HISTORIQUE
Mais parmi toutes ces recherches l'importani ouvrage de Darwin tient le premier rang. Il est le résumé d'observations poursuivies pendant de longues années et il conduit à cette conclusion que la pollinisation croisée est nettement supérieure à la pollinisation directe. Les (leurs croisées donnent en général un plus grand nombre de graines ei produisent une plus grande proportion de fruits. Mais Darwin ne se contente pas d'étudier les effets immédiats des deux modes de pollinisation sur la fécondation et sur la fructification, et il consacre la plus grande partie de son travail à l'étude comparée des plantes issues des Heurs croisées et des fleurs autofécondées. La comparaison poursuivie pendant plusieurs générations lui montre que les plantes d'origine croisée sont supérieures aux plantes d'origine autofécondée sous tous les rapports, vigueur, poids, hauteur, fécondité (i).
Les procédés d'expérimentation employés par ces auteurs sont peu compliqués. Sans recourir aux pollinisations artificielles, ils se contentent la plupart du temps de diviser en deux lots les plantes en expérience: les unes recouvertes d'une enveloppe de gaze sont protégées de l'action des insectes cl les autres sont laissées a l'air libre: les premières sont considérées comme autostériles si elles ne fructifient pas, et les secondes, qui ont pu recevoir la visite des insectes sont regardées comme uniquement sensibles àlafécon-
— On Ihc relations between insects and Ihe forin and characler of flowers. The lîotanicnl Gazette, \VI, 1891. p. 269.
\Y. O. Focke. Ein Fall von Unwirksamkeit des eigenen Blutenstaubes (Lilium croccum). Œsterr. Bot. Zeitschr., Bd XXVII, 1878, |> 3i 7 3i8.
— Die Unwirltsamkeil des eiacnen Pollens. 5a Yersamml. Deutsch. Naturf. und .Kr/le /u Baden-Baden, 1879, in-4°, p. 222.
— \ ersnche uml Heobaehtungen ûber Kreuzung und Fruchlansalz bei BlUtenpJlanzen. Abb. Naturw. Ver. Bremcn, XI, 1890, p. 4i2-422.
— Ueber die Unfruchtbarlteit bei Besta&bung mit eigenem Pollen. Abhandl. Nalurwiss. Ver. Bremen, XII, 189;?, p. 40Q-4l6, ^96- 't(}6.
— Neue Beobachtungen iiber Artenkreuzung und Selbstslerililûl. Abh. Nalurwiss. Ver. Bremen, Bd XIV, 1897, p. 297-30/1.
(1) Quelques expériences du même genre ont été faites par Anna Baleson. The effcrl ol cross- fertilisation on inconspieuous Jloicers. Ann. of Bolanv, 1888, p. 2 55 - 2(i 1 .
i2 RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA POLLINISATION
dation croisée. .Mais cette méthode ne manque-t-elle pas de rigueur ? Est-on sûr (|iie les fleurs protégées d'une gaze se trouvent toujours spontanément autopollinisées ? et d'autre part les fleurs abandonnées aux insectes ne peuvent-elles subir d'autres modes de pollinisation (pie la pollinisation croisée ?
Il semble donc que, pour mettre clans ces expériences la précision nécessaire, il faille recourir aux méthodes de la pollinisation artificielle. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait exceptionnellement quelques-uns des auteurs cités ; et encore n'ont-ils pas étendu leurs expériences à tous les modes de pollinisation. Ils ont comparé la pollinisation entre organes de la même (leur (pollinisation directe) et entre Heurs de pieds différents (pollinisation croisée , mais ils ont laissé de coté la pollinisation entre Heurs du même pied (pollinisation indirecte).
Darwin a considéré que ce dernier mode de pollinisation équivalait presque à une pollinisation directe, étant donnée la parenté étroite des fleurs entre-croisées et il pense qu'il n'est autre chose qu'une forme spéciale de l'autopollinisation. Cette vue théorique ne s'appuie (Tailleurs que sur un nombre tout à fait restreint d'observations (i).
Quelques expériences analogues se trouvent éparscs dans les travaux de F. Millier, Hildebrand, Focke, etc.
Tous ces travaux, quelque intéressants qu'ils soient, laissent donc place pour de nouvelles expériences. C'est pourquoi j'ai tenté de comparer les effets des pollinisations directe, indirecte et croisée, en m'appuyant exclusivement sur la méthode rigoureuse des pollinisations artificielles. Mais en raison de la complexité du problème et du nombre considérable de manipulations qu'une seule expérience nécessite, je n'ai pu observer à ce point de vue que iG plantes différentes, et j'ai dû me borner à étudier l'influence directe des différents modes de pollinisation sur la fécondation et la fructification môme des fleurs, sans les poursuivre jusque dans leur
(i) Ch. Darwin. Des effets de la fécondation croisée..., traduction Ileckel, p. 3oo,
ni s roui ni /•:
descendance. Le nombre des fruits el des graines obtenues relativement au nombre de fleurs pollinisées me permettra d'apprécier la valeur du mode de pollinisation employé.
Dans le choix des plantes j'ai été guidé par plusieurs considérations.
J'ai pensé que la pollinisation directe était intéressante à étudier chez les plantes dichogames, qui paraissent par le processus de leur évolution Morale particulièrement adaptées à la pollinisation entre Heurs différentes.
Quant à la pollinisation indirecte elle offre aux investigations un champ plus vaste qu'on pourrait le croire. Car les Heurs, sur lesquelles elle porte, peuvent être très voisines l'une de l'autre, portées sur la même lige; elles peuvent se trouver sur deux tiges différentes issues d'un même rhizome ; elles peuvent se trouver aux deux extrémités d'une même touffe, dont l'étendue peut être parfois considérable ; enfin elles peuvent exister sur des pieds distincts provenant l'un de l'autre par simple fragmentation disparition du stolon, bulbilles, boutures, etc.). Dans ce dernier cas la pollinisation n'a que l'apparence d'une pollinisation croisée : c'est en réalité une pollinisation indirecte entre deux éclats d'un même pied (i).
(i) Darwin, qui a eu l'idée de ces pollinisations n'a expérimenté à ce point de vue que deux plantes autofertiles : VOrigamun vuhjare (pollinisation entre pieds différents <lc la même touffe) et le Pelargonhun zonale (pollinisation entre boutures différentes d'un même pied) (Ch. Dahwi.n, Des effets de la fécondation croisée, trad. Heckel, p. io\ et 3o4). Plus récemment Fpcke a fait à ce sujet quelques constatations intéressantes dans ses recherches sur la fructification des Lis : chez certains Lis, qui sont inféconds avec leur propre pollen, les pieds, qui proviennent les uns des autres par\oie végétative sont incapables de se féconder entre eux ; ils ne sont fertiles qu'à la condition d'être croisés avec des pieds qui aient une origine distincte (\\ . 0. Focke, l ersuclie und Beoachtunrjen..., I. c).