TROISIÈME PARTIE
BHOYAGR ET MOCTLAGE DK LA ROCHR REPASSER A L*ÉTA1 SOLIDE; APPARENTE PLASTICITÉ KT KCOULKMBNT ; APPLICATIONS PO^^SIDLES A DIVERS EFFETS MÉCANIQUES EXERCÉS SCR LES ROCHES, TELS QUE LA 8CHIST0SITÉ.
LUMIÈRE FOURNIE PAR L'EXPÉRIMENTATION A L'hISTOIRE DE l'aPPARENTE PLASTICITÉ ET DE l'ÉCOULEMENT DES ROCHES SOUMISES A DES EFFORTS MÉCANIQUES.
Dans plusieurs cas où la roche, gypse, marbre, granité ou météorite, avait été broyée par le courant gazeux qui l'avait traversée, les fragments de formes diverses et la poussière, dont les éléments se sont réagglutinés, se sont exactement moulés dans le logement où était placée la roche, de façon à prendre contre l'acier un poli spéculaire, comparable à celui de la monnaie qui a subi le choc du balancier. La délicatesse de ce moulage par pression, ressort aussi de l'empreinte, saisie par la roche, des stries concentriques que le travail au tour avait gravées sur des rondelles d'acier. En se régénérant, la roche s'est comportée d'une manière qui simule la plasticité de la glace, dans les expériences de Tyndall.
Le granité (Fig 19) a parfois peu perdu de sa cohésion et, au
Fig. 19.
(^ylindrp iW granité iiroyc», puis en partie r(Vj;ênt»ré; le cyliiulre primitif est entoure (l'une sorte de j^aîne li|jjiirée en pointillé et eonsislanl en poussièn^ de la niénie roi'be, réa;jf{j;lulinêe livs solidement. — Grandeur natureUe.
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premier abord, il a conservé son aspect. Cependant Texamen microscopique d'une lame mince montre quMl a subi un broyage, au moins dans certaines de ses parties. Quelques parties pulvérisées, renferment à l'état d'inclusion des bulles gazeuses qui sont sans doute des produits de l'explosion. D'après l'examen que M. Michel Levy a bien voulu en faire, les fissures provoquées par l'explosion traversent tous les éléments, mais se multiplient au 'passage du quartz et des feldspaths; elles ne paraissent pas très déviées par les directions de clivages faciles et alTectent une orientation générale, en rapport évident avec la forme extérieure du cylindre. Dans les micas, il y a parfois torsion des feuillets le long des cassures.
De même que le granité, la météorite broyée s'est régénérée et a sensiblement repris sa cohésion primitive.
Pour voir si, dans ces conditions, la roche, sans se pulvériser, ne peut pas se déformer, par une sorte de ductibilité comparable à celle des crmhers de cuivre qui servent de manomètre, j'ai soumis un cylindre de marbre de Carrare plein, c'est-à-dirr sans (issure préalable, k une charge de densité de 0, 2, c'est-à-dire double do celles qui ont été em[)loyées dans la plupart des ex[)rricnccs, soit 2,400 atmosphères. Des sillons en croix, d'une profondeur de 0'"'n,3, avaient été pratiqués sur l'une des bases, ainsi ({uc sur le C(Mé du cylindre. Le bruit intense qui s'est produit à la suite de l'explosion a immédiatement averti que, malgré le bouchon plein constitué par la roche, les gaz s'étaient fait jour en la bris;int. D'ailleurs, le carton adhésif était criblé de poussières et do ;ir;iins i)ro]etés en dehors, dontquehpies-uns l'avaient traversé.
