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DE LEURS RÉSULTATS

Eti i853, j'ai réuni dans un petit in-folio Tensemble dé mes recherches sur l'absorption de l'azote par les plantes. Le procédé que j'ai suivi pour exécuter ces recherches a consisté invariablement à cultiver les plantes dans du sable calciné pur de toute matière azotée , les pots qui servaient à l'expérience étant enfermés d'ailleurs dans une atmosphère absolument dépouillée d'ammoniaque et de tout principe azoté. Ainsi la végétation avait lieu dans un sol formé exclusivement de sable calciné, et dans une atmosphère composée d'oxygène , d'azote et d'acide carbonique ; les plantes ne pouvaient donc puiser de l'azote que dans l'azote même de Fair. Or les récoltes obtenues dans ces conditions accusent un excédant d'azote qui est quelquefois considérable. Sous ce rapport) le résultat est très-net. Le seul reproche'qu'on puisse faire à cette méthode, c'est d'être d'un emploi borné et incertain. Toutes les plantes ne sont pas aptes à végéter dans ces conditions anormales. Parmi celles

(66) qu'on peut employer avec avantage, toutes n'offrent pas les mêmes chances de succès. Depuis trois ou quatre ans , chaque année j'ai répété quelqu'une de mes premières expériences. A côté de quelques insuccès dont la véritable cause m'échappe, j^ii cm la aatisfaction dt voir d'autres résultats se reproduire avec une constance et une i>etieté qui ne peuvent laisser planer aucun doute sur la certitude de mes premières conclusions. Je n'ai jamais éprouvé de mécompte ni avec le blé, ni avec le tabac. Depuis trois ans, j'ai répété plus de trente fois l'expérience . et toujours avec le même succès.

Avec le cresson et le colza , mes tentatives n'ont pas été aussi heureuses, sans que je puisse dire au juste la cause de mes insuccès. Je les ai attribués tour à tour à des condition» différentes de température, à la quali té des graines y mais j 'ai reconuu depuis le peu de fbudenient de ces explications. En effet, dans l'expérience faite au Jardin des Plantes sous les auspices d'u;ne Commission nommée par l'Académie des Sciences, dans luie même cloche, trois pots préparés de la

même manière et. placés dans les mêmes conditions ont

donné les résultats suivants :

Pot I. Azoiti.

Semence sèche 0*% 124 0*^,004

Récolle sèche 6*%025 o^%o53

Azote tiré de Pair o^'',o49

Fol II. Azote.

Semence sèche . o'*", 1 37 ^ o«%ao4

Récolte sèche l'^'^oô o*%oi i

Azote tiré de Tair o*'',oo7

(i) Comptes rendus des séances de l'Académie des ScicneeSy tome X^^, paçe 75^ I Rapport de M. CheTreul.

Pot 111. Aïolc».

Semence sèche o^^Sig o^^ooc^i)

Récolle sèche i^^,i/{7. o8%qo97

Azote tiré de l'air o«'',oo

Ainsi voilà trois pots préparés avec le mèn^e sable, renfermés dans la même cloche et plongeant tous les trois dans la même eau, qui leur était commune à tous trois : Puu reproduit , avec une approximation vraiment remarquable, mes résultats de i853 (i); dans un autre, le résultat est positif, mais il s'éloigne du premier ; dans le troisième, le

résultat est négatif.

A quelle cause peut-on attribuer ces variations? Je ne puis répondre à cette question d'une manière satisfaisante.

J^ai constaté sur le colza des singularités aussi inattendues et non moins inexplicables.

En effet , si on sème du colza d'hiver, au mois de mai , et

qu'on le repique au mois de juin, dans un sol formé de sable calciné , il peut se présenter trois cas : •— la plante reprend, mais elle ne prospère pas , la végétation reste stationnai re, les feuilles nouvelles tombent à mesure qu'il en pousse de nouvelles ; — la plante reprend et prospère , mais ses feuilles sont étroites, leur limbe est presque adhérent à la tige, et la tige monte et ne grossit pas^ la quantité d'azote absorbée est faible ^ — la plante reprend, elle pousse de larges feuilles et en grand nombre^ la tige ne monte pas : dans ce cas, la récolte accuse un excédant d'azote considérable.

A quoi faut-il attribuer les différences que je signale là ?

(i) G. Ville, Recherches expérimentales sur la végétation; tomo I^*", pag« 139.

Très-probablemeni à des conditions dillérenles de température. Je croîs même que je pourrais présentemnc analyse raisonnée de ces effets, et j'y céderais volontiers, s'il ne me manquait encore le bénéfice d^une conGrmation expérimentale de l'opinion que je me suis faite à cet égard.

