DE PREHENSION
i. Ce qui précède établit, ce me semble 5 dune manière irrécusable , que lVa;rt^/i6t7tï^ et la sensibilité sont deux propriétés nerveuses distinctes ; qu'il y a des limites précises entre les organes de Tune et les organes de l'autre , et que des expériences directes conduisent à ces limites.
La puissance nerveuse n'est donc pas unique , comme on l'a dit jusqu'ici. Tl n'y a pas une seule propriété nerveuse , il y en à deux ; ces deux pro^iétés sont essentiellement distinctes et indépendantes entre elles.
^. Maintenant que le débrouillement , ou, si l'on peut ainsi dire , que le triage des parties excitatrices de contraction et des parties non ex-citatrices est effectué, il s'agit d'assigner la part respective de chacune de ces parties dans les
phénomènes complexes qui résultent de leur concours. On connaît l'action propre et le jeu individuel de chacune d'elles ; il reste à les voir agir et jouer ensemble.
Détermination dn rôle da nerf.
1. L'irritation d'un nerf, séparé des centres nerveux par une section ou par une ligature,* se borne à produire des contractions brysques et partielles dans les muscles où ce nerf se rend.
Il y a loin «de ces contractions désordonnées et irrégulières à un mouvement d'ensemble régulier et coordonné. Les contractions musculaires ne sont que les élémens dont se compose ce mouvement ; et ce n'est pas dans le nerf que réside le principe qui ordonne et qui règle ces élémens.
2. Lorsque les'principaux nerfs d'un membre restent unis par leur plexus, bien que ce plexus soit détaché de la moelle épihière , l'irritation de ce plexus, ou de l'un quelconque de ses nerfs, détermine des mouvemens d'ensemble dans le membre.
Mais ces mouvemens d'ensemble apparaissent surtout lorsque le plexus ' ou les nerfs sont encore unis à la moelle épinière.
a6 PROPRIETES ET FONCTIONS
J'ai intercepté, comme on Ta vy, sur divers animaux , diverses régions delà moelle épinière; * toutes les parties de chacune de ces régions formaient un système lié d'action et de mouvement. Par exemple, la région lombaire interceptée, tous les muscles des nerfs venus de cette région se mouvaient de concert et d'ensemble. Mais, ce qu'il importe bien de remarquer , ils ae se mouvaient plus ainsi qu'autant qu'on les irritait; ils ne se mouvaient plus ni spontanément ni volontairement.
3. Il y a donc trois choses esseatielles à considérer dans un mouvement voulu : i" les élémens mêmes qui le constituent; ce sont les contractions des muscles affectés à ce mouvement, contractions déterminées par l'excitabilité des nerfs de ces muscles ; â"" la liaison de ces contractions en mouvement d'ensemble; liaison . dont le principe réside dans les principaux trônes nerveux, les plexus et surtout les moelles épinière et alongée ; et 3" la volition de ce mouvement , laquelle , ainsi que mes expériences le prouveront bientôt, réside exclusivement dans les lobes cérébraux.
Lorsqu'en effet j'irrite un animal privé des lobes cérébraux, pour l'exciter à des mouvemens, je me substitue momentanément à ces lobes ^
et c'est mon irritation qui en tient la place. Enfin , mes expériences moutrerant qu'il y a encore une quatrième chose à considérer, savoir la coordination des mouvemens d'ensemble en mouvemens réglés et déterminés , saut , vol , marche , station , préhension , etc. ; et elles montreront aussi que le principe de cette coordination réside dans le cervelet.
Expériences relatives à la détermÎDation da rôle qne joae la moelle épioière dans les moQYemens dits volontaires , ou de locomotion et de préhension.
1. J'ai coupé la moelle épinière, sur un pigeon , un peu au-dessus du renflement des membres abdominaux : les parties postérieures se mouvaient encore d'ensemble quand on les irritait; mais elles ne se mouvaient plus ni sponta* nément ni conséquemment aux volontés de l'animal : se3 parties antérieures se mouvaient, au contraire , spontanément et conséquemment à ses volontés. L*animal ne se tenait plus sur ses pâtes, ni ne pouvait marcher avec elles ; il disposait au contraire , à son gré, de ses aijes pour se soutenir ou pour voler.
