‹ Recherches expérimentales sur le système nerveux vaso-moteurChapitre 18 sur 27 · A. DA8TRE ET J.-P. MORAT · texte numérisé non relu

A. DA8TRE ET J.-P. MORAT

mation plus catégorique qui en fut faite par M. Bochefontaine dans une seconde communication à la Société de biologie, nous acceptâmes comme démontrée la réalité du double effet vaso-moteur qui résulte ainsi pour la même région de l'excitation du sympathique cervical. Seulement, nous avons protesté contre l'interprétation qui tirerait de ce fait un démenti à nos propres affirmations. Il ne peut aucuiiement destituer le sympathique cervical du chien de la propriété vaso-dilatatrice que nos expériences lui attribuent. C'est là le sens de toutes nos paroles, l'esprit qui nous a guidé dans toutes les polémiques que nous avons eu à soutenir depuis ce moment. D'une part, le phénomène de la constriction, existât-il, ne prouverait rien contre la dilatation ; d'autre part, nous avons eu occasion de montrer que les faits de ce genre n'avaient même pas la signification qu'on leur attribuait.

Nous nous sommes, depuis ce temps, convaincus par nousmêmes de la réalité de l'effet constricteur qui suit quelquefois Texcitation du sympathique. Nous l'avons observé à plusieurs reprises et nous nous sommes rendu compte qu'il ait pu nous échapper. Gela provient de ce que cet effet ne s'observe que pour des valeurs données du courant excitateur, valeurs comprises dans des limites extrêmement restreintes. Pour arriver plus sûrement à déterminer le degré convenable, nous [procédons de la façon suivante:

Le vago-sympathique ou le sympathique cervical est isolé et disposé pour l'excitation : on le soumet d'abord à des courants d'une intensité manifestement trop faible pour donner lieu à aucun effet. On renouvelle ces excitations pendant qu'on renforce graduellement le courant en rapprochant chaque fois les deux bobines de l'appareil d'une quantité très faible (1, 2... 5 millimètres, par exemple). En continuant de la sorte, on sait déjà qu'on arrivera sûrement à une intensité à partir de laquelle les effets dilatateurs se manifestent. Mais, immédiatement avant d'atteindre cette valeur limite, on en trouve une qui donne naissance à des effets constricteurs. Augmente-t-on légèrement le courant, c'est la dilatation; TaffaibUt-on légèrement, on supprime de nouveau i tout effet vaso-moteur. Le courant qui donne naissance aux j

effets constricteurs est ainsi compris entre deux limites très voisines l'une de l'autre, et son intensité, comme on pense, n'a rien d'absolu.

Nous ajoutons que ces effets ne se sont pas montrés à nous d'une façon consLante : ils ont souvent fait défaut, même quand nous avions pris toutes les précautions que nous venons d'indiquer. Cette inconstance de l'effet constricteur nous paraît s'être montrée également à d'autres observateurs, car dans la relation de leurs expériences il est question de « séries » dans lesquelles ce résultat s'est rencontré, C8 qui implique d'autres séries, ou au moins certains cas où il aurait fait défaut. Mais, constant ou non, on ne saurait se refuser à admettre son existence.

Voilà le fait, le seul certainement que nos contradicteurs nous aient appris. Tous les autres qui ont fait les frais de cette discussion , ont été observés et avancés par nousmêmes : demandons-nous quelle est maintenant sa signification? Nous l'avons indiquée déjà. Ce fait prouve que s'il est très facile de manifester dans le sympathique cervical du chien des nerfs vaso-dilatateurs, il n'est pas impossible d'y manifester des nerfs vaso-constricteurs ; résultat qui ne saurait en rien nous surprendre, d'après ce que nous savons déjà des propriétés physiologiques de ce cordon nerveux. D'ailleurs, en publiant notre première expérience, nous avions eu grand soin d'ajouter qu'elle ne contredit en rien les résultats connus de l'excitation du sympathique, qu'elle les confirme et les complète, au contraire. C'était aller audevant de fobjection qui nous est faite aujourd'hui et qui a pour point de départ cette idée manifestement erronée qu'un même cordon ne saurait remplir, à l'égard d'un organe donné, qu'une même fonction, et que la présence des constricteurs y doit exclure celle des dilatateurs.

