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DE LA CALORIFICATION

Comme c'était sur le nerf sympathique de la face que j'avais d'abord expérimenté, je pensai cpi'il valait mieux agir sur les nerfs de sentiment et de mouvement de cette même partie du corps afin d'avoir des phénomènes plus facilement comparables.

1» Expériences sur le nerf de la cinquième paire. — Le 21 décembre 1851 , sur un gros lapin vif et bien portant, j'ai fait la section de la cinquième paire à gauche dans le crâne par le procédé de M. Magendie. L'opération, qui réussit parfaitement, fut suivie immédiatement des symptômes d'insensibilité de la face bien connus.

Avant l'opération on ne sentait à la main qui saisissait l'oreille, ou avec le doigt plongé dans le pavillon auriculaire , aucune différence sensible dans la chaleur d'un côté à l'autre. Environ une demi-heure après la seclion de la cinquième paire , on appréciait au contraire manifestement à la main que l'oreille gauche qui correspondait au côté de la section était plus froide; on ne mesura pas la différence à l'aide d'un thermomètre. Le lendemain 22 décembre, dix-huit heures environ après l'opération, il existait toujours la même différence très-marquée entre la température des deux oreilles; celle du côté gauche était plus froide. La chaleur, prise au thermomètre, donna 34° C. à droite et 31» C. à gauche, ce qui faisait 3° C. d'abaissement de température après la section de la cinquième paire. L'animal avait, du reste, conservé toute sa vigueur.

A ce moment, les phénomènes d'altération dénutrition de l'œil décrits par M. Magendie commençaient à se manifester du côté gauche La conjonctive était rouge, les vaisseaux dilatés et gorgés de sang l'œil chassieux., les paupières collées et la cornée déjà altérée; mais' comme je l'ai dit, la température de ces parties était cependant abaissée

malgré l'exisleuce de ces troubles circulatoires qu'où rattaclie généralement à ce qu'on appelle des inflammations.

Alors je lis la resection du fllet sympathique au cou à gauche, du même côté où la température des parties avait été abaissée par la section de la cinquième paire , et aussitôt la calorifi cation se manifesta. Après quelques instants la température de l'oreille gauche dépassa de beaucoup celle de l'oreille droite, et le thermomètre plongé dans les deux pavillons auriculaires environ trois quarts d'heure après donna pour l'oreille gauche 37° C. et pour l'oreille droite 31° G.

En résumant les variations de température observées, voici les chiffres obtenus :

A gaucbe. A droite.

Côté opéré. Côté sain.

1° Après la section de la 5" paire. .. . 31° cent. 34» cent. 2° Après la section du siTnpathique. . 37° cent. 31° cent.

11 est bon de noter que l'élévation de température à gauche a coïncidé avec un abaissement à droite. Nous retrouverons plus tard des choses semblables dans des expériences analogues.

Le 23 décembre , les deux oreilles offraient toujours la même différence de température que la veille; les phénomènes d'altération de l'œil marchaient toujours. La conjonctive était toujours très-injectée, la cornée était devenue entièrement opaque et ramollie ; il y avait aux lèvres des ulcérations du même côté. 11 est inutile de dire que l'insensibilité complète de la face persistait toujours à gauche ; cependant il y avait encore dans le pavillon de l'oreille de la sensibilité qui provenait des branches auriculaires du plexus cervical. Je lis alors la resection de ces nerfs au cou, à leur émergence' sur le bord postérieur du muscle sterno-mastoïdien, et immédiatement l'oreille devint complètement insensible ; mais cela ne changea rien dans la température de cette oreille qui resta toujours plus élevée que celle du côté opposé.

Les jours suivants jusqu'au 27 décembre l'animal fut observé, et il offrit constamment une plus grande élévation de température dans le côté gauche de la tête.

