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DIX-SEPTIÈME LEÇON

Messieurs,

Les odeurs, les sons, nous viennent par l’air : aux animaux aquatiques ils arrivent par l’eau et il est bien évident que cette différence physique en entraîne d’autres dans l’exercice de leurs sens.

Une question préjudicielle se pose d’ailleurs. Peut-il exister un odorat dans l’eau? Quelques auteurs, Jourdan en particulier, considérant que l’odorat nous fait connaître les qualités de l’air et le goût la présence des substances dissoutes dans l’eau, considère que les animaux aquatiques ne possèdent pas d’odorat puisqu'ils ne vivent pas dans l’air et que les particules des corps leur arrivant dissoutes dans l’eau, nous devons considérer qu’il s'agit pour eux d’une véritable gustation.

Nous ne saurions partager cette manière de voir : le goût est un sens qui nous avertit de certaines qualités de nos aliments, l'odorat est au contraire un sens lointain qui nous permet de percevoir à distance la présence de corps qui émettent des particules destinées à impressionner notre sensibilité. Que ces particules arrivent par l’air ou par l’eau le résultat est le même. Nous admettrons donc l’existence de l’odorat chez les animaux qui vivent dans le milieu aquatique.

Rien absolument ne nous permet de soupçonner la présence

de l'odorat chez les Protozoaires, ni l’examen anatomique de leurs organes, ni aucune expérience ou observation. Le fait <j u'ils sont gênés, qu’ils s’enkystent quand on fait agir sur eux l'acide acétique ne démontre qu'un phénomène de toucher ou même d’inlluence générale sur tout l’organisme.

On pourrait presque en dire autant des Cœlentérés, cependant quelques expériences de Romanes démontreraient que les Actinies peuvent percevoir de loin la présence des substances dont elles font leur alimentation. Quand on suspend au milieu d’un groupe de ces animaux une matière en putréfaction, on voit bientôt les Actinies se pencher concentriquement du côté de la substance alimentaire : le fait est facile à constater, mais il est impossible de dire s’il existe un organe spécial pour le sens de l’odorat ou si toute la surface du corps n'y participe pas.

Jusqu'à ces derniers temps on ne reconnaissait pas aux Echinodermes la faculté d’odorer. C’est à Prouho que nous devons de récentes expériences qui ne laissent guère de doute sur ce point.

Cet auteur commence par acclimater des Astéries dans les grands bacs de l’aquarium de Banyuls, puis il présente à 150 centimètres environ de l’une d’elles un Poisson mort depuis quelque temps : immédiatement il voit les palpes de l'animal se relever de côté. L'Astérie se met en marche et se dirige droit vers sa proie. Si on change celle-ci de place, l'animal évolue pour la retrouver.

L’Astérie est-elle guidée par la vue? Il suffit, pour le savoir, de détruire chez elle les taches oculaires; la progression de l’animal, sa sensibilité ne sont nullement troublées pour cela. Rien plus, si on lui laisse une seule tache oculaire, elle la dirige précisément juste à l’envers de sa progression.

D’ailleurs, une autre preuve de l’odorat de l’animal est encore fournie par Prouho. Il jette dans un bac où se trouve une Astérie un peu d’eau de mer où il a écrasé un Poisson mort. L’animal manifeste, aussitôt, qu’il ressent l’approche d’une proie ; il ne voit rien, puisqu’il n’y a rien à voir.

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Si on enlève à une Astérie les taches ambulacraires inaptes à la locomotion qui sont situées en arrière de la plaque cellulaire, l’animal ne manifeste plus aucune sensation d’odorat. Ce sens n'est donc pas diffus chez lui, mais localisé dans les tubes ambulacraires voisins des plaques ocellaires.

Ces expériences nous semblent tout à fait concluantes.

Chez certains Vers, il existe près de la lète des fosselles ciliées (|ue l’on considère comme des organes de goût et d’olfaction.

