‹ Recherches expérimentales sur les conditions physiques de la vie dans les eauxChapitre 41 sur 42 · SI · texte numérisé non relu

SI

« Pour que les images soient nettes, il faut que la surface sur laquelle elles se forment soit parfaitement immobile pendant la durée de la pose. Or, quand on prend une série de photographies à de courts intervalles (30, 40 et même 50 fois par seconde), la pellicule et le rouage qui l’entraîne ont nécessairement une grande vitesse. Pour produire les phases d’immobilité de la bande sensible, il ne fallait pas songer à arrêter les pièces massives du rouage, cela eut entraîné des chocs destructeurs.

Fig. 228. — Mode d’enroulement de la bande pelliculaire.

« D'autre part, arrêter entièrement la pellicule pendant que le rouage continuerait à l’entraîner, c’était en produire la rupture. A l'endroit où la pellicule va passer devant l’objectif, un organe compresseur l'applique un instant contre la paroi de la chambre noire et l’immobilise.

« Mais, au delà de ce point la pellicule se réfléchit sur une lame ilcxible avant de s'engager dans le laminoir qui l’entraîne d’un mouvement continu. Il suit de là que pendant que la pellicule est immobilisée dans sa partie qui reçoit l'image, la partie située plus loin cède à l’action du laminoir en laissant courber le ressort sur lequel elle se réfléchit. Les choses se passent donc comme si la pellicule était extensible.

« Après le court arrêt qui correspond à une pose, le ressort fléchi se détend et la bande repart avec une grande brusquerie, puis continue à progresser avec la vitesse moyenne que lui imprime le laminoir, soit environ 0"*,80 à la seconde.

« Au delà du laminoir qui est invisible dans la figure et dont on n’aperçoit que le compresseur C, la pellicule s’enroule sur

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la bobine-magasin jusqu’à ce qu’elle ait défilé tout entière. Il reste encore une condition importante à remplir : il faut, avant que la pellicule se mette en marche, que le rouage moteur ait pris sa vitesse uniforme. Pour obtenir ce résultat, la pellicule fixée aux deux bobines et engagée dans le laminoir n’y est pas comprimée tout d’abord et ne subit pas d’entraînement. Ce laminoir, en effet, est formé d’un cylindre moteur dont le périmètre est égal à la largeur de l’image qu’on veut obtenir, et d’un cylindre compresseur C qui tourne passivement.

« Ce dernier vient, au moment où l’on veut commencer l’expérience, presser la pellicule contre le cylindre moteur; à ce moment, l’entraînement de la pellicule commence.

« D’autre part, la bobine' réceptrice, si elle tournait toujours, entraînerait également la pellicule; on arrête cette bobine au moyen d’un cliquet, alors l’arbre moteur qui la traverse tourne à frottement dans son intérieur.

« C’est par la pression sur une même détente qu’on obtient ce double effet, de comprimer la bande dans le laminoir et de désembrayer la bobine réceptrice.

«Aussitôt la bande commence sa marche saccadée, tirée par le laminoir et, à mesure qu'elle en sort, s’enroule sur la bobine réceptrice. »

11 est inutile de décrire le rouage moteur, il peut être à poids, à ressort ou électrique : l’important est que le pincement qui arrête la pellicule se produise bien exactement à l’instant où la pose a lieu.

Les animaux aquatiques étudiés par Marey au moyen de ce dispositif compliqué ont été la Méduse, l’Hippocampe et la Comatule.

Sur la Méduse (fig. 229), les douze images que nous reproduisons donnent très bien la représentation de ce mouvement d’ombrelle qui se ferme et qui, chassant l’eau, pousse l’animal un peu comme le cœur se pousse lui-même en chassant le sang contenu dans ses cavités.

L’image que nous donnons a été obtenue par Marey en éclai-

LA LOCOMOTION DANS L’EAU

rant vivement les Méduses par en haut, de telle sorte qu elles se détachaient brillantes sur le fond sombre de l’aquarium.

Fig. 229. — Analyse photochronographique de la natation chez la Méduse.

Vues dans le Zootrope ces images reproduisent exactement le mouvement de la Méduse nageant dans la mer.

Chez l’Hippocampe, le mouvement de propulsion est surtout

Fig. 230. — Analyse photochronographique de la natation chez l'Hippocampe.

fourni par une nageoire dorsale qui vibre tellement vite qu’elle .échappe à la vue.

En recueillant vingt images par seconde (fig. 230) Marcy a

montré que la vibration était ondulatoire; le mouvement d’ondulation dans l'espccc se faisait de bas en haut.

La Comatule (fig. 231) demeure généralement immobile au fond des aquariums.

Tout au plus étend-elle quelquefois ses bras pour les ramener aussitôt.

En l'excitant avec une baguette, on peut la faire se déplacer sur le fond. Dans ce cas, ses dix bras se meuvent alternative-

Fig. 231. — Analyse photochronographique de la progression chez la Comatule.

ment : cinq s’élèvent en se tenant serrés sur le calice tandis que les cinq autres s’abaissent en s’éloignant. Les cirres s’accolent aux bras qui se lèvent et au contraire elles s’écartent de ceux qui s’abaissent, prenant ainsi un point d’appui sur l’eau : ce mouvement paraît d’ailleurs passif à la façon d’une soupape. Muni d’appareils aussi ingénieux et aussi parfaits, il n’est pas douteux que Marey ne nous donne un jour une étude très complète des divers procédés de natation si variés suivant les espèces.

Je ne voudrais pas, Messieurs, abandonner ce sujet sans vous avoir parlé d’un singulier mode de locomotion de certains Poissons, mis récemment en évidence.

Nous avons déjà dit que les Echinodennes, certains Mollusques, quelques Poissons plats se traînent sur le sol sans nager

LA LOCOMOTION DANS L’EAU

véritablement. Eh bien! il existe des Poissons qui peuvent réellement marcher sur le sol à la façon des êtres aériens. Les Triples sont de ce nombre, on les voit se coucher sur le sol et avancer lentement au moyen de leurs nageoires pectorales qui font l'office de pattes.

Mais ce mécanisme est bien plus marqué chez un Poisson du Brésil que représente notre figure 232.

Le Malt lie ne peut pas nager, il sautille sur le fond à la façon

Fig. 232. — Le Malthe du Brésil, Poisson marcheur.

des Crapauds. Autour de ses branchies se trouvent des cavités qui demeurent remplies d’eau, circonstance heureuse pour lui, quand il s’avance sur le sol sec. Ses membres présentent des disposit ions vraiment intéressantes pour nous, les nageoires pectorales sont transformées en des sortes de petites pattes que l’on aperçoit au-dessous de l’animal, quant aux nageoires ventrales elles sont transformées en deux larges palettes pareilles à des pattes de Grenouille, que l’animal traîne péniblement, quand il ne saute pas sur elles à la façon d’un Batracien.

J’ajouterai <jue sa nageoire anale n’est pas saillante, mais au contraire aplatie de haut en bas de telle sorte que l’animal rampe sur elle.

Il me faut encore, pour être complet, vous citer le singulier cas de progression des Poissons volants. Chez ceux-ci, la nageoire s’étale en forme d’aile et l’animal peut quitter le milieu liquide pour voler à sa surface pendant quelques instants. Mais ceci ne nous regarde plus, puisque le but de ces leçons est d’étudier la vie dans l’eau.

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