‹ Recherches expérimentales sur la végétationChapitre 19 sur 53 · TABACS · texte numérisé non relu

TABACS

repiqués desséchés

AZOTE

• gr

ote. . . .

BÉCOLTB DESSÉCHÉE

à 100 degrés.

gr 6,96

1,81 Récolte. . . 23,37

Totalité de l'azote. .

AZOTE

gr o ,068

Poids des récoltes formées dans la cloche.. 3 16*' ,83 Azote tiré de l'air ofi*",! 87

L'expérience a commencé le 1 2 juin et fini le 20 septembre. A partir du 20 août, les plantes ont plutôt perdu que gagné. Les feuilles se sont étiolées, et celles du pied

( 79 ) n° 3 se sont couvertes de moisissures. Il n'est pas douteux

que la récolte n*eùt été plus azotée si je l'eusse faite plus tôt.

Ain^i voilà deux expériences dans lesquelles un seul pot accuse jusqu'à o^^'^ia^ d'azote.

Ces expériences ont été faites avec une régularité idéale.

Pour apprécier toute la valeur de ces résultats , il faut les rapprocher de ceux obtenus avec le blé. Avec le blé cultivé à Tair libre dans du sable calciné sans addition d'aucune matière azotée (Expérience I, page 40^ l'excédant d'azote accusé par la récolte est de o^'',o4o. Cet excédant s'élève à o^'^fOgo lorsqu'on ajoute au sable o**',79a de nitre (ExpÉniEi'GB J, page 4^), Em opérant dans un pot semblable avec le même sable et la même eau, dans un appareil fermé, dans lequel l'air extérieur ne pénètre qu'après avoir subi l'action énergique d'un lavage à l'acide sùlfiurique et au bicarbonate de soude, l'exoédant d^azote accusé par un seul pot peut s'élever jusqu'à 0^^,127, et celui de toute l'expérience à o^^^jaiS^ quelle oJ^jection peut-on élever contre ce résultat que l'expérieuQe sur le blé ne puisse réfuter aussitôt?

'J'ai parlé en commençant des variations auxquelles le» colzas peuven|; donner lieu. Le tabac ^'cst pas moins remarquable sous ce rapport.

En i85i, un pied de tabac pesant oS'^,084 a pro-.

duit a5t^',43^*^ récolte.

En i835 , un pied de tabac du poids de Q^^'sap 41 produit Ss'^^SS de récolte.

Ainsi datis un cas le poids de la récolte égale 280 fois la semence et dans l'autre cas elle ne s'élève qu'à 98 fois.

Mais, d'un autre côté, la récolte de i85i contient 0,73 d'aïote pour 100, et celle de i855 2 pour loa.

En i855 y l'absorption de Tazote suit, d^une manière ascendante et progressive, ]e développement des plantes jusqu'au terme de l'expérience^ tandis qu'en i85i l'absorption de l'azote s'arrête et le^ développement de la plante continue.

L'expérience de 1 856 , coni»paré€tà celle de i855, donne lieu à des i*emarques non moins intéressantes.

Du 12 juin au 10 juillet, les quatre tabacs n'ont pas pro-^ spéré du tout , les feuilles étaient étiolées. Je commençais à désespérer du résultat, mais à partir du 10 juillet les choses ont changé ^ les plantes ont reverdi , puis elles ont pris un développement rapide , et finalement l'une d'elles s'est élevée jusqu'à 80 centimètres de haut. En 1855, aucune feuille ne s'était étiolée ] en i856^ elles se sont toutes flétries et desséchées. Â partir du ao août elles ont plutôt perdu que gagné. J'ai voulu cependant prolonger l'eXpérience jusqu'au 20 septembre.

Que signifient ces différences et quelle peut en être la cause ?

Cette fois du moins je puis répondre à cette question < Tous les effets que je viens de décrire dépendent de la température.

