RAPPORT
Fait à TAcadomie des Sciences par M. Pelouze, au nom d'une Commission composée de MM. Bâtard, Peligot, Pelouze.
Le travail dont nous avons rhonneur de rendre compte à TAcadémie, se divise, comme Tindique son titre, en deux parties bien distinctes.
Dans la première, Tauteur fait Thistorique des travaux relatifs au rôle que les nitrates jouent dans la végétation. Il analyse succinctement les expériences et les observations faites sur ce sujet. par MM. Liebig^ Kuhlmann, Gilbert et Lawesy Isidore Pierre et Bineau. Il fait ressortir le peu d'accord qui existe entre les vues présentées par ces divers chimistes, et signale une divergence d'opinions, bien naturelle d'ailleurs dans des questions qui ont trait aux phé-
nomènes si complexes ei encore si peu étudiés de la végétation.
L'auteur rappelle enfin que dans un paquet cacheté
( 9M adressé a TAcacléinic le i3 août i855j et ouvert le 'i6 novembre dernier*, il avait annoncé les faits suivants :
i^. Les plantes absorbent et décomposent les nitrates, de façon queTazotede ces sels devient une partie constitutive du tissu végétal.
2^. A égalité d'azote, le nitrate de potasse agit plus que le sel ammoniac.
Notre honorable confrère M. Boussîngault avait déjà signalé (Comptes rendus de V Académie des Sciences , u° 21, 9 novembre i855) l'influence des nitrates sur le développement de l'organisme végétal, et il avait particulièrement donné la démonstration de ce fait important, que le salpêtre agit très-favorablement sur la végétation par suite de son absorption directe, ce qui lui a permis d'expliquer comment .certaines eaux exercent sur les prés des effets extrêmement marqués, quoique souvent elles ne renferment que .des traïQCîs à fe\\^ dosablps^ d'àitimoniaquç; c'est que .ces eauxicpntie^upent ordinairement des nitrates, qui concourent, comme l'ammoniaque et. même mieux que Tammoniaque, à la production végétale.
En résumé, comme M. Ville se propose de revenir sur la première partie de son Mémoire, et d'entier ultérieurement dans des développements qu'il n'.a pas encore fait coniiaitre, votre- Commission n'aurst à s'occuper que des nouvelles méthodes proposées par ce chimiste pour doser les nitrate^ mêlés à des matières végétales çt animales. ,
C'était là un problème délicat et diiBcile, que M. Ville, hâtons-nous de le dire, a résolu d'une manière ircs-satisf disante.
Lorsque les nitrates sont mêles avec des sulfates, des
(93 ) pliosphales, des chlorures vx avec un grand nombre d*au-
tres matiè.res inorganiques, on peut déierminer avec exac^
tilude l'acîde nitrique qu'ils renfermient, par. un procédé
fort simple qu'emploient souvent les raffineurs de salpêtre
concurremment avec l'ancien procédé, qui consiste à laver
le iiîlre brut avec de Tcau saturée de nitrate de potasse
pur.
Cette méthode, dont l'auteur est un des membres d(ï cette Commission, consiste à décomposer les nitrates par un poids connu de fer dissous dans l'acide chlorhydrique. En ajoutant à la liqtteur un poids également connu du ni« trate qu'il s'agit de doser et portafit pendant quelques instants le mélange k l'ébullition, il se dégage du bioxyde d'azote pur, tandis que )e fer se peroxyde. Ce métal ayant été employé en excès, on reconnaît facilement ce qu'il en reste à l'état de protoxyde, au moyen d'une dissolution titrée de permanganate de potasse, qui ne cesse de se décolorer qu*au moment même ou le fer tout entier a été per» oxydé* Le calcul indique le poids de l'acide nitrique qui. a concouru à cette peroxydation.
L'épreuve ne laisse, en général, rien à désirer; mais on comprend que, s'il s'agit de doser les nitrates contenus dans une plante, le procédé dont il s'agit ne puisse plus être employé^ car les nitrates sont mêlés alors avec des matières qui colorent les dissolutions de caméléon ou qui décomposent ce sel en le désoxydant.
Cette dernière circonstance' met surtout un obstacle à Textensiou de ce procédé, car une foule de substances organiques décolorent les dissolutions de permanganate de potasse*
(94) Récemment, M. Schlœsing a eu Tidée de recueillir le
bioxyde d'azote provenant de la réaction des nitrates sur le protochlorure de fer, et de convertir le gaz ainsi obtenu^ en lui rendant l'oxygène, en acide nitrique,* que Ton dose avec du sucrate de chaux titré. Ce chimiste distingué s'est assuré qu'un grand nombre de matières organiques, et principalement celles qui sont les plus répandues dabsles végé« taux, peuvent se trouver mêlées aux nitrates, sans que ceux-ci apportent un trouble notable à son mode d'anal yse^
Parmi ces matièi^s, les unes sont azotées, telles que Furée, l'amandine, le gluten, l'asparagine, l'indigotine, la gélatine, etc., les autres ne contiennent pas d'azote. Nous citerons les acides malique, tannique^ benzoïque, ulmique, le sucre de canne, l'amidon, la mannite, la gomme ara* bique, la colophane et Thuile de ricin.
