PRÉFACE
Lorsque j'ai entrepris les recherches exposées dans ce Mémoire, je ne pensais pas qu’elles prendraient l'extension que j'ai été conduit à leur donner par la suite. Mon but primitif était de déterminer le degré de précision des mesures anémométriques faites avec les instruments actuellement en usage et d'étudier uniquement à ce point de vue l’anémomètre à moulinet Robinson et l’anémomètre à moulinet Richard employés dans les stations françaises.
Cette donnée m'était en effet nécessaire pour discuter les observations que j'avais utilisées en vue de rechercher le sens et la grandeur des modifications introduites dans les relations du vent avec le gradient, dans les couches d’air voisines du sol, par les variations de la distribution des éléments météorologiques aux alentours du point où les mesures sont effectuées (1).
Les phénomènes que j'ai constatés en étudiant l'influence de l’inclinaison des filets d’un courant d’air sur la vitesse de rotation des anémomètres Robinsen et Richard, l'intérêt qui s’attache pour le météorologiste à la connaissance la plus complète possible du fonctionnement des appareils employés pour enregistrer la vitesse du vent, et la nécessité de déterminer le degré de précision des nombres qu'ils fournissent avant de tenter d’en faire une discussion vraiment objective, m'ont amené à laisser provisoirement de côté le travail que j'avais commencé pour étudier d’abord le fonctionnement des moulinets anémométriques.
M. Angot, directeur du Bureau Central météorologique, m'a vivement conseillé de poursuivre ces recherches et je tiens à lui exprimer ma sincère gra-
E) C. R. Acad. Sc., t. 168, p. 1166; t. 169, p. 730 et 869.
titude pour les encouragements qu'il m'a prodigués et pour sa bienveillante intervention auprès de MM. Eiffel et Toussaint, grâce à laquelle les portes des laboratoires d'Auteuil et de Saint-Cyr m'ont été si largement ouvertes.
Les premières mesures ont été faites au Laboratoire aérodynamique G. Eiffel dont les ressources, mises gracieusement à ma disposition, m'ont permis d'orienter mon travail. Je suis heureux de pouvoir exprimer tous mes remerciements à M. Eiffel pour l’obligeance avec laquelle il m'a laissé user de ses souffleries et à ses collaborateurs, MM. A. Lapresle, directeur du laboratoire, et M. Richard, ingénieur, pour la complaisance qu’ils m'ont manifestée en m'initiant à leurs méthodes et en se prêtant à la réalisation de mes expériences.
Une grande partie du travail a été faite à Saint-Cyr, à l’Institut aérotechnique de l’Université de Paris dirigé par M. Toussaint. Grâce aux facilités qu'il m'a accordées, et dont je lui sais le plus grand gré, j'ai pu éliminer un certain nombre de causes d’erreurs en m’entourant des précautions que m'ont suggérées une pratique déjà longue de la vérification des instruments météorologiques et l'éducation expérimentale que j'ai reçue au Laboratoire d'enseignement de la Physique de la Sorbonne dirigé par mon ancien Maître, M. le professeur Bouty, que je prie d’agréer l’expression de ma respectueuse sympathie.
C’est là que M. Dongier, alors sous-directeur de ce laboratoire, m’a initié à la pratique des mesures physiques. Devenu depuis mon chef de Service au Bureau Central météorologique, il m'a continué ses excellents conseils en m’assoclant à ses travaux et, depuis ma démobilisation, avec un désintéressement dont je ne puis assez le remercier, a assumé la totalité de la besogne administrative et m'a déchargé d’une grande partie du travail matériel qui m’incombait pour me permettre de me consacrer à mes expériences et à leur discussion.
M. J. Richard, le constructeur bien connu, toujours prêt à venir en aide aux chercheurs qui poursuivent l’étude et le perfectionnement des appareils météorologiques, a bien voulu me prêter un certain nombre d'instruments et faire réaliser dans ses ateliers la plupart des moulinets qui ont été expérimentés. Je serais heureux que les résultats obtenus puissent lui être de quelque utilité.
Les recherches bibliographiques ont été notablement abrégées par l’amabilité avec laquelle M. Goutereau, chef du Service des Avertissements, a mis à na disposition les renseignements qu'il avait autrefois rassemblés sur la question de l’anémométrie.
