J enlevai, sur un petit lapin, les deux os
frontaux : l'animal perdit peu de sang , et il al-
l8 PROPRIITÉS ET FONCTIONS
lait tout aussi bien après Topération qu'avant. Je fendis la dure-mère des deux côtés, en mé* nageant le plus possible les vaisseaux sanguins que je voyais ramper sur elle ; je fendis également l'arachnoïde, je les écartai toutes deux ; je piquai ensuite les hémisphères cérébraux dans toute leur étendue, sans produire nulle part le moindre signe d'effet sur la contraction musculaire.
2. J'enlevai ces hémisphères, par couches successives , sur un pigeon : l'animal resta impassible.
3. Je découvris le cervelet sur un autre pigeon; je le perçai de part en part, et dans tous les sens, avec une aiguille; je le coupai par tranches successives : l'animal ne bougea pas.
Je passai aux hémisphères cérébraux ; il ne bougea pas davantage. Je piquai les tubercules quadrijumeaux: il y eut un commencement de tremblement et de convulsions ; et ce tremblement et ces convulsions s'accrurent d'autant plus que je pénétrai plus avant dans la moelle alongée.
4* J'ai répété un nombre infini de fois cette expérience : le résultat a toujours été le même.
5. J'enlevai toute la paroi crânienne du côté gauche^ sur un jeune chien : je piquai , je dé-
DU SYSTEME NBRYBUX. 19
cbiquetai les lobes cérébraux et le eeryelet de ce côté : ranimai n'en fut ni troublé ni agité.
6. Je piquai, sur un chien beaucoup plus âgé, les tubercules quadrijumeaux : de faibles convulsions parurent. J€i piquai la moelle alongée : il en survint de violentes.
. 7. Je piquai d'abord , dans tous les sens, et j'enlevai ensuite en totalité, par tranches successives, sur- un lapin, les corps striés et les couches optiques : nulle agitation n'accompagna cette double épreuve.
On a prétendu que la pression des couches optiques abolit la contraction des iris : on l'a prétendu aussi de la pression des corps striés. La paralysie des iris n'a lieu , dans ces cas, que parceque les nerfs optiques, placés au-dessous de ces parties , sont comprimés avec elles.
8. Je piquai, dans tous les sens et sur tous les points, les corps striés et les couches optiques d'un cochon-d'inde ; l'iris de ses yeux demeura immobile. Je piquai les tubercules quadrijumeaux, et il y eut sur-le-champ des contractions manifestes des deux iris.
9. J'enlevai tous les hémisphères céfébraux , y compris les couches optiques , sur un pigeon : l'iris conservait toute sa contractilité. Je n'avais qu'à piquer, ou les nerfs optiques, ou les
tubercuks quadrijumeaux vpour y décider des contractions vives et prolongées.
10. J'ai répété -cette expérience sur plusieurs autres pigeons : le résultat a été le même.
1 1 . Ainsi, r les hémisphères cérébraux ne sont point susceptibles d'exciter immédiatement des contractions musculaires.
Haller et Zinn ' l'avaient déjà reconnu pour les parties supérieures; Lorry* pour le corps calleux : je l'ai vérifié pour tout l'ensemble des hémisphères , les corps striés et les couches optiques.
C'est à tort qu'on a attribué la paralysie des iris à la lésion de ces dernières parties. On peut les couper, ou les piquer