‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les (volume 2)Chapitre 14 sur 58 · J'ai vingt fois répété de semblables expériences · texte numérisé non relu

J'ai vingt fois répété de semblables expériences

Lorsqu'on irrite la portion du nerf inférieure à la ligature ou à la section , le membre de l'animal se contracte et s'agite ; mais l'animal n'en ressent absolument rien. Les parties situées audessous de la ligature forment une espèce de système isolé et étranger au système général de l'économie. On peut brûler ces parties , les dilacérer, y déterminer des convulsions affreuses; l'animal reste doux et calme.

Au-dessus de la ligature, au contraire, la moindre Irritation le tourmente et Vinquiète; et c'est, pour le coup, te membre ligaturé qui devient à son tonr étranger au trouble généra) de l'économie.

9. J'ai coupé transversalement le nerf sciatique d'un pigeon, dans sa portion fémorale^; j'ai irrité le tronc inférieur un peu au-dessus de sa division en poplités externe et interne; et il y a eu contraction de tous les muscles auxquels ce tronc ou ces divisions se rendent.

J'ai coupé le poplité interne ; je l'ai irrité par son bout inférieur : et l'irritation est demeurée

confinée aux seules ramifications de cette branche du sciatique.

J'ai poursuivi cette branche, de section en section, jusqu'à ses dernières ramifications. L'effet de l'irritation a toujours été de plus en plus circonscrit et réduit*; mais il a persisté jusque dans les plus extrêmes subdivisions.

10. J'ai coupé , sur une grenouille , tout le plexus nerveux qui va à la jambe. J'ai chagriné ranimai : il a voulu s'enfuir ; mais la jambe a refusé de lui prêter son secours. J'ai irrité la moelle de l'épine : il y a eu des convulsions par tout le corps , à l'exception de la jambe dont j'avais coupé les nerfs.

J'ai irrité le plexus nerveux de cette jambe : toute la jambe a manifesté des mouvemens brusques et saccadés. J'ai coupé le nerf sciatique un peu avant son passage à travers l'échancrure ischiatique ; j'ai irrité le bout supérieur, et il n'y a plus eu de contractions que dans les muscles antérieur^ de la jambe ; l'inférieur , et il n'y en a plus eu que dans les muscles postérieurs. J'ai coupé le popliié externe, et il n'y a plus eu de convulsions que dans les muscles de cette branche irritée.

Enfin, j'ai poursuivi par des coupures successives les subdivisions du popliié externe jusqu'à leurs derniers ramuscules : l'effet excitateur des

contractions a persisté jusque dans les ramuscuJes les plus extrêmes.

1 1. Ainsi, 1** un nerf, irrité dans un point quelconque de son trajet, provoque à l'instant des douleurs et des contractions.

2^ Une simple ligature, ou une section opérée sur le trajet d'un nerf , y établit sur-le-champ deux centres d'action , et s'y interpose entre deux ordres de phénomènes : sensation au-dessus , et contraction au-dessous. La contraction est donc essentiellement distincte de la sensation : on peut provoquer l'une séparément de l'autre; on peut séparément les conserver , les abolir ou les reproduire.

3° Qu'on intercepte entre deux ligatures une portion de nerf dépouillée de ses wmeaux , et qu'on irrite cette portion : il n'y aura ni sensation ni contraction. La sensation et la contraction n'appartiennent donc pas au nerf.

1 2. En résumé, quand un nerf se continue librement des centres nerveux aux parties musculaires , son irritation est suivie tout à la fois de sensation et de contraction ; quand la communication du nerf avec les centres nerveux est interrompue , il n'y a plus de sensation ; quand c'est la communication avec les parties musculaires , plus de contraction ; quand c'est la

communication avec les centres nerveux et les parties musculaires , plus de sensation ni de contraction.

Le nerf se borne donc à exciter la sensation et lia contraction , sans être par lui-même ni sensible ni contractile : il ne sent pas , il ne se contracte pas ; il excite. La propriété excitatrice des sensations et des contractions est donc une propriété distincte des unes et des autres.

Mais cette propriété , le nerf Ta dans toute son étendue , et dans tous les points de cette étendue. Cette propriété lui est donc essentielle.

§• in.

Expériences Feiatives à la détermination àet propriétés de là

moelle épinière.