En effet, ce cylindre massif de marbre avait été perforé suivant son axe par un canal dont le diamètre moyen se r.ip])rochait dt* celui de l'obturateur de cuivre et de l'enclume (TMcier. Kfi oulnî, il s'était exactement moulé sur les ])arois cylindfiipies et sur les bases du logement, en leur empruntant le poli, rrcj.il fnétalli(|ne et les stries fines provenant du travail au tour. Les dimensions du cylindre s'étaient donc considérablement modilires;le di.imèiro s'était accru de 21™°», i à 21^™°», et la hauteur réduite de .'iO'"n\7 à 24™°*. Les sillons creusés à l'avance étaient complèlenirnl elî.ieés.
Dans une autre expérience, le marbre a manifeste In j)l;isliri|é qu'il avait monientanément ac(iuis(» en se moulant siii" le^ nninhrcnx filsdecuivre qui le cen*laient (fig. .">) eta i)ris de chacun d'nix niie empreinte délicate.
Pour ce calcaire marbre, le grain saccharoïde s'est x'ii^ihirmrMi atténué, en même temps que la roche, de translucide (lurlh' éi;iii, est devenue opaiiue. Ce que la simple vue à la loupe» fais;iil siippos«i"
est confirmé par l'examen de plaques minces au microscope; la roche, après avoir été broyée en menue poussière, a immédiatement repris de la cohésion. A la base d*un cylindre ainsi comprimé, on remarque l'éclat spéculaire de la substance, devenue transparente et active sur la lumière polarisée : elle rappelle' un large clivage cristallin.
Pour le gypse, les efTels de plasticité sont tout particulièrement prononcés. J'en citerai deux exemples, les circonstances qu'ils présentent n'étant pas sans application géologique.
Un cylindre de gypse plein, placé dans le logementderéprouvette, s'y est complètement moulé par l'action des gaz explosifs. La hauteur du cylindre qui était de 31"^™! et son diamètre de 21™™3 sont, en eiïet, respectivement devenues i9"»°»5 et 23™"^5. Le changemunt de forme a donc été complet. En même temps, la surface entière a acquis un poli éclatant qu'elle a emprunté au métal contre lequel le gypse a été embouti.
Outre l'éclat métallique qu'elle a acquis, comme si elle avait passé au brunissoir, des bandes parallèles grises ou noires dirigées suivant les arêtes, accusent bien le sens des mouvements moléculaires, qm ont accompagné la déformation.
D'ailleurs, la masse a pris une cohésion supérieure à celle de la roche naturelle et un grain notablement plus lin. Une plaque mince a montré une orientation générale des grains cristallins, conforme à celle (fu'eut déterminé un écoulement suivant l'axe du cylindre.
Quoique l'obturateur et Tenclume entre lesquels le gypse se trouvait serré présentassent, comme k l'ordinaire, une ouverture centrale, cette fois les gaz n'en ont pas profité. Ils n'ont jms o|)éré de perforation, ou plutôt, ils se sont eux-mêmes fermé le passage, en subissant instantanément un véritable écoulement.
Comme autre preuve d'écoulement, ils ont poussé devant eux hors de l'orifice un jet à section circulaire ayant la forme d'un dé h coudre. A peine formé, ce jeta été violemment projeté jusqu'à la feuille de carton du châssis, sur laquelle ce projectile a fait une empreinte profonde.
Dans une autre expérience, le gypse s'est moulé de la môme manière dans le logement de l'éprouvette, avec cette différence que les gaz l'ont corrodé jusqu'au tiers de sa hauteur, suivant deux larges sillons perpendiculaires entre eux; mais sans pouvoir opérer une perforation complète.
Dans chacune de ces deux expériences, contrairement à ce qui est arrivé prescfue toujours, aucun bruit n'a accompagné l'explosion ; ce qui prouvait tout d'abord que les gaz, malgré leur énorme
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tension, n'étaient pas parvenus à se frayer une issue jusque dans Tatmosphére.
