TECHNIQUE DES EXPÉRIENCES
Les expériences que j'ai entreprises m'ont obligé d'instituer une technique spéciale, dont je dois décrire tout d'abord les principaux points : les fleurs étudiées sont isolées sous des sacs de gaze line qui les protègent des influences extérieures, elles sont privées s'il y a lieu de leurs étamines et pollinisées au moment opportun et toujours accompagnées d'une série de fleurs témoins.
i" Isolement des fleurs à l'étal de boutons dans des sacs
de gaze fine.
L'étoffe employée à la confection des sacs est un tissu léger, transparent, en soie, qui compte 80 fils au centimètre, d'où il résulte que les mailles formées par rentre-croisement des fils forment des carrés, qui mesurent ;iinsi que j'ai pu m'en assurer au microscope 5o à 60 Non seulement ce tissu empêche l'accès des insectes mais il s'oppose efficacement à La pénétration même des grains de pollen dont les dimensions dans les fleurs que j'ai expérimentées varient entre 3o et 100 y. (1).
Les sacs de gaze sont généralement destinés à recouvrir des fleurs isolées, plus rarement une partie d'inflorescence et
(1) Ces soies sont celles qui sont employées pour le blutage des farines ; elles offrent toutes les conditions requises de régularité; celle que j'ai choisie compte parmi les plus fines.
TECHNIQUE DES EXI'EltlE\CES iS
exceptionnellement une partie de plante plus importante. Ils sont donc suivant ces cas de taille et de forme différentes.
Pour ne pas gêner la fleur qu'ils recouvrent, ils sont soutenus par une armature métallique appropriée, laquelle ellemême se trouve reliée à un tuteur eu bois, qui supporte le tout. Les •> Heures ci-jointes (lie/. 1 et 2) qui résument le type
Fig. 1. — Sac de gaze et armature métallique. FiG. a. — Dispositif général
d'une expérience.
le plus ordinairement employé en disent plus qu'une longue description. Cette disposition a le grand avantage de pouvoir, en modifiant la courbure du lil de fer qui relie l'armature au piquet, suivre la fleur dans ses déplacements occasionnés par la croissance de la plante. La partie ouverte du sac tournée vers le bas est coulissée autour de la tige même de la fleur.
20 Ablation des étamines dans les fleurs autres que celles
a autoféconder.
L'ablation des étamines n'est pas indispensable pour ces expériences et Darwin dit 1) qu'il ne l'a jamais employée afin
(l) Ch. Darwin. Des effets de la fécondation croisée trad. Ileckel, p. 11-12.
1 6 Itli C II E B C H E S E X P E II I M E N TA L E S S II fi LA POLLllS'ISATIO N
de rapprocher autant que possible ses expériences de ce qui se passe dans la nature avec les plantes fécondées par l'intervention des insectes. Mais bien souvent dans la (leur le stigmate entre naturellement en contact avec les étamines. Or s'il est déjà recouvert de pollen, non seulement la pollinisation artificielle est rendue incertaine, mais les fleurs ont dans tous les cas été susceptibles de s'autoféconder. J'ai pensé qu'il était préférable de supprimer toute possibilité d'autopollinisalion par l'ablation des étamines de façon à pouvoir étudier isolément et en toute sécurité les effets de chaque mode; de pollinisation.
Cette opération doit être pratiquée sur des boutons jeunes, et si elle est faite avec soin elle n'empêche pas leur épanouissement régulier. Pour plus de commodité j'ai choisi en général pour mes expériences des fleurs à étamines peu nombreuses. J'ai eu soin de vérifier à la loupe après chaque castration l'état des anthères enlevées.
3° Pollinisation artificielle.
J'ai eu recours à une méthode très simple, qui consiste à prélever avec la pointe d'une aiguille préalablement flambée le pollen de fleurs écloses sous des sacs de gaze à l'abri des insectes.
4° Fleurs témoins.
Parmi les (leurs châtrées à l'état de boutons, j'en ai dans chaque série d'expériences mis quelques-unes de côté pour servir de témoins; ces /Irais no n pollinisées et toujours restées stériles ont démontré l'effet réel de la castration en même temps que l'eflicacité de l'isolement réalisé par les sacs de gaze.
Les précautions que je viens d'énumérer m'autorisent à croire que j'ai ainsi réalisé les meilleures conditions pour l'étude artificielle des différents modes de pollinisation.