J'ai bien souvent répété la section de la cinquième paire sur des lapins dans le but de vérifier l'expérience qui précède, et toujours j'ai vu cette opération être suivie d'un abaissement de température dans la partie correspondante de la tète. Mais si alors on fait la section du sympathique , les phénomènes de caloritication surviennent de même el

indépendamment des lésions que produit la paralysie de la cinquième paire; et généralement on peut même dire que chacun de ces phénomènes atteint son maximum d'intensité dans des conditions vitales opposées, c'est-à-dire que les altérations dues à la section de la cinquième paire se manifestent avec d'autant plus de rapidité et d'intensité que les animaux sont plus faibles et languissants ; au contraire le phénomène de caloriflcation se produit avec d'autant plus de force et d'instantanéité que les animaux sont plus vigoureux et mieux portants.

2° Expériences sur le nerf facial (septième paire). — Le 21 décembre 1851, sur un gros lapin vif et bien portant, j'ai fait du côté gauche la section du nerf facial non loin de sa sortie par le trou stylomastoïdien, en pénétrant avec un stylet aigu dans la caisse auditive. Cette opération fut suivie des phénomènes ordinaires de paralysie de mouvement que je n'ai pas à décrire. Mais en examinant l'oreille environ demi-heure après l'opération, au point de vue de la caloriflcation qui nous occupe , je trouvai à la main l'oreille gauche paralysée, manifestement plus chaude que celle du côté sain. Je laissai l'animal jusqu'au lendemain, et je trouvai toujours une élévation de température plus considérable du côté où le facial avait été coupé. Le thermomètre donnait :

Alors je coupai le fliet cervical du sympathique du côté gauche. Quelques instants après, la chaleur avait apparu beaucoup plus prédominante encore du côté gauche ; on avait au thermomètre :

Les jours suivants, l'animal ne présenta rien de particulier; il lut observé jusqu'au 26 décembre.

Sur un antre lapin adulte et très-vigoureux, je lis de même la seclion du nerf facial dans la caisse auditive du côté gauche, en ayant soin d'incliner l'instrument de manière à couper le nerf aussi près que possible de son origine. L'opération réussit très-bien ; mais quelques in-

Oreille gauche paralysée Oreille droite saine. . . .

33° cent.

30° cent.

Oreille gauche paralysée Oreille droite saine. . . .

36° cent.

31 ",.5 cent.

stanls après la section on appréciait à la main une élévation manifeslc de température du côté paralysé. Le thermomètre donnait :

Oreille gauche paralysée 33° cent.

Oreille droite saine 31° cent.

Le lendemain , la différence de température était un peu moindre, et on avait :

Oreille gauche paralysée 32°,5 cent.

Oreille droite saine 31°,5 cent.

Les jours suivants, l'excès de température de l'oreille gauche s'effaça de plus en plus, et six jours après l'opération les deux oreilles étaient à l'unisson de chaleur. Le thermomètre donnait :

Oreille gauche paralysée 31° cent.

Oreille droite saine 31° cent.

Cette égalité de température se maintint pendant les trois jours durant lesquels l'animal fut encore soumis à l'observation.

3° Autres expériences sur le nerf facial.— 11 m'est souvent arrivé, en piquant la moelle allongée des chiens ou des lapins pour faire apparaître le sucre dans leur urine, de blesser involontairement les origines cachées du nerf de la septième paire, et de produire une paralysie simple des mouvements de la face, soit à'gauche, soit à droite. Dans ces circonstances il y a toujours , au moment même de la piqûre , une augmentation momentanée de la température dans les deux côtés de la tète (1). Mais après quelques instants, lorsque cette chaleur, due à l'émotion , a disparu , la face et les oreilles reprennent leur température primitive, quelquefois même elle est un peu plus basse ; or jamais, dans ces cas, je n'ai vu que l'oreille, du côté où le facial était paralysé, fût plus chaude que l'autre; c'était souvent le contraire, et le thermomètre indiquait généralement 1 degré à 1 degré 1 /2 d'abaissement de température relative dans le côté de la face paralysé du mouvement et ayant conservé toute sa sensibilité, ce qui témoignait de l'intégrité de la cinquième paire.

