L.V RESPIRATION AQUATIQUE. — MÉCANISME
avaler à volonté le gaz qui est au-dessus de l’eau, pour l’expulser J autre part dans un tube gradué. Le gaz qui surnage étant de l hydrogène pur, l'animal peut vivre dans ces conditions, sans inconvénient, comme lorsqu’il est maintenu sous l’eau aérée. Nous avons observé de plus ce fait intéressant : c’est i[ue le Poisson semble en quelque sorte avoir conscience de l’inutilité, dans ce cas, de sa respiration intestinale, et au lieu de rejeter par l’anus 8 centimètres cubes de gaz par heure, comme il le ferait en avalant l’air ordinaire, il n’expulse plus que 1 centimètre cube d’hydrogène environ dans le même temps. Si on remplace l’atmosphère d’hydrogène par une almosphère d’oxygène, les autres conditions restant les mômes, on voit que la quantité de ce gaz rendue par l’anus est également diminuée et varie entre o et 6 centimètres cubes à l’heure. Dans le premier cas, l'atmosphère étant inerte, l’animal, pour suppléer à la respiration intestinale suspendue, augmente le nombre des mouvements respiratoires des ouïes ; dans le deuxième cas, les deux modes respiratoires se ralentissent simultanément, l’oxygène pénétrant dans le sang par la muqueuse intestinale en quantité plus considérable.
En sorte que, chez le Cobitis fossilis , pour ce qui est de l’absorption de l'oxygène, la respiration intestinale et la respiration branchiale peuvent se suppléer l'une l’autre; mais la respiration branchiale est toujours nécessaire pour l’excrétion de l'acide carbonique.
Ce n’est pas seulement par son intestin qu’un Poisson peut absorber de l'oxygène, il peut encore en puiser dans un organe de statique que j’aurai plus tard à vous faire connaître et qu’on appelle la vessie natatoire.
Ce réservoir, qu'il communique ou non avec l’extérieur, contient de l’oxygène, de l’acide carbonique et de l’azote.
Si on met un Poisson dans de l’eau pauvre en oxygène et par conséquent asphyxiante, on voit cet animal consommer l’oxygène contenu dans sa vessie.
Mais il ne lui rend pas une proportion correspondante d’acide
carbonique, c’est toujours par les branchies que s’en va celuici. C’est exactement comme chez le Cobitis.
Du reste la quantité d’oxygène contenue dans la vessie natatoire varie beaucoup : d’après Biot elle peut aller de 0,5 à 87 p. 100. Cette différence énorme dépendrait, d’après cet auteur, de la profondeur à laquelle a vécu l'animal.
Armand Moreau, qui a tant étudié la vessie natatoire, a montré qu’elle s’appauvrissait en oxygène quand le Poisson ne pouvait plus respirer par les branchies, mais il a fait plus, il a prouvé que si on vide la vessie natatoire en la ponctionnant, par exemple, le gaz qui s’y reforme est de plus en plus riche en oxygène : la proportion a pu monter de 18 à 85 p. 100. Cette exhalation de gaz se fait sous rintluence du grand sympathique. Quand on coupe ce nerf, elle augmente et cela corrélativement à la circulation qui augmente aussi.
Il y a dans la vessie natatoire une véritable exhalation d’oxygène qui provient forcément des gaz du sang.
L’oxyhémoglobine de celui-ci se dissocie donc quand elle traverse les capillaires de la vessie. Ce fait semble dû à des corps spéciaux décrits par Moreau et qu’il a appelés corps rouges.
On n'est pas encore très bien édifié sur le rôle et la signification de ces corps rouges , aussi n’y insisterai-je pas davantage.
Il me reste, Messieurs avant déterminer cette leçon, à résumer ce que nous avons dit des mécanismes respiratoires. Quels qu'ils soient, ils se présentent toujours de la manière suivante :
Un appareil où le sang se trouve séparé des gaz dissous dans l’eau par une simple membrane, des cils vibratiles qui agitent l’eau au contact de cette membrane ou bien des instruments plus compliqués qui, sous l'influence de réflexes médullaires établissent un courant d’eau sans cesse renouvelée sur les appareils respiratoires.
Je me suis demandé si la suppression du réflexe respiratoire et du courant d’eau qui en est le résultat amènerait l’asphyxie d’un Poisson, par exemple. J'ai donc institué l’expérience que
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voici. Je plonge lin Cyprin doré dans une solution à 2 pour 1,000 de chlorhydrate de cocaïne.
\ °us voyez 1 animal s’agiter vivement d’abord, puis respirer avec une grande activité.
Au bout de dix à quinze minutes le Poisson se trouve sur le liane, il monte à la surface de l’eau, puis tout d’un coup cesse toute respiration : sa bouche demeure fermée et ses ouïes sont tout à fait immobiles, l’animal est inerte, paralysé de tous les muscles : de l’avis de tous, il est mort. Si on le retire alors, et si on le met dans l’eau pure, il demeure dans l’état de mort apparente pendant trois ou quatre heures, davantage même quelquefois, puis la respiration recommence, et, douze heures après, l’animal est tout à fait revenu à son état primitif.
Si, par le procédé que nous vous avons fait connaître, on analyse les gaz de l’eau où le Cyprin a séjourné pendant sa léthargie, on voit qu’ils n'ont pas varié et que la respiration a été aussi nulle chimiquement qu’elle l’était physiquement. — Ainsi de l’eau qui contenait 8CC,8 d'oxygène et 1 6CC , 2 d’acide carbonique renfermait encore exactement la même quantité de chaque gaz, après qu'un Poisson cocaïné y avait séjourné une heure. Nous croyons qu'il faut attribuer cet état à une anesthésie des nerfs branchiaux, d'où abolition du réflexe respiratoire et suppression par cela même du mouvement des ouïes et de la bouche.
Les mouvements reprendraient quand la cocaïne serait éliminée. Si en effet on laisse l’animal dans la solution, pendant plus d’une heure, il finit par succomber sans qu’on puisse savoir à quel moment : il ne se réveille pas de l’état où on l’a plongé.
Cette expérience nous démontre que, contrairement à ce qui existe chez les animaux aériens, les mouvements respiratoires peuvent être abolis chez les aquatiques sans que la mort survienne.
Les simples mouvements de l'eau suffisent pour qu’elle se renouvelle autour des branchies. D’ailleurs la deuxième partie
de l’expérience nous démontre que les tissus de ces animaux consomment bien peu quand les muscles sont au repos.
C’est ce qui ressortira d'autre part de l'étude chimique à laquelle nous allons maintenant nous livrer.