‹ Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sang dans les veinesChapitre 8 sur 8 · ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES

Le secrétaire perpétuei de {'Académie pour les^ sciences natureUes certifie que ce qui suit est extrait du procès -verbal de la séance du lundi 29 août 1825.

La circulation dans les animaux à vertèbres est l'une des parties de la physiologie sur laquelle nous avons acquis le plus de connaissances positives. Ces notions exactes ne datent cependant que du commencement du xvi^ siècle, époque à laquelle Harvey démontra le véritable mécanisme qui met en mouvement et qui favorise le transport continuel du sang. On sait que les canaux qui partent du cœur, et par lesquels le sang est poussé, dirigé vers toutes les parties du corps, sont les artères ; et que ceux qui conduisent le sang, le chyle ou la lymphe au cœur, ont reçu le nom de veines; enfin que le cœur, ou l'organe qui détermine jusqu'à un certain point, le mode de circulation, varie par sa position, par sa structure, suivant beaucoup de ciixon-

stances qu'on est parvenu à apprécier , quoique le véritable mécanisme par lequel son action s'exécute reste à peu près le même.

La direction suivant laquelle le sang veineux est constamment entraîné vers le cœur avait été reconnue par Michel Servet plus de cinquante ans avant les expériences positives qui firent découvrir à Harvey le véritable mécanisme de la circulation. Cependant, depuis cette importante et mémorable découverte, il s'est élevé un grand nombre de discussions sur les véritables cavises de la progression du sang dans les veines.

Sans présenter ici une histoire chronologique des diverses opinions émises à ce sujet, il est important pour la question que nous allons avoir à examiner , de rapporter brièvement les principales. Nous mettons au premier rang l'action impulsive du cœur et des artères qui se continuerait par la pression qu'elle est censée exercer sur les radicales des veines , avec lesquelles les artères s'abouchent dans leur transmission. Telle était l'idée de Harvey. Suivant Bichat, la puissance absorbante du système capillaire veineux suffirait pour faire commencer d'abord , et continuer ensuite, cette progression à l'aide de l'action des parois des veines elles-mêmes. Enfin , suivant l'opinion de divers auteurs , un grand

nombre de causes accessoires faciliteraient cette

action des veines; telles sont : le mouvement des gros troncs artériels, placés le plus souvent entre deux veines , la pression exercée à l'extérieur et au-dedans de tous les organes , par la peau , par les muscles , par les viscères qui s'alFaisseut alternativement après avoir été distendus. Mais c'est surtout l'actior^ de la respiration dont la coïncidence a été observée d'une manière trèsévidente , comme correspondante au retour mécanique du sang parles veines. Pour expliquer cet effet, les uns ont supposé que le sang était appelé avec d'autant plus de vitesse, que les poumons étaient plus vides ( Rudiges ) , ou qu'une inspiration plus forte et plus rapide permettait au sang un cours plus libre dans les poumons (Saulorini). Haller (tome 2 de- -sa Physiologie , page 333 ) cite un grand nombre d'expériences qu'il a répétées sur les animaux YÎvans, d'après celles de Yalsalva et de Morgagni, par lesquelles il a reconnu qu'en mettant à nu les grosses veines, telles que les caves supérieures et inférieures , les jugulaires , les sous-clavières, c'était au moment où l'animal faisait une forte inspiration que le sang veineux parvenait au cœur; que, dans cet instant, toutes ces veines se désemplissaient, pâlissaient, et s'aplatissaient, , se vidaient du sang qu'elles contenaient; que, dans l'expiration qui suivait immédiatement .

lesmêmesveines segonflaient, devenaient bleues, cylindriques ; et que , plus les deux temps de la respiration étaient marqués , plus ces phénomènes devenaient apparens.

Morgagni avait même dit (de causis et sedibus morbdrum. , lib 19, art. 33 et 34), qu'en considérant attentivement la veine jugulaire mise à découvert sur un chien vivant , et en appuyant la main sur l'abdomen de l'animal , il avait évidemment reconnu que, toutes les fois que, par l'acte de l'inspiration, le ventre s'élevait, dans le même moment la veine s'affaissait pour se regonfler aussitôt que , par l'acte de l'expiration , les parois de l'abdomen retombaient sur ellesmêmes.

Depuis, im grand nombre d'auteurs , en particulier notre habile confrère M. Magendie {PUysiologie, 2' édition, page 4^8 ) , ont vérifié ces circonstances , et ont apporté en preuve de cette concordance de l'inspiration avec l'accélération du mouvement dans les gros troncs veineux, des expériences nouvelles et ingénieuses qui ont confirmé la réalité iconstanle de ce phénomène, mais en la regardant comme un moyen accessoire qui facilite l'abord du sang veineux.