(1) Un phénomène momentané d'élévation de chaleur des parties périphériques a presque toujours lieu quand on blesse brusquement , d'une manière quelconque , un point des centres nerveux ; mais cela ne peut pas être confondu avec les phénomènes durables que je décris ici.

11 se manifeste donc, ainsi qu'on le voit, des ell'ets calorifiques différents , suivant que le nerf facial est coupé dans son trajet extra-crânien, ou suivant que ses fibres originaires sont coupées dans la substance même de la moelle allongée. Dans ce dernier cas, la paralysie du facial amène, au point de vue de la calorification, des effets qui ne diffèrent pas notablement de ceux que produit la section de la cinquième paire ; et si, pour ce dernier nerf, l'abaissement de température est ordinairement plus considérable , on pourrait l'attribuer aux lésions de nutrition qui surviennent après la section du trijumeau, lésions qui ne se manifestent pas après la section du facial.

Quand au contraire on coupe le facial après qu'il s'est engagé dans le canal spiroïde du temporal, et surtout après qu'il en est sorti, les effets de sa section se rapprochent beaucoup de ceux que produit le sympathique, en ce sens qu'il y a toujours une élévation marquée de température.

Cette opposition entre les expériences précédemment citées me penser qu'en agissant sur la moelle allongée on paralysait uniquement lesorigines spécialement motrices musculaires du facial, car on avait une paralysie complète des muscles de la face sans augmentation de température ; qu'en coupant, au contraire, le facial dans le canal spiroïde, on agissait non-seulement sur les origines motrices musculaires, mais encore sur les fibres sympathiques qui s'y trouvaient adjointes,' puisqu'on observait l'augmentation de température. J'étais, du reste', porté à cette interprétation des phénomènes par d'autres expériences En effet, s'il est incontestable, en s'appuyant sur l'anatomie comparée etsur la physiologie, que le sympathique en prenant naissance dans les centres nerveux cérébro-spinaux a des rapports de contact avec les nerf« moteurs, il faut néanmoins admettre une origine spéciale dans la substance nerveuse pour les nerfs sympathiques à raison d'une spécialité tres-nette de leurs propriétés. J'ai vu en particulier que le curare qui agit dune manière si remarquable sur le système nerveux é'te nt distinctement les propriétés nerveuses, d'abord celles des nerfs 'de sen timent, puis celles des nerfs de mouvement , et celles des nerfs svmna tlnques, dont l'extinction se manifeste la dernière. J'aurai du rTste occasion de développer ailleurs ces faits intéressants; je v;ux seule' ment insister ici sur ce point que l'influence sur la calor fication ap^ tien spécialement au nerf sympathique, quand on agit sur luiTso^ ment. Les nerfs de sentiment , comme la cinquième pLe , n pe^t

être, sous ce rapport, confondus avec lui, puisqu'ils produisent un refroidissement; et si maintenant on trouve que lo fucial coupé dans son trajet extracrànicn donne lieuàdes eflets complexes, il est beaucoup plus naturel et plus logique de conclure que ce nerf, qui contracte, comme on sait, tant d'anastomoses dans le canal spiroïde, est déjà compliqué dans sa composition. Pour obtenir une solution directe de la question , et pour savoir si les nerfs moteurs purs agissent sur la cal orifi cation , je pensai qu'il était plus convenable d'agir sur les racines rachidiennes , qu'on peut atteindre avant qu'elles aient subi aucun mélange.

4° Expériences sur les nerfs RACHmiENS. — Sur un chien de forte taille, adulte et vigoureux, j'ouvris la colonne vertébrale dans la portion lombo-sacrée , pour atteindre les racines des nerfs qui animent les membres postérieurs. L'animal ne perdit pas beaucoup de sang et supporta bien l'opération, qui dura environ une demi-heure. Toutes les racines rachidiennes étant à découvert, et convenablement préparées à di'oite et à gauche, je pris la température dans les deux membres en faisant une ponction cutanée à la partie interne de chaque cuisse et en introduisant exactement toute la longueur de la cuvette du thermomètre sous la peau; je pris aussi la température du rectum. Voici les chiffres que donna le thermomètre :

Cuisse gauche .35",5 cent.

