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DE LA. RÉPARATION DES NERFS DÉGÉNÉRÉS

Nous avons vu que la dégénération des nerfs coupés était complète chez les jeunes animaux au bout de quatre semaines environ. Les tubes nerveux sont alors complètement vides ; ils sont réduits à leurs gaines celluleuses et aux cylindres d’axe. Supposons qu’à ce moment, des fibres nerveuses apparaissent dans la cicatrice, la réparation va commencer. A une première période (exp. XI, aile droite) on trouve, au-dessous de la cicatrice nerveuse, des tubes très-grêles, à contours pâles, irréguliers, renflés en différents points, variqueux, encore vides dans une partie de leur trajet. Plus tard (même expérience, aile gauche) les tubes deviennent plus distincts et plus réguliers, leur double contour s accentue de plus en plus; mais ils sont encore beaucoup plus grêles que ceux du segment central, et leur calibre ne redevient normal qu’au bout de quelques mois (exp. X).

Nous avons supposé la dégénération complète, les tubes nerveux entièrement vidés ; nous l’avons déjà dit, ce cas n’est pas le plus fréquent ; le plus souvent la dégénérescence n’est pas encore complète lorsque la réparation commence. A côté de la myéline régénérée, on observe alors des granulations graisseuses plus ou moins abondantes (exp. X et XI).

Ce qu’il y a de plus remarquable au début de ce processus, c’est la forme que prennent constamment les tubes nerveux; leurs bords sont dentelés d’abord profondément et assez régulièrement, mais à mesure que la régénération avance, les dentelures deviennent moins profon-

des. C’est cette disposition que nous avons indiquée plusieurs fois, à l’exemple de M. Vulpian, en disant que les tubes nerveux étaient variqueux. Cette disposition tient évidemment à ce que les tubes ne se remplissent pas uniformément et en même temps dans toute leur étendue.

En quoi consiste la réparation des nerfs? Nous avons vu que la dégénération consiste essentiellement dans la transformation graisseuse et la disparition de la myéline; la réparation doit donc avoir pour but de produire une nouvelle quantité de myéline, qui, remplissant les tubes nerveux vidés, les rende rpopres à remplir de nouveau leurs fonctions.

La réapparition de la myéline paraît être le fait d’une véritable sécrétion des gaines celluleuses. La gaîne propre de chaque tube nerveux présente un certain nombre de noyaux dans ses parois. Ces noyaux sont décrits et figurés par Virchow (Pathologie cellulaire) ; assez difficiles à observer à l’état normal, ils deviennent plus visibles dans les processus atrophiques des nerfs. Ce sont ces noyaux qui paraissent être chargés de sécréter la substance médullaire. On s’explique ainsi que, chaque noyau sécrétant une certaine quantité de myéline, celle-ci soit disposée par petites masses isolées, qui donnent aux tubes leur forme variqueuse. Dans le tissu nerveux de nouvelle formation la myéline a sans doute une origine analogue, elle est sécrétée par les gaines dont nous, avons expliqué la formation.

Avant les travaux de M. Vulpian, tout le monde admettait sans conteste que la réparation du bout périphérique d’un nerf coupé ne commence qu’au moment où la continuité des deux bouts du nerf se rétablit. M. Vulpian a voulu prouver que la réparation est possible en dehors de cette condition. Nous avons déjà discuté cette théorie, et nous croyons avoir démontré que les faits sur lesquels elle s’appuie, s’expliquent très-bien par les lois de Waller. Pour que la réparation commence, il faut que les nerfs dégénérés soient mis en communication avec leurs centres trophiques normaux ou avec des centres tro-

phiques accessoires; il n’est pas nécessaire pour cela que la transformation nerveuse de la cicatrice soit complète; quelques nerfs semblent même pouvoir se réparer sans réunion préalable à la partie centrale (nerfs lingual, grand hypoglosse).

On s’est demandé si la réparation se fait du centre à la périphérie, ou si, comme la dégénérescence, elle a lieu en même temps dans toute l’étendue du nerf coupé. M. Vulpian penche vers la deuxième de ces opinions, sans cependant rien affirmer. Les quelques faits que nous avons observés tendraient à démontrer que le travail réparateur suit une marche centrifuge. Dans tous les cas où nous avons obtenu une régénération, nous avons observé que la réparation était d’autant moins complète qu’on s’éloignait davantage de la cicatrice. Dans notre expérience X, les tubes nerveux des dernières ramifications de la partie périphériques du nerf médian coupé sont encore remplies de granulations en quelques points, tandis que les tubes situés au-dessous de la cicatrice sont revenus presque complètement à l’état normal. Dans notre exp. XI les tubes nerveux de la périphérie sont très-grêles, quelques-uns sont complètement vides; d’autres, dont le diamètre égale à peine la moitié du diamètre normal, contiennent un grand nombre de fines granulations, tandis que les tubes nerveux du tronc lui-même sont presque normaux, un peu petits seulement. Dans ces expériences la réparation était évidemment beaucoup moins avancée à la périphérie qu’au centre.

La marche centrifuge de la réparation dans le bout périphérique des nerfs coupés prouve une fois de plus que la doctrine de l’autogénie n’est pas fondée. Si les nerfs possédaient en eux-mêmes le pouvoir de se régénérer, la myéline réapparaîtrait en même temps dans toute leur étendue; au contraire ce sont les parties voisines de la cicatrice qui se réparent les premières. Niez après cela que la partie centrale exerce une influence sur la séparation de la portion périphérique dégénérée, sur sa nutrition par conséquent.

Conclusions.

I. Les nerfs coupés ou réséqués dans une petite étendue peuvent se réunir par une cicatrice nerveuse.

II. La nutrition des nerfs dépend de centres trophiques situés le plus souvent au niveau des ganglions nerveux.

III. Quand un nerf est séparé de son centre trophique il dégénère.

IV. La dégénération consiste essentiellement dans la transformation graisseuse de la myéline suivie de sa résorption.

V. La dégénération se fait en même temps dans toute la partie périphérique des nerfs coupés.

VI. La réunion des deux segments d’un nerf divisé a lieu tout d’abord au moyen d’un tissu très-riche en jeunes éléments.

VII. Ce tissu paraît provenir le plus souvent de l’organisation du caillot intermédiaire aux deux bouts du nerf coupé.

VIII. C’est au milieu de ces cellules jeunes que prennent naissance les tubes nerveux par un mécanisme analogue à celui de la formation des nerfs chez l’embryon.

IX. La régénération n’est pas possible quand les deux bouts du nerf coupé sont trop écartés ou lorsqu’ils font partie d’une plaie qui a longtemps suppuré.

X. La réparation dans le segment périphérique d’un nerf coupé ne commence que quand la continuité avec le centre trophique s’est rétablie.

XI. La réparation consiste essentiellement dans la réapparition de la myéline, qui est sans doute sécrétée par les noyaux des gaînes celluleuses.

XII. La réparation paraît se faire du centre vers la périphérie.

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