Les divers dispositifs expérimentaux qui m'ont été nécessaires ont pu être construits à l’atelier du Bureau Central météorologique et l’habileté du mécanicien, M. Parre, m'a été d’un précieux secours pour mener à bien leur réalisation
Mes remerciements vont à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à faciliter mes recherches et Je les prie de recevoir l'expression de mon reconnaissant souvenir.
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LES MOULINETS ANÉMOMÉTRIQUES. 3 INTRODUCTION.
Considérations générales sur le vent et sa mesure.
Nature du vent. — L’anémométrie comprend l’etude des procédés et des appareils à l’aide desquels on effectue la mesure de la vitesse du ventet des moyens permettant de se rendre compte de la précision des nombres obtenus.
Pour se faire une idée de la complexité des problèmes que l’on doit résoudre en anémométrie, 1l est important de ne pas oublier que le mouvement de Pair qui constitue le vent est loin d’être comparable à celui d’une nappe liquide de vaste étendue s’écoulant d’une manière uniforme.
Quiconque a suivi de l’œil la trajectoire décrite par un objet léger emporté par le vent a pu rémarquer que les courants aériens, tout au moins dans les couches d’air voisines du sol, ne sont pas formés de filets animés d’un mouvement rectiligne et uniforme. En ce qui concerne les couches plus élevées, Les formes affectées par les nuages et les déformations rapides que subissent leurs contours montrent que, même à des hauteurs assez grandes, l’air ne s’écoule pas d’un mouvement régulier et en filets parallèles. L'expérience journalière nous a d’ailleurs appris à tous que le vent souffle par bouffées ou rafales séparées par des accalmies plus ou moins prononcées et que l’intensité de ces rafales est fort variable d’un point à un autre.
La variabilité de la vitesse du vent dans le temps et dans l’espace est telle que certains auteurs ont été conduits à penser que le vent consisterait « surtout dans des mouvements de masses détachées » que l’on peut comparer, (€ pour fixer les idées, à des projectiles d'air, traversant la masse générale de l’atmosphère» ('). Les études sur la variabilité du vent publiées par Lancaster (?), Fines (*), Houdaulle (*), Langley (°), Simpson (°), Dines (*), Maurain (f), C.-E. Brazier et M. Gignoux (°) ont bien fait ressortir que, dans le cas général et jusqu’à 300" au-dessus du sol, la vitesse du vent subit des fluctuations très rapides en grandeur et en direction
(1) Houzeau, cité par Lancaster, Sur la nature du vent (Congrès de la science de l'atmosphère, Anvers, août 1894).
(2) Lancaster, Sur la nature du vent, loc. cit.
(3) Bulletin de la Commission météorologique des Pyrénées-Orientales, 1889.
(*) Bulletin de la Commission météorologique de l'Hérault, 1897.
(5) The internal work of wind, Smithsonian Contributions, Washington, 1893, et American Journal 0 j Science, 1894.
(5) Meteorological Office, n° 180.
(7) Advisory Committee for Aeronautics (Reports and Memoranda, années 1909 à 1914).
(8) Bulletin de l’Institut aérotechnique de l'Université de Paris, III, 1915.
(?°) Annuaire de la Sociélé météorologique de France, LXIII, 1915-1919.
k RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SÛR LES MOULINETS ANÉMOMÉTRIQUES.
et que le mouvement de l’air auquel nous donnons le nom de vent présente tous les caractères d’un mouvement turbulent.
Il faut cependant reconnaître qu’à une hauteur suflisante dans l’atmosphère libre, ce mouvement peut dans certains cas être considéré comme sensiblement uniforme pendant un laps de temps assez considérable. Le 18 novembre 1916 par exemple, j'ai enregistré à la Tour Eiffel entre 7" 15m et 5h 45m un vent très régulier dont les vitesses extrêmes sont restées comprises entre 8 et o m:sec. et depuis cette époque j'ai pu constater plusieurs fois le même phénomène. On peut dire cependant que, à 3o0M au-dessus de Paris, il constitue une exception, et si l’on adopte l’opinion de Langley (‘), corroborée d’ailleurs par l’observation des nuages, il en est de même à des altitudes beaucoup plus élevées.
Mesure de la viiesse du vent. —— La mesure de la vitesse du vent dans tous ses détails nous apparaît donc comme extrêmement duflicile à réaliser : aussi se borne-t-on la plupart du temps à tâcher de déterminer, en un point donné et pendant un intervalle de temps déterminé, le mouvement moyen de l’air en admettant que ce mouvement est rectiligne et uniforme. Nous étudierons ci-dessous quelles sont les conditions auxquelles doivent satisfaire les instruments de mesure ou anémomètres pour que leurs indications permettent de connaitré la vitesse moyenne du vent.