Chaque expérience comporte donc la séparation des fleurs étudiées en quatre lots destinés à un traitement différent :
TRCIIXIQUE DES BXPÊHtBffCËS 17
Pas de pollinisation ; Pollinisation directe ;
— indirecte ;
— croisée.
Dans la description que je donnerai de mes expériences, toutes conçues sur le même plan, j'exposerai successivement les détails de technique particuliers à chaque espèce ; je résumerai les résultats obtenus, et des tableaux en donneront tout le détail.
HlCHhR.
N ICOTI AN A SILVESTRIS
Les fleurs des différentes espèces de Tabac présentent des variations plus ou moins grandes dans la forme de leur corolle. Mais leur stigmate se trouve en général à la hauteur
drs étamines; aussi est-il toujours abondamment recouvert de pollen et l'autopollinisation se trouve ainsi naturellement réalisée.
Il semble d'ailleurs que la fécondité exceptionnelle de ces plantes ne puisse s'expliquer que par l'autofertilité des fleurs. Celle-ci a été démontrée expérimentalement chez le Nicotiana Tabacum i); mais il n'a pas été fait sur ces plantes d'expériences détaillées pour comparer l'eflicacité des différents modes de pollinisation.
J'ai donc entrepris une série de recherches sur une espèce horticole de Tabac très commune aujourd'hui dans Fig. 3. — Fleur de Nicotiana les jardins, le Nicotiana silvestris du ca-
silveslris. (Section longitudinale.) talogue de Vilmorin.
Dans cette espèce le tube de la corolle est très long et son extrémité terminale à peine élargie est occupée par les anthères ; et comme celles-ci sont immédiatement appliquées comme le stigmate, elles doivent toujours
(i) Voir Darwin. Des effets de la fécondation croisée, p. 2o3, 354 et 37Ô.
DESCRIPTION DES EXPliMEACES i9
déverser à sa surface une certaine quantité de pollen, qui réalise la pollinisation directe (lig. 3).
Mise en expérience. Plusieurs pieds de cette espèce, que j'ai repiqués dans de grands pots, commencent à fleurir en juillet; je choisis sur ces plantes un certain nombre de boulons pour les mettre en expérience.
Castration. Leur castration ne présente aucune difficulté, caries anthères n'entrent en déliiscence qu'assez tardivement et il est facile de les enlever une à une avec la pince en pratiquant à leur niveau une légère fente dans la corolle.
Mise en sac. — Ces boutons châtrés et quelques autres intacts sont introduits isolément dans des sacsde gaze. Ceux-ci sont bientôt trop courts par suite de l'allongement extraordinaire de la corolle; mais, comme je n'en ai pas de plus grands pour les remplacer, je me contente de dégager la partie inférieure des fleurs pour fermer la coulisse immédiatement au-dessus du calice autour du tube de la corolle.
Pollinisation. — Lorsqu'elles s'épanouissent (généralement il\ heures après la castration) je leur fais subir un des quatre traitements ordinaires :
Pas de pollinisation, Pollinisation directe,
— indirecte,
— croisée.
Je poursuis ces opérations pendant une huitaine de jours sur cinq pieds différents. Quand le total des fleurs pollinisées me parait suffisant, je supprime tous les boutons non épanouis inutiles, et j'abandonne les plantes à elles-mêmes, à l'endroit où elles ont été expérimentées, c'està-dire à l'air libre sous un vitrage à l'abri du soleil.
Fructification. — Tandis que les fleurs-témoins gardent longtemps leur corolle épanouie pour arriver finalement à se flétrir et à se détacher de la plante, la presque totalité des fleurs pollinisées perdent rapidement leur corolle et montrent des ébauches nettes de fruits. Ceux-ci s'accroissent extraordinairement vite ; avant leur maturité ils sont introduits à nouveau dans des sacs de gaze destinés à retenir leurs graines, et ils sont récoltés au moment de leur déhiscence.
Cette série de pollinisations, dont on trouvera le détail dans le premier tableau (i) et le résumé dans le tableau qui suit, conduit aux résultats suivants :
(i) Tous les tableaux détaillés donnés dans ce travail sont établis sur le même
NlCOTIANA SILVESTMS. — DÉTAIL DES EXPÉRIENCES.
FLELRS (indiquée* par des lettres)