Entre 20 et 25 degrés, le tabac prospère. Son développement est un peu lent, mais il est continu. Dans ces conditions la plante pousse et aucune de ses feuilles ne se flétrit/ Au-dessus de 25 degrés la végétation est plus active. Mais alors l'atmosphère ne suffit plus au développement des plantes 5 il y a résorption des feuilles lés plus anciennes

au profit des nouvelles. Entre i5 et 20 degrés, les tabacs ne prospèrent plus ; les feuilles s'étiblent , lé centre reste vert , mais la plante ne pousse pas : les feuilles inférieures se flétrissent. Une plante qui est dans cet état, et qu'on soumet brusquement à une température de35degrés, se ranime. Les feuilles inférieures se flétrissent toutes, et sur cette première plante^ il en pousse une nouvelle, chargée de feuilles d'un beau vert. On dirait qu'une nouvelle plante a été implantée sur la première.

Je dis que tous ces eflets sont dus à la tempéï'ature. Du 1% juin au 12 juillet, la végétation est stationnaire. La température diurne de celte période est en moyenne de 19 degrés.

A partir du 12 juillet, la végétation se ranime : là température monte à 26 degrés; à partir du i5 août, elle se ralentit' la température descend à 18 degrés (1).

Oit comprend que les plantes venues dans des conditions aussi dissemblables doivent présenter de notables différences dans leur composition. Il est, en effet , bien difficile

(i) M. Pépin, Thabile directeur des cultures au Jardin des Plantes, au^ quel j^avais communiqué les observations précédentes, m^^crivait à la date du 5 août :

tt Lors(]ue j^eus l^avantage de vdu& voir au Jardin , le 10 du mois de juildn let dernier, je vous ai fait remarquer Tétat dans lequel se trouvaient nos M plantes exotiques. Les espèces herbacées comme tes ligneuses ne lais- '> saient voir aucune végétation. Les plants de la famille des Composées, » Solanées, Labiées, Liliacées Malvacées , Apocynées, Légumineuses, etc., » ne semblaient pas devoir se développer, au point que je ne comptais pas u sur la récolte de pi asieurs espèces annuelles; mais depuis le a3, et sur- » tout le 26 juillet, elles ont complètement changé de faciès, au point que M pi Dsieurs d^entre elles sont en fleurs, et d^autres ont prolongé leur tige " de plus de 40 centimètres. Il est bon de vous dire qu^olles ont été arro- » sées chaque jour, et que, grâce ^ la chaleur, cela n^a pas peu contribué à M celte végétation tropicale, m

( 82 ) d^admettre que la nutrition se fait de même lorsque la végëtation suit un cours régulier et non interrompu, que lorsqu'elle éprouve des intermittences suivies de périodes d'activité. Dao^ le sabWcalciné^cas effets sont plus tranchés que dans la bonne terre, parce que ^ dans le sable, il faut que la plante .tire «tout d'elle-même ou d^ Tatmosphère.

J'ai reproduit,, cette année, tous ces effets en plaçant des pieds de tabac, repiqués en même temps , dans des serres inégalement chauffées.

Je le répète, les deux expériences sur le tabac que j'ai rapportées page- 78, sont povui moi à J'abri de toute critique, et je suis sur que quiconque voudra le^ reprendre obtiendra les mêmes résultats que moi, s'il consent à se placer dans les mêmes conditions.

Autrefois) pour aitrosbr. les plantes , je me bornais à faire plonger les «pots* dans une ; nappe d'eaa*, aujourd hui je complète .celle idisposilian et pla^çant^ au centre de La !cIoche, une pomGOi^idWFOsoir'dDntJe. tuyatt, d'alimentaLion communique avec TexléiricurV et- par lequel, au moyen d'une seringue, pn«petut injecter de l'eau distillée spu» jbrme de pluie*

Enfin, d'une manière générale, il vaut mieux opérer sur des tabacs qui pèsent moins -de 6 grammes que sur des tabacs qui pèsent plus-, l'expérience réuâsit mieux, et, à égalitéde récolte, le résultat est plus avantageux. Eneilet, un tabac qui pèse 6 grammes (à l'état vert) peut produire autant qu'un tabac qui pèse i5 à 20 grammes.