Cuisse droite 35°, 5 cent.

Rectum 39",5 cent.

Les températures étant bien constatées et vérifiées à plusieurs reprises, je fis alors à droite la section des six racines antérieures (quatre dernières lombaires et deux sacrées) qui concourent à la formation des plexus lombaire et sacré. Ces racines possédaient une sensibilité récurrente très-faible , à cause d'un peu de fatigue de l'animal et du temps un peu considérable depuis lequel la moelle était dénudée. Alors la plaie du dos fut soigneusement recousue, l'animal délié et laissé en repos. Fréquemment le chien se relevait et courait dans le laboratoire, traînant son membre postérieur droit paralysé du mouvement; on constata que la sensibilité était très-bien conservée dans les deux membres postérieurs.

Deux heures et demie après la section des racines antérieures, j'examinai l'animal au point de vue de la température de ses deux membres postérieurs. A la main on sentait manifestenu>nl que le membre gauche

sain avait une température ijlus élevée (jue le membre droit paralysé du mouvement. La température fut reprise avec le thermomètre, plongé sous la peau par les mômes incisions et de la même façon que la première fois. Voici les nombres qu'on obtint constamment dans un grand nombre de vérifications successives :

Cuisse gauche saine 360 cent

Cuisse droite paralysée du mouvement. . . 34» cent.

Alors la plaie du dos fut décousue, la moelle était chaude et trèssensible, ainsi que les racines antérieures qui offrirent alors une sensibilité récurrente très-développée. Ce réchauffement de la plaie survenu pendant le repos de l'animal peut expliquer l'élévation de température d'un demi-degré qu'on a trouvée du côté sain; mais il n'en reste que plus évident que la section des racines antérieures a amené nn abaissement de température dans le membre correspondant

Alors et pendant que la plaie était décousue , je fis du côté gauche la section de toutes les racines postérieures de sentiment (quatre dernières ombau-es et deux sacrées) qui concourent à la formation des plexus lombaire et sacré. Cette opération finie, la plaie fut recousue une seconde fois et l'animal laissé en repos.

Une demi-heure et une heure après, on prit à deux reprises la température sous-cutanée des deux cuisses , comme il a ét indiqué en

Tronrint ''''''' ^'"^^"^^ '''' ^ -

1" OBS^avATioN c Cuisse gauche paralysée du sentiment. . 350 cent

après 1/2 heure. | Cuisse droite paralysée du mouvement. . . ' ' ' » „ "

après I heure, kuisse droite paralysée du mouvement 320 ^enl'

On voit ainsi qu'anssitôt après la section des racines rachidipn.p=

'lualre degrés; H m «ne heure aprteTatctn de r ■ f ' u™„,, celle du ce^hre ,auc„o s^aU aba X egj

vait pas objecter que son étal d'affaiblissement avait empêché les effets de caloricité de se développer. Toutefois, je voulu lever toute priseàl'objection en faisant une contre-épreuve directe : en conséquence, sur le chien qui avait siibi toutes ces expériences sur les racines rachidiennes, je coupai le sympathique au cou, et après 25 minutes il y avait à la main déjà une très-grande différence de température entre les deux oreilles : l'oreille gauche, où l'on avait coupé le sympathique , donnait 23 degrés , tandis que celle du côté sain marquait seulement 20 degrés. Il fut donc démontré par là que la calorification se développait encore très-activement chez cet animal , et que par conséquent ce phénomène aurait dù nécessairement se produire , si la section des racines antérieures eût été dans le cas de le déterminer.

En résumé, il me semble résulter clairement des expériences contenues dans ce paragraphe les propositions qui suivent :

1» La section des nerfs du sentiment, outre l'abolition du sentiment, produit la diminution de température des parties.

2° Celle des nerfs de mouvement, outre l'abolition du mouvement, a donné lieu également à un refroidissement des parties paralysées.

