HÉRÉDITÉ DE LA RAGE
L'histoire clinique de la rage présente sur ce point des données contradictoires. Néanmoins, il faut reçonnaitre que les cas sont rares où l’hérédité paraît avoir été démontrée. Si les descendants d'une mère rabique sont morts avec des symptômes nerveux rappelant jusqu'à un certain point ceux de la
ÉAS
rage, la preuve expérimentale a manqué pour montrer qu'il s’est agi de cette maladie.
Dans la commmunication que nous avons citée plus haut, faite à l'Académie des sciences, nous faisions allusion à deux cas où l’inoculation de la substance cérébrale de fœtus trouvés à l’autopsie d’une femelle rabique avait été suivie de mort au bout de quarante jours. Une portée de jeunes lapins, provenant d’une lapine inoculée pendant la gestation, avait péri également avec des accidents convulsifs et paralytiques rappelant ceux de la rage. Nous avions pensé avoir affaire à des cas d'hérédité et nous avouons que nous nous sommes trop pressé de manifester notre opinion. La suite de l'expérience, c'est-à-dire l'inoculation du cerveau de ces derniers sujets ne produisit aucun effet chez les animaux à qui on la pratiqua. Les symptômes observés en imposaient tellement pour la rage que nous nous y sommes laissé prendre. — Mais, d’où viennent ces accidents ? Quelle est la cause de ces morts? Nous ne saurions le dire, le temps nous à manqué à ce moment pour faire une autopsie complète. Pour expliquer les phénomènes ohservés chez les jeunes lapins un mois environ après leur naissance, nous serions tenté d'admettre que la rage des ascendants, maladie du système nerveux par essence, agit sans doute sur le système nerveux des descendants, à l'instar d’une névrose. Nous espérons qu'on voudra bien ne voir là qu’une simple hypothèse. Quoi qu'il en soit, nous aurions dû nous tenir en garde contre toutes causes d'erreur, d'autant mieux qu'elles était nombreuses dans un laboratoire où dans une pièce de trente mètres carrés, située au deuxième étage, se trouvaient entassés des poules, des cobayes, des lapins et, à un moment donné, des moutons et un porc !
Tel est le local mis à la disposition d’une ‘chaire de pathologie comparée à Paris.
Est-ce à dire néanmoins que la rage ne puisse jamais être
De
transmise de la mère au fœtus? Nous ne le pensons pas, et si, comme semblent le prouver les expériences de Gohier, de Hartwig, de Eckel, de Lafosse et de M. Pasteur, le sang peut devenir virulent dans les derniers moments de la vie d’un animal enragé, on est autorisé à admettre que la rage puisse se transmettre au fœtus dont le sang est en communication avec celui de sa mère, ce fluide pouvant servir de véhicule au virus, fait démontré par les inoculations intra-veineuses.Comme nous le verrons plus loin, le microbe de la rage n’a pas de plus grandes dimensions que celui du charbon, du choléra des poules et de tant d’autres infections, et, comme ces derniers, il pourrait fort bien passer du sang de la mère dans la cireulation du fœtus.
Les auteurs classiques ne veulent cependant pas admettre l'hérédité, et le professeur Bouley, dans son article « Rage », du Dictionnaire encyclopédique, s'exprime ainsi sur un cas cité par d’autres auteurs comme un exemple de transmission héréditaire : « M. Lafosse qui incline à penser que « le sang, dans la rage comme dans beaucoup de maladies contagieuses, est imprégné de virus », invoque, à l’appui de cette présomption, le fait très intéressant d’une vache pleine qui, ayant contracté la rage quarante jours après avoir été mordue par un chien enragé, mit bas, pendant sa maladie, un veau sur lequel les symptômes de la rage se déclarèrent Le troisième jour après sa naissance. On avait pris des précautions, dit M. Canillac, vétérinaire dans l'Allier, auquel on doit cette observation, pour empêcher la vache de lécher son veau, qui fut allaité pendant deux jours par une autre nourrice. Ce fait unique aurait effectivement une grande valeur probante de l’état virulent du sang si toutes les précautions avaient été prises pour prévenir l’inoculation. On a empêché la vache de lécher son veau; mais il y avait de la bave sur la litière de la vache ; les personnes qui ont recueilli le veau pouvaient en avoir les