On le Voit, à mesure que les expériences se muliipiient, nos premières conclusions se raffermissent. Ce n'est plus par un seul mode d'expérimentation qu'on peut démontrer la faculté possédée par les végétaux d'absorber l'azote de l'air, mais par trois modes différents : eti opérant dans «un appareil fermé qui met les plantes à l'abri de tout principe azoté autre que l'azote gazeux (Eispérience des tabacs , page 78); en opérant à Tair libre, à la fois dans un sol privé d'azote et dans un sol nitré (Expériences des blés^ 'pages 4i et 4^)) ou bien enfin en opérant avec le secours dune matière azotée, dont la décomposition fait naître un dégagement d'ammoniaque et d'azote, perdus sans profit pdttr la végétation (Expériences des blés, pages 55 et suivi). Dans ces trois cas, l'expérience accuse un excédant d'azote qu'une absorption directe de Fazote gazeux peut seule expliquer4 Et si, comme confirmation de ce résultat, nous invoquons le témoignage des phénomènes naturels, leur réponse, conforme à nos déductions , atteste l'exactitude de* nos expériences. Toute question théorique mise de côté , personne ne peut contester des quantités considérables d'à* zote tirées de l'atmosphère par le règne végétal. Veut-on que cette absorption se fasse aux dépens des traces d'ammoniaque répandties dans l'air? Je le concède volontiers^ mais alors je demande pourquoi les expériences qu'oii ni'oppose, faites toutes à Fair libre, fournissent toujours des résultats négatifs? pourquoi l'action qu'on attribue à l'ammoniaque contenue dans Tair ne se fait pas sentir sur les plantes de ces expériences? Veut -on que ces expériences

soient concluantes? Alors je demande d'où vient l'excédant

d'azote que, de l'aveu de loul le monde, les réeolles de nos champs tirent de Taîr? Pour moi, je ne vois pas d'issue pour sortir de ce dilemme.

On Ta tenté cependant, et pour cela on a dît : Nous convenons que Tair contient trop peu d'ammoniaque pour que ce gaz agisse par une absorption immédiate et directe. Aussi n'est-ce point ainsi que les choses se passent. Pour agir, il faut que l'ammoniaque soit préalablement dissoute dans l'eau de la pluie ^ et une des fonctionsles plus importantes de ce météore, c'est précisément de condenser au profit des plantes les faibles traces d'ammoniaque qui sont répandues dans l'air.

A cela nous répondrons : En Alsace, i hectare de terre cultivée en topinambours produit chaque année 2644^ kilogrammes de tubercules et 1 4 toô kilogrammes de tiges ligneuses, l'analyse accuse dans cette récolte 43 kilogrammes d'azote de plus que dans le fumier employé. D'un autre côté,.auii environs de Strasbourg , il tombe dans le cours d'une année 680 millimètres de -pluie, laquelle ^ contient en. moyenne oS*:,o(m)52 d'ammoniaque par. litre, ce qui porte la totalité de l'ammoniaque tombée sur i hectare à 5^^^ 54, soit 2*^*^92 d'azote. Mais, à l'aide de 2*^*^92 d'azote ayant la pluie po\ir véhicule, on ne peut expliquer l'excédant de 4^ kilogrammes accusés par la récoke des topinambours.

Pour lever cette nouvelle diflScuké, on a dit : L'air ne contient pas seulement de l'ammoniaque , il contient aussi des nitrates formés par le jeu des actions électriques dont l'atmosphère est le siège. Admettons cette supposition nouvelle. D'après M. Filhol, l'eau de pluie contient en moyenne

( 85 ) ()B'^,ocK»5 d'azole par litre sous ce nouvel état. Aux 2*'^^,g2 d'azote fournis par ramnioniaque, ajoutons donc encore '^ kilogrammes pour les nitrates, c'est un total de 6 kilogrammes. En sommes-nous plus avancés? Mais nous^ irons plus loin. Nous admettrons que la pluie déverse chaque année sur le sol les 43 kilogrammes d^azote excédant tirés de- Tair par le topinambour : la supposition sera encore insuffisante. Eu effet, lorsque nous disons que les topinambours ont tiré 43 kilogrammes d'azote de Tatmosphèii*, nous admettons implicitement que la totalité de Tazote du fumier a été absorbée par eux. Mais cette supposition est une. hypothèse qui est démentie par les faits, car notts savons que le fumier perd une partie notable de son azole sans: profit pour les plantes, que cette perte se fait partie à Tétat d'azote gazeux et partie à Tétat d'ammoniaque. Nous savons de plusquluue fraction importante de fumier reste dans le sol , à l'état de résidu non décomposé. 11 résulte donc deià qu'une partie seulement de l'azote du fumier a servi à la nutrition dcjs plantes : mais si nous ne pouvions expliquer l'excédant de Tazote accusé par la récolte, en admettant l'absorption totale de Tazote du fumier, comment expliquerons -nous cet excédant lorsqu'il est démontré que l'absorption de l'azote du fumier n'a été que partielle ?