2. J'ai coupé, sur un autre pigeon , la moelle épinière un peu au - dessus du renflement des
membres antérieurs : l'animal a perdu aussitôt la faculté de marcher, de voler et de se tenir debout. Toutes les parties situées en deçà de la section ne se mouvaient plus que sous Teftet des irritations, bien qu'elles se mussent encore alors d'ensemble.
3. Enfin, sur un autre pigeon, j'ai coupé la moelle épinière au niveau de la troisième vertèbre cervicale. Sur-le-champ, la station, la marche et le vol ont été anéantis. Les parties affectées à ces mouvemens conservaient néanmoins encore la faculté de se mouvoir , et de se mouvoir d'ensemble , quand on les irritait.
4- J'ai répété ces expériences sur plusieurs autres pigeons : le résultat a été le même. On verra tout à l'heure les différences plus ou moins tranchées que m'ont présentées les mammifères et les reptiles : je fais abstraction , pour le moment , de ces différences ; et je conclus que la faculté d'exciter des contractions musculaires, comme la faculté de lier ces contractions en mouvemens d'ensemble , réside dans la moelle épinière.
Je conclus , en outre , que la Volition , ou la spontanéité des mouvemens, non plus que la coordination de ces mouvemens en saut , vol , marche , station, préhension, etc., n'y résident pas.
KXPÉHtKirCES RELATIVES A LA DÉTERMIKATXOK DU RÔLS QUE JOVXHT J,M DIVERSES PARTIES DE LA MASSE CEREBRALE DANS LES MOUVS- MERS DITS VOLONTAIRES, OU DE LOCOMOTION ET DE PREHENSION.
§. IV
Expériences relatives à la déterminatiou du rôle et des fonctions
des lobes cérébraux.
1 . J'ai enlevé le lobe cérébral droit sur un pigeon : incontinent , l'animal n'a plus vu de l'œil opposé à ce lobe ; la contractilité persistait néanmoins encore dans l'iria de cet œil. Je reviendrai bientôt sur ce fait, qui est capital; je le laisse un moment de côté.
Il s'est manifesté une faiblesse assez marquée d'abord dans toutes les parties situées à gauche. Cette faiblesse du côté opposé au lobe retranché est du reste, quant à sa durée et à son intensité, un phénomène fort variable. Chez quelques animaux , cette faiblesse est très prononcée ; elle l'est très peu chez d'autres ; elle est presque inapercevable chez quelques uns. Chez tous , les forces ne tardent pas à reprendre leur équilibre , et la disproportion entre les deux côtés disparait.
Quant à mon pigeon, il voyait très bien ^ de l'œil du côté du lobe enleva; il entendait, se tenait debout, marchait, volait , et paraissait d'ailleurs assez calme.
30 PROPRIÉTÉS ET FONCTiOfîS
Je remarque ici que certains animaux semblent d'abord très efifrayés après une pareille mutilation; cette frayeur n'est pas de longue durée.
2. J'enlevai , sur un autre pigeon , les deux lobes cérébraux à la fois.
Ce retranchement est d'ordinaire suivi d'une faiblesse générale assez profonde ; car, comme on le verra ci-après , il n'est pas une seule partie du système nerveux qui n'influe sur l'énei^ie de toutes les autres : on verra de plus que le degré ' de cette influence varie pour chacune d'elles.*
Chez mon pigeon , cette faiblesse générale fut peu marquée : aussi survécut-il long-tems au retranchement de ses lobes.
Il se tenait très bien debout; il volait quand on le jetait en l'air ; il marchait quand on ie poussait ; l'iris de ses deux yeux était très mobile, ; et pourtant il n'y voyait pas ; il Q*entendait pas , ne se mouvait jamais spontanément , affectait presque toujours les allures d'un animal dormant OQ assoupi ; et quand on l'irritait, durant cette espèce de léthargie , il affectait encore les allures d'un animal qui se réveille.
