OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES
FUSION, ÉTONNE^fENT ET AUTRES EFFETS DE LA CHALEUR INSTANTANÉE, PRÉSENTÉS PAR DIVERSES SUBSTANCES NATURELLES OU ARTIFICIELLES, TELLES QUE LE GRANITE, LES VERRES ET LES MÉTÉORITES.
Dans les expériences dont il s'agit, malgré Textrôme rapidité de leur action sur les roches, les gaz déterminent, en général, une fusion sur les surfaces qu'ils lèchent. Il ne faut pas oublier, en eiïet, que leur température est d'environ 2500° au moment de l'explosion.
A la surface du granité, le feldspath se fond en globules blancs, ressortant en saillie, ainsi que les lamelles de mica qui ont été ramollies. Quant aux grains de quartz qui, nécessairenieut, ont résisté à la fusion, ils paraissent creusés, comme par une érosion, rappelant un peu celle qu'y produirait de l'acide iUiorliydrijiue. L'échauffement brusque de leur surface, en déterminant une dilatation très inégale, détache des esquilles comme par une sorte d*étonnement. C est un fait analogue à ce qui s'est produit dans des expériences où j'ai perforé le quartzite, à l'aide du rlialumeau au gaz hydrogène et oxygène (1).
Sur les parois des fissures de la fonte qui donnent passage aux gaz, on a obtenu des bourrelets annonçant un ruissellement de la matière fondue, et qui, pour ainsi dire, dessinent le trajet du courant érosif. Ce résultat est comparable à ceux que présente la croûte de beaucoup de météorites, surtout de celles (h)nt la masse admet des feldspaths ou d'autres minéraux fusibles.
Des gouttelettes transparentes, ressemblant à une sorte de rosre vitreuse, couvrent les surfaces du verre et du cristal soumis au liaz de l'explosion. Cette rosée est composée de petits *;lol)ules, nunis entre eux par une substance qui est transparente el n in plie de myriades de bulles gazeuses; cette sorte d'écume aiiit taihlrment, en quelques parties, sur la lumière polarisée, sjiiis doule à la suite de la trempe qu'a subie cette pellicule externe.
En certaines portions (fv^. 20), celte matière est striée d'unT façon
(1) Annales des Mines, o' série, t. XIX, p. 23; 18G1.
1891 HÔtK GÉOLOGlgiE POSSIBLE DES V.A/. \ H.VUTE PRESSION 351
remarquHble, parfois avec une disiiositiou finnur, i|ui tieul uu moulage des silloiis treiisés lUitis k' cristiil par le passade des gaz. Les surfaces d'éclnlemeul du cristal pi-éscutcut, eu ellet, des rnuliguratious très shigulièies. En ijuel[{ues points si- montrent des
Surluit! il'iVlHtFmrnl i]<- iri^ttHl |ir-'si'LiL;inl. jKir siilli- ilii loiiliirl <k's ).')Lx explumln, ilif Killiins cl des i-i^iolus !^lJlvllrll iiiii^ •IHhmIiuu jicniU'F. — Drussisst'nipnt dp 36 diiimi'tiTs.
polygones juxtiiposOs (lig. :ill, à la (iirou des cellules d'uu gâteau de luicl, dont la dimensioii moyenne est de 1""»5, pcdygones se préseutiint coninie les hnses de iivraniidcs coueaves, à faces courbes cl très surbassécs, A leur suiiniict se présente très fréquenimeut une sorle d'nmbitic ou dt-iucssion liémispliéritiuc très siuguliën.^
Coutrairement à ce i[u'on aurait pu sup|ioser, les nombreux fragments eu lesquels ces cylindres de verre et de cristiil ont été
Fi^'. a. .
SuTlatu dVidulcmi'iil il>- l'risliil. [iivsi'iihinl ilrs |H>1y):iiiic:> jiixIaposiS Ikisi-)- iIc ])fruini(le!' rimiavi*. ~ (iii»>isM-iiii-iil dr IJiliamilres.
réduits ne jin'senteul |ias d'indice de double rcfractinu : on en doil conclure qu'ils n'ont pas stibi <Ii- tremjie, bîeit qu'il y ait eu des eflets de fusion su|)erliciclle cl dVlouueJiiciit; sans duule l'action de
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Ifi chaleur a été ti-op rapide. C'est peut-être pour la même cause que le quartz perforé n conservé sa double réfractioD normale, d'après l'examen que M. Des Cloizeaux a bien vonlu en faire.
Pour les météorites, l'injection des gaz y a déterminé un aspect tout nouveau. De toutes parts, la roche s'est noircie et, non seulement à sa surface, mais dans des parties très profondes. Eu d'autres termes, il s'y est développé des veines noires, du même genre, d'ailleurs, que celles dont ia pierre élait déjà pourvue, mais bien plus larges et en bien plus grand nombre.
Des lames minces coupées en diverses directions et étudiées au
Cou|ie de If nii'lcorllc île Pullusk. moatrant les veini'.s ni>ii'i-s, [iriMliillfs i];ins lu itM'he par le contact des t^az chauds. — (irossisseiiienl Hn '.i't dianii'ln'H.
microscope montreut(fig. 22) que ce noîrcissemuuL est irfcjtdVj'HC à celui que déterniinej'applicatîou de la chaleur ruu^'e sur la roclie inétéori tique. On peut en résumer tous les caracléres en disant que la substance, d'abord grisi;, qui fait le fond des pierres lies types les plus cuminuns, s'est transformée dans hi substance noire qui fait le fond des pierres de Tadjera et de KoursU, conforniénicul aux résultats antérieurement signalés par M. Stanislas Ah^nuier.