La vitesse du vent est une grandeur vectorielle et peut se définir de deux manières :
10 Par ses composantes suivant trois axes de coordonnées;
20 Par sa grandeur et sa direction.
Ces deux procédés qui, au point de vue théorique, ont la même valeur, sont inégalement difficiles à mettre en application. En fait, on n’a pas jusqu’à présent réalisé, à ma connnaissance, d'appareil pratique permettant d’enregistrer simultanément les composantes de la vitesse du vent et l’on s’est borné à établir des instruments en vue d'obtenir séparément la vitesse et la direction des courants aériens.
Quelquefois le même transmetteur permet d’enregistrer sur des récepteurs séparés la direction d’une part et la vitesse d'autre part; le plus souvent on détermine la direction à l’aide d’un transmetteur spécial nommé anémoscope ou gtrouelle. Les girouettes sont connues et employées depuis un temps immémorial, mais on n’a guère commencé à les observer systématiquement que vers 1050, en Italie, et 1667, en Angleterre (?). Leur emploi ne résout d’ailleurs
ee
(1) Loc. cut.
() CI Ass, Trealise on Meteorological Apparatus and Methods (Washington, 1888).
que partiellement Je problème de la détermination de la direction du vent. En effet, si elles permettent de définir le plan vertical dans lequel se trouve la direction du courant, elles ne donnent pas son inclinaison sur l'horizon. Quoique des appareils aient été inventés dans le but de donner la direction dans l’espace ('), il ne semble pas qu'ils soient devenus jusqu’à présent d’un usage courant. On peut faire la même remarque concernant les instruments imaginés pour la mesure de la vitesse. La plupart des anémomètres sont en effet construits pour donner le chemin parcouru par le vent dans un plan horizontal etles diverses tentatives faites, soit pour construire des appareils fournissant les composantes du vent suivant trois axes rectangulaires, soit pour mesurer Ja composante verticale, paraissent n’avoir eu que peu de succès.
En fait, ce que l’on entend actuellement par vitesse du vent c’est le chemin moyen parcouru horizontalement par le vent pendant l’unité de temps, sa direction étant le point de l’horizon dont paraissent provenir les filets d’air constituant le courant aérien. Ce sont ces deux éléments que l’on se propose généralement de déterminer. Il est inutile d’insister sur l'importance de ces mesures tant au point de vue des recherches de météorologie pure qu’au point de vue des applications pratiques. Le navigateur et IC géographe, l'ingénieur et l’arenitecte, le climatologiste et l’agriculteur sont les premiers à en faire leur profit.
Pendant bien longtemps on s’est contenté de mesurer la vitesse du vent dans les couches basses. Mais le développement très rapide de la navigation aérienne et l'introduction dans la balistique des corrections dues à l’action du vent sur les projectiles ont forcé l’anémométrie à étendre son domaine. A l'heure actuelle la connaissance de la vitesse et de la direction des courants dans les couches élevées, qui n'intéressait guère autrefois que les météoroloaistes, est devenue d’une importance fondamentale au point de vue pratique.
L'étude des procédés employés pour déterminer la vitesse des vents supérieurs, que l’on déduit soit du mouvement des nuages, soit de la trajectoire suivie par des ballons de caoutchouc gonflés d'hydrogène, sortirait du cadre de ce travail. Nous ne considérons donc dans ce qui va suivre que ceux dont on se sert pour mesurer le vent au voisinage du sol.
Principe des anémomètres. — L'air en mouvement est capable de produire un certain nombre d’effets mécaniques ou physiques dont la grandeur est en relation avec la vitesse des filets d’air. Un certain nombre de ces effets, susceptibles d’être mesurés d’une manière relativement commode, peuvent être employés
(:) Laucnron, Historical Sketch of Anemometry and Anemomelers (Quart. Journ. Roy. Met. Soc., VIII.