Dans quelque position qu'on le mit , il reprenait parfaitement l'équilibre , et ne se reposait pas qu'il ne Teût repris.
., • DD SYSTÈMB NERVEUX. 5l
Je, le plaçais sur le dos , et il se relevait ; je liii mettais de Teau dans le bec , et il Tayalait ; il résistait aux efforts que je faisais pour lui ouvrir le bec ; il se débattait quand je le gênais; il rendait ses excrémens ; la moindre irritation l'agitait et l'importunait.
Lorsque je l'abandonnais à lui seul , il restait calme et comme absorbé ; dans aucun cas , il ne donnait aucun signe de volonté. En un mot , figurez-vous un animal condamné à un sommeil perpétuel , et privé de la faculté même de rêver durant ce sommeil : tel, à peu près, était devenu le pigeon auquel j'avais retranché les lobes cérébraux.
3. J'enlevai le lobe cérébral droit à un troisième pigeon : l'animal perdit aussitôt la vue de Toeil opposé. Du reste, il marchait, volait, se mouvait, comme auparavant; sauf un peu de faiblesse qui parut d'abord dans le côté gauche , et qui bientôt après disparut.
J'enlevai l'autre lobe : dès lors tous les mouvemens spontanés furent abolis sans retour; et la vue fut perdue des deux yeux , bien que les deux iris restassent pourtant mobiles.
L'animal était calme 'et comme assoupi; il se tenait parfaitement d'aplomb sur ses pâtes : si on le jetait en l'air, il volait; si on pinçait avec
32 PROPRIÉTÉS ET iPOJVCTION^ .
force les narines, qu'il avait , comoie tous les animaux de son espèce , fort délicates , il se reniuait , et faisait quelques pas , sans but ni détermination , mais avec un parfait équilibre , et s'arrêtait dès qu'on ne l'irritait plus.
On avait beau le piquer, le pincer, le brûler; il remuait, s'agitait, marchait, mais toujours sur la même place ; il ne savait plus fuir. S'il rencontrait un obstacle , il le heurtait , et revenait le heurter sans cesse , sans jamais songer à l'éviter : tandis qu'il n'est pas de pigeon qui , dans l'état naturel , bien qu'on lui ait bandé les yeux , ne fmisse , d'un ou d'autre biais , par échappera l'obstacle qu'on lui oppose.
4. Je commençai par enlever seulement l'un des deux lobes cérébraux à une grenouille : cette grenouille sautait , marchait , agissait d'ellemême , après ce retranchement.
Elle voyait très bien du côté du lobe enlevé. Au contraire , si je plaçais un objet contre l'œil perdu , elle le choquait d'abord en sautant; mais, avertie par ce choc , elle se souvenait très bien de la position de cet objet, et ne manquait pas ensuite de l'éviter , quoiqu'on lui bandât son autre œil.
J'enlevai le second lobe : la grenouille perdit aussitôt la vue et la mémoire. Elle rêve-
OD SYSTEME NERYEUX. 35
nait se heurter vingt fois contre le même objet ; ce qu'aucune grenouille ne fait certainement ni dans l'état ordinaire , ni dans le cas d'un seul lobe enlevé, bien qu'on Tait pourtant privée du secours de ses yeux.
Au surplus, la grenouille à lobes cérébraux retranchés n'entendait ni ne voyait ; elle ne bougeait pas , à moins qu'on ne l'irritât. Mais , sous l'influence des irritations extérieures, elle sautait et se débattait.
Placée sur le dos , elle se relevait , se consolidait sur ses pâtes, et puis redevenait immobile.
5. J'ai répété bien souvent ces expériences ; je ne donne ici que celles qui , ayant le mieux réussi, reproduisent aussi le mieux la donnée moyenne des résultats comparés de toutes les autres.
Il me paraît démontré , par elles , que les lobes cérébraux ne sont le siège ni du principe immédiat des mouvemens musculaires, ni du principe qui ordonne ces mouvemens en marche , saut, vol, ou station.
Mais il me parait également démontré qu'ils sont le siège exclusif de la volition et des sensations.