1. Je coupai, sur un jeune chat, tout l'arc supérieur des six dernières vertèbres dorsales , en respectant soigneusement les points d'insertion des nerfs à la moelle épinière ; je fendis ensuite la dure-mère , l'arachnoïde et la pie-mère , en respectant de même , autant que possible , les vaisseaux sanguins qui rampent sur ou sous ces membranes ; et la moelle épinière étant ainsi mise à nu , je l'irritai alternativement par des piqûres et par des pressions.

A chacune de ces irritations , l'animal poussa

DU SYSTEME NERVEUX. Il

des hurlemens affreux ; il subissait des convulsions qui ébranlaient tout son corps ; et , devenu féroce par les douleurs qu'il éprouvait , on avait toute la peine du monde à se garantir de ses griffes et de ses dents.

Je divisai, par une section transversale, la portion de moelle dénudée : les irritations du tronc antérieur continuèrent à exciter des contractions et des sensations violentes ; les irritations du tronc postérieur n'excitèrent plus que des contractions.

2. 3e découvris , comme ci-dessus , la région dorsale de la moelle épinière , sur un jeune cochon-d'inde que j'avais rendu très familier. Je divisai incontinentia moelle par une section transversale , à peu près vers le milieu de cette région ; et ranimai étant remis de& douleurs et du trouble causés par l'opération , je lui offris à manger en le caressant , et il mangea en effet.

J'irritai alors le tronc postérieur de la moelle : toutes les parties qui recevaient leurs nerfs de ce tronc , les muscles des jambes , des cuisses , du bassin, etc. , toutes ces parties éprouvèrent des contractions vives et répétées ; mais l'animal n'en ressentit rien, il continua à manger. J'irritai le tronc antérieur ; il poussa des cris pitoyables, et voulut s'enfuir.

3. Je découvris , sur un pigeon , toute la portion de moelle qui s'étend du renflement des membres antérieurs au renflement/des membres postérieurs.

Cela fait , j'îrritaî successivement divers points de "cette portion de moelle dénudée , en comprimant tour à tour , en avant ou en arrière des points irrités ; et je provoquai tour à tour ou des sensations et des contractions tout ensemble , ou des contractions seulement , selon que j'irritais en avant ou en arrière des points comprimés.

Par exemple , lorsque j'irritais la moelle en avant du point comprimé , les parties antérieures éprouvaient des convulsions , l'animal souffrait etvoulait s'enfuir. Lorsqu'au contraire j'irritais la moelle en arrière du point compriiné, les parties postérieures éprouvaient bien des convulsions aussi , mais l'animal ne souffrait plus et ne cherchait plus à s'enfuir.

4. Je coupai, sur un autre pigeon, la moelle épinière un peu au-dessus du renflement des membres antérieurs. Quelque point que j'irritasse en-deçà de la section , toutes les parties situées en-deçà subissaient des contractions, mais l'animal n'en ressentait rien.

Je fis une seconde section un peu en avant du renflement des membres abdominaux. Les irri-

tations du bout médullaire antérieur ne s'étendirent plus qu'au train antérieur ; celles du bout postérieur , qu'au train postérieur : Tanimal ne ressentait ni les unes ni les autres.

Je pratiquai une troisième section vers le milieu de la région dorsale. J'eus alors trois centres d'irritation parfaitement distincts et indépendans. Les irritations d'un centre restaient étrangères aux irritations de l'autre , et l'animal n'en percevait aucune.

5. J'interceptai successivement, sur divers pigeons et sur plusieurs lapins , par des sections transversales , tous les points de moelle épinière d'où partent des paires nerveuses , depuis le trou occipital jusqu'au sacrum. Les irritations de chaque segment de moelle épinière furent aussitôt bornées à la seule paire de nerfs venue de ce segment; mais l'effet sur les contractions musculaires persista dans tous les segmens.

6. J'interceptai , sur un lapin , par deux sections 9 une portion déterminée de la moelle épi* nière dorsale. Je détac^hai tous lès nerfs de cette portion t après quoi, j'irritai tour à tour, en avant , en arrière , ou entre les deux sections.

Lorsque j'irritais en arrière , il n'y avait que des convulsions ; lorsque j'irritais en avant , les convulsions s^'accompagnaient de douleurs ; lors-

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que j'irritais entre , il n'y avait ni convulsions ni douleurs.

7. Ainsi, 1* lorsqu'on irrite une portion de moelle épinière convenablement préparée , en comprimant tour à tour en avant ou en arrière du point irrité , on détermine tour* à tour et séparément des contractions ou des sensations.

