AVANT-PROPOS
Au moment où nous avons entrepris les recherches que nous allons exposer, les controverses sur la question dite de | « Ecole Unique » atteignaient leur plus grande acuité.
La politique tendait à accaparer le problème et les passions surexcitées faussaient souvent, aux yeux du public, la claire vision de ses données positives.
Ces données, à vrai dire, étaient assez vagues. Il nous a semblé que certaines d’entre elles au moins, étaient susceptibles d’une précision plus grande, et que les ressources combinées de la méthode expérimentale d’une part, de la statistique mathématique de l’autre, pouvaient être utilement mises à contribution pour cela.
Il s’agit donc ici, en gros, de l’application des méthodes scientifiques à la détermination des données positives d’un de ces problèmes humains qui sont restés, jusqu’à nos jours, du domaine exclusif de la philosophie, de l’histoire, plus généralement des disciplines groupées sous le qualificatif traditionnel de « littéraires ».
Cette ambition ne pouvait procéder que d’un « mode de penser » qui ne compte pas encore un siècle d'existence et que nous appellerions volontiers « l’esprit d'ingénieur ». Nous avons eu personnellement la révélation de cet esprit au temps de nos études à l’Institut national agronomique, et nous l’avons retrouvé avec joie au laboratoire de psychologie appliquée de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, auprès de nos camarades d’études et du personnel du laboratoire qui nous ont aidés dans la partie expérimentale et statistique de notre travail, auprès de notre maître, M. J.-M. Lahy, directeur du laboratoire, auteur du test qui nous a servi, dont les conseils et les encouragements ont droit
à notre plus profonde reconnaissance.
Il nous faut dire un mot de cet « esprit d'ingénieur ».
Ce n’est pas tout à fait l'esprit du chercheur des Sciences pures, irréductiblement attaché à la recherche d'une vérité qui est à elle-même son but : le savant, a-t-on dit très justement, n’a pas à se préoccuper de l’utilité de ses découvertes. L’ingénieur, lui, a à appliquer à des fins utilitaires les découvertes du savant ; il a aussi, parfois, à transmettre au savant, pour qu’il les résolve, les problèmes que lui pose la réalité concrète qui est son domaine. D'autre part, il travaille en définitive à des réalisations par des hommes et pour les hommes, par des ouvriers et pour des usagers. Il ne peut faire abstraction ni des uns ni des autres. En ceci, il ne peut ignorer le point de vue du psychologue, du sociologue, de l'historien, et, néanmoins, il ne peut, là non plus, adopter leur position qui s’interdit la préoccupation des fins comme susceptible de troubler l'esprit de rigoureuse objectivité nécessaire à l’établissement exact des faits.
Bref, il saura faire aux uns et aux autres emprunt de leurs connaissances et de leurs méthodes ; il prendra au mathématicien ses formules et la rigueur de son raisonnement ; au physicien son souci de l’analyse, de l’expérimentation dans des conditions bien déterminées, sur des phénomènes à l’état pur, autant que possible ; au naturaliste l’observation de la nature telle qu’elle se présente, sans intervention de sa part ; à ceux qui se meuvent dans la sphère des sciences morales et sociales, leurs méthodes critiques et leur esprit de synthèse.
Qu'il nous soit permis d'adresser le témoignage de notre reconnaissance à M. le Recteur de l’Université de Paris et à M. le Directeur de l'Enseignement du Département de la Seine, qui ont bien voulu s'intéresser à nos recherches et nous donner leur agrément à ce que nous les poursuivions dans les établissements de leurs ressorts respectifs. Nous leur associons le personnel administratif et enseignant des établissements où nous avons exécuté nos expériences, auprès duquel nous avons trouvé, non seulement l’accueil le plus bienveillant, mais aussi et souvent l’aide la plus dévouée et la plus ingénieuse à l’égard des exigences expérimentales auxquelles il n’était pas toujours facile, pra-
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tiquement, de satisfaire. Nous remercions tout particulièrement MM. Jeanrenaud frères, directeurs de l'Ecole du Montcel, à Jouy-en-Josas, qui ont largement ouvert les portes de leur établissement à nos expériences et nous ont apporté la collaboration, précieuse pour notre étude de « cas », de leur parfaite connaissance de leurs élèves et de leur sens pédagogique avisé.
Nous n’oublierons pas M. Raoul Husson, ancien élève de l'Ecole polytechnique, qui nous a donné de très utiles indications pour la partie mathématique de notre travail.
Asnières, février 1934.
Ch. DIETz.
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