Quant à la volition, il suffit, sans doute, d'avoir constaté que , les lobes cérébraux retran-
chés , il n'y a plus vestige de volonté : et quant aux sensations , je prie que Ton me pennette de revenir sur quelques circonstances des ffiîts précédens.
6. Un seul lobe cérébral enlevé, Tammal perd inçopt^inent la vue de Toeil opposé : les deux lobes enlevés , il perd la vue des 4eux yeux.
La cpntractilitp de l'iris n'çn persiste pourtant pas piolfxs encore. Pour peu inêpie qu'on irrite la conjonctive , ou les nerfs optiques > ou les tubercules q^^j^drijumpaux , cette cantractilité devient convuUive.
Je ne conçois pas de faitplus propre à aioptrer , dans tout son jour , la coïncidence singqlière de la perte du sentiment avec 1^ cpuservs^tioii ou l'exaltation mepae du mouvepient.
II y a tout enseoible , comme on voit , dans ce fait, convulsibilité de l'iris et perte de la visipn. C'est que la vi^ÎQn n'est ni dans les contractiops de IHris, ni dans les irritations du nerf optique. Ces contractions çt ces irritations n'en sont que des conditions. La vision est tout entière dans la sensation de ces irritations, ou plutôt elle n'est que cette sensation ellç-même.
Or, le principe de cette sensation réside bien dans Içs lobes cérébraux ; mais le principe de la cpntractilitp de l'iris n'y réside pas. Le re-
0C SYSTEHE NERVEUX. 35
tranchement des lobes cérébraux doit donc abolir la vision sans éteindre ni l'excitabilité des nerfs optiques , ni conséquemment^la contractilité de l'iris.
7. Ainsi, la paralysie du sentiment n'entraîne jpas nécessairement la paralysie du mouve» ment. L'une peut exister sans que l'autre existe.
La paralysie du mouvement ne provient que de Yaltération des parties nerveuses excitatrices de contraction ; la paralysie du sentiment , que de Yaltération des parties nerveuses siège et réceptacle de sensation. On a vu que ces parties sont distinctes : l'effet de leurs lésions devait donc l'être aussi.
8. Pareillement, un seul lobe enlevé, l'aniinal conserve le souvenir ; les deux lobes enlevés , il le perd.
Uaseul lobe enlevé, il entend; les deux lobes ealevés , il n'entend plus.
Il veut quand il conserve encore un lobe ; il ne veut plus quand il l'a perdu.
La mémoire, la vision, l'audition, la volition, en un mot toutes les sensations disparaissent avec les lobes cérébraux. Les lobes cérébraux font donc Torgane unique des sensations.
Expériences relative! à la détermination da rôle et des fonction»
do cervelet.
Je passe à TexameD des autres parties^ de la masse cérébrale.
1 . J'ai supprimé le cervelet par couches successives , sur un pigeon. Durant Tablation des premières couches, il n'a paru qu'un peu de faiblesse et de disharmonie dans les mouvemeiis.
Aux moyennes couches , il s'est manifesté une agitation presque universelle, bien qu'il ne s'y mêlât aucun signe de convulsion : l'animal opérait des mouvemens brusques et déréglés ; il entendait et voyait.
Au retranchement des dernières couches , l'animal, dont la faculté de sauter, de voler, de marcher, de se tenir debout, s'était de plus en plus altérée par les mutilations précédentes , perdit entièrement cette faculté.
Placé sur le dos , il ne savait plus se relever. Loin de rester calme et d'aplomb, comme il arrive aux pigeons privés des lobes cérébraux, il s'agitait follement et presque continuellement, mais il ne se mouvait jamais d'une manière ferofie et déterminée.
Par exemple , il voyait le coup qui le mena-
DD SYSTÈME NERYBUX. 3^
çftit , voulait l'éviter , faisait mille contorsions pour l'éviter, et ne l'évitait pas. Le plaçait-on sur le dos , il n'y voulait pas rester, s'épuisait en vains efforts pour se relever y et finissait par y rester malgré lui.
