RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Si nous résumons en les exposant dans leur ordre logique les principales expériences relatées dans le cours de ce travail, elles nous permettent de suivre des nerfs vaso-dilatateurs depuis leur origine jusqu'à leur terminaison, en faisant connaître toutes les principales circonstances de leur trajet. — Elles nous montrent de plus comment ces nerfs obéissent à une excitation d'ordre général et qu'on peut appeler physiologique, l'excitation asphyxique. Enfin elles nous désignent un certain nombre de nerfs sensitifs avec lesquels ces mêmes nerfs sont en relation foiictionnelle pour donner lieu à des
1 L'opposition a cessé. Nos contradicteurs nous ont donné gain de cause. Après avoir varié de toutes les manières les épreuves, répété et calqué nos expériences sur l'influence des excitations électriques, sur l'influence de l'asphyxie, etc., avec l'illusion d'y trouver une condamnation de nos assertions, l'on a été obligé de se î^endre à l'évidence. M. Laifont est maintenant convaincu que « le sympathique cervical contient, en réalité, des filets vasodilatateurs de la région buccale, » (Laffont. — Rapport sur l'école pratique des Hautes-Études, 1880-1881, p 99. — juin 1882.) C'est précisément ce que nous avons soutenu contre lui depuis plus d'un an.
A. DASTRE ET J.-P. MORAT.
actes réflexes de vaso-dilatation. Voici ces expériences brièvement indiquées :
1° On découvre la moelle épinière à la partie inférieure de la région cervicale et l'on en fait la section à ce niveau. L'excitation du segment inférieur détermine une dilatation primitive des vaisseaux d'une grande partie de la tête, en particulier de l'oreille et de la région que nous appelons bucco-faciale c'est-à-dire des muqueuses, nasale, palatine, gingivale, géniale, labiale supérieure et inférieure ainsi que des régions cutanées correspondantes. Notons que le résultat s'est montré le même chez tous les animaux sur lesquels nous avons expérimenté , le chat , le lapin , le chien , la chèvre.
Dans l'état actuel de nos connaissances sur l'innervation vaso-motrice ce résultat implique l'existence de nerfs dilatateurs partant de ce segment et qui sont destinés aux vaisseaux des régions sus-nommées.
2** On découvre les 2% 3% 4^ et 5^ racines dorsales : après les avoir coupées et détachées de la moelle, on porte l'excitation sur leur bout périphérique. Le résultat est encore la dilatation. Mais il ne s'observe que chez le chien, et il est plus circonscrit que le précédent ; il occupe exactement la région bucco-faciale du côté correspondant aux racines excitées.
Ici, plus de doute sur l'interprétation, puisque nous avons affaire à un nerf bien défini et parfaitement isolable. L'excitation décèle donc dans les racines que nous avons expérimentées l'existence d'éléments nerveux vaso-dilatateurs pour la région bucco-faciale. Ces éléments proviennent de la moelle; ils s'en éloignent; ce sont des nerfs centrifuges ou moteurs. , Mais chaque racine est double ; autrement dit la paire ner- | veuse rachidienne est formée d'une racine antérieure et d'une 1 racine postérieure. L'excitation de la racine antérieure ' seulement détermine la vaso-dilatation. Les vaso-dilatateurs rentrent donc dans la loi établie par Magendie ; ils sortent de la , moelle par la même voie que tous les autres nerfs centrifuges. \
3° On met à nu les rameaux communicants qui correspon- \ dent aux 2% 3% 4^ et 5^ nerfs dorsaux, c'est-à-dire ceux qui |
vont de ces nerfs à la chaîne du sympathique. On les coupe et Ton excite le bout qui remonte dans le sympathique du côté de la tête. Même résultat: vaso-dilatation de la région buccofaciale.
Ces nerfs vaso-dilatateurs suivent donc la voie du sympathique pour aller à leur destination : nous n'avons plus qu'à les suivre dans les rameaux que ce nerf envoie du côté de la face.
4r° L'excitation les manifeste dans les deux branches de l'anneau de Vieussens.
5° Elle les manifeste dans le cordon cervical du sympathique, sur tous les points de son trajet et quelque précaution qu'on ait prise pour l'isoler des nerfs qui l'accompagnent. Après section de ce nerf, l'excitation du bout céphalique détermine en plus de tous les effets déjà connus, la congestion des régions énumérées plus haut.
Le sympathique qui est ainsi resté isolé pendant un long trajet, mêle ensuite ses fibres avec celles des nerfs crâniens qui fournissent à la face et en particulier avec les branches du trijumeau. La comparaison des résultats obtenus en excitant le sympathique et le trijumeau nous montre bien que ce dernier reçoit du cordon cervical une notable partie des éléments dilatateurs qu'il contient.