Dans les irritations de la moelle épinière , comme dans ies irritations du nerf 9 l'effet contractile est donc , de tous points , distinct et sét)aré de l'effet sensible.

2*" L'interruption, par deux sections, d'une portion de moelle isolée de ses nerfs , y paralyse soudain tout «ffet sur la sensation et la contraction.

La contraction et la sensation n'appartiennent donc pas «davantage à la moelle épinière qu'au nerf.

3** En interceptant, par des sections transversales , deux ou plusieurs portions de moelle épinière , où établit incontinent deux ou plusieurs centres d'irritation. Pareillement, en détachant un nerf de la moelle épinière, on locali^ incontinent ses irritations aux seuls nerfs unis d'une manière quelconque avec lui.

C'est donc par la moelle épinière que s'effectue la dispersion, ou, si l'on veut, la généralisa^-

DU SYSTÈME NEBYSCX. l5

tion des irritations; génëralisatioD qui constitue précisément ce que les physiologistes ont appelé sympathies nerveuses.

Communément on attribue ces sympathies au cerveau. Leur siège réel est la moelle épinière ( et , comme on le verra plus tard , la moelle alongée ) ; c'est elle qui les effectue , le cerveau ne fait que les ressentir.

La moelle épinière est donc l'organe ou Tinstrument des sympathies générales; les nerfs ne sont que des instrumens de sympathies partielles. Le sentiment ou la conscience de ces sympathies ( communications d'irritation ) appartient exclusivement aux seules parties centrales qui seront bientôt désignées comme siège de sensation.

4° Finalement , la moelle épinière se borne , comme le nerf , à exciter la sensation et la conr traction , sans éprouver ni l'une ni l'autre. La prop^riété excitatrice des sensations et des contractions «st donc 9 encore un coup , une propriété distincte et fondamentale : la sensibilité ne réside pas où ell^ réâide ; on verra bientôt qu'elle ne réside pas où réside la sensation. Ainsi, les parties qui éprouvent la sensation n'excitent pas la contraction ; réciproquement , les parties qui «ic^ïâ^n^ la contraction ^'éprouvent pas la sensation. Il y a donc, dans le sy sl'ème nerveux, deux propriétés

essentiellement distinctes et séparées. On nomme communément la première 9 sensibilité : je propose de nommer la seconde, excitabilité.

§. IV

Eipériences relatives aux limites de l'excitabilité.

1. J'ai découvert, sur un jeune chien, la moelle épinière , dans toute son étendue , depuis le sacrum jusqu'au crâne. Puis j'ai irrité, successivement, tous les points de cette moelle ainsi dénudée , à partir de l'extrémité caudale ; et j'ai provoqué, par tous les points, des phénomènes de contraction musculaire.

J'ai aussitôt ouvert le crâne , j'ai continué mes irritations sur la masse cérébrale , et j'ai bientôt rencontré un point où les phénomènes de contraction musculaire ont cessé.

2. Ensuite, et conime pour contre-épreuve, jjai commencé, sur un autre chien , par ouvrir le crâne; j'ai irrité d'abord impunément tous les points des centres nerveux antérieurs : V excitabilité (c'est-à-dire l'effet sur la contraction musculaire ) n'a reparu qu'au point où , dans l'expérience précédente, elle avait cessé.

3. J'ai misa nu , dans le même tems à peu près, toute la région dorsale de la moelle épinière

DU SYSTEMI NERVEUX.. I7

sur un pigeon , toute la région cervicale sur une grenouille, toute la région lombaire sur un lapin. Partout , dans toute l'étendue de ces régions, sur tous ces animaux, les piqûres ou les pressions ont été suivies de convulsions.

4- J'ai découvert la masse cérébrale sur trois autres individus de ces trois espèces. J'ai constamment trouvé, chez'tous, un point où Vexcitabilité a cessé; et, chez tous, ce point a été le même.

A partir de ce point , la moindre irritation provoquait des convulsions : de l'autre côté de ce point, j'avais beau dilacérer, piquer, brûler; nulle contraction n'ajait lieu.

5. Il y a donc un point , dans le système nerveux , où finissent les phénomènes A^ excitabilité^ et il y en a un où ils commencent. \J excitabilité y c'est-à-dire la propriété de provoquer immédiatement des contractions musculaires , n'appartient donc pas à tout ce système.

Expériencefi relatives à la détermination des propriétés des diyejrses parties de la masse cérébrale.

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