Avec le tabac et avec le blé , quelques anomalies peuvenlTse présenter aussi*, mais ces anomalies, mieux déterminées dans leur cause, n'empêchent pas le résultat principal de se produire. Avec ces deux plantes, la végétation accuse toujours une absorption d'azote qui va de o^'^,025 à o**",o4d pour chaque pot de blé ; de oS*',o5o h o^*", 1 20 pour chaque pot de tabac. Avec ces deux plantes, l'expérience est plus sûre qu'avec toutes autres, c'est donc sur elles que j^insisterai de préférence.

Le blé est très-avantageux pour les expériences en plein air, et le tabac pour les expériences dans les cloches.

J'ai déjà rapporté aux expériences / et /, pages 4i et 4^, les résultats que j'ai obtenus avec le blé ; je n'y reviendrai pas : je me bornerai à décrire avec détail comment il faut préparer et conduire l'expérience.

Préparation de F expérience. Les pots dont je me sers proviennent dé la fabrique de M. Follet, rue des Charbonniers, à Paris; ils sont coniques, ils ont 12 centimètres de haut et 12 centimètres d'ouverture; ils sont percés à la partie inférieure de quatre fentes de 2 centimètres de haut et de I demi-centimètre de large ; chaque pot est placé au centre d'une cuvette en faïence vernie qui a 22 centimètres de diamètre et 6 centimètres de profondeur; on met dans cette cuvette i litre d'eau distillée.

Dans l'intérieur du pat , on met d'abord 600 grammes

[69) de brique en fragments gros comme des noisettes. Je me

sers habituellement des briques qui ont servi pour le revêtement intérieur des fours à porcelaine de la manufacture de Sèvres. Au-dessus de cette couche de brique, on étend sans le tasser looo grammes de sable blanc d'Aumbnt, on humecte le sable avec 125 grammes d'eau distillée, et on y ajoute les matières salines suivantes :

Phosphate de chaux 2,61

Phosphate de magnésie 3 ,80

Sulfate de chaux 0,10

' Chlorure de sodium 0,10

Peroxyde de fer hydraté. . . . , . o, 10

On ajoute dans Teau de la cuvette :

Silicate de potasse ^^^9 (0

Silicate de soude o , 26

L'époque la plus convenable pour les semis, c^est du 10 au i5 mars.' Il faut garder les pots dans une serre chaude dont on maintient la température entre 20 et aS degrés, jusqu'aux premiers jours d'avril. Du reste, à cet égard, il n'y a pas de règle absolue. C'est l'état de la saison qui détermine le moment où l'on peut sortir les pots. Chaque jour on arrose les pots soir et matin avec une seringue en étain, dont le canal d'écoulement est terminé par une petite pomme d'arrosoir. De cette manière on arrose plusieurs- pots à la fois, et Tarrosage se fait comme par une pluie fine.

Lorsque le moment de sortir les pots est venu, je les

(i)-On prépare le silicote en frittant 65 grammes de potasse caustique avec 200 grammes de sable d''Elampes. Pour que raitaquc se fasse bien ^ il faut une température très-clevco.

place dans uiie serre à claire- voie, comme les volières, et recouverte par uu toit vitré. Cette disposition est très-commode ; elle met les plantes à Tabri de la pluie elles protégée contre les rats et les moineaux, qui sont très à craindre lorsqu'on opère sur le blé.

Un point très-essentiel, c'est que la germination se fasse bien; pour cela, il faut éviter les changements trop brusques de température et surtout le froid trop vif des nuits. On se place dans' de bonnes conditions sous ce rapport en ne sortant les pots que dans les premiers jours d'avril.

Une précaution qu^'l ne faut pas négliger non plus , c'est d'abriter les plantes contre l'action du vent, lorsqu'il souffle avec trop de force. Pour cela, j'ai l'habitude d'étendre des rideaux de toile sur toute la surface des grillages extérieurs de la serre , et ce moyen m'a donné d'excellents résultats.

Quant à la calcination des pots , de la brique et du sable, jusqu'en 1862 j'ai eu recours aux fours à porcelaine de la manufacture de Sèvres; mais depuis i854 je me sers d'un grand moufle, qui est placé dans un fourneau construit tout exprès, et dans lequel je puis calciner d'un seul coup 4o kilogrammes de sable et 5o pots. Le chauffage du moufle se fait au bois et au coke. Chaque calcination dure dix-huit heures.

J'ai dit en commençant cet article que j'entrerais dans des détails minutieux : qu'on m'excuse donc si j'insiste. Mais on va voir à quels mécomptes on s'expose lorsqu'on change les conditions pratiques d'une expérience de l'ordre de celles qui nous occupent.