Reconnaissons-le donc , les phénomènes naturels , d'ac-> cord sur ce point avec nos expériences, attestent un excédant d^azote, qu'une assimilation immédiate et directe de ce gaz peut seule expliquer. Mais, si nous ne pouvons contester la réalité de cette assimilation , pouvons-nous près* sentir, le jeu des réactions qui la déterminent? Pour mon

(86) compte, voici comment ]e mécanisme de cette absorption se présente à mon esprit.

L'azote est dépourvu de toute affinité active ou sponta> née^ cependant, dans Tétat où l'air le contient, il peut produire plusieurs combinaisons énergiques. En présence de rhydrogène a l'état naissant, il donne lieu à une formamation d'ammoniaque; si on substitue à l' hydrogène de Toxygèile aussi à Tétat naissant, il se forme de l'acide nitrique.

D'un autre côté , les plantes absorbent et décomposent l'acide carbonique de l'air ; cbaque feuille est le siège d'une production presque incessante d'oicygène et de carbone à l'état naissant; pourquoi l'azote que la sève fait affluer vers les feuilles ne se combinerai t*il pas avec ces deux corps, lorsque nous voyons l'azote de l'air se combiner avec Toxygène que les feuilles dégagent pour former de l'acide azotique (deLuca)?

A ce premier fait, nous devons en ajouter un autre. La sève de certains champignons jouit de la propriété d'ozoniser l'oxygène de Vair, et jusqu'à présent rien ne nous prouve que ce fait soit spécial aux champignons; mais en nous bornant à ces végétaux, est-il probable que l'azote dissous dans la sève ne subit aucune action de la part de l'oxygène ozonisé avec lequel il est mêlé, lorsque nous savons que cette sève contient des alcalis, et traverse des tissus dont l'état de porosité dépasse celui de la mousse de platine si apte cependant à favoriser les combinaisons?

A côté du fait incontestable d'une assimilation directe de l'azote à l'état gazeux, la science nous offre donc, sans sortir des lois les mieux établies de l'affinité, les moyens

(87) de la comprendre et de l'expliquer ^ mais rexplication que

nous proposons fût-elle insuffisante ou même erronée, cela ne changerait rien aux résultats des expériences rapportées dans ce Mémoire, qui, toutes, accusent un excédant d^azote, que ni Tamnioniaque de lair, ni la supposition inadmissible d^une nitrification spontanée, ne peuvent expliquer.

Comme conclusion de tout ce qui précède, je me résume dans les propositions suivantes :

i^. Les plantes assimilent Tazote gazeux ^ on peut prouver cette assimilation de trois manières différentes :

a. Par la culture de certaines plantes dans un sol pur de toute substance azotée, et dans une atmosphère artificielle, privée de toute ammoniaque et d^ tou« corpuscules élran^ gers. .■ • . ^. . .. > • :

b. En cultivant simultanément à Pair libre du blé, avec et sans le secours du ni tre. ' ' '

c. En substituant au nitre un eftgttfis azoté;

2^. Les nitrates agissent par l'azote de leur acide. L'absorption de ces sels est immédiate et directe.

3®. A égalité d'azote le nitre agit plus que les sels ammoniacaux (i).

4^. Toute matière de nature organique qui est en voie de décomposition perd une partie de son azote à l'état d'azote gazeux, et on peut fonder sur cette décomposition

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(i) JusquMci Vexpérience n^a clé faite que sur le blé et le colza.

(88) une preuve de plus en faveur d'une absorption d'azoïe gazeux.

P. S» Ainsi , les conclusions de ces nouvelles recherches diffèrent de celles de mes premiers travaux , en ce que, à Torigine, je m'étais borné à constater une absorption d'azote dont l'ammoniaque de Tair ne peut pas rendre compte, tandis qu'aujourd'hui j'ajoute que c'est à l'état d'azote gazeux que cette absorption a lieu.

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