Enfin , quoique la plupart des physiologistes aient attribué uniquement au vide qui s'opère dans le cœur la progression du sang veineux dans

cet organe, Bichat ( A natomie générale , tome i, page 429 ) a dit avec raison que ce mouvement éprouvé par le sang dans les veines exigeait encore beaucoup de recherches; car, ajoute-t-il, malgré tout ce qu'ont écrit les auteurs sur cette question, elle offre une obscurité où on n'entrevoit encore que quelques traits de lumière.

Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour mettre l'Académie dans le cas de juger le mémoire pour l'examen duquel M. le Baron Cuvier et moi avons l'honneur d'être désignés commissaires.

Dans ce travail, M. le docteur Barry expose ses idées particulières sur le mouvement du sang dans les veines ; il décrit avec beaucoup de détails les procédés qu'il a imaginés, nous pouvons le dire, avec sagacité ; qu'il a exécutés très-adroitement sur les animaux, et qu'il a répétés avec la plus grande complaisance et à plusieurs reprises sous les yeux de vos commissaires.

Son mémoire présente trois objets de recherches principaux.

1° De déterminer par des expériences positives quelle est la puissance qui force le sang veineux dé se diriger des plus petites ramifications où il est puisé jusqu'au cœur, où il aboutit.

2° D'apprécier et de comparer la vitesse aveo

laquelle le sang se meut clans les veines et dans les artères.

3" D'établir que l'abord continuel du sang veineux ne peut être assigné uniquement aux causes auxquelles il a été attribué jusqu'à présent.

Sous le premier point de vue, eu étudiant le phénomène de la circulation veineuse , M. Barry a été conduit à reconnaître que, par l'acte de l'inspiration', il se fait un vide dans la cavité de la poitrine, laquelle tend à se dilater, et que tout le liquide en communication avec l'intérieur du thorax devait y être attiré comme forcé paç la pression atmosphérique. Tous les faits conmis trouvent, U faut l'avouer, leur explication clans cet effet physique ; tels sont en particulier le gonflement des veines jugulaires dans l'expiration, et leur affaissement dans le mouvement inverse; la cessation de certaines hémorrhagies par des inspirations forcées ; l'absorption de l'air par les veines et les accidens qui en ont été la suite lors de l'ouverture ou delà section de quelques-uns de ces grands canaux voisins du cœur.

L'auteur ne s'est pas contenté de rapprocher ces faits, qui viennent à l'appui de son opinion , il a voulu la corroborer par des expériences directes, dont voici les principales.

■ Ayant ajusté sur l'une des grosses veines, comme sur la jugulaire d'un animal vivant , le

bout d'un tube de verre garni d'un robinet, et ayant placé l'autre extrémité libre de ce tube tlans une liqueur colorée, il a reconnu, après avoir ouvert le robinet, que, toutes les fois que l'animal faisait uné forte inspiration, le liquide était vivement absorbé, et que dans l'expiration, au contraire, il restait stationnaire , s'il ne refluait pas.

Nous pouvons annoncer de suite que le même phénomène se reproduisait toutes les fois que l'expérimentateur avait introduit le même tube disposé très-artistement dans une des cavités du thorax, et mème'îiu péricarde.

Afin de rendre ce mouvement du liquide absorbé par le tube plus sensible à la vue, M.Barry s'est servi de canaux contournés en spirale , afin que, l'espace à parcourir étant plus long, le mouvement devînt plus évident; et, pour rendre leur ascension plus distincte, il a mêlé ou introduit dans les liquides colorés quelques gouttes d'huile ou des bulles d'air, qui servaient à faire mieux distinguer leur progression.

Dans toutes ces expériences , exécutées avec la plus grande adresse et avec des précautions bien satisfaisantes contre toutes les objections qu'on pourrait leur opposer, l'auteur du mémoire, dont nous désirons faire connaître les conséquences , s'est assuré que le mouvement aspi-

rateur de la grosse veine était coïncident avec l'instant où l'animal tendait à opérer le vide dans la poitrine; que le sang noir ne traverse les veines que pendant l'acte et le temps de l'inspiration , et que ce mouvement veineux est toujours placé sous l'influence de l'action et de là pression atmosphérique.

