‹ Recherches expérimentales sur la pollinisationChapitre 24 sur 59 · SALVIA PRATENSIS · texte numérisé non relu

SALVIA PRATENSIS

Les fleurs des différentes espèces de Sauge ont un appareil staminal d'une structure qui a fait l'objet de nombreuses descriptions ; on l'observe très nettement chez la Sauge commune (Salvia pratensis) qui a fait l'objet de mes expériences.

Les fleurs de cette espèce sont protérandres ; au moment de

DESCRIPTION l>i:s EXPÉRIENCES 5g leur épanouissement les étamines seules ont achevé leur évolution. Celles-ci ;ui nom lu i* de deux seulement sont composées d'un courl filet, sur Lequel s'attache un long connectif, qui suhit une différenciation spéciale : il est divise en deux bras inégaux, un I n;i s supérieur allongé, <|iii se termine sous la lèvre supérieure de la corolle par un sac pollinique fertile, ri un bras inférieur courl et stérile terminé par un renflement représentant un sac pollinique avorté, lequel vient se placer à l'cnlree de la corolle. Et le connectif présente cette particularité d'être réuni à son filet par une manière d'articulation mobile, dont le rôle apparaît lorsqu'on observe les insectes, qui fréquentent ces fleurs. Un bourdon par exemple

cherche-t-il à atteindre le nectar, qui se trouve au fond du tube corollin, qu'il heurte forcément les deux dilatations inférieures des connectifs toujours plus ou moins soudées ensemble et détermine par suite l'oscillation du connectif sur son articulation avec le filet. Et les longs bras, qui portent à leur extrémité les deux demi-anthères déhiscentes se trouvent ainsi projetés vers le bas et viennent s'abaisser sur le dos de l'insecte, qu'ils recouvrent d'un pollen abondant ffig. 17).

Fie 17. — Fleur jeune de Salvia pralensis. Fig. 18. — Fleur âgée de Saluia pralensis .

(Section longitudinale. ) (Sertion longitudinale. )

Et, si celui-ci visite ensuite d'autres fleurs, il réalisera presque sûrement leur pollinisation, surtout si, épanouies depuis quelque temps, elles sont arrivées au deuxième stade

6o RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA POLLINISATION

de leur floraison, parce qu'alors il rencontre forcément les deux branches stigma tiques, que le style complètement développé vient placer à l'entrée même de la fleur (fig. 18).

Ces détails du développement et de la structure des fleurs de Salrin paraissent donc devoir favoriser l'héléropollinisation. Aussi n'esl-il pas surprenant (pie Sprongel, Ogle, II. Millier, Hildebrand, Cheshire, et d'autres aient déclaré que ces fleurs présentaient un exemple d'une admirable adaptal ion à la fécondai ion croisée.

Mais cette opinion ne s'appuie (pie sur des laits d'observation; il n'a été nullement démontré expérimentalement que ces fleurs étaient autostériles et forcément tributaires des insectes. Les quelques expériences, dont elles ont fait l'objet, portent sur des espèces dont la structure est fort différente de nos Sauges communes !i ; aussi me suis-je proposé d'instituer chez le Sa/via pratriisis une série de pollinisations pour l'étude comparative des différents modes de pollinisation.

Mise en expérience. Les piaules qui ont servi à ces expériences sont des pieds sauvages, qui ont été transplantés en ayant soin de conserver une grosse motte de terre à 1 entour des racines.

Castration. — Cette opération exige certains soins particuliers : elle doit se taire sans toucher aux (leurs avec les doigts, en raison de leur tragililé cl du suc visqueux qui les imprègne. I.eselamines sonl enlevées avec la pince par une fente pratiquée sur l'arête de la lèvre supérieure (2).

Mise en sac. Cette même fragilité des boutons exige qu'on les isole dans des sacs de grande taille don! il soit facile de les sortir sans qu ils

(1) Hildebrand (JJeber die Befruchtung der Salvia arien mil Hïrffe von Insekten. Pringsh. Jahrb., Bd IV, p. 462 et '172) a observé que le Salvia hirsuta étiiit spontanément auloferlile et que le Salvia rarrinea donnait de nombreux fruits après pollinisation directe artificielle

Mais contre l'opinion de cet auleur. Darwin (Des effets de la fécond., p. 0/1. trad. Heckel) prétend que cette plante donne de nombreuses graines spontanément autofécondées, quand on abandonne ses fleurs sous une gaze.

D'après Darwin (/. r . |>. .'ï(iS) les fleurs de Salria Imori restent stériles quand on les isole sous une gaze.

(2) Il faut noter que dans les boulons on observe souvent des anthères très tôt déhiscentes ou bien des anthères avortées; ceux qui sont mis en expérience présentent tous les caractères d'un développement complet et normal.

SaLVIA PRATENSIS, - - DÉTAIL Hi:s EXPERIENCES,

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SaLVIA PRATENSIS. — RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES.

MODE DE l'OI.I.IMS VI ION

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de bons kkènei par fruit

Pollinisation indirecte

Pollinisation croisse

touchent la paroi. Chaque sac renferme un petit nombre de boutons qui sont destines à subir le même traitement.

Pollinisation. — La pollinisation est opérée lorsque le stigmate sorti du dessous de la lèvre supérieure fait saillie et se divise à son extrémité en deux lèvres.