1882, p. 174). — P. Marc DEcHevrens, Sur l’inclinason des vents (Zi-Ka-Wei, 1881). — Caserra, Description of an Altazimuth anemometer for continously recording the vertical angle as well as the horizontal direction and force of the vind (Quart. Journ. Roy. Met. Soc., vol. XII, 1886). — Etc.
pour comparer l'intensité des mouvements de l’air auxquels ils sont dus. Par exemple, le vent exerce sur les corps qui lui sont exposés une pression qui croît rapidement avec sa vitesse, il est susceptible de faire tourner des mécanismes appropriés et convenablement orientés, il accélère la perte de chaleur des corps maintenus à une température supérieure à celle de l'air, active l’évaporation, ete. On a basé sur toutes ces actions des procédés anémométriques, mais les seuls effets qui aient permis de construire jusqu’à présent des appareils vraimunt pratiques se ramènent à :
19 La pression;
29 La rotation;
30 Le refroidissement.
D'où trois grandes classes d'appareils anémométriques qui, rangés suivant l’ordre d'ancienneté, sont : les anémomètres à pression, les anémomètres à rotation et les anémomètres à refroidissement. Étant donnée l’extrême variété des instruments appartenant à ces diverses catégories, j'ai cru bon d’étudier tout d’abord ceux qui sont actuellement les plus répandus. C’est pourquoi les recherches exposées dans ce travail concernent uniquement les anémomètres à rotation.
Étalonnage des anémomètres. — Pour être en mesure de déduire la vitesse du vent des indications d’un anémomètre à pression, à rotation ou à refroidissement, il est indispensable d’étalonner l'appareil. Pour y parvenir, on peut avoir recours à deux procédés :
19 Placer l’anémomètre dans des courants d’air de vitesse connue et construire la courbe de ses indications en fonction d:s vitesses.
20 Déplacer l’instrument dans l’air calme et déterminer la loi suivant laquelle varient ses indications en fonction de la vitesse du déplacement.
Le premier de ces procédés exige la réalisation de courants d’air de vitesse connue et variable à volonté, pouvant être maintenus uniformes pendant un temps assez long, et possédant une section suffisamment grande pour que les filets extrêmes ne soient pas déviés par les appareils qu’on y introduit. C’est là un problème qui n’a été pratiquement résolu que dans ces vingt dernières annéas; aussi s’est-on contenté jusqu’à présent de mettre en usage le procédé inverse en déplaçant dans l’air avec une vitesse déterminée l’instrument à étalonner.
Le plus souvent, celui-ci est fixé à l'extrémité du bras d’un manège dont la vitesse de rotation peut être maintenue constante à telle valeur que l’on désire. La vitesse du bras par rapport à l’air ambiant est nulle au centre du manège et croît à mesure que l’on s’écarte de ce point; pour que l’anémomètre puisse être considéré comme placé dans un courant d’air uniforme, 1] faudrait donc le fixer sur le bras d'autant plus loin du centre que les
dimensions de l’organe sur lequel s’exerce l’action du vent sont elles-mêmes plus grandes. En réalité, on le place à des distances différentes de l’axe et l’on détermine par le calcul la vitesse de rotation que prendrait le moulinet si on le déplaçait suivant une trajectoire rectiligne.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule correction que nécessitent les expériences faites par ce procédé. On ne peut négliger, si l’on veut obtenir des résultats précis, les mouvements parasites de l’air dus au vent naturel, si l’on opère à l’air libre, et à l’entraînement par le bras du manège. On s’assure par des anémomètres établis à poste fixe dans des endroits convenables, par des ballonnets équilibrés, par des fumées, ete., de l'importance relative de ces mouvements parasites et l’on mesure leur ordre de grandeur afin d’en tenir compte dans la détermination du mouvement relatif de l'instrument par rapport à l’air entraîné. Il est bon de remarquer que le mouvement de ce dernier n’est pas normal au bras du manège mais qu'il est dirigé obliquement par rapport à celui-ci par suite de l’action de la force centrifuge.
Le sens de rotation du manège pourra dans certains cas ne pas être indifférent. Avec les anémomètres à coupes, par exemple, si le sens de Ja rotation est tel que la coupe offrant sa concavité au vent est la plus éloignée de l’axe, le moulinet tournera plus rapidement pour une vitesse angulaire donnée que dans le cas contraire. On est alors obligé, soit de faire tourner alternativement le manègt dans les deux sens et de prendre la moyenne des mesures, soit de disposer l’anémomètre de telle manière que son axe, au lieu d’être placé perpendiculairement au bras, se trouve dans son prolongement.
