneront la certitude à des points, que nous laisserons peutêtre encore douteux sur cette question.
En terminant ces considérations préliminaires, qu'il nous soit permis
Que notre savant maître, M. le professeur Chauveau, veuille bien accepter ici l’expression de notre gratitude pour la bonté avec laquelle il nous a toujours accueilli dans son laboratoire, et l’intérêt qu'il nous a constamment porté dans le cours de nos expériences.
Nous ne saurions également trop remercier M. le" docteur Arloing, chef du laboratoire de médecine expérimentale, qui a bien voulu nous aider, nous diriger dans toutes nos recherches, mettant à notre disposition et son savoir et son habileté dans ces questions si complexes de physiologie.
Nous prions aussi M. le docteur Rebatel, chef du laboratoire de physiologie, de vouloir accepter toute notre gratitude pour son bienveillant concours.
Nos bien sincères remerciements à nos collègues d’internat qui nous ont communiqué des observations cliniques.