Finalement, la volition et les sensations persistaient : la possibilité d'exécuter des mouvement d* ensemble persistait aussi ; mais la coordination de ces mouvemens en mouvemens réglés et déterminés était perdue.
2. Je retranchai le cervelet d'un autre pigeon. Arrivé aux couches moyennes , je touchai la
moelle alongée , et il y eut un trémoussement convulsif.
Ce trémoussement dissipé , je continuai mon opération. Les noouvemens désordonnés et impétueux reparurent aux mêmes couches que dans l'expérience précédente. L'animal perdit de même la faculté de se tenir en éguih'bre , de marcher et de voler : il était dans une agitation presque continuelle ; il voulait et se mouvait , mais il ne se mouvait jamais comme il le voulait.
3. Je perçai de part en part, avec une aiguille, sur un troisième pigeon , toute la région supérieure du cervelet: nul indice d'excitabilité, mais faiblesse, indétermination, et légère disharmonie dans les mouvemens.
Je pénétrai plus ayant : la faiblesse , Tindé-* termination 9 la disharmonie des mouvemen»
s'accrurent.
J'arrivai aux dernières couches : Tanimal per-* dit presque entièrement l'équilibre; ses mouvemens étaient indécis , son agitation presque continuelle.
4. J'enlevai , sur un quatrième pigeon » les couches supérieures du cervelet. Cette mutila^ tion opérée , l'animal voyait et entendait très bien ; il se tenait aussi debout , marchait et volait, mais d'une manière indécise et mal assurée.
Je continuai mes retranchemens : l'équilibre s'abolit presque entièrement. L'animal avait toute la peine du monde à se tenir debout , et encore n'y pai^enait-il qu'en s'appuyant sur ses aiks et sur sa queue. Lorsqu'il marchait, sesr pas chancelans et mal affermis, lui donnaient tout-à-fait l'air d'un animal ivre^ ses ailes étaient obHgées de venir au secours de ses jambes, et, malgré ee secours , il lui arrivait souvent de t(wiber et de rouler sur lui-même*
Au retranchement des dernières couches , toute espèce d'équilibrement 9 c'est-à-dire toute harmonie entre les efforts, disparut. La marche, le vol , la station , furent totalement anéantis ; mais, ce que j'engage à bien remarquer, la vo-
DU SYSTÈME NERVEUX. 5g
litîon de ces mouvemens , et des tentatives réitérées pour lès exécuter, n'en persistèrent pas moins toujours.
5. J^ retranchai le cervelet sûr îin cinquième pigeon , par couches successives extrêmement minces , afin de suivre , jusque dans les derniers détails, tous les degrés et toutes les nuancés par lesquels ce retranchement graduel devait faire passer mon pigeon d'un équilibrement parfait à rabolitioti tomplèté du vol , de la inarche et de la station.
C'est une choèe surprenante de voir l'animal, à mesure qu'il perd son cerVeïet, perdre graduellement la faculté de Voler , puis celle de marcher, puis enfin celle de se tenir debout.
11 n'y a pas jusqu'à cefté faculté de se tenir debout qui ne s'altère petit à petit avant dé se perdre complètement. L'aùinial co'fnniènce pair ne pouvoir rester long-tems d'aplonib sur ses jambes , il charicelle presque à chaque instant ; puis ses pieds ne suffisent plus à la station , et il est obligé de recourir à l'appui dé ses îfilés et de sa queue ; enfin , toute poâîtiorî fixe et Stable devient impossible : l'animal fait d'incroyables efforts pour è'arrêtèr à' une pareille position , et il n'y peut réussir.
La faculté de marcher s évanouit également
40 PRQPaiÉTÉS ET FONCTIONS
par degrés. L'animal conserve encore , d'abord , une démarche chancelante , et tout-à-fait comparable à la démarche bizarre de Tivresse , puis il ne marche qu'avec le secours de ses ailes , et puis il ne sait plus marcher du tout.
On peut à volonté , par des coupes ménagées , ne supprimer que le vol ; ou supprimer le vol et la marche ; ou supprimer tout à la fois le vol , la marche et la station. En disposant du cervelet , on dispose de tous les mouvemens coordonnés^ comme, en disposant des lobes cérébraux , on dispose de toutes les sensations.