Cette seconde manière de faire a été fort critiquée. La force centrifuge développée par la rotation du bras tend à éloigner le moulinet de l’axe du manège, Il est donc indispensable de plac r l’anémomètre de manière que la crapaudine soit tournée vers l'extérieur et le moulinet vers le centre, sinon les conditions du fonctionnement sont tout à fait changées. Même dans ce cas on ne peut affirmer que les conditions dans lesquelles se trouve placé l’instrument sont comparables à celles dans lesquelles il est destiné à fonctionner. La pression de l'extrémité de l’axe sur sa crapaudine est en effet considérablement augmentée surtout pour les grandes vitesses et les courts rayons de giration et doit causer des variations de frottement assez notables. Il faut d’ailleurs reconnaître que si l’on opère avec l’axe du moulinet disposé verticalement et perpendiculairement au bras, la force centrifuge intervient également pour accroître le frottement de l’axe sur ses coussinets et que là encore les conditions de fonctionnement ne sont pas exactement comparables à celles dans lesquelles l'instrument se trouve ordinairement placé pour la mesure de la vitesse du vent.
Toutes les corrections que nécessite la méthode du manège rendent bien préférable le procédé d'étalonnage qui consiste à placer l’anémomètre à poste
fixe, dans des courants d’air de vitesse connue, puisque c’est en opérant de cette manière que l’on s’écarte le moins possible des conditions dans lesquelles 1 instrument est appelé à fonctionner plus tard. C’est une des raisons pour lesquelles il m'a paru utile de profiter des ressources que nous offrent les laboratoires aérodynamiques pour reprendre l’étude des anémomètres.
Comparaisons à l'air libre. — Supposons que l’étalonnage d’un anémomètre ait pu être fait avec toute l’exactitude désirable et que l’on connaisse la relation V — f(n) qui existe entre le nombre de tours qu’il effectue par unité de temps, n,et la vitesse du courant d’air, V, dans lequel il se trouve placé. Le tarage étant fait par paliers sucecssifs, la courbe V — f{n) représente la manière dont se comporte l'appareil quand l’état permanent est atteint. A l'air libre les conditions ne sont plus les mêmes : il est rare que l’on puisse considérer l’état permanent comme étant réalisé; la vitesse du vent est une certaine fonction du temps et l’on n’est plus toujours en droit de négliger le moment d'inertie de la partie tournante, pas plus que l'influence des changements de direction des filets d’air qui agissent sur elle, si l’axe est assujetti, comme c’est le cas général, à rester toujours dans le même plan. Le problème devient extrêmement complexe et l’on se trouve obligé pour le simplifier d'admettre un certain nombre d’hypothèses. Admettons done que le moment d'inertie du moulinet soit assez faible pour pouvoir être négligé et que sa vitesse de rotation soit uniquement due à la composante horizontale de la vitesse du vent, et cherchons à quelles conditions devra satisfaire l’anémomètre pour que l’on puisse déduire de ses indications la vitesse moyenne du vent pendant un intervalle donné.
Deux cas peuvent se présenter :
10 La fonction V — jf {(n) est de la forme V — a + bn dans laquelle a et b sont des constantes;
29 La relation entre Vet n ne peut être représentée par une formule linéaire.
Dans le premier cas, la vitesse moyenne du vent s’obtiendra en introduisant dans la formule V = à + bn la valeur moyenne de n pendant l’intervalle de temps donné.
En effet, si V,, est la vitesse moyenne, V la vitesse actuelle, T l'intervalle pendant lequel on désire connaître la vitesse moyenne on a
ren TRE Fe Var f V dt:
NET bn = bé),
d'autre part,
d’où
# NA 5 [a+ bd(t)] dt = a + bn.
Il suffira donc d’enregistrer le nombre de tours effectués par le moulinet dans l’intervalle pendant lequel on veut déterminer la vitesse du vent et d’en déduire le nombre moyen de tours par unité de temps pour être en mesure de calculer V,.
Il n’en est plus de même si V — f (n) n’est pas une fonction linéaire.
Supposons pour fixer les idées que l’on ait V = a + bn + cn? :
T T Ver f La + By) + Lydia + den + [| LDC) de.
Cette dernière intégrale ne peut se calculer que si l’on connaît Ÿ{(t). Il en résulte que la vitesse moyenne dans un intervalle donné ne peut plus être obtenue que si l’on enregistre les variations de la vitesse de rotation du moulinet pendant le laps de temps considéré.
On conçoit done que, en comparant dans le vent naturel les indications d’anémomètres à rotation pour lesquels la relation V — f(n) n’est pas linéaire et affecte des formes différentes, on n’obtiendra que des résultats peu concordants si ces instruments sont munis, comme c’est le cas la plupart du temps, de compteurs totalisant le nombre de tours.