J’avoue, Messieurs, que je 11e vois pas pourquoi on admet cette localisation, attendu qu’on ne signale aucune expérience à l’appui. C'est trop souvent une habitude anatomique d’attribuer une fonction à un organe tout simplement parce qu’on ne lui en connaît pas de précise.

Pourtant, si nous ne connaissons pas chez les Vers l’organe de l’odorat, nous ne pouvons nier que dans certains cas il existe. Tout le monde sait bien que les Sangsues mordent plus volontiers sur la peau des malades quand elle a été bien nettoyée ou quand ou les incite par certaines odeurs, comme celle de la pomme, par exemple.

Une observation de Scbmarda, que j’emprunte à Jourdan, prouve d’ailleurs abondamment que les Sangsues peuvent percevoir de loin l’existence de leur proie.

Voici dans quels termes Scbmarda raconte les tourments que lui faisaient subir ces animaux attirés de loin par l’odeur de sa caravane :

« Les tourments que provoquent les Blattes et les Moustiques 11e sont rien en comparaison des douleurs qui tourmentent ici les voyageurs ; car, dans les forêts et dans les prairies, grouillent les petites Sangsues terrestres, que les anciens ont désignées sous le nom d 'Hiruclo ceylanica.

« Elles vivent dans l’herbe, sous les leuillcs mortes et sous les pierres, sur les arbres et sur les buissons. Elles sont extrêmement rapides dans leurs mouvements, et doivent flairer leur proie à une certaine distance. Dès quelles perçoivent la pré-

sence d'un homme ou d’un animal, clics arrivent de tout le voisinage et se jettent sur leur victime. Souvent on s’aperçoit à peine de leur succion ; au bout de quelques heures elles sont gorgées et tombent spontanément. Les indigènes qui nous accompagnaient étendaient sur leurs blessures de la chaux vive, qu’ils portent dans leurs boîtes de bétel, ou de la salive rendue caustique par la chaux et par le bétel ; il m’a paru tout naturel qu’une inflammation violente s’ensuive, et je m’expliquai aisément ainsi les abcès profonds que beaucoup d’indigènes portent aux pieds. Beaucoup d’entre eux regardent le suc d’un certain citron ( Citrus tuberoïdes) comme un médicament spécifique.

« Tous ces remèdes conviennent parfaitement pour détacher les Sangsues; mais ils irritent nécessairement la plaie. Ce qu’il y a de particulièrement désagréable, c’est que ces Sangsues recherchent de préférence les endroits déjà visités par d’autres, attendu que la peau enflammée et chaude les attire en raison de sa vascularisation. Pour se préserver des attaques de cet ennemi, il est indispensable de protéger spécialement les pieds. On y parvient en iixant par-dessus les vêtements qui couvrent les jambes des bas de laine ou de cuir très épais qu’on attache au-dessus du genou. Ces bas de laine nous ont paru commodes et suffisants, mais nous en portions toujours une paire de rechange, parce qu’ils se déchirent facilement dans les broussailles ou s’usent pendant la marche. J’ai trouvé souvent, au niveau du lien, des douzaines de Sangsues terrestres qui s’efforçaient d’y pénétrer. Pendant la marche, nous en souffrions moins; celui qui marchait en tôle était toujours le moins torturé; quand ces Sangsues ont flairé une proie, elles attaquent avec d’autant plus d’avidité celles qui suivent. Bientôt, en dépit de toutes les précautions, nous en eûmes sur la nuque, dans les cheveux, sur les bras, car elles vivent non seulement dans 1 herbe et dans les leuilles tombées, mais encore sur les arbres, d’où elles se laissent choir sur les hommes ou les animaux qui passent. »

Chez les Crustacés, le sens de l’odorat semble fort développé.

Août le monde connaît le procédé par lequel on pêche les Ecrevisses au moyen des balances et les Homards au moyen des casiers. I ne proie placée dans ces engins est sentie des Crustacés situés à de grandes distances, et tous se dirigent \rcrs elle.