3° La destruction du nerf sympathique, qui ne produit ni l'immobilité des muscles ni la perte de sensibiUté , amène une augmentation de température constante et très-considérable.

4" Maintenant si l'on coupe un tronc nerveux mixte qui renferme à la fois des nerfs de sentiment, de mouvement et des filets sympathiques on a les trois effets réunis, savoir : paralysie de mouvement, paralysie de sentiment et exaltation de caloricité. C'est ce que l'on peut obtenir par la section du nerf sciatiquc, par exemple; toutefois, on comprendra que la calorification doive être dans ce dernier cas un peu moins prononcée, parce qu'elle est alors contre-balancée par l'abaissement que détermine simultanément la paralysie des nerfs de mouvement et de sentiment.

5° D'après cela je crois donc avoir établi avec raison que cette augmentation de caloricité est le résultat spécial de la section du nerf sympathique. C'est cet effet isolé qu'il s'agira d'étudier dans les paragraphes suivants.

§ II.— DESCRIPTION DES PHÉNOMÈNES DE C.\LORIKICATION QUI ACCOMPAGNENT 1,A SECTION DE LA PARTIE CERVICALE DU GRAND SYMP.\THIQUE.

J'ai observé que lorsque sur un animal mammifère, sur un chien,

sur un chat, sur un cheval, sur un lapin ou sur un cochon d'Inde , par exemple, on coupe ou on lie dans la région moyenne du cou le filet de communication (1) qui existe entre le ganglion cervical inférieur et le ganglion cervical supérieur, on constate aussitôt que la caloricité augmente dans tout le côté correspondant de la tète de l'animal. Cette élévation de température débute d'une manière instantanée, et elle se développe si vite qu'en quelques minutes, dans certaines circonstances, on trouve entre les deux côtés de la tète une différence de température qui peut s'élever quelquefois jusqu'à 4 ou 5 degrés centigrades. Cette différence de chaleur s'apprécie parfaitement à l'aide de la main, mais on la détermine plus convenablement en introduisant comparativement, et avec les précautions convenables, un petit thermomètre dans la narine ou dans le conduit auditif de l'animal.

J'ai souvent extirpé les ganglions cervicaux supérieurs du grand sympathique chez le chien et chez le lapin ; chez ce dernier animal, je les ai, trouvés insensibles à la pression d'une pince, ainsi que l'avait déjà constaté M. Flourens ; seulement leur arrachement semble toujours accompagné d'une douleur plus ou moins vive. Chez le chien , cette sensibilité parait un peu plus grande. L'ablation du ganglion cervical supérieur est suivie des mêmes effets calorifiques que la section du filet cervical ; toutefois ces effets sont toujours plus rapides, plus intenses et plus durables. Il est inutile de citer toutes les expériences excessivement nombreuses que j'ai pratiquées ; je dirai seulement qu'après la section du filet sympathique chez les lapins, les phénomènes de l'excès de calorification et de sensibilité ne sont guère évidents au delà de quinze à dix-huit jours, tandis que chez les chiens cela peut durer six semaines à deux mois. Après l'ablation des ganglions chez ces animaux, la persistance de la lésion peut être considérée comme indéfinie; car sur un chien à qui j'avais fait l'extirpation du ganglion cervical supérieur à gauche, tous les phénomènes d'excès de caloricité et de sensibilité dus à cette extirpation étaient encore très-intenses un

(1) Chez le lapin , le cochon d'Inde, le cheval, ce filet est isolé du pneumogastrique, et se trouve placé entre ce nerf et Tartère carotide. Chez le chien , le chat , le filet sympathique est confondu avec le vague et il devient impossible de couper isolément ces deux nerfs. Le ganglion cervical moyen manque goncralcment chez ces animaux , excepte chez le coohon d'Inde , où jo I ai , a pou près, toujours rcnconlré.

pour a autres expériences.