Le sympathique, en réalité, remplit simultanément les deux fonctions de constricteur et de dilatateur : l'expérience est là pour le prouver; nous n'avons pas besoin d'ajouter que ces deux fonctions s'exercent par des filets distincts. Il est dilatateur pour la lèvre dans le même temps qu'il est constricteur pour l'oreille. Ce résultat suppose simplement

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que dans le cordon cervical les dilatateurs priment les constricteurs à Tégard de la lèvre, tandis que c'est l'inverse à l'égard de l'oreille. En admettant des dilatateurs sympathiques poMr la lèvre, nous admettons implicitement des éléments semblables pour l'oreille ; cle même que les constricteurs sympathiques de l'oreille supposaient déjà ceux de la lèvre, même avant qu'on eût trouvé un artifice propre à les démontrer chez le chien et à les distinguer de leurs antagonistes. En d'autres termes, l'excitation du sympathique manifeste dans certaines conditions spéciales les dilatateurs d'une région en même temps que les constricteurs d'une autre. D'autres conditions permettront (ip manifester dans le sympathique leurs antagonistes. Et f]e fait, npus avons démontré déjà^ l'existence de vaso-dilatateurs sympathiques destinés à l'oreille, comme on vient, par ^l^e expérience appropriée, de distinguer les constricteurs dq la lèvre. A l'aide de conditiqns choisies, nous réussissons ^ dans l'un ^t l'autre cas, à donner tour à tour la prédominance à chacune des deux espèces antagonistes.

Pour le dire en passant, c'est une idée qui nous paraîf; être la source de bien des confusions que celle qui considère le nerf comme une unité indivisible clonj; toutes les parties constituantes doivent concourir à la même fonction. Il serait superflu de démontrer que le nerf n'est pas une unité fonctionnelle ; que celle-ci réside exclusivement dans la fibre nerveuse et que les fonctions diverses ou multiples d'un nerf tiennent précisément à ce que toutes ses unités composantes ne sont pas de la même espèce.

Ces éléments, ces fibres, assurément, ne sont pas groupés au hasard, mais d'après des lois que nous cherchons à établir. Les groupements ne se font pas toujours entre éléments identiques, mais simplement entre éléments analogues : le sympathique en est un exemple puisque ses nerfs vont par le méirie chemin, les uns aux viscères, les autres aux vaisseaux, les autres aux glandes. A plus forte raison des fibres nerveuses destinées aux mêmes organes, coucou-

* P ASTRE et MoRAT, Soclétê phîlomathique, 1880.

rant à la même fonction, à cela près qu'ils Tinfluencent d'une façon différente , peuvent suivre le même chemin pour se rendre à ces organes. La prétendue incompatibilité des deux fonctions, vaso-constructive et vaso-dilatatrice dans le sympathique, et l'objection qu'elle suggère ne reposent en somme que sur un défaut d'analyse.

Il est un peu plus difficile de dire pourquoi, dans le cordon cervical, les constricteurs répondent à des excitations qui sont sans effet sur les dilatateurs, et inversement pourquoi avec des courants plus forts, ceux-ci manifestent seuls leur action pour des intensités indéfiniment croissantes. Faut-il accorder aux constricteurs une excitabilité plus grande qu'à leurs antagonistes? Lors même que le résultat décrit plus haut serait constant, nous ne serions pas autorisés à le généraliser ainsi avant d'en avoir multiplié les exemples. Nous avons fait quelques recherches à ce sujet, en changeant le terrain de l'expérience et en comparant les effets produits sur la circulation de la langue par l'excitation alternative du cordon sympathique et du nerf lingual. A égalité de la part de l'excitant, les constricteurs nous ont paru quelquefois plus excitables. Outre que le résultat n'est pas d'une constance absolue, il nous a paru que ces différences étaient trop faibles pour être hors des limites des erreurs possibles. Ce qu'on met ici sur le compte de l'excitabilité peut, en réalité , dépendre de conditions purement physiques ou anatomiques, telles que le volume inégal des nerfs, ou la répartition différente des fibres des deux espèces dans l'épaisseur d'un même tronc nerveux. Ce qui paraît ressortir plutôt de ces tentatives, c'est que l'excitabilité des deux ordres de nerfs vaso-moteurs ne présente pas de grande différence.