Leydig a décrit chez les Crustacés des poils spéciaux qu'il a nommés cônes olfactifs. Ces poils sont creux et remplis d’une substance en rapport avec un filet nerveux. Je dois dire d’ailleurs qu aucune expérience n’a été faite pour démontrer le rôle direct de ces poils. Le sens olfactif existe pourtant d’une façon indubitable.

Chez les Mollusques terrestres, le sens de l'odorat est certain et ses organes connus, mais ces détails ne nous intéressent pas

Quant aux Mollusques aquatiques, Flemming a reconnu chez eux des sortes de boutons gustatifs ou olfactifs. Mais pourquoi attribue-t-il cette fonction à ces organes? A. cause de leur analogie de structure avec les boutons gustatifs des Mammifères. En réalité, nous ne savons absolument rien, il n’y a pas d’expérience.

Chez les Poissons, l’existence du sens de l’odorat ne fait de doute pour personne; on voit les Requins arriver de fort loin pour dévorer la proie qui leur est jetée. L’odorat réside chez ces êtres aquatiques dans deux fossettes situées à la partie antérieure de la tête et garnies d’une membrane pituitaire.

Ces fosses nasales sont sans communication avec la bouche et consistent seulement en deux sacs ouverts en avant.

Le sac constitué par la membrane pituitaire est logé dans une capsule fibreuse ou cartilagineuse comparable aux cornets des Vertébrés supérieurs. La membrane pituitaire voit sa surface beaucoup augmentée par ce fait qu’elle est plissée très finement; dans chacun de ses plis aboutit une terminaison du nerf olfactif. L’eau est renouvelée dans le sac par l’action continuelle des cils vibratiles.

Chez les animaux qui vivent dans l’eau, le mécanisme de l’audition est très simplifié. C’est qu’en effet les vibralions de l’eau

qui constituent le son se transmettent directement aux liquides intérieurs de l'oreille. Il n’y a plus, comme pour notre oreille, besoin d’appareils qui recueillent la vibration aérienne et la transforment pour la transmettre ensuite aux liquides de l’oreille interne.

Bien plus, le son se propage trois fois plus vite environ dans l’eau que dans l’air, et les moindres bruits y sont très sensibles. Deux cailloux frappés l’un contre l'autre dans l’eau font un bruit qu’un plongeur perçoit à près d’un kilomètre, tandis qu’au-dessus de l’eau on ne l’entend pas à quelques mètres.

Colladon a démontré, dans des expériences célèbres, que des bruits trop faibles pour impressionner notre oreille étaient fort bien perçus quand nous avions la tête plongée dans l’eau.

Tout au bas de l’échelle néanmoins, chez les Protozoaires, nous ne rencontrons aucun organe d’audition; aucune expérience ne nous démontre l’existence de ce sens. Chez certains Cœlentérés on a décrit au bord de l’ombrelle des prolongements llottants situés à la place même où chez d'autres nous avons signalé la présence des yeux.

Ces prolongements contiennent des concrétions calcaires, ce qui les a fait comparer aux otocystcs. Ils semblent d’ailleurs reliés au système nerveux, mais rien, absolument rien ne prouve qu’il s’agisse là d’organes auditifs.

J’en dirai tout autant de ce qu’on a décrit sous ce nom chez quelques Echinodermes ; aucune expérience n’a été tentée. 11 y a là tout un champ à explorer, aujourd’hui que nous possédons tant de stations maritimes bien organisées.

/ Chez les Annélides, Jourdan a aussi décrit un appareil otocystique. En débitant en coupes la tête d’une Arénicole, on trouve sur certaines de ces coupes des organes qui contiennent des granulations calcaires. Ce sont les otocystcs qui renferment les otolithes flottant dans un liquide albumineux.

