DES PLANTES
I. Depuis quelques aunées on se préoccupe beaucoup du rôle que les nitrates jouent dans réconomie des plantes. A plusieurs reprises déjà en s^est demandé si les nitrates exercent une influence favorable sur la végétation, et si les bons effets qu'on a retirés de leur emploi en agriculture sont dus à Tazote de Tacide ou aux aTcalis de la base ; en un mot, si les .nitrates agissent comme un engrais azoté ou comme un amendement alcalin. On a répondu fort diversement à ces deux questions.
II. M. Liebig, qui se les est posées un des premiers, pense que la formation spontanée des nitrates est un phénomène sans importance pour la végétation et que ce n'est pas à celle source que \es plantes vont puiser razote. Bien
(6) que l^s nitrates employés comme engrais produisent de bons
résultats, M. Liebig ne trouve pas dans les faits qu^on invoque une raison suffisante pour les attribuer à Tacide plutôt qu*à la base. Ainsi, pour M. Liebig, le rôle des nitrates est un rôle secondaire, sur le mécanisme duquel on ne sait rien de précis.
ni. M. Kuhlmann, s^éloignant sur ce point de l'illustre chimiste de Munich, attribue aux nitrates et à la nitrification un rôle considérable. Dans Topinion de ce savant, lorsque les nitrates sont mêlés avec une matière organique en voie de décomposition, ils se décomposent avec une étonnante facilité. Leur azote passe de Tétat d'acide nitrique à celui d'ammoniaque, par une action analogue à celle qui hit passer, dans certaines eaux, le sulfate de chaux à l'état de sulfure de calcium : réduction qui était connue depuis longtemps, mais dont M. Chevreul a remis en lumière la réalité et l'importance.
Ainsi, dans la pensée de M. Kuhlmann, les nitrates employés comme engrais agissent favorablement, parce qu'ils se changent en ammoniaque. Quant aux nitrates formés spontanément, M. Kuhlmann explique aussi l'ovigine et l'utilité de leur formation.
Lorsqu'un engrais est mis en terre, il se décompose; pendant sa décomposition, tout son azote passe à l'état d'ammoniaque. Une partie de l'ammoniaque ainsi formée est absorbée par les plantes, Tautre tend à se dégager dans l'air, et s'y dégagerait en effet, si, parvenue aux couches superficielles du sol, elle ne se changeait en acide nitrique, sous l'influence combinée de la porosité du sol et de la présence de l'oxygène. Plus lard, cet acide nitrique, entraîné
(7) par les pluies dans les couches inférieures du sol, se change
de nouveau en ammoniaque, par raetion rëductive des matières organiques.
Ainsi, la terre végétale est le siège d'un double travail : à la surface, il se forme des nitrates; dans les couches inférieures, ces nitrates repassent i Tétat d'ammoniaque. Dans aucun cas, les nitrates ne sont absorbés en nature par les plantes. Leur utilité vient de leur conversion en ammo^ niaque P
A l'appui de ces idées sur le rôle des nitrates, M. Kuhlmann invoque la facilité avec laquelle l'acide nitrique, sous l'influence de l'hydrogène naissant, se change en ammoniaque, et la facilité non moins grande avec laquelle l'ammoniaque, sous des influences oxydantes, peut reprendre la forme d'acide nitrique. Les réactions que M. Kuhl mann rapporte k cet égard sont intéressantes au plus haut dt^ré; mais elles se produisent dans des conditions si différentes de celles où la végétation s'accomplit, qu*in volontairement on se demande pourquoi, an lieu de toutes ces preuves incidentes et éloignées, M. Kuhlmann ne s'est pas borné à prouver que le sol contient à la fois des nitrates et des sels ammoniacaux; que les premiers sont à la surface, et les seconds dans les couches inférieures.
IV. A une époque plus récente, MM. Gilberts et Lawcs en Angleterre, et M. Isidore Pierre en France, ont constaté de nouveau les bons effets que les nitrates exercent sur les prairies, sans se préoccuper der la cause qui produit ces effets et des questions théoriques qui s'y rattachent.
V. Enfin, depuis deux ans, M. Bincau^ professeur de chimie à la Faculté des Sciences de Lyon, s'occupe du même
(8) sujet. Les résultats qu^il a obtenus se résument dans les
trois propositions suivantes ;
1°. L'eau de la pluie contient des nitrates. Presque tous les cours d'eau de la vallée du Rhône sont dans le même cas.
2?. Les conferves qui naissent spontanément dans l'eau de pluie font disparaître une partie des nitrates que ces eaux contiennent.