Pour abréger autant que possible cette revue critique, nous ne discutons ici que les objections principales qui nous ont été faites. Nous négligerons, par exemple, l'objection tirée de la dégénération, qui, supposée valable, reviendrait à dire que tous les vaso-dilatateurs buccaux n'étant pas contenus dans le cordon cervical, il ne s'y en trouve aucun !

Nous ne nous arrêterons pas davantage à discuter d'au-

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très négations, comme celles qui s'adressent aux résultats de nos expériences de dilatation asphyxique.

Il sera plus instructif de citer sans distinction d'auteurs les faits expérimentaux , en regard des conclusions qui découlent immédiatement et naturellement de chacun d'eux. 11 convient de faire cette énumération par ordre de complication décroissante. Nous trouvons :

1*" L'excitation du vago-sympathique non coupé soulevé en anse sur l'excitateur. Les effets d'une telle excitation sont les plus complexes peut-être qu'on puisse imaginer, car elle s'adresse à la fois à des nerfs sensitifs et moteurs, cardiaques et vasculaires, dilatateurs et constricteurs. Un des effets produits prime tous les autres, c'est l'arrêt du cœur, qui supprime par lui-même toute circulation et rend impossible ou illusoire toute appréciation des modifications du calibre des vaisseaux qui résulteraient de l'excitation des nerfs vaso-moteurs. Il faut donc se débarrasser de l'action cardiaque. Rien de plus simple. On fait alors :

2" L'excitation du bout céphalique du vago-sympathique coupé : nous avons, suivant les conditions, la pâleur ou la rougeur, c'est-à-dire la constriction ou la dilatation des muqueuses buccales. Mais nous avons encore deux nerfs dans le même tronc : l'un essentiellement sensitif, le vague ; l'autre surtout moteur, le sympathique. On les sépare et on pratique :

3** L'excitation isolée du bout central du vague. Elle produit la dilatation, mais à la condition que les centres soient intacts. La dilatation est réflexe.

4° L'excitation isolée du bout céphalique sympathique : elle a pour effets, suivant les conditions a) la constriction; h) la dilatation. De là découle l'existence dans ce nerf de deux ordres d'éléments présidant (par voie directe ou réflexe) les uns à la constriction, les autres à la dilatation. 11 est difficile de les séparer, car ils marchent dans le même sens, se rendent aux mêmes organes, et le nerf qui les contient est indivis; de plus, nous ne connaissons pas de poison qui paralyse les uns en respectant les autres. Il était facile de séparer les nerfs cardiaques d'avec les nerfs vasculaires qui les co-

toient : les uns descendent et les autres montent, de sorte qu'une section du tronc commun les isole les uns des autres ; ils sont de plus, séparables dans le sens de leur longueur; enfin, l'atropine paralyse les nerfs du cœur et respecte ceux des vaisseaux. Ici tous ces moyens nous manquent à la fois.

Néanmoins l'expérience nous apprend qu'on observe tantôt la constriction et tantôt la dilatation. Puis nous reconnaissons que la constriction se produit pour des courants un peu plus faibles que la dilatation. Nous pourrons donc manifester les deux espèces de nerfs.

La constriction est le résultat d'une action directe des nerfs constricteurs.

La dilatation est-elle aussi le résultat d'une action directe des nerfs sympathiques sur les vaisseaux ou bien d'une action réflexe s'exerçant par l'intermédiaire des centres nerveux ? Nous détruisons ces centres, et la dilatation sympathique se produit encore; nous allons à l'origine de ces nerfs, nous les prenons à leur sortie de la moelle, et nous voyons que c'est le bout périphérique de la racine motrice qui détermine la dilatation. D'expérience en expérience, en restreignant de plus en plus le champ des suppositions, nous arrivons à cette conclusion : le cordon cervical du sympathique contient des nerfs vaso-dilatateurs pour la région bucco-faciale.