Les Crustacés sont des animaux chez qui l'ouïe est très développée. 11 suffit de faire le plus léger bruit pour les voir fuir. Les pêcheurs savent bien cela. D’ailleurs Minasi l’a démontré

expérimentalement. Il avait mis des Crabes dans un vase : ces animaux s'y remuaient beaucoup. Or, il suffisait d’agiter une petite sonnette pour les faire s’arrêter aussitôt.

Uensen a procédé autrement : il plaçait des Palémons dans un appareil et voyait que le moindre son que l'on faisait rendre aux parois du vase les impressionnait considérablement. Si on choquait le vase sans qu’il en résultat de son, les animaux ne bougeaient pas. Dans l’eau légèrement strychnisée, les résultats étaient encore beaucoup plus marqués.

L'appareil auditif est situé à la base de l'antenne interne. Il consiste en une petite cellule quelquefois ouverte, quelquefois tout à fait close. Elle constitue alors un otocyste et elle renferme un otolithe.

Chez les Mysis, au lieu d’être situé près de l’antenne, l’appareil auditif est placé dans la nageoire caudale. Un filet nerveux le met alors en relation avec un ganglion abdominal.

Malheureusement, nous n'avons trouvé aucune expérience laite pour démontrer que l'ablation de ces otocystes ait privé les Crustacés du sens de l'ouïe. Voilà encore une recherche à faire.

Chez les Mollusques, il y a déjà longtemps que l’on a décrit des cellules auditives. Elles consistent, en résumé, en une cavité tapissée d’un épithélium vibratile : au centre se trouve un otolithe, et de la périphérie part un nerf. L’otolithe est quelquefois unique, d’autres fois il y en a plusieurs. Les nerfs qui partent des otocystes se rendent aux ganglions cérébroïdes.

Les récentes expériences de Delagc démontrent que ces otocystes sont en rapport avec la sensation de l’espace, un peu comme chez nous les canaux semi-circulaires. Quand on détruit les otocystes d’un Poulpe, on voit cet animal nager de travers, il est sujet à des mouvements de roulis tout d’abord, puis il finit par se renverser la face ventrale en haut et par progresser d’une façon désordonnée.

Un Poulpe à qui on a crevé les yeux ne se conduit nullement de cette manière : il ne sait plus où il va, mais il continue à nager très correctement.

Chez les Mysis, il semble que les yeux suffisent à diriger la marche quand les otocystes ont été enlevés, caron n’oblient le désordre des mouvements qu’en détruisant les deux espèces d’organes.

Cdicz les Poissons, le sens de l’ouïe est particulièrement développé. C’est encore un fait que savent bien les pêcheurs. Le silence est la condition expresse du succès dans la pêche.

Le fait même qu’ils vivent dans l’eau dispense les Poissons de posséder tous les organes de transformation qui constituent notre oreille externe et notre oreille moyenne.

Les ondes sonores se transmettent directement à travers les os du crâne, et il n’y a pour tout appareil auditif qu’un labyrinthe membraneux. Un petit nombre seulement possèdent des parties accessoires qui servent à augmenter l'intensité des vibrations.

De ce nombre est la vessie natatoire, dont nous avons déjà parlé quand nous nous sommes occupés de la statique et de la respiration.

Ce réservoir aérien est, en effet, quelquefois relié à l’oreille, soit par une chaîne continue de pièces mobiles, soit par un prolongement tubuleux qui arrive jusqu’au crâne. Le premier mode se voit chez la Carpe et chez la Loche, le second chez P Alose et le Hareng.

La présence du réservoir aérien, servant de caisse de résonnance, augmente énormément l’intensité du son. Colladon le démontre en écoutant directement le bruit d’une cloche dans l’eau ou bien le même bruit transmis à l’oreille au moven d'une

caisse métallique mince plongée dans le liquide. Dans le second cas, le bruit se perçoit soixante-dix fois plus loin que dans le premier.