Ces nerfs moteurs d'une espèce particulière nous sont maintenant connus depuis leur origine au moins apparente jusqu'au lieu de leur terminaison.
Nous essayons ensuite d'autres moyens d'excitation plus physiologiques que l'électricité et que les autres excitants artificiels usuellement employés.
Le sang devenu asphyxique par la privation d'oxygène, est un excitant énergique du système nerveux. Son action porte principalement sur les centres encéphalo-rachidiens. Par la lutte d'influence qu'elle établit entre les deux catégories de nerfs vaso-moteurs, elle trouble considérablement l'état de la circulation périphérique : nous avons vu qu'elle engendre des effets différents et inverses suivant les régions qu'on considère. Pour la région bucco-f a ciale, l'effet de l'asphyxie est la congestion. Si d'un côté seulement, on interrompt la con-
A. DASTRE ET Jf.-P. MORAT.
tirluité du sympathique, îâ congestion de ce côté est moindre ; elle peut être nulle, dans les conditions où nous avons observé. Il faut donc admettre que dans ces conditions, la dilatation vasculaire asphyxique reconnaissait pour un de ses facteurs iin|)ortarits lé nerf que nous avons coupé, le sympathique.
Cette expérience est la contre-partie des précédentes. Elle donne une démonstration nouvelle de l'action vaso-dilatatrice du synipathique. La méthode est seulement différente. On sait qu'il est convenable, toutes les fois que l'on peut, d'appliquer à l'étude des fonctions des nerfs, les deux méthodes dites dé la sectioîï et de l'excitation, et de contrôler les résuliàts de l'une par les résultats de l'autre.
Il faut des conditions spéciales pour que l'excitation naisse où paraisse naître dans les centres eux-mêmes : habituellement cela est vrai surtout poùr les nerfs qui nous occupent, le fnôttvément qu'ils commandent reconnaît pour cause provocatrice initiale une excitation venue de la périphérie ; aùtrement dit, le mouvement est réflexe.
De quelles régions de la périphérie vient l'excitation norïnalé? Par quels nerfs sensitifs est-elle apportée aux centres des vaso-dilatateurs buccaux? Voici les faits:
1° L'excitation du bout central du vague, isolé du sympathique dans la région inférieure du cou, provoque une vasodilatation primitive et bilatérale.
2° La vaso-dilatation cesse ou diminue considérablement du côté où le sympathique a été préalablement coupé (à moins bien entendu qu'on ne l'excite en mênïe temps de ce côté).
3° La vaso-dilatation cesse de se produire des deux côtés sî ranimai ôst chloroformé jusqu'à résolution, ou si la moelle cervicale a été coupée dans un point quelconque de son étendue.
Il résulte de là que nous avons bien affaire à un phénomène i^éflexe dont les voies d'aller et de retôur ainsi que le point de réflexion nous sont connus. Le nerf sensitif est le vague, le centre est formé par le bulbe et la moelle, le nerf moteur est fe sympathique.
4° La vaso-dilatation est surtout considérable quand on
excite le nerf laryngé supérieur et surtout le tronc du vague à partir du point où il fournit les rameaux pulmonaires ; elle est à peu près nulle quand l'excitation porte au-dessous de ce point ou bien sur les rameaux cardiaques. — Les nerfs sensitifs viscéraux qui gouvernent ce réflexe proviendraient donc principalement des organes de la respiration.
5° L'excitation du bout central du nerf sciatique produit aussi la congestion bucco-faciale ; l'excitation du nerf tibial, branche presque exclusivement cutanée du même nerf, a aussi ce résultat; il est vraisemblable qu'il est aussi sous la dépendance des autres nerfs sensitifs cutanés.
6° Après la section du cordon cervical du sympathique, l'excitation asphyxique ou réflexe du centre détermine encore dans une certaine mesure la vaso-dilatation bucco-faciale, et lorsque cette section a été faite depuis un temps assez long pour que le nerf soit dégénéré, l'excitation du nerf maxillaire supérieure a encore pour effet la congestion de la lèvre correspondante. — Il faut admettre que tous les vaso-dilatateurs de la région ne sont pas contenus dans le cordon cervical. De même, les nerfs irido-dilatateurs avec lesquels les vasodilatateurs buccaux ont plusieurs traits de ressemblance sont représentés en partie par des fibres contenues dans le cordon cervical et bien connues dans tous les détails de leur origine et de leur trajet, et en partie par d'autres fibres, dont on ne connaît exactement ni le trajet ni la provenance exacte.
Société d imprimerie. Paul Dupont. Paris, 41, rue J .-J-Rousseau. 201.7.1882.