M. Barry est tellement convaincu de cette action de l'atmosphère sur l'absorption veineuse, qu'il regarde comme un moyen assuré d'empêcher l'absorption d'une matière vénéneuse, l'application d'une ventouse sur une plaie récemment empoisonnée, ou dan s l'intérieur de laquelle on aurait introduit une substance délétère.,

M. le docteur Barry attribue également à la pression atmosphérique l'action absorbante diL système pulmonaire vénofeo - artériel, ou de la petite circulation. Mais ici l'auteur offre plutôt des raisonnemens établis sur des dispositions anatomiques que sur des observations positives, et quelques faits d'anatomie comparée pourraient être objectés avec succès à cette opinion , que l'auteur n'a pas présentée avec des expériences aussi concluantes que celles dont il s'est appuyé pour démontrer l'action de la pression de l'atmosphère sur la grande circulation veineuse. '

Quant à l'appréciation de la vitesse comparée du sang dans les deux ordres de vaisseaux qu'il

parcourt , l'auteur l'a faite d'après l'idée que la

pression de l'atmosphère est la principale puis- I

sance qui pousse le sang veineux dans le cœur i

pendant l'inspiration. Ce sang doit nécessaire- \

m,ent se mouvoir avec une rapidité qui est à celle )

du sang artériel comme le temps employé à une ii

respiration entière est à celui d'ime seule et uni- (]

que inspiration, et que la fréquence du pouls i

ne peut être prise comme la mesure de la vélo- j ai

cité du sang qui revient au cœur, puisque , dans }l

la première hypothèse, ce serait la répétition ni

du mouvement inspirateur qui réglerait cette ;

vélocité. Cette |)arlie du mémoire est entièrement tf

fondée sur le raisonnement, et n'est pas appuyée | k

de preuves et d'observations qui nous permet- j dé

lent de manifester une opinion sur ce sujet. on

Enfin, quant à la dernière conséquence que ; dfj

l'auteur paraît devoir tirer de son mémoire, que ! (ju'

l'abord du sang veineux au cœur ne peut être ' ([n

uniquement attribué aux causes indiquées jus- , pro

qu'à présent , nous avouerons que cette idée de (\ [

la pression de l'atmosphère comme cause prin- Jjp^

cipale n'a pas été primitivement reconnue par au .:

lui; plusieurs autres l'avaient indiqué, même J| |

avant le docteur Zugenbuhler , qui a cru devoir y

faire une réclamation à l'Académie , en lui eu- ^

voyant une dissertation de Motu sanguwis per vc- '

»fls, publiée en 181 5. \f-^

Mais l'auteur , tout en reconnaissant l'action très-évidente de la pression de l'atmosphère, regarde le cœur comme la cause première du I vide qui s'opère dans le système, tandis que M. Barry attribue la dilatation du cœur luimême et de ses oreillettes à la tendance au vide qui s'opère dans toute la cavité de la poitrine dans l'acte de l'inspiration , en démontrant cette action par des expériences positives , tandis que M. Zugenbuhler ne présente que des raisonnemens à l'appui de son opinion.

En terminant ce rapport sur le mémoire intéressant de M. Barry , dans lequel nous nous faisons un devoir de déclarer que les expériences décrites avec beaucoup de détails par l'auteur ont été faites et répétées plus de vingt fois sur des chiens , sur des brebis . sur des chevaux ; qu'elles ont constamment réussi toutes les fois qu'il a pu exécuter, comme il le désirait, les procédés ingénieux qu'il a imaginés dans ce but, et que ces recherches expérhnentales ont eu lieu sous nos yeux à la Faculté de médecine , au Jardin du Roi , à l'école d'Alfort , devant M. Girard, et aux abattoirs de Mont-faucon.

Vos commissaires jugent ces recherches faites dans un très-bon esprit et très-propres à éclairer l'histoire physiologique de la circulation veineuse dans les mammilères. Sous ce rapport,

ils ont l'honneur de proposer à l'Atàdémîc (^'inviter l'au lotir à poursuivre ses recherches sur les causes de 1 absorption, recherches qiù peuvettt oflVir un grand intérêt e^l des applications très-utiles à l'économie animale; d<e décider que le mémoire de M. Barry sera inséré parmi ceux dessàvans étrangers, Cependantilsïîfedôiv^ntpaslaissér ignorer que, dans leur O![)inion particulière, l'acte de l'inspiration qui peut produire le vidé, et par suite l'appel du sang veineux -dans la cavité du thorax chez lés animaux à poumotfs , tels que les mammifères et les oiseaûX, txe suifFit pas pour expliquer le mouvement du sattg datis les veines chez quelques reptileà et chei 'les poissons , qui ont un autre mode dè respiration , la même coïncidence d'action ue 'po'uvant se trouver entre l'inspiration q^ii s'opère chez ces aniniatix par une véritable déglutition et l'abord du sang veineux dans la cavité de leuT cœur.

Signé : le baron CUVIER; DUMÉRIL , rapporteur. L'Académie adopteles conclusions du rapport.

'Certifié conforme.

Le Secrétaire perpétuel , Conseiller-d'État , Conamandeur de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur,

5fg-n^: Baron CUVIER.

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