SEIZIÈME LEÇON
LA LOCOMOTION DANS L’EAU
Messieurs,
Le fait môme qu’ils vivent dans l’eau, qu’ils s'élèvent et s’abaissent dans cet élément, a nécessité chez les animaux aquatiques la création ou tout au moins l'adaptation d’organes spéciaux à la motilité.
Nous devons remarquer tout d'abord que tous les animaux aquatiques ne jouissent pas de la faculté de se mouvoir; beaucoup, comme les Polypiers, sont fixés sur le fond et n'exécutent aucun déplacement; d’autres ne se meuvent pas par euxmêmes, mais ils empruntent les mouvements d'un autre : telles ces Actinies que l'on voit souvent énergiquement lixées sur le dos d’un Crabe ou sur la coquille d’un Bernard à ce point qu'il s’établit entre eux une sorte de vie commune, de commensalité.
Un grand nombre encore ne se déplace guère que par le moyen de cils vibratiles rjui garnissent la surface totale de leur corps et qui, s’agitant sans cesse dans le liquide ambiant, les font, soit tournoyer sur eux-mêmes, soit s’avancer avec une certaine rapidité.
D’autres encore vivent dans l’eau, mais se traînent sur le fond si bien qu’ils ne nagent en réalité jamais ; n’est-ce pas le cas de beaucoup de Crustacés, de tous les Echinodermes, des Mollusques Gastéropodes?
LA LOCOMOTION DANS L’EAU
Ceux-là marchent sur le fond et à travers les herbes comme le lont les animaux qui nous entourent au milieu de nos prairies aériennes.
G est déjà par une sorte de motilité perfectionnée, que nous voyons d’autres animaux, plus avancés en organisation, se pousser à travers les eaux par une sorte d’éjection du liquide contenu dans leur cavité; c’est le cas par exemple du Poulpe qui se projette à reculons par un rapide mouvement de ses tentacules, mais qui aide aussi considérablement ce mouvement en vidant d’un seul coup toute l'eau amassée sous son manteau pour les besoins de sa respiration.
Les Méduses que nous trouvons souvent en si grand nombre à la surface de la mer progressent par un moyen analogue, mais plus simple encore; la sorte d’ombrelle qui les constitue se referme brusquement grâce à un anneau de libres musculaires situé à sa périphérie, il en résulte que l’ombrelle se vide d’eau et que l’animal est chassé en arrière par un recul analogue à celui que subit au moment de la détonation un canon monté sur un affût à roues.
Gc mode de progression se voit encore chez les Salpes et même celui que nous remarquons chez les Crustacés macroures lui est très comparable.
Chez ces animaux, en effet, la partie postérieure du corps se termine par un prolongement contractile, terminé lui-mème par une large palette qui peut se développer dans l’eau : c’est ce que nous appelons la queue du Homard, ou de l’Ecrevisse.
Tant que l’animal se traîne sur le fond, ce prolongement est inactif, mais quelque danger menace-t-il la bête, qu’aussitôt elle le meut, en fouettant vigoureusement le liquide, ce (pii fait que par réaction elle se trouve projetée à reculons. Ce mouvement est toujours rectiligne, et. ce n’est que par des mouvements des pattes, accrochant le sol çà et là, que l’animal peut décrire quelques courbes et encore celles-ci appartiennent-elles loujours à un très large rayon.
Pour trouver de véritables organes locomoteurs différenciés,
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Fig. 205. — Schéma de l’appareil locomoteur d’im Poisson.
il faut que nous arrivions aux Vertébrés aquatiques, aux Poissons. Ceux-ci, en effet, sont munis de nageoires qui sont des modifications des membres.
La figure 205 nous montre la disposition de ces nageoires. Le corps, effilé, se termine par une grande nageoire c : c’est la nageoire caudale, sur le dos se rencontrent une ou deux nageoires d'd1 que l'on appelle dorsales, leur correspondante inférieure est la nageoire anale a. Ces nageoires ne sont que des dépendances de la peau soutenues par des baguettes osseuses qui se développent ou se rabattent à la façon de celles qui constituent les membres de la Chauve-Souris.
Les nageoires pectorales p et ventrales v représentent les membres antérieurs et postérieurs des Vertébrés supérieurs.
Tous les Poissons, d'ailleurs, ne sont pas munis de toutes ces nageoires, chez les Cyclostomes il n’y en a pas du tout, et chez les Anguilles il n’en existe qu'une seule paire. Ces appendices ont cela de particulier que lorsqu'ils ont été enlevés à l’animal, ils repoussent totalement avec une rapidité qui n’excède pas six mois. Ce fait avait déjà été constaté au siècle dernier par Broussonet. 11 fut ensuite énergiquement nié par Dugès, puis plus tard affirmé par Paul Bert.
La planche IV met sous vos yeux d’une façon bien évidente la réalité du fait que j'ai pu constater deux fois de suite sur un même animal.
Une Carpe d'un an A fut amputée en un seul jour de toutes ses nageoires ; elle fut conservée dans un aquarium à part et bien nourrie. Trois mois après elle était dans l’état que représente la figure B, c’est-à-dire que les nageoires étaient déjà à moitié restaurées. Six mois après (C), l'animal n’aurait plus été reconnaissable d'avec scs congénères. C'est alors que je le repris et qu’une