Muller rendit aussi ce fait évident en immergeant une vessie natatoire de Gardon. H lit vibrer le vase plein d’eau où se trouvait cette vessie et, au moyen d’une tige plongée dans le liquide d’une part et enfoncée dans son oreille par l’autre extrémité, il chercha en quel point le son était le plus intense. Ce fut

toujours quanti lo bout immergé de la lige arrivait aux environs de la vessie.

Les Poissons n'ont pas de limaçon. 11 ne semble donc pas qu ils soient aptes à reconnaître la hauteur du son. Ils ne peuvent en percevoir que l'existence et l'intensité. L'est encore un point sur lequel des expériences seraient nécessaires si tant est qu’elles soient possibles.

La vie dans l’eau imprime encore à certaines fonctions quelques différences. C’est ainsi que l’acte de la fécondation est modifié par cet habitat au moins chez les Poissons.

L'eau n'a pas sur le sperme de ces animaux l’influence destructive qu elle a sur celui des Vertébrés supérieurs. La femelle dispose ses œufs sur le gravier ou dans les herbes, et c'est seulement quand elle est partie que le mâle vient les arroser de sa liqueur fécondante. Puis ils sont abandonnés à eux-mêmes : embryons et petits se développent sans recevoir desoins de leurs parents.

11 y a pourtant quelques exceptions à cette règle. Ainsi le Chabot, si commun dans nos rivières, après avoir fécondé les omis de sa femelle, monte la garde auprès d’eux jusqu’à ce que les embryons soient complètement développés. Chose singulière, c'est le mâle et non la femelle qui se charge de ces soins méticuleux chez la plupart des Poissons qui consentent à les donnera leur progéniture.

Ainsi encore chez les Syngnathes et chez les Hippocampes il existe une poche incubatriee située aux environs de l’anus. Les œufs y sont versés un à un dans une rangée de cellules analogues à celles d’un gâteau de miel, et ils y demeurent jusqu’à éclosion complète des jeunes. Longtemps on a cru (|uc c’était la femelle qui portait ainsi ses petits. Un examen plus attentif a démontré à Vogt cl à Pappenbeim qu'il n’en était rien et que c’était bien le mâle qui prenait soin de ses descendants.

Quant à la manière dont les œitfs passent de la femelle à la poche incubatrice du mâle, nous ne la connaissons absolument pas.

Fig. 233. — Le Chromis Pater-Familias (mâle).

Un Poisson du INil, le Chromis Pater-Familias [ fig. 233 et 234), use d’un artifice plus singulier encore pour protéger sa jeune

Fig. 234. — Chromis Pater-Familias (mâle et femelle).

famille. Le mâle prend dans sa bouche les œufs delà femelle et les y garde tout le temps de l’incubation. Puis, dès que les pe-

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(ils sont nés, il les laisse sortie, mais il les surveille, et, au moindre danger, il les recueille de nouveau.

Ci est entre ses houppes branchiales qu'il les met, et on ne comprend pas bien comment il fait pour les maintenir en place tout en continuant ses mouvements de respiration et même de déglutition.

Il existe des Poissons qui protègent dans l’eau leur progéniture par un autre artifice, construisant des nids, où ils déposent, fécondent et font éclore leurs œufs à la manière des oiseaux. Je vous citerai en particulier les Epinoches, qui ont été si bien observés par Lecoq et Blanchard; c’est toujours le mâle qui s’occupe de la construction; il se sert pour cela de brindilles de plantes aquatiques. Après s’être arrêté en un endroit déterminé, il s’enfonce dans la vase et, tournoyant sur luimême, il y creuse une cavité hémisphérique, puis il s’éloigne, quêtant de toute part, et bientôt on le voit revenir tenant dans Regnaud. 32