Le phénomèjie de l'écoulement des corps solides, que Tresca a si bien et si complètement étudié dans les métaux et les pâtes plasticjues, se manifeste donc aussi dans les roches, lorsqu'elles sont soumises à une force suflisammeut énergique. Au lieu de la pression de 500 atmosphères à laquelle opérait Tresca, nous avons eu recours à celle de 1100 à 2300 atmosphères ; mais il n'est pas nécessaire d'arriver ù cette dernière limite pour obtenir une pression de fluidité. Nous avons donc des exemples de broyage et de régénération de roches à l'état cohérent, qui paraissent ainsi avoir passé par un état plastique.
Quand on se reporte aux énormes pressions que les roches ont subies, lors des ploiements auxquels elles ont été si souvent soumises, on doit supposer qu'elles ont été parfois concassées et ressoudées, comme nous venons de le voir, à la suite d'un véritable écoulemmt.
Dans ces expériences, les conditions sont bien plus favonil^les à une soudure que lorsque Tair s'interpose nécessairement cnhv les grains d'une poussière; la roche se reconstitue iustanliiin'ineut, sans cesser d'être soumise à une forte pression. D'aillrurs, bien (jue la chaleur contribue certainement au résultat, ou n'aperroit dans les éléments réagglutinés aucune trace de fusion.
Ne serait-il pas légitime de rattacher ce phéiioincne à l'observation déjà ancienne de Dutrochet (1), (ju'une surlace nan'i' jouit d'une propriété attractive pour certains corps, proprirlc (lu'elle ne possède plus au même degré au bout d'un temps très court?
Après s'être reconstitués cojnme on vient de \v voii', le calcaire ordinaire et le marbre de Carrare ont présent»' uu<' schislosité concentritjue à l'axe, comme si ces cylindn's s'étaiiiil débités eu cylindres concentriques, ayant obéi successiveintiit a la jnession normale : ils rappellent les tubes d'une lunellf. Il vu r>l de inùme du granité. Ces résultats s'expliquent par les ex|)éririH«'s (jui ont imité les conditions où s'est produite la structure schislcu^*' dans les roches (2). En effet, c'est seulement par écoulciiicnl i[\w ces •roches ont pu se mouler, comme nous venons de ir voir.
La schistosité s'est manifestée sous une autre foi iim' mcore (Fig. 2j, dans les expériences où le calcaire de Marly-la \ illc riait taillé en cylindres assez gros pour résister au broyauv. l)aii<rt;
(1) Recherches sur la force épipolique, 1842, T. I. p. t\.
(2) B. 5. G. F., 3» 8ér., t. IV, p. 529, 18.
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cas, les feuillets produits ne sont plus concentriques, mais parallèles à la section diamétrale faite avant Texpérience. Cette orientation montre éloquemment que le changement de texture résulte d'un entraînement successif de feuillets, sous Tacliou des gaz ; malgré le temps si court (moins de quelques dix millièmes de secondes), rexpérience nous met en mesure de constater, comme à Taide d'un chronographe d'un nouveau genre, une série d'actions mécaniques développées les unes après les autres.
QUATRIEME PARTIE Lumière jktée par l'expérimenta mon sur la sortie df^ masses rocheuses
A TRAVERS LES PERFORATIONS VERTICALES DE l'ÉCORCE TERRESTRE OU DUTRÈMES.
Les fluides élastiques emprisonnés sous fortes pressions dans les réservoirs souterrains, n'ont pas borné leur action à perforer des cheminées à travers Técorce terrestre. Il ne leur a pas fallu plus de puissance, ni un mode d'opérer bien différent, pour faire monter vers la surface, et bien au-dessus, des masses rocheuses par les canaux que ces fluides avaient i)ercés.
Telle peut être particulièrement l'origine de beaucoup des dùjues trachytiques isolés, servant pour ainsi dire de couronnement à des diatrèmes, et en révélant l'existence qui, sans ces signaux souvent imposants, aurait passée inaperçue.