Les divers modes de pollinisations s exécutent avec la plus grande facilité, sans rien présenter digne d être noté.

Fructification. — La fructification s'opère régulièrement ; les quatre parties du fruit (lélrakène) ne sont pas toujours également développées, et elles ne donnent pas toutes à maturité une graine mûre.

Les plantes, restées dans le laboratoire pendant la durée des pollinisations, sont ensuite placées sous un vitrage à I air libre.

Cette série de pollinisations, dont on trouvera le détail el le résumé dans les tableaux ci-joints, donne les résultats suivants :

i° Toutes les fleurs châtrées non pollinisées se sont flétries.

2° Un grand nombre de fleurs pollinisées ont donné des fruits mais en proportion variable suivant les différents modes de pollinisation ; ces fruits représentent pour la pollinisation directe 56 pour 100 des fleurs pollinisées, pour la pollinisation indirecte 66 pour 100, et pour la pollinisation croisée 82 pour 100 ; mais tous ces fruits renferment le même nombre moyen de graines.

Les fleurs de Salvia, malgré leur adaptation à la pollinisation croisée, sont donc susceptibles de donner des graines autoféçondées,

mais elles n'en montrent pas moins une préférence marquée pour la pollinisation croisée.

ORNITHOGALUM PYRENAICUM

Dans les fleurs d'Ornithôgalum pyrenaicum, les pièces du périanthe s'étalenl largement au moment de la floraison (fîg. 19) et au-dessus d'elles s'élève vertical le pistil, au milieu «lu cercle des éiamines inclinées; ces dernières, lorsqu'elles entrent en déhiscence, sont assez éloignées du style et ce

, , |, . . F10. 19. — Fleur d'Ornithogatam

n est que lorsque 1 epanOUISSe- pyrenaicum. (Section longitudinale.)

ment louche à sa lin, que, les

diverses parties du périanthe se l'approchant du centre de la (leur amènent les anthères au contact du stigmate.

Cette fleur n'a été l'objet d'aucune recherche expérimentale et j'ai étudié sur elle les pollinisations directe, indirecte et croisée.

Mise en expérience. — Les expériences ont porté sur des pieds sauvages transplantes dans des pots.

Castration. — • L'ablation des six étamines s effectue facilement, les pièces du périaiitlie non soudées se laissant écarter dans les boutons jeunes.

Mise en sac. — Toute l'inflorescence est entérinée dans un même sac. Lorsqu'il s'agit de polinisation directe et indirecte les boutons sont châti és de deux en deux à partir du bas pour servir les uns à la pollinisation directe, les autres à la pollinisation indirecte. Au contraire si I inllorescence est destinée aux deux autres traitements, tous les boutons sont opérés.

La partie terminale de la grappe où se trouvent souvent des fleurs avortées est sectionnée.

Pollinisation. — Aucune particularité, si ce n'est que la pollinisation croisée est faite avec du pollen provenant des plantes d'une autre localité.

Fructification. — Les fleurs fécondées développent des capsules qui arrivent à maturité ; les autres se dessèchent.

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Pollinisation indirecte

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Pendant toute la durée <los expériences les plantes sont restées dehors

croisés à io grosses graines ; à droite, inflorescence de la plante n" 2 : fruits directs et indirects à une ou deux graines. Les uns et les autres ont sensiblement le même aspect.

à l'air libre sous un vitrage, elles n'ont été rentrées au laboratoire que pendant le temps des opérations.

R.1CBER. 5

f.G RECHERCHES EX P ÊR1 M ENTA LES SUli LA POLLtTtlS ATtOb

Cette série de pollinisations, dont on trouvera le détail et le tes h nié dans les tableaux ci-joints, donne les résultats suivants:

i" Toutes les Heurs châtrées non pollinisées se sont llètries.

2° Les fleurs pollinisées de façon directe et indirecte se sont llétries à l'exception d'un petit nombre, qui ont donné des fruits consistant en une capsule parfaitement développéemais ne renfermant qu'une ou deux graines (fig. 20).

3° Au contraire la presque totalité des Heurs pollinisées de façon croisée ont donné des fruits, dont toutes les loges sont remplies de graines tassées les unes contre les autres, dont 10 au moins sont de grande dimension (fig. 20).

Ce qui ressort de ces expériences, c'est qu'en dépil des apparences nullement en faveur d'une adaptation spéciale à la pollinisation croisée nécessitant l'intervention des insectes, /'( ►rnithocalum pyrenaicum n'est réellement fertile qu'à la condition d'être pollinisé avec le pollen d'une plante distincte.

ENDYMION NUTANS

Les Heurs <le la Jacinthe des bois \ Emli/ntion nutans . dont on connaît la disposition en grappes inclinées, ont une périanthe en forme de cloche, qui enserre dans sa partie étroite tubuleuse les organes de la reproduction (fig. 21); les étamines qui s'insèrent par de courts filets sur les pièces du périanthe portent leurs anthères au voisinage même du stigmate.

Cette disposition est éminemment favorable à l'autopollinisation. On re-

F,c. 2,. - Fleur A'Endymion m*r(\"e toutefois que SUT le grand

nutans. (Section longitudinale.) nombre de fleurs que portent les

inflorescences, deux ou trois seulement donnent des fruits. Je ne sache pas que cette plante ait fait jusqu'ici l'objet d'expériences.

Knmymion m ï \ns. — Détail des expériences.

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