Nous arrivons à une dernière objection: l'excitation du sympathique cervical ne produit pas d'effet dilatateur sur la muqueuse buccale du chat et du lapin et en général des animaux sur lesquels on a coutume d'expérimenter, autres que le chien. En conséquence, il répugne d'admettre qu'un résultat de ce genre puisse exister chez ce dernier alors qu'il fait défaut chez des espèces voisines.

Cette absence d'effets vaso-dilatateurs chez les animaux précités nous était connue lorsque nous avons publié nos premiers résultats, aussi avons-nous mentionné que l'expérience doit se faire chez le chien. — Mais nous avouons non seulement ne pas admettre, mais ne pas comprendre l'objection que l'on tire de la connaissance de cëtte donnée.

Un fait doit être accueilli ou rejeté en considération de luimême et des preuves directes qu'on en donne et non à cause

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des conséquences qui en découlent. Les rapports de ressemblance ou de dissemblance qui le relient aux autres faits connus, constituefit la théorie de ce fait; ils ne sauraient être invoqués à l'appui de sa réalité, et moins encore contre elle.

La question, ici, est avant tout de savoir si, oui ou non, le sympathique du chien dilate les vaisseaux de la loouche. — Cette question évidemrnent ne peut se décider que par des expériences faites sur le chien. Si ces expériences jentourées des précautions, des garanties, des preuves qu'on est en droit d'exiger prononcent dans le sens de l'affirmative, rien au moi>46 ne saurait nous empêcher d'adopter ce résultat, quelque étrange qu'il puisse paraître ; il ne dépend pas de nos convenances de l'admettre ou de le rejeter.

Notre premier soin sera, ensuite, devoir si les expériences répétées sur un autre animal décèlent le même phénomène, et comportent les rnêmes conclusions. — Toutes Jes circonstances extérieures sont choisies aussi semblables que possible; tout est identique sauf l'animal sur lequel on expérimente, ce qui est bien quelque chose, pour ressemblants que puissent être entre eux des animaux comme le chien, le lapin, le chat ou la chèvre. — Dans ces conditions, on voit que l'excitation du sympathique cervical ne dilate pas les vaisseaux buccaux. Cela prouve-t-il même que le sympathique du chat ou du lapin ne renferme pas d'éléments dilatateurs comparables à ceux du chien ?

L'explication de ce résultat comporte deux hypothèses : ou j bien les dilatateurs n'existent réellement pas dans le sympathique de ces animaux ; qu bjen ils y existent, mais quelque condition masque leur action. Le sympathique renferme des nerfs antagonistes des précédents des nerfs vaso-constricteurs; et l'on s'explique très bien que Faction puisse dans certaines conditions primer celle des dilatateurs.

IjSl question qui se pose est simplement celle-ci : lequel est le plus vraisemblable, ou que les vaso-dilatateurs sont d'origine sympathique dans une espèce et point dans les autres ; ou bien qu'ils existent dans le sympathique de tous, mais ; que nous ne sachions pas encore les y déceler. Quel est le plus plausible d'admettre à cet égard entre les divers animaux i

OU une différei}ce de nature ou une simple différence de degré? Entre ces deux hypothèses, chacun à l'heure qu'il est, a le droit de choisir suivant ses doctrines physiologiques ou ses tendances particulières.

Dans une publication antérieure sur le même sujet, et dans le cours même de ce travail, nous avons nettement accusé notre tendance à voir dans le phénomène delà vaso-dilatation sympathique un fait d'ordre général. Indépendamrn^nt 4eg considérations que nous avons exposées à l'appui, noifs nous y croyons autorisés par la connmssance que nous avons acquise d'exemples nouveaux du même genre qu'il nous reste à faire connaître. — Mais c'est là, nous le répétons, le côté purement théorique de la question ; quelqu'idée qu'on s'en fa?se, il convient de tenir compte des faits nouveaux que nou^ avons fait connaître et qui deyront être exaniinés et étuiliqs par l^s expérimentateurs ^ .

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