Un grand nombre de ces dômes, si ce n'est tous, ont dû surgir du sol à un état voisin de la solidité. Autrement on ne comprendrait pas le profil fortement incliné de tels amoncellements et souvent sur des hauteurs très considérables.
Les deux files parallèles entre elles, de cùnes gigantesques, alignés sur le haut plateau de Quito, présentent un exemple typique de cette manière d'être.
Deux arguments principaux appuient la supposition que ces masses rocheuses ne sont pas arrivées fluides au jour, ni même pâteuses. D'une part, ainsi qu'on vient de le dire, loin de s'être affaissées sur elles-mêmes, comme il serait arrivé dans ce cas sous l'action de la pesanteur, elles se dressent majestueusement, de façon à dominer de plus de deux mille mètres le plateau environnant.
D'un autre côté, un état initial à peu près solide, rend aisé de comprendre l'existence, dans leurs flancs, de vastes cavités, sièges de lacs souterrains, dont le déversement, conjointement avec des fusions de neiges superficielles, a été plus d'une fois si funeste aux pays voisins, lors des convulsions du sol et dont les parois se sont
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efiondrées sur elles-mêmes, comme cela est arrivé eu 1698 au Carguairazo. Il eu a été de même pour le Nevado del Altar, Tancien Capac-Urcu, de Técroulement duquel la cîme actuelle, avec ses bords créuelés, témoigne si clairement, et, jadis célèbre par sa hauteur colossale, supérieure à celle du Chimborazo.
Les actions mécaniques qui ont donné naissance à des cônes ainsi isolés, à proximité desquels on n'aperçoit très souvent aucune dislocation exceptionnelle, due à des pressions horizontales, ont, sans doute, été bien difléreutes des refoulements qui ont présidé à la formation des chaînes de montagnes et des ploiements.
Des expériences actuellement en cours montrent que dans un même appareil et suivant les circonstances, les gaz déterminent, soit des perforations, soit des poussées ou jets de masses solides, auxquelles ils ont fait acquérir une véritable plasticité. Elles api)rennent comment ces gaz h haute pression, emprisonnés dans un réservoir clos, sans faire le moindre bruit, sans se dégager an dehors, en un mot, sans révéler aucunement à la surface leur nature gazeuse, peuvent, par une sorte d'action latente, pousser violennnenl au dehors, en préominences arrondies, des masses tantôt grossièrement coniques, tantôt en forme de cloches, qui ont leurs analogues dans la nature.
C'est donc à des pressions du même caractère ((ue celles d'où dérivent les canaux de sortie de ces roches ou diatrèmes, qu'il paraît légitime de rattacher, comme à leurs causes, les éueri^iques transports verticaux dont il s'agit.
Abstraction faite des frottements contre les parois des cheuiinées, on peut évaluer, avec une grossière approximation, la ])uissaiice nécessaire pour faire monter ces masses jusqu'aux hauteurs (pi'elles atteignent au-dessus de la surface du sol.
Quand même l'on supposerait qu'elles ont été a])p()rtces de plusieurs dizaines de kilomètres de i)rofondeur, la ])ression, alors mise en jeu, n'est sans doute pas hors de rapport avec celles i\\w les explosifs permettent de réaliser expérimentalement. \U\ ry)\i)\\-\)oudre ou de l'acide pi(Tique, à la densité de cliargcnienl de 0..'), produirait une pression de 9000 à 9600 kilogrammes par (rnlimilie carré. Avec un chargement à la densité de 0,(), les aji|)ai "ils dont nous disposons ordinairement éclateraient: mais en aj»)ili(jM;nil la loi observée par des pressions moindres, ce dernier clinu' ment conduirait à une pression de 14400 kilogrammes par («itliiih he carré. Si le degré de résistance des parois de noséprouvelh > ,i|i|.iii Ir une limite à de telles expériences, il n'en est pas de nnin; dans les profondeurs de Técorre terrestre. Une rupture soud aiiK- des
parois rocheuses amènerait, avec une expansion des fluides intérieurs, des transports de roches, ainsi que des vibrations sismiques.
