EXPÉRIENCE XIX
Inoculation de la rage à un coq. Transmission de cette maladie du coq à des mammifères qui en meurent. Guérison du coq.
20 janvier 1884, Un coq robuste est inoculé avec du virus rabique
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provenant d'un rat inoculé le 10 avec de la matière cérébrale conservée pendant trente-deux jours au moyen du froid (v. exp.) 5 février. Depuis son inoculation, le coq ne présente rien d'appréciable ; il est peut-être un peu plus facile à effrayer. Le 6 di Un peu d'agitation. L’animalchercheàsesauverdesacage.
Le 9, Un fragment de la cervelle du coq est excisé, dilué dans de l’eau distillée, stérilisée et la dilution est inoculée à trois rats et à un jeune cobaye. L'opération est entourée de précautions antiseptiques
Le 10. Le coq va bien, il est vif, sa crête est rouge et il a chanté toute la journée sans altération de la voix.
La plaie résultant de l'opération se cicatrise parfaitement; l'animal opéré ne présenta aucun symptôme notable. Quant aux petits mammifères (rats etcobaye} inoculés, le 9 février, avec la parcelle de tissu nerveux excisée sur le coq, ils présentèrent les syrmptômes suivants:
Le 15. Les 3 rats mangent moins et se blottissent dans un coin de leur cage, hyperesthésie.
Le 16. Les 3 rats sont trémulants et l'un d'eux (le plus jeune) a dela paraplégie.
Le 17. Le cobaye va bien; mort du petit rat dont la paralysie a été signalée hier. Les autres sont paralysés.
Le 18 Les ? rats survivants sont sans mouvements, ils ne réagissent plus quand on leur pince la queue ou les pattes. Le cobaye a du mal à se tenir sur les pattes de derrière ; sa tête oscille comme dans la paralysie agitante il, y a de la polyurie.
Le 19. Le cobave tremble à la manière des rats; ceux-ci n’ont plus que le souffle.
Le 20. Mort des rats; le cobaye est paralysé des quatre membres, et reste couché sur le côté.
Le 21. Mort du cobaye,
Le5 mai. Un nouveau fragment du cerveau de ce coq fut excisé et inoculé comme ci-dessus à 1 rat et 2 cobayes (inoculation intracrànienne), Aucun des animaux inoculés avec le produit de cette nouvelle excision ne devint malade.
Au moment où nous écrivons ces lignes (24 juillet 1884) six mois après l'inoculation, ce coq est très vigoureux, il a engraissé et il chante toute la journée. I se tient dans notre laboratoire à la disposition de toute personne qui désirerait l'examiner, ainsi que les autres oiseaux qui ont servi à nos expériences.
nn re EXPÉRIENCE XX.
Inoeulation de la rage à un pigeon. Transmission de cette maladie du pigeon à des mammifères qui en meurent. Guérison du pigeon non démentie au bout de six mois.
Cette expérience est à peu de choses près la répétition de la précédente.
20 janvier 1884. La même substance qui a servi à inoculer le coq est inoculée à un pigeon.
4er février. Rien de notable dans l'habitude extérieure du pigeon. Excision d'un fragment de son cerveau; dilution de la matière excisée ; inoculation à trois rats.
Le 5. Changement d’allures chez les trois rats inoculés. (Agitation, excitation génésique, polyurie).
Le s Les phénomènes d’excitation s’accentuent.
Le 8, Les 3 rats tremblent et marchent comme si leurs pattes étaient à ressort (symptôme ordinaire).
Le 9. Tous présentent la paralysie rabique.
Le 10. Aggravation de la paralysie, mort d’un des 3 rats.
Le 11. Mort des deux derniersrats,
Le pigeon est triste, ne se huche plus sur son perchoir; il continue néanmoins à manger et à boire.
Le 17, Vingt-neuvième jour après l’inoculation. Un fragment du cerveau est excisé de nouveau sur le pigeon et inoculé à 3 rats et 2 cobayes. Ces animaux ne présentèrent rien d'anormal, et quatre mois après ils purent servir à de nouvelles expériences.
Aujourd'hui, plus de six mois après l'inoculation, le pigeon n'offre d'autre symptôme qu’une tendance à un repos apathique qui peut être mise sur le compte des opérations multiples qu'il a subies, car ila cté opéré une troisième fois (v. exp. XXIHD, et qui ont eu pour effet de le priver de près de la moitié de son cerveau.
Chez les deux oiseaux dont l'observation précède, nous avons constaté très nettement les microphytes rabiques ; nous avons signalé cette particularité dans notre note à l’Institut, nous n’y reviendrons pas davantage.
Dans la note précitée. nous avons dit encore que les
mammifères inoculés avec les produits du coq et du pigeon avaient servi à inoculer la rage avec succès à d’autres mammifères.
Aujourd'hui que nous avons pu compléter en partie ces expériences, nous pouvons ajouter que la rage provenaat des deux oiseaux dont on vient de lire l’histoire a été transmise par l’inoculation à plus de dix chiens, quinze lapins, autant de cobayes et à un nombre de rats que nous ne comptons plus, par l'intermédiaire des cobayes et des rats dont il est question.
Ainsi que nous le disions plus haut, il est évident que ces deux faits énergiquement positifs pourraient suffir à eux seuls à prouver cette double proposition, à savoir, que:
1° Les oiseaux contractent la rage ;!
2° Qu'ils guérissent spentanément.
Mais nous n’avons pas voulu nous en tenir aux faits qui précèdent et nous avons poursuivi nos recherches sur trente poules, coqs et pigeons.
Nous pourrions sans profit reproduire ici, en les détaillant, toutes les observations de chacun de ces animaux.
Nous nous contenterons de noter lesexpériences ayant trait aux autres propositions, c’est-à-dire à la transmission de la rage de l'oiseau à l'oiseau et aux modifications subies par le virus rabique dans son passage, son acclimatement dans l'oiseau.
Qu'il nous suffise de dire que les faits observés dans les expériences n° XIX et XX se sontrépétés.dans presque tous les cas avec la même fidélité. Nous disons dans presque tous les cas, Car nous avons rencontré un pigeon qui fut réfractaire. L'inoculation de son cerveau à des petits mammifères ne produisit aucun symptôme.
Nous pûmes observer aussi un pigeon qui mourut le douzième jour après l'inoculation d’une quantité de virus augmen-
Paul Gibier. 5
th
tée à dessein (six fois plus considérable que pour les autres). Cé pigeon avait des convulsions et ne mangeait plus. On essaya de le gaver, mais l'opération ne réussit pas et il périt étouffé après une séance de gavage. Nous le verrons bientôt, chez les poules ce traitement réussit mieux que chez le pigeon, quand elles cessent de prendre leur nourriture. |
Nous n'avons pas voulu nous en tenir à l’inoculalion de la rage des oiseaux limitée aux petits mammifères et nous l'avons transportée directement sur le chien. L'observation suivante nous montre les effets de cette inoculation.