‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les (volume 2)Chapitre 13 sur 58 · DÉTERMINATION DES PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DES PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME NERVEUX

1 . Le système nerveux est tout à la fois l'origine des sensations et l'origine des mouvemens.

Maïs est-ce par une propriété unique ou par deux propriétés diverses qu'il détermine deux phénomènes aussi distincts? Cette question, presque aussi ancienne que la science, n'a jamais été résolue d'une manière définitive.

L'opinion la plus générale a toujours été de n'attribuer au système nerveux qu'une propriété unique , en vertu de laquelle il détermine également et les sensations et les mouvemens. Néanmoins, et à diverses reprises, quelques physiologistes ont soutenu l'opinion contraire; savoir, qu'il y a deux propriétés distinctes , l'une pour les mouvemens, l'autre pour les sensations. Mais quand on en est venu à demander à ces physiologistes si ces deux propriétés résident dans les mêmes parties , ou dans des parties diverses, nul n'a répondu par des expériences directes; et ainsi, cette opinion, tour à tour abandonnée ou reproduite dans la science, n'a jamais été ni complètement établie nî complètement réfutée.

Quelques faits acquis, de bonne heure, en pathologie, ne laissent pourtant aucun doute que ces deux propriétés, l'une de sentir^ l'autre de mouvoir^ ne soient essentiellement distinctes et indépendantes entre elles.

Le sentiment peut être aboli et le mouvement conservfé: réciproquement, k mouvement peut

disparaître et le sentiment survivre. Le sentiment et le mouvement ont donc , dans les masses nerveuses , des sièges divers et une origine distincte.

Le point de la question et de la difficulté n'est donc qu'à déterminer expérimentalement (car ce n'est qu'ainsi que l'on détermine) quelles parties du système nerveux servent exclusivement à la sensation, et quelles, au contraire, servent exclusivement à la contraction.

Évidemment, l'expérience de chaque partie pouvait seule en constater la propriété. J'ai donc expérimenté , tour à tour et séparément , les nerfs , la moelle épinière, la moelle alongée, les tubercules quadrijumeaux , les lobes céré^ braux, et le cervelet.

Expériences relatives à la détermination des propriétés des , nerfs.

1. Lorsque l'on pince ou que l'on pique un nerf dans une certaine étendue de son trajet , il y a , sur-le-champ , une réaction opérée \

' Il ne s'agît ici que des nerfs rachidiens. On verra plus tard le résultat de mes recherches sur le grand sympathique.

Cette réaction a pour effets immédiats , d'une part, la contraction des parties musculaires auxquelles le nerf se rend ; et , d'autre part , la sensation éprouvée par Tanîmal.

Ainsi , contraction dans les muscles ; sensation éprouvée par Tanimal : voilà les deux effets ordinaires de l'irritation d'un nerf.

2. J'ouvris le ventre à une grenouille, et je découvris bien les nerfs cruraux ; puis , j'irritai ces nerfs en les pinçant, à plusieurs reprises, avec une pince à disséquer. A chaque pincement, l'animal éprouva des contractions brusques et partielles dans les muscles de la région antérieure des cuisses ; et il ressentit en même tems des douleurs qui le tourmentaient beaucoup. .

5. Je découvris le nerf sciatîque d'une autre grenouille : les irritations de ce nerf déterminèrent également des contractions dans les muscles postérieurs de la jambe, et un malaise général.

Je coupai ce nerf par une section tiransversale, à peu près vers le milieu de son trajet fémoral : les irritations du tronc inférieur donnèrent longtems encore des contractions dans les muscles de ce tronc ; mais je ne remarquai plus de malaise général , l'animal ne ressentait plus ces irritations. Les irritations du tronc supérieur pro-

roquaient toujours , au contraire , des douleurs et dés convulsions tout ensemble.

4. J'ai choisi le nerf sciatique pour sujet ordinaire des expérien^s de ce genre. Il est le plus gros et le plus long de tous le^ nerfs ^ le moins pourvu de rameaux dans sa portion supérieure , Tun des plus faciles à découvrir, l'un de ceux dont les altérations compromettent le moins la vîe générale de l'individu.

Je découvris ce nerf sur un jeune chien , par une incision qui se prolongeait du grand trochanler au jarret : lorsque je pinçais un peu. fortement le nerf ainsi mis à nu , l'animal poussait des cris horribles; les muscles postérieurs de la jambe éprouvaient des contractions vives et partielles ; l'animal se débattait et faisait des efforts incroyables pour s'échapper.

Je dépouillai bien exactement la portion supérieure du nerf de tous les rameaux qui en provenaient; j'interceptai cette portion entre deux ligatures ; et, après que les douleurs détetminées par l'application de ces ligatures furent apaisées, je soumis tour à tour à des piqûres, à des pincemens , à des tractions, la portion de nerf ainsi interceptée; il n'y eut plus ni. sensation ni contraction , l'animal n'éprouva plus rien.

5. Je supprimai la ligature supérieure '^ sans toucher à TinférieureS et j'irritai. de nouveau la portion de nerf préeédemment irritée : Tanimal cria et voulut se sauver ; naais les muscles postérieurs de la jambe restèrent complètement immobiles.

Je réappliquai la ligature supérieure , et j'enlevai l'inférieure ; j'irritai fortement toujours la même portion du nerf : les muscles postérieurs de la jambe subirent des contractions violentes; mais l'animal ne ressentit rien, il ne fut pas plus ému que si tout cela s'était passé sur un autre.

6. Je découvris le nerf sciatique de l'autre jambe également dans son trajet fémoral; je détachai pareillement tous les rameaux de sa portion supérieure. J'interceptai derechef cette portion entre deux ligatures ; puis je l'irritai violemment , en déliant tantôt l'une et tantôt l'autre de ces ligatures; et je déterminai tour à tour, selon la ligature supprimée , tantôt des contractions , tantôt des sensations , et toujours les unes séparément des autres.

' C'est-à-dire, celle placée vers le poiot d'insertion du nerf à la moelle cpinière.

'C'est-à-dire, celle placée dii côté des ramifications nerveuses dans les parties.

DU SYSTEME N£RVEUX. 7

7. Enfin , je coupai ce nerf sciatique par une section transversale : les irritations du tronc supérieur n'excitèrent plus que des sensations; celles du tronc inférieur, que des contractions.

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