sa bouche une brindille d’Algue; il la dépose dans la cavité qu’il a creusée et l’y assujettit par quelques grains de sable; il agit ainsi indéfiniment jusqu’à ce qu'il ait un nombre suffisant de matériaux. Il les colle et les feutre au moyen du mucus que sécrètent ses glandes sous-cutanées. L’Epinochc continue son travail en recouvrant ensuite son nid de façon à lui donner une forme globuleuse percée de deux trous aux deux pôles directement opposés. On voit alors l’animal lisser son ouvrage, coupant avec sa bouche les brins qui dépassent, puis, quand le travail est tout à fait fini, le mâle se dirige vivement au milieu des femelles qui, jusque-là, l’ont, regardé faire (fig. 235). 11 en choisit une et la conduit jusque dans le nid, où il la force à déposer ses œufs, qu’il arrose ensuite de sa lai tance, puis il retourne chercher une autre femelle et agit de même avec elle et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il trouve suffisant le nombre des œufs placés dans le nid.

Il en bouche alors soigneusement les deux entrées et il monte la garde autour jusqu’à ce que les petits soient assez forts pour le quitter définitivement.

Un Poisson des rivières chaudes, le Gourami , procède à peu près de même (fig. 236) : il fait dans la vase un nid dans lequel il place ses œufs; il agit au reste comme je viens de le dire à propos de l’Epinoche.

Un constructeur plus extraordinaire encore est le Coli.se Arcen-ciel , qui a été étudié par Garbonier. Ce Poisson, long de 4 centimètres, établit son nid, non plus au fond de la rivière, mais à sa surface. Il apporte des feuilles, des brins d’Algue, des fibrilles de racines, et il en forme une sorte de radeau dans un endroit où le courant est nul.

Puis, cet édifice terminé, il vient à la surface du liquide humer des bulles d’air, qu’il lâche sous son radeau. Il finit par en résulter une grosse bulle unique, qui soulève le centre du radeau en forme de cloche. Le Colise ferme alors la partie inférieure de cette cloche par de nouveaux matériaux solides, il n’y laisse qu’une ouverture par laquelle il s’introduit avec les

lemelles qu'il va chercher au loin, il les y fait pondre et, comme les œufs sont plus légers que l'eau, ils viennent flotter à la surlace, protégés par l'espèce de cloche fabriquée par le mâle.

Celui-ci les féconde alors, puis il ferme le nid et monte la garde autour jusqu'à ce que les jeunes soient assez forts pour

Fig. 236. — Nidification aquatique du Gourami.

percer leur prison et pour se sauver; le nid, crevé, s’enfonce et tombe dans la vase.

Nous voici arrivés, Messieurs, au terme de ces Leçons; nous avons étudié ensemble les modifications que le fait de vivre dans les eaux imprime aux êtres qui les habitent.

Vous m’avez vu insister longuement sur les questions de technique, sur les descriptions d’appareils, c’est que, pour moi, tant vaut la méthode, tant vaut le résultat.

Au moment où nous vivons, les sciences naturelles ont pris un grand essor et je dirai même une forme nouvelle. De descriptives

qu'elles étaient pour nos devanciers, elles sont devenues expérimentales : elles seront peut-être bientôt mathématiques. Je le crois; nos successeurs assisteront alors à de grandes découvertes, et si quelqu'idée chagrine nous affecte, c’est que nous ne verrons pas cette merveilleuse éclosion.

Si les minutieux détails dans lesquels je suis entré vous ont rebuté quelquefois, je voudrais pourtant qu’il vous restât de nos entretiens cette idée générale que je vous ai fait tant de fois entrevoir : c’est que nous ne pouvons arriver à la vérité que par deux méthodes : l'observation et l’expérience. Rien ne vaut contre un fait, qu’on l'ait vu spontanément ou qu’on l’ait provoqué en déterminant les conditions de son existence.

Le raisonnement ne doit arriver qu’après et comme moyen de timide et prudente interprétation.

C’est cette manière de procéder qui donne tant de solidité el de puissance aux méthodes de la Physique Riologique.

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