Le pigeon sur lequel j'étudiais ces singuliers développemens n'éprouva, au retranchement des premières couches, qu'un peu de faiblesse et d'hésitation dans ses mouvemens.
Je remarque ici , par rapport à la faiblesse , que le moment de la mutilation est toujours le moment où elle est le plus marquée , et qu'ensuite elle va diminuant de plus en plus , jusqu'à une nouvelle mutilation.
Aux moyennes couches , mon pigeon voyait et entendait très bien ; il ne se plaignait aucunement ; son air était gai , sa tête alerte.
A sa bonne mine, personne n'eût assurément imaginé qu'il lui manquait déjà plus de la moitié de son cervelet ; mais en revanche , sa démarche
était très chancelante et très agitée ; et bientôt il ne marcha plus qu'avec le secours de ses ailes.
Je continuai mes retranchemeus ; l'animal perdit totalement la faculté'de marcher. Ses pieds ne suffisaient plus à la station , et il ne parvenait à se soutenir qu'appuyé sur ses coudes , sa queue et ses ailes. Souvent il> cherchait à s'envoler ou à marcher ; mais ces tentatives inefficace^ se bornaient à rappeler, sous plus d'un rapport, les premiers essais de vol et de marche que fout les petits oiseaux au sortir du nid.
Le poussait-on en avant, il roulait sur sa tête: en arriére, il roulait sur sa queue.
Je portai plus loin encore mes retranchemens. L'animal perdit jusqu'à la faculté de se tenir appuyé sur ses coudes , sa queue et ses ailes. II roulait continuellement sur lui-même , sans pouvoir s'arrêter à une position fixe.
A force de rouler et de se débattre , il finissait par s'épuiser ; et , rend u de fatigue , il gardait alors un moment la position que le hasard lui avait donnée : tantôt il restait à plat sur le ventre , et tantôt sur le dos.
Cette position sur le dos , quelque pénible qu'elle lui fût , et quelques efforts qu'il fît pour s'en dégager, il était pourtant réduit à la garder, parcequ'il ne savait plus s'en tirer.
4a PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
Du reste , il voyait et il entendait très bien* Durant son repos , la moindre menace , le moindre bruit , la plus légère irritation, rouvraient la scène tumultueuse de ses contorsions.
Mais au milieu de toutes ces contorsions si déréglées , si fougueuses , si pétulantes , il n'y avait pas le moindre signe de convulsions.
6. Les conséquetiees du retranchement du cervelet varient un peu selon les classes $ oti trouvera ci-après un tableau comparé de ces variations. Je commence par indiquer les effets obtenus sur une classe donnée : je comparerai ensuite ces effets aux effets obtenus sur les autres classes.
§. VI
Expériences relatives à la détermination do rôle et des fonctions des
tubercules quadrijumeaux '.
1. J'enlevai, sur un pigeon, un seul des deux tubercules quadrijumeaux. Ce retranchement
' Ces tubercules sont, selon les classes, tantôt doubles et tantôt quadruples ; on devrait doùc les appeler tantôt bijumeaux et tantôt quadrijumeaux. Mais^ pour ne pas changer à tout moment de nom, je les appellerai toujours quadHjumeaux; mes expériences constatant bien d^ailleurs que, doubles ou quadruples, ils ne constituent jamais que le même organe.
DU SYSTÈME NERVBIIX, ifi
fut accompagné d'un trémou^ement convulsif général , mais qui dura peu.
L'œil du côté opposé perdit sur-le-cliamp la vue; mais l'iris de cet œil reëta long^tems encore mobile.
L'animal se tenait debout , matcbait ^ volait , entendait ^ et poussait des gémissemens.
Il tournait souvent sur lui-même , et particulièrement sur le côté du tubercule enlevé ; il voyait aussi très bien de l'œil de ce côté.
L'irritation et la douleur produites par mon opération étant dissipées , Tanidial resta oalme et parfaitement d'aplomb sur ses jambes '.