Cette différence de 4 à 5 degrés est remarquable comme différence de calonflcation relative entre les deux côtés delà lace Mais s Ton compare la chaleur de l'oreille et de la narine (ainsi éclîauffée par suite de la section du nerf) à la chaleur du rectum ou des parties centrales du corps le thorax ou l'abdomen, on voit qu'elle est à peu près la même. Toutefois, j'ai constaté assez souvent que l'extirpation du nerf sympathique élevait dans l'oreille correspondante la chaleur jusqu'à 40 degrés, tandis que la température normale dans le rectum, chez cet animal, ne dépasse pas généralement 38 à 39 degrés centigrades

Toute la partie de la téte qui s'échauffe après la section du nerf devient le siège d'une circulation sanguine plus active. Cela se voit trèsdistmctement sur les vaisseaux de l'oreille chez le lapin. Mais les jours suivants, et quelquefois même dès le lendemain, cette turgescence vasculaire a considérablement diminué ou môme disparu, bien que la chaleur de la face, de ce côté, continue à être très-développèe.

On peut constater, en faisant pénétrer le thermomètre à l'aide d'incisions préalables, que cette élévation de température qu'on apprécie superficiellement s'étend également aux parties profondes , et même dans la cavité crânienne et dans la substance cérébrale. Cela se remarque mieux après l'extirpation des ganglions sympathiques. Le sang lui-même qui revient des parties ainsi échauffées possède une température plus élevée, ainsi que je l'ai constaté plusieurs fois sur des chiens, en introduisant un petit thermomètre dans la veme jugulaire à la région moyenne du cou. Il est bien entendu que la cuvette du thermomètre doit être dirigée en haut, de manière à être baignée par le sang veineux qui descend de la tête.

J'ai voulu rechercher comment le côté de la tête échauffé par la section du nerf sympathique se comporterait comparativement avec les autres parties du corps, si l'on venait à soumettre les animaux à de grandes variations de température ambiante. Je plaçai donc un animal (un lapin auquel j'avais pratiqué la section du nerf) dans une étuvc, dans un milieu dont la température était au-dessus de celle de son corps. Le côté de la tête qui était déjà chaud ne le devint pas sensiblement davantage , tandis que la moitié opposée delà face s'échauffa ; et bientôt il ne fut plus possible de distinguer le côté de la tête où le nerf sympathique avait été coupé, parce que toutes les parties du

corps, en acquérant leur summum de caloricité , s'étaient mises en liarraonie de température.

Les choses se passent tout autrement quand on refroidit l'animal en le plaçant dans un milieu ambiant dont la température est beaucoup au-dessous de celle de son corps. On voit alors que la partie de la tête correspondante au nerf sympathique coupé , résiste beaucoup plus au froid que celle du côté opposé; c'est-à-dire que le côté normal de la tête se refroidit et perd son caloriciue beaucoup plus vite que celui du côté opposé. De telle sorte qu'alors la désharraonie de température entre les deux moitiés de la tête devient de plus en plus évidente , et c'est dans cette circonstance qu'on constate une différence de température qui peut s'élever quelquefois , ainsi que je l'ai dit , jusqu'à 6 ou 7 degrés centigrades.

J'avais eu l'idée de faire la section du nerf sympathique sur des animaux hibernants , pour savoir si cela les rendrait moins sensibles à l'action engourdissante que le froid leur fait éprouver. Je n'ai pas encore eu l'occasion de réaliser cette expérience.

Ce phénomène singulier d'une plus grande résistance au froid s'accompagne aussi d'une sorte d'exaltation de la vitalité des parties , qui devient surtout très-manifeste quand on fait mourir les animaux d'une manière lente, soit en les empoisonnant d'une certaine façon, soit en leur réséquant les nerfs pneumo-gas triques. A mesure que l'animal approche de l'agonie , la température baisse progressivement dans toutes les parties extérieures de son corps; mais on constate toujours que le côté de la tête où le nerf sympathique a été coupé , offre une température relativement plus élevée, et au moment où la mort survient, c'est ce côté de la face qui conserve le dernier les caractères de la vie. Si bien qu'au moment où l'animal cesse de vivre, il peut arriver un instant où lé côté normal de la tête présente déjà le froid et l'immobilité de la mort , tandis que l'autre moitié de la face, du côté du nerf sympathique a été coupé, est sensiblement plus chaude et. offre encore ces espèces de mouvements involontaires qui dépendent d'une sensibilité sans conscience et auxquels on a donné le nom de mouvements réflexes.