J'ai dit que j'employais des pots percés de fentes sur les côtés. J'ai dit encore que je plaçais chaque pot dans une

(7» ) cuvette qui contenait i litre d^eau distillée. Chacune de ces

conditions est essentielle. Si Ton supprime le litre d'eau de

la cuvette et qu'on remplace les pots percés de trous par des

pots dont les parois sont pleines , l'expérience tie réussit

pas : la végétation est chétive et languissante. La raison

de ce changement n^est pas difficile à découvrir.

En effet y cent pieds de blé venus dans les conditions

d'une bonne culture pèsent 394^',ai, et se répartissent de

la manière suivante :

3o3o grains 14^,00

Balles 3o,4o

Paille 221 )00

La paille et les balles mêlées ensemble ont laissé après leur combustion ioS'',8i6 de cendres, et les grains 3^^,227; soit 1 4^^504 pour la récolte eùlière.

Pour opérer dans de bonnes conditions, il faut que le blé cultivé dans le sable calciné puisse absorber autant de matière saline que celui venu dans la bonne terre. Supposons donc qu'on ajoute aux 1000 grammes de sable employé la cendre de trente pieds de blé, le sable en aura reçu 4^'?^ représeniés par les éléments suivants :

Cendres de la paille. Cend. des grains.

Potasse o , 5o o , 25

Soude o , I o ' o , 3o

Chaux o^ii 'O9O2

Magnésie » 0,12

Oxyde de fer 0,07 0,02

Chlore o , 007 o , 00

Acide sulfurlque .. o,o3 o,oo3

Acide phosphonque . o , 1 3 o , 55

Silice 2,34 o,oo3(i).

C'est-à-dire que le sable aura reçu de 0^*^,8 à i gramme d'alcalis, lesquels, dissous dans les 1 1 aS grammes d'eau emplpyés, forment une dissolution à | de millième. Mais, au lieu d'opérer dans ces conditions, supposons qu'on supprime Teau de la cuvette. Alors la quantité d'eau employée ne sera plus que de 1 25 grammes, et elle contiendra i pour 100 de sels alcalins. Si,^ pour éviter les chances d'erreur que l'emploi d'un kilogramme de sable peut faire naître, on réduit cette quantité à 25o grammes , la quantité d'eau nécessaire pour mouiller le sable ne sera plus que de 3o grammes, et cette eau formera une dissolution alcaline à 3ipour 100.

Croyez-vous qu'il soit indifférent d'adopter l'une ou l'au'tre de ces trois conditions ?

J'ai dit que je me servais de pots percés de trous sur les côtés ^ et que je mettais au fond des pots une première couche formée de morceaux de briques. Grâce à cette disposition, le sous-sol est aéré, les racines peuvent s'étendre librement. Il se forme une quantité de chevelu considé-

' (i) Annuaire de MM. MilloD et Rei«et, pour i847> page 653.

(73 ) rable. Admeltons cependant qu'on n'attache pas d'importance à ce détail. Supposons qu'au lieu d'un pot de terre poreuse , on opère dans un pot de porcelaine ou de terre compacte ; supposons enfin qu'on supprime la couche inférieure de brique, et les trous dont les parois de? pots étaient percées et par lesquels les racines avaient une issue. Qu'ar* rivera-t-il ? L'expérience ne réussira pas. Il ne se produira pas d'absorption sensible d'azote. Le poids de la récolte ne sera que moitié ou un tiers de la récolte obtenue dans les premières conditions.

A l'appui de mon assertion, je rapporterai une expérience faite cette année même.

Voulant étudier l'action des matières salines sur la culture du blé, j'ai préparé un certain nombre de pots, et pour apprécier l'influence des matières salines que les pots et la brique pourraient céder à l'eau, j'ai fait chaque expérience en double : une fois en opérant à la manière ordinaire, une autre fois en opérant dans un pot de toile. J'omets les soins avec lesquels la toile avait été lavée. Chaque pot de cette série était placé sur une lame de verre; celle-ci était posée sur quatre petits morceaux de faïence. Chaque pot était dans une cuvette séparée, qui contenait I litre d'eau distillée.

Dans les deux cas, les matières salines, le sable et l'eau étaient absolument les mêmes. Tout, dans les deux expériences, était semblable, à cette différence près que dans un cas les racines traversaient un sous-sol aéré pour se rendre dans Teau de la cuvette, et que dans l'autre cas elles ne pouvaient sortir de la toile. Ce changement, en apparence bien infime, a suffi néanmoins pour changer

complètement le sens du résultat, comme on peut s'en convaincre par les chiffres suivants :

Végétation dans les pbts préparés à la manière ordinaire.

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