D'ailleurs, une comparaison précise des indications des anémomètres dans le vent naturel exiverait encore la réalisation d’autres conditions. Les organes sensibles de ces instruments étant en général assujettis soit à tourner dans un plan déterminé, soit à se présenter au vent sous une inclinaison fixe, il faudrait, ou bien que l’inclinaison du vent sur l’horizon restât très faible et ne subît pas de notables fluctuations, ou bien que les indications des divers anémomètres mis en étude fussent proportionnelles à la même fraction de la composante horizontale du déplacement de l’air.
Dans le cas général, la première de ces conditions ne peut être considérée comme étant réalisée, même si l’on se place à des hauteurs assez grandes au-dessus du sol. L’inclinaison du vent reste en effet sujette à varier rapidement d’un instant à l’autre et peut atteindre des valeurs beaucoup plus grandes qu’on ne serait tenté de le croire a priori. On trouvera dans les photographies ci-après que j'ai prises au sommet de la Tour Eiffel le 3 juin 1920 un exemple très net de la variabilité de l’inclinaison du vent. Ces documents font voir qu’à 300" au-dessus du sol, le vent, dont la direction est indiquée par l’orientation que prennent de courts fils de laine portés par une carcasse métallique, peut présenter en l’espace de quelques minutes toutes les inclinaisons comprises entre OMetLboL,
Puisque le vent souffle la plupart du temps par rafales plus ou moins inclinées sur l'horizon, il faudrait, pour que les comparaisons fussent valables, que la seconde condition fût remplie, c’est-à-dire que les divers anémomètres se comportassent de la même manière dans un courant d’air incliné. Or, dans l'état
actuel de nos connaissances, il est impossible de rien affirmer à ce sujet. On sait bien que si les filets d’air font avec l'horizon un angle dont la valeur ne dépasse pas notablement 10°, les données qu’ils fournissent sont à peu de chose près les mêmes que lorsque le vent souffle horizontalement. Mais on ne connaît pas exactement la manière dont ces instruments se comportent lorsque l’inclinaison prend des valeurs très grandes. Les recherches effectuées au manège par Hasenkamp (î) ne fournissent sur cette question que des indications assez vagues vu la difficulté d'interpréter les résultats de ses expériences.
Hier
16 3m 16 5m , 16% qm
Photographies prises au sommet de la Tour Eiflel le 3 juin r920.
Exemple de variations rapides de l’inclinaison du vent.
Il apparaît donc que les comparaisons d’anémomètres dans le vent naturel sont loin d’avoir la portée pratique que certains auteurs leur ont attribuée. Faites dans des conditions mal définies, elles ne peuvent conduire qu’à des résultats incertains. Pour qu’elles eussentune signification précise et qu’on puisse en tirer des indications utilisables sur la manière dont ces instruments se comportent dans la pratique courante des mesures anémométriques, 1l serait indispensable : 1° de connaître les relations qui existent entre les données fournies par les anémomètres à comparer, la vitesse du vent et l’inclinaison de celui-ci quand l’état permanent est établi; 2° de réaliser un appareil d'inertie très faible et capable d'indiquer à tout instant la vitesse et la direction du vent dans l’espace. Peut-être alors serait-il possible de déterminer dans quelle mesure la variabilité du vent affecte les indications de nos anémomètres et d’arriver à fixer le degré de précision des mesures anémométriques.
PR ER RL OR AE Lei)
() Hasenkamr, Untersuchuñgen über die Methode der Anemometerprüfung mit dem Rotations-Apparate (Archis der deutschen Seewarle, Jahre. XITT, Hambourg 1890).
Ces deux problèmes préliminaires peuvent être abordés actuellement dans les laboratoires aérodynamiques. Le présent Mémoire est consacré à lexposé des recherches effectuées en vue d'arriver à résoudre le premier (1). Il se divise en trois parties. La première contient un historique abrégé de l’anémomètrie, Les deux autres sont constituées par mes propres recherches et ont trait, la seconde à l'étude expérimentale des moulinets anémométriques dans des courants d’air permanents de vitesse et d’inclinaison différentes, la troisième aux changements qu'éprouve la résistance d’un hémisphère et d’un hémicylindre creux placés dans l’air en mouvement quand on fait varier l’angle d'attaque.