En observant pendant longtemps les animaux auxquels j'avais fait a section de la partie céphalique du grand sympathique , j'ai pu suivre les phénomènes de calorification ainsi que je l'ai dit plus haut. Si les animaux restaient bien portants , je n'ai jamais vu , après cette expé-

rieace, survenir dans les parties plus chaudes aucun œdème ni aucun trouble morbide qu'on puisse rattacher à ce qu'on appelle de l'inflammation. J'ai dit : si les animaux étaient bien portants , car en effet , lorsqu'ils deviennent malades, soit spontanément, soit à la suite d'autres opérations qu'on leur fait subir, on voit les membranes muqueuses oculaire et nasale seulement du côté ou le nerf sympathique a été coupé, devenir très-rouges, gonflées, et produire du pus en grande abondance. Les paupières restent habituellement collées par du mucus purulent , et la narine en est fréquemment obstruée. Si l'animal guérit, ces phénomènes morbides disparaissent avec le retour à la santé.

D'après cela je n'admets pas inflammation de la conjonctive signalée par Dupuy, John Reid, etc., comme une conséquence normale de la lésion du nerf sympathique : je considère ce phénomène comme accidentel et comme ne survenant qu'à la suite d'un état d'affaiblissement consécutifde l'animal. Je signale du reste le fait comme je l'ai observé, sans vouloir essayer d'expliquer pour le moment comment il se fait, que cette augmentation de caloricité et de sensibilité des parties arrive à se changer subitement sous certaines influences en ce qu'on appelle une inflammation violente avec formation purulente excessivement intense.

Les faits de caloriflcation de la tête que j'ai précédemment signalés, après la section, la ligature, la contusion ou la destruction de la partie cervicale du grand sympathique, sont faciles à reproduire et à vérifier. Toutefois, comme toujours en physiologie expérimentale, il est nécessaire de prendre quelques précautions pour obtenir des résultats constants et bien tranchés. Voici les conditions qui me paraissent les meilleures :

1° Il est préférable de faire l'expérience lorscpie la température ambiante est un peu basse, parce qu'alors la différence de chaleur entre les deux côtés de la face est d'autant plus facile à saisir qu'elle est plus considérable.

2° Il faut choisir des animaux vigoureux et plutôt en digestion , l'observation m'ayant appris que les phénomènes de caloriflcation se manifestent d'autant plus faiblement et plus tardivement que les animaux sont préalablement afi'aiblis ou languissants.

3° II faut éviter les grandes douleurs et l'agitation de l'animal pen dant l'opération. 11 arrive en effet si celle-ci est laborieuse, que l'émotion et l'excitation gén'Talc que l'animal éprouve en se débattant mas-

quent complétemenl le résultat immédiat. Bien qu'on n'ait coupé le nerf sympathique que d'un seul côté, on pourrait trouver les deux oreilles par exemple aussi chaudes l'une que l'autre immédiatement après la section. Mais bientôt, si on laisse l'animal en liberté, les choses reprennent leur équilibre et le côté correspondant au nerf coupé reste seul avec une température plus élevée.

4° Ainsi qu'il a été dit, les phénomènes sont toujours plus marqués et plus durables , quand au lieu de couper le filet d'union du sympathique au cou, on extirpe le ganglion cervical supérieur.

5° Du reste en revenant ailleurs sur les phénomènes de calorification produits par la section du sympathique, nous verrons qu'ils paraissent suivre les variations physiologiques de la chaleur animale. Ils sont plus marcpiés généralement pendant la période digestive et plus faibles pendant l'abstinence (1).

§ m. — Effets de la galvanisation du bout céphalique du nerf grand

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