D'ailleurs, une fois, ouvert, comme il Test dans les volcans en activité, le canal doit fonctionner à la manière d'une soupape de sûreté et prévenir en général des accumulations de forces aussi énergiques que celles qui, originairement ont déterminé l'ouverture de la diatrème elle-même et la poussée de cônes trachyliques ou autres. Toutefois ces forces rest(mt encore assez considérables pour faire rorapn^ndre ce (fu'edles ont pu être, avant que l'appareil fi\t désarmé par un orifice [)ermaiient.
Enfin la succession des éruptions, avec des intermittences diverses, témoigne de la longue durée de la puissance motrice renfermée dans les réservoirs internes, peut être due à un modo d'alimentation qui le recharge, après un appauvrissement, ainsi que j'ai cherché autrefois à le montrer (1).
Bien que la hauteur des dômes de trachytes et d'autres roches éruptives récentes soit des [Jus variables, depuis le niveau de la mer et au-dessous, jusqu'à l'altitude de près de 7000 mètres (lu'atleint TAconcagua , ctîpcMidant il est très remarquable qu'un certain assortiment préside à leur distribution. Malgré l'association fréquente dans une même région, d'altitudes diverses, (lue l'on peut expliquer par des circonstances accessoires, les très grands sont localisés <lans certaines régions ; les moyens en d'autres et les petits ailleurs encore.
Les volcans les plus élevés du globe, avec des hauteurs de 7000 à GOOO mètres, sont réunis dans les Cordillères du Pérou et de la Bolivie (Aconcagua, V^S'^Vk^ [2.) ; Gualatieri ou Sahama, 0990™. Llulaillaco, (iOOO"^;.
i*lus au nord, dans la Républi(|ue de l'Equateur, sur le plateau de Quito, se dressent les seize gigantesques cônes volcaniques, déjà cités et qui se pressent sur ISO kilomètres seulement; ils présentent un exemple des plus remarquables de celte uniformité de taille. Dominés par le dôme su[)erbedu Chimborazo, les[)rincipaux varient de 5900 à îkKK) mètres : le Cayambe-Urcu, dont le sommet est exactement sous leciuateur (5UIÎM"); le Cotopaxi, si régulier dans sa forme coniijue (5753°™) ; le Carguairazo, (|ui, depuis qu'il s'est partiellement écroulé, est réduit à une hauteur de 5740"» ; le Capac-
(1) F.xpôrif'nccs sur la pussiliilité iriino infiltration c*! pillai rc, au travers des matières poreuses, nial{j:r^' une forte ron Ire- pression de vapeur; ap[)Iieation possible aux phi^nom("'nes péolof^'iques {H. S. G. F., ii'srr. t. XVllI, i>. lîKi, 18<>1).
(2) Parmi le» ehilTres, parfois diflôrenis, proposés \wuv li*s altitudes d'une niènie mo]ihi;!n(', j*ai cru devoir a<lopler de préférence ceux (jue donne V Annuaire du Bureau dea Longiludes,
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Urcu, qui, conserve encore 5520°», après avoir subi le même sort ; les pyramides dllinissa dont Taspect rappelle aussi des ruines, 5315™, et le Sanghay, sans cesse actif, à 5300°».
Des similitudes du même ordre se retrouvent dans l'Amérique du Nord, sur le bord de TOcéan pacifique, au nord du MontShasta, en Californie (4402°»). Tels sont, entre les 45« et 48® degrés de latitude, dans la chaîne des Cascades : le Pic Hood (3421°») ; le Mont- Saint-Helen (4000°» ou environ); le Mont-llainier (3766°»); le Mont- Baker (3383°»). A un autre module appartiennent : le Mont-Brown (4876°»; et le Mont-Hooker (4784°»); puis, encore plus au nord, dans la Colombie Anglaise, le Mont Fair-Weather (4482°») et enfin le Mont- Saint- Elle, situé vers l'inflexion brusque de TAljaska, avec cette même altitude (4568°»).