Au point de vue de la forme des zones noires artifii;ielUiini^iit produites, l'expérience fournit des documents nouveaux.
Ainsi, chacune des parois d'une mt^ine lissure imircic l'st pourvue d'une marge noire, bien plus nettement délimiléi-i[u'< m ii<; l'a jamais constaté dans les météorites naturellement iiiailiréis. Cette circonstance vient sans aucun doute dccequerécbanlleiiii-nt, lors de l'explosion expérimentale, est beaucoup plus subit'l moins prolongé qu'il ne l'a été dans la nature.
1891 rAle GÉOLoniQUE i>ossibijs des gaz a haute pression 3S3
Mais cette djUtireiice si seiisililc ixxir les iii!irl>riires se cliiinge CD identité poiii' l'écorcc externe, et l'on pi'ut ilire ;ivpc assupHnee que lu cylimlre «le la pierre de l'iiltusk i^unniis k l'cxplustou a
Fia. îi.
Caii|H- <If )ii iiii-hWirMi- <li' ['iilliisk iiionlrHnl lu rppnutiii'tlun. '■oiik nirtitin iIi'h gax i-IiiiiiiIh, iIh la i-roAii' nuirp i'uri«'li'TiHiii[ue ilp lu siirlucu UHlui-i<Ue iks iDOIënriteK. — (irossissi'PiK-iit ilc :i:> i|jaiiii'>tn-s.
procuré (Fig. '23] lii proniitre reproduction artifieiellc de la croiHe noire des niéténrltes. Ct'IIe-fi, eornuie on sîiit, eonaiste avant tont en niiilériiiiix noircis, mais non londns, de sorte ipie les niétV!orites entièrement noires, comme celle de Tadjera, ne possèdent jamais de croûte. Kn outre, liims la météorile natnretle, elle est nettement liniiléo à iiii>! iinifoiideiir cpiî (■'■inolgnc de l'épaisseur de la zone où la chaleur dévi-Iiip[it!-e pendant le trajet almospliériqiie a vaiueu le froid, dont la masse cosmique était comme imprt'gHéc. I^i sondainelé du eoiipdefrn dans leprouvctle ;i reproduit des conditions pnrallèles, et tons les earartères de la emrtte se trouvent ici exactement imités.
L'excessive vitesse des liiels gazeux suliiteinent engendri^s par les explosifs expliipie aisénient lenerfrle des effets ealorlliques produits en tpiel{|ues dix-millièmes de sernndc et <|ui viennent (l'ôtre successivement dérrits dans ee paragraphe.
CoNCLdSIOiS'.
La longue série des fiiits ijui viennent d'être exposés, en témoignant de l'iniomitaralde puissance des ^n?. à liantes lcmp(>ratnres, doués de très fortes pressions et de mouvements fort rapides, justlTie
DAUBRÉE
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rapplication qu'on en peut faire à divers chapitres de l'histoire du globe.
L'ouverture des canaux perforés, ou dîatrèmes, qu'ils soient diamantifères, volcaniques ou autres; le concasseraent des roches; leur régénération par une apparente plasticité, sous l'influence d'efïorts mécaniques, ainsi que leur écoulement; le transport de leurs débris, menus fragments et poussières ; leur arrivée en masse jusqu'à la surface du sol et souvent bien au-dessus, ne représentent peut-être pas toutes les directions où la nouvelle méthode expérimentale pourra s'appliquer, et ce qui a été dit des météorites montre déjà qu'elle peut s'attaquer à un domaine plus vaste encore que celui de la Terre.
Pour les cheminées des diverses catégories, examinées plus haut, diamantifères, volcaniques ou injectées de roches éruptives, il y a lieu d'insister sur leur fréquence dans Técorce terrestre et sur leur gisement en très grand nombre dans certaines régions, où c'est par centaines qu'on peut les compter, et sans préjudice de la parenté des laboratoires d'où elles émanent. Et il faut ajouter que, lors même qu'elles sont peu distantes entre elles, elles se montrent indépendantes les unes des autres, quant au mécanisme de leur percement.
Non moins que les manifestations volcaniques elles-mêmes, les phénomènes qui nous occupent témoignent l)ien éloquemment de l'existence d'une haute température dans les régions internes du globe.
Le contraste est frappant entre les formes habituelles de rupture de récorce terrestre et les diatrèmes. La disposition linéaire dans l'orientation et le parallélisme, qui sont les traits dominant des premières, qu'il s'agisse de plissement ou de cassures (paraclases ou diaclases), n'appartiennent pas essentiellement aux dernières. C'est comme un reflet d'un contraste complet dans les causes originelles. Tandis que les dislocations linéaires dérivent plus ou moins directement de pressions horizontales, de refoulements de l'écorce du globe, concomitants à la contraction de ses parties internes, les dislocatioyis topiques ou diatrèmes, au contraire, sont, comme on vient de le voir, le résultat d'eflorts concentrés sur unpoint unique, de poussées verticales (iemi\s^i)s gazeuses, douées de fortes pressions et animées de très grandes vitesses: une sorte de coup de canon, dont l'àme serait une diatrème qui viserait le zénith.