Malgré la présence dans k» nitrates des diverses matières que nous venons de cher^ M* Schlœsing retrouvait constamment k deux ou trois millièmes près, et quelquefois avec plus d'approximation encore, la quantité de nitrate sur laquelle il opérait dans le but de vérifier l'exactitude de sa méthode.
Pour être juste, on doit donc reporter à M. Schlœsing le mérite d'avoir le premier imaginé une méthode générale pour doser les nitrates mêlé» à des matières organiques. Ce chimiste, dans un travail remarquable, a appliqué son pro^^ cédé à la détermination de l'azote contenu à Tétat de nitrate dans les feuilles écôtées et dans les côtes de tabacs de dix-huit provenances différentes. Le procédé de M. Schlœ-" sing a été inséré avec détails dans le tome XL des Annales de Chimie et de Physique (nf d'août i854)^ depuis cette
époque, il ne pai ail pas qu'il ail élé employé par d'autre» chimistes.
Quoi qu'il en soit, celui dont nous allons rendre compte nous parait d'une exécution plus sure et plus commode.
Il consiste à convertir en ammoniaque le bioxyde d'acte pravenant de l'action de» nitrates sur le protochlorure de fer acide. Depuis longtemps M. KuMmann avait signalé aux chimistes la grande facilité avec laquelle Tacàde azotique et tous l«s oxydes d'azoïe peuvent se changer en am* moniaque ; mais personne *ji 'avait songé, avant M« G. Ville, à utiliser celle curieuse transfonmation poui- le dosage des nitrates mêlés à de» substances organiques.
La proportion d'ammoniaque déterminée avec un acide titré donne eelle de Tacide nitrique même. La réaction' conserve la même netteté et le procédé la même exactitude ,> soit que les nitrates contiennent exclusivement ^les ma^ libres inorganiques, soit qu'ils aient été mêlés a une matière orgaipâqiae telle que du sucre, de l'acide oxalique, de la farine, de l'herbe sèche, uneJnfnsian de café, etc. Nous nous somme» assurés que le procédé de M; Ville fonctionne d'une manière satisfaisante en mêlant aux matières que nous venons d'énumérer une certaine quantité de nitrate de potasse pur, dont le poids était inconnu à M. Ville. Toujours ce chimiste nous a rapporté à quelques millièmes près la quantité de salpêtre que nous lui avions remise pour en faire l'analyse^
Son procédé est si exact, qn'il peut être employé concurremment avec celui dont il a été fait mention, pour établir ou contrôler le dosage du salpêtre brut dans les raffineries.
Son exécution prompte et peu coûteuse permettra d^ étudier mieux qu'on ne Ta fait jusqu'ici la formation de l'acide nitrique sous, des influences très diverses, les proportions de cet acide dans les engrais, les plantes, les eaux de toutes sortes et son rôle dans la végétation.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans la description minutieuse qu'il a donnée de son procédé. Nous nous bornerons à dire que des divers moyens qu'il a employés pour couvert tir en ammoniaque le bioxyde d'azote, celui auquel il donne la préférence consiste à décomposer ce gaz, dans un tube rempli de chaux sodée, par l'hydrogène sulfuré. La chaux et la soude retiennent Toxygène du bioxyde d'azote et le soufre de Thydrogène sulfui*é sous la forme de sulfates et de sulfures, tandis que 1* azote et l'hydrogène se réunissent pour produire de l'ammoniaque, qui se rend et se condense dans un tube à boule, en partie rempli d'un acide normal. Une demi-heure suffit pour faire une opération, et une disposition ingénieuse des appareils permet de muU ti plier facilement ces sortes d'analyses.
En- résume, le nouveau mode de dosage des nitrates dont nous venons de rendre un compte sommaire est trèsexact, d'une exécution à la fois prompte et facile. Nous croyonsqu'il pourra rendre des services incontestables dans les recherches de chimie appliquée à l'agriculture et à la physiologie végétale.
En conséquence, nous avons l'honneur de demander k TAcadémie qu'elle veuille bien remercier Mt Georges Ville de son intéressante communication.
Les conclusions de ce Rapport sont adoptées.