Dans l'ancien continent, comme conformité du même genre, nous voyons les cônes trachytiques du Savala (4814°»), du Kasbek (5043°»), de l'Elbrouz (5647°»); du Grand-Ararat (5157°»), altitudes voisines encore de celle du Demavend (5665°»). Non loin, un autre groupe, avec des hauteurs moindres, comprend le Mont-Argée (3841°»); le Sipan Dagh, près du lac de Van (3940°»J ; le Biugueul Dagh, près d'Erzeroum, dont le sommet est à 3752"™, et le volcan Tandareck (3832°»).
Dans la rangée de l'île de Java, longue d'un millier de kilomètres, il existe une centaine de pics .volcaniques dont 45 sont des volcans actifs. A la suite du Semerou, 3729°», le plus élevé de tous et la montagne sacrée par excellence, un bon nombre sont compris entre 3600 et 3000°», comme le Idjen Rauu (3330"^).
Parmi les volcans de l'île de Sumatra, qui rivalisent avec ceux de Java, M. l'ingénieur Verbeek en a signalé récemnienl quatre, sur une distance de 20 kilomètres, qui sont compris de 939'" à 715'" (\).
Les volcans des îles Sandwich sont des plus renianiuables, non seulement par leur mode spécial d'activité, que Dann a si bien décrit à la suite de deux voyages d'exploration exéculés à un intervalle de 45 années (2), mais aussi par leur situation dans la grande dépression de l'Océan Paciii(|ue. Les deux ])lus élevrs d'entr'eux, le MaunaLoa et le MaunaKea, situés dansrîliMriljiwaï, et distants de 48 kilomètres, ont la même altitude, 4'jG3"' et \'M\^,
Il importe d'ajouter que la mer avoisinant ces deux >ofuniitrs grandioses présente des abîmes de 5000 à 6000 mètres dr [nolundeur; de sorte que les hauteurs de ces poussées volcanicjurs,
(1) Sumatra s West-Kust. Batavia \mi.
(2) On the volcanocs and volcanic plienomenas at Ihe nawaïan Islclllll^. Ainmrun journal, t. 33 à 37. 1887-1889.
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comptées à partir du fond de la mer, seraient de plus de 10000 mètres.
Vers les latitudes boréales élevées, nous trouvons en Islande le Skaptar loekull, iO'^T™: THeola, 1634" ; et dans l'île de Jan Mayen, le Beereuberg, 2139™ de hauteur.
Aucune coïncidence dans les altitudes n'est plus remarquable que colle des deux ma^çuiliqucs volrans dérouverts par Ross au milieu des palaces australes, par 70o de latitude. L'Erebus et le Terror sont aussi voisins bypsométriquoment (3900™ ot 3400™) que îçéosrapbiquement.
Ces similitudes de baut<Mir enlrr les volcans d'un même ji:roupe sont d'autant plus difjnrs d'altenfion pour beaucoup de montaj^ncs d'altitudes toul à fait exee|)tionnellos qu'elles paraissent déceler un lien de ])arenté entre rescAnes, bien (jue leur isolement à lasurfare du sol, et souvent bnir élolj^nement mutuel, portent à lessupposer tout à fait indéf>endants.
Grâce aux expériences relatives à la reproduction artificielle des diatrèmes, nous sommes à ménit» de nous faire une idée de la raison possible de eetto loealisation d'altitudes diverses. C'est comme si chacune d'elles correspondait à une pression maxima, émanant d'un même réservoir infra-ij:ranitifïue, ou de réservoirs semblables, dont elle donnerait la mesure de pression, à la façon du tube d'un véritable manomètre à air libre.