â. J'enlevai , sur un autre pigeon , le tubercule quadrijumeau gauche : il y eut également des trémoussemens convulsifs généraux , perte de la vue de l'œil opposé , contractilité de l'iris persistant encore dans cet œil , et tournoiement de l'animal , principalement siii* le côté du tubercule enlevé.
Je voulus m'assurer si ce tournoiement ne
' Le retranchement d'un seul tubercule qiiadrî)udiefta5 comme celui d'un seul lobe cérébral ou d'un ^eul côté du cervelet, s'accompagne d'abord d'une faiblesse marquée dans le côté opposé à la partie enlevée. Je néglige , à dessein, d'insister ici sur cet ejfet croisé , dont on trouvera, dans mon second Mémoire, la cause et les limites.
44 PROPRIETES ET FONCTIONS
tenait pas uDiquement à la perte de la vision dans un œil. Je bandai donc un œil à plusieurs pigeons : ces pigeons tournèrent en effet , d'abord presc^e tous , sur le côté de l'œil non bandé , mais bien moins brusquement et bien moins de tems que le pigeon mutilé.
Ce pigeon , ainsi que le précédent , voyait très bien de l'œil du côté du tubercule enlevé ; il entendait 9 marchait, volait , et se tenait d'aplomb , comme à l'ordinaire.
3. Je retranchai successivement, sur un troisième pigeon , les deux tubercules quadrijumeaux. Les trémoussemens convulsifs furent beaucoup plus violens et beaucoup plus prolongés après cette double extirpation qu'après l'ex* tirpation d'un seul tubercule.
Au retranchement du tubercule droit , l'animal perdit la vue de l'œil gauche ; et à celui du tubercule gauche , il perdit la vue de l'œil droit. La contractilitépersistait dans l'iris des deux yeux.
La station, la marche, le vol, persistaient aussi. L'animal tournait souvent sur lui-même ; puis il restait calme et d'aplomb ; et puis il recommençait à tourner encore.
Tout cela se faisait spontanément. Quand dans sa marche l'animal rencontrait un obstacle , il le heurtait d'abord ; mais à peine avait-il besoin
de le toucher pour le deviner ; et dès qu'il l'avait touché , ou il s'arrêtait , ou il s'en détournait avec une adresse et avec des précautions infinies. Il n'avançait jamais qu'avec une extrême circonspection ; et presque toujours il revenait à tourner sur lui-même.
4^ On a vu qu'immédiatement après l'extirpation d'un seul tubercule la vision est perdue de l'œil opposé ; et qu'après l'extirpation des deiix tubercules , la vision est perdue des deux yeux.
Mais on a vu aussi que la contractilité de l'iris survit plus ou moins long-tems à la perte de la vision. Ce fait est remarquable; il montre que l'abkition des tubercules n'agit sur les nerfs optiques que comme agissent sur les autres nerfs les sections ou les ligatures.
En effet, c'est par les tubercules quadriju-meaux que les nerfs optiques communiquent avec les lobes cérébraux. Ces tubercules enlevés, la vision doit donc être immédiatement abolie , mais non l'excitabilité des nerfs optiques, parcequ'une mutilation incomplète des tubercules ne détruit pas toutes les racines de ces nerfs; la section seule de ces nerfs abolit complètement la contractilité des iris '.
' Les nerfs optiques survivant, du moins en partie, à
5. Pour obtenir les effets des tubercules quadrijumeaux dans toute leur pureté, il ne faut pas en pousser l'extirpation jusqu'à leurs racines; car ces effets se compliquent alors des effets de la moelle alongée.*
J'enlevai , sur un pigeon , jusqu'aux dernières couches des tubercules : il survint des convulsions extrêmement violentes et prolongées. Je pénétrai plus avant : les convulsions se renouve* lërent et s'accrurent; mais ce qu'il y avait de remarquable, c'est qu'au milieu de cet état convulsif universel , la contractilité des iris , comme l'excitabilité des nerfs optiques , était complète^ noient abolie.
L'animal vécut très long-tems dans cet état.