3®. Lorsqu'un cours d'eau se jette dans un lac envahi par des plantes aquatiques, on trouve notablement plus de nitrates dans le cours d'eau que dans le lac.
Pour doser les nitrates, M. Bineau se fonde sur la coloration produite par le résidu d'un volume invariable d'eau lorsqu'on y ajoute un excès d'acide sulfurique et qu'on verse dans le mélange quelques gouttes d'une dissolution de sulfate de fer. Au moyen d'une série de flacons dans lesquels il opère la même réaction, h l'aide de quantités conr nues de nitrate de potasse, M. Bineau forme une gamme de coloration qui lui sert pour évaluer les quantités de nitre observées dans le premier cas.
Je ne chercherai pas si des indications de cette nature ont toute la rigueur désirable, et si la présence d'une matière organique dans les eaux qu'on soumet à ce mode d'essai n'est pas une cause d'erreur à laquelle il est im-r possible de se soustraire par des corrections empiriques.
Quelque fondées que puissent être ces critiques, elles ne sont que des critiques de dét^jl et ne diminuent en rien l'importance des observations sur lesquelles M. Bineau se fonde pour attribuer aux nitrates un rôle plus général dans rçconomie végétale qu'on ne l'a fait avant lui.
Mais si les nitrate^ ont une influence sur la végétation,
( 9 ) comment cette influence s'exerce-t*elle? Les nitrates sont*
ils absorbés en nature? Avant de servir à la nutrition des
plantes, passent-ils à Tétat d'ammoniaque? Sur tous ces
points M, Bineau garde le silence, et la question du modus
agendi subsiste tout entière.
VI. La sève de beaucoup de plantes contient du nitre. Il y en a dentelles quantités dans le jus de ]a betterave, que Tindustrie, après avoir extrait le sucre, les traite pour en retirer les alcalis. La bourrache, le tabac, le pastel et la pariétaire sont dans le même cas que la betterave, et ces plantes ne sont pas les seules dans lesqtielles on trouve des nitrates.
Pour expliquer la présence du nitrate de potasse dans certains végétaux, on est placé dans Talternative d'en faire remonter l'origine au sol où les plantes l'auraient puisé, ou bien d'admettre que ce nitrate est un produit de l'activité même du végétal.
Si l'on se décide en faveur de la première supposition, si l'on admet que le nitrate est originaire du sol, il est bien, difficile d'expliquer pourquoi le blé qui est semé à c6té d'une betterave ne contient pas de nitrate de potasse, et pourquoi la betterave en contient. Comme conséquence de cette opinion, il faudrait alors admettre que certaines, plantes décomposent, jusqu'à la dernière molécule, la tot<a->. lité des nitrates qu'elles absorbent , tandis que d'autres plantes n'en décomposent qu'une partie. Or rien, dans l'état de la science n'autorise une telle déduction.
On a de très-bonnes raisons à donner en faveur de la seconde opinion qui voit dans les nitrates un produit de la végétation. Pourquoi les plantes ne formeraient-elles pas.
( 'o) de Facide nitrique? Ne produisent-elles pas les acides tartrique, citrique, racémique, et surtout l'acide oxalique que sa composition (C'O^) place à côté de Tacidc nitreux (Az'O'), et que ses puissantes affinités rapprochent à tant d'égards des acides minéraux? '
Ainsi deux faits principaux dominent Tétat de nos connaissances sur les nitrates dans leur rapport avec la végétation. Le premier, c'est que ces sels ajoutés au sol activent la végétation, sans que nous puissions dire ail juste s'ils' sont absorbés en nature et servent à la nutrition des plantes, ou si leur utilité réside dans les produits de leur décom* position. Le second fait, c'est qu'il y a des plantes qui contiennent des quantités considérables de nitrates, dont nous ignorons Vorigine, car personne jusqu'à présent n'a fourni la preuve que ces nitrates viennent du sol.
Mes recherches oi^t eu pour objet de résoudre ces deux questions, mais, avant de commencer ce nouveau travail, j'ai cru devoir chercher une méthode pour doser Tacide nitrique, qui fût assez générale pour s'appliquer k tous les cas que pourrait offrir la nature des questions que je voulais traiter, et assez exacte pour donner h mes conclusions toute la rigueur qui fait l'utilité d'un semblable travail; je le devais d'autant pitis, qu'on peut, avec le secours du nitre et par des expériences d'une extrême simplicité, démontrer la faculté possédée par les végétaux d'absorber l'azote de l'air et vérifier ainsi les résultats de mes premières recherches sur ce sujet.
mi M8AGE N L'AZOTB DES NITRATES IN PRESENCE HS