Cette hypothèse nous |)ermet en outre d'ex|»liquer, et aurait même pu faire prévoir les diverjrences qu'on observe en chaque région. Deux causes différentes de ces éearis de hauteurs se laisstMil entrevoir, d'après les résultats des exi)érienees.
Dans certains cas, l'alîaiblissr'nîent delà pression proviendrait de pertes latérales ou fitifrs des iraz moteurs, que dans notre é|)rouvelte manométrique et mal^rré des obturateurs soijxneusement travaillés, il est si difficile d'éviter et (jui ont dû se donneur libre carrière dans la nature.
Non moins frécpuMument, et par un procédé en quebjue sorte opposé, les effets mécaniques ont pu être réduits, par suite de l'obturation automaticpie des canaux (ralimentation, obturation produite par le fait inêmedes matéiiauxdétritifiues misen mouvement. Ce serait analo^nie au lésultat de plusi(uirs de nos expériences de perforation, notamment sur le^^ypse, où le canal de sortie ouvert par les jçaz explosifs a été aveu<;lé, par suite de la rapidité avec laquelle les masses triturées se précipitaient. Se réi^éneranl immédiatement eu masses cohérentes, ees matériaux constituaient instantîmément un bouchon imperméable aux ç^uz.
A part ces caus(\s énerj;i(|ues d'atténuation ou même d'annulation,
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dans les poussées verticales, sortes de ratés, si Ton ose s'exprimer ainsi, il faut encore, pour comparer les hauteurs des cônes volcaniques, tenir compte des démolitions souvent considérables et très inégales, que ces cônes ont subies, soit par éboulements, soit par des écroulements sur elles-mêmes, comme on en a de mémorables exemples pour bien des montagnes, dans les Andes, à Java et ailleurs.
Remarquons, d'autre part, qu'à l'époque actuelle, pendant un laps de temps comparativement bien court, un même appareil volcanique offre des écarts non moins considérables dans les altitudes qu'atteignent ses diverses éruptions. Ainsi, à l'Etna, lorsque la lave, au lieu de jaillir vers la base, comme en 1603 ou en l'an 396 avant notre ère, s'élève jusqu'au voisinage du sommet, ainsi qu'il est arrivé pour l'une des trois bouches de 1832, elle manifeste des différences de niveau déplus de 2000 mètres.
C'est ainsi, pour le dire en passant, que Ton peut comprendre, malgré leur proximité mutuelle, les divergences de hauteurs des montagnes volcaniques de la Sicile et de l'Italie méridionale.
Les considérations qui précèdent s'appliquent aux roches volcaniques anciennes, pour lesquelles une tendance manjuée vcms l'égalité de niveau, se manifeste fréquemment.
Ainsi les proéminences phonolithiques et basaltiques qui. par centaines, hérissent le Mittelgebirge de la Bohême et lui donnent un aspect si singulier, offrent la forme de cAnes à hasos grossièreinont circulaires, dont les altitudes prédominantes avoisinent 700 mètres.
La France nous présente un fait rentrant dans cotte ratôi^orio, qiii n'est sans doute pas l'effet du hasard et qui, jusqu'à jin-^enl, ne paraît pas avoir été interprété. Les deux massifs du Mofit-Dore et du Cantal, malgré leur indépendance k la surface du sol, oliôissent comme à une discipline et mesurent la même hauteur : I88r> !n. rt 1858™. Serait-ce par hasard cju'à plus de 300lviloniêtrcs de distance, la sommité de notre troisième grand massif v()l(anif|n(% le Mezenc, participerait, à peu près, à la même altitude, il'W m.?
Selon leur degré de consistance, lors de leur arrivée sur le sol, les roches éruptives ont pris des formes différentes. Tiintot. lors quelles étaient de nature basaltique ou qu'elh^s él.iic ni i);nlinilièrement chaudes, elles se sont épanchées et sni>(M'p(»vr('< en coulées ou nappes, sous des formes très surbaissé(»s, romiiM^ ;i l'Etna ou au Mauna Loa; tantôt, à peu près solides, îiiiisi «iii'i! csl arrivé souvent pour les trachytes, la roche s'est dressé»' (ién mhîH en protubérances à pentes beaucoup ï)Ius fortes ; le Pn\ «!<!)(. me, le pic de Ténérife, TArarat, le Cotopaxi, le Fousi-Yninn et d' !iili'\< innombrables montagnes nous eu offrent des exemples.
1891 RÔLE GÉOLOGIQUE POSSIBLE DiiiS GAZ A HALTE PRESSION 3'l9
Dans uu cas comme dans l'autn*, (luc la montagne volcaui([urî ait été l'objet d'enlasseinents successifs ou qu'elle soil \v ivsultat d'une poussive unique, les masses ([ui émanaient d'un nn>me résiirvoir souterrain, c'est-à-dire qui cédaient à une même pression, ont dii avoir une tendance à se niveler.
Tels sont les cônes de travertin de Hamman-Meskontine, dont cbacuu, comme on sait, s'exhausse graduellement, jusqu'à ce (jue la source n'ait plus assez de pression pour dépasser le niveau général : sous une forme affueuse, ces cônes nous donneraient une idée du phénomène igné.
Les masses érnptives en conformité d'altitude paraissent souvent différer par leur Age, mais on conroit que, pendant de longs laps de temps, les pressions motrices des laboratoires souterrains aient pu persister ou s'alimenter daiLs (h's conditions similaires.
Bien que très variées «lans leur nature lithologique et dans les formes ([u'elles ont prises à la surface du sol, les éruptions auxquelles les diatrèmes ont servi de canaux, — qu'il s'agisse de dômes, ou do coulées — ont entre elles un lien de famille qu'expli(|ueut les expériences. Aussi, parait-il commode, pour des considérations générales, telles cpierflb^s (jui viennent de nous ocruper, de désigner l'ensemble de ces masses érnptives par une dénomination unicpie etcosmopolite. L(î nom dVq//ïy.s/'//^/'(l) qui, dès Tantiquité désignait une « chose rejetée par un soulle w et (pie le dirtionnaire d'IIesychius définit ainsi a pierres sortant de la terre et doininaut le sol » parait fait à souhait pour rensemble des matériaux que nous avons en vue {il).
» Les diatrèmes se présentent à la surface de la Lune aviîc une abondance incomparablement plus grande que sur la Terre, et il est intéressant de noter aussi, pour les asi)érités isolées, une sorte de classenïent géograjdiicjue, suivant les altitudes. Ainsi, les jilus élevés que l'on connaisse? à la surface de notre satellite, sont situés dans le voisinage du pôle austral (mont DuM-fel, TOGO"»: mont Casatus, 6956™; mont (àirtins, (wOlM^ ; nïontngne annulaire de Newton, 7264°ïj.(3)i)
Dans la Lune, comnie pour la Terre, nous trouvons des manifestations de poussées rrrticdlcs, pnnlnitvspar (1rs i\rj)lost(tns fit* fluide.^ élastiques émanant tractions internes. Plusieurs des <'onclusions
(1) Du mol j:rtM' kx'j'7r,y.'x.
(i) D'apri's Ie^ rt'nsoignt'iiii'nts (|»o j»* (Icms à robligi'îiiicf i\v mon savnnt confrôre M. Croizet, une « tliose rrjolôc par un souffle » et quo lo diolionuaire, (rUesychius défmit ainsi « pi«Tr»'s sonanl de la lern» cl dominant le sol ■».
(3) Amédée Gumemin, l,e Ciel, :V édition, p. 'S)H.
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auxquelles nous avons été expérimentalement conduit sur la perforation (les (liatrèmes à travers l'écorce terrestre et la sortie des masses qui en ont débouché peuvent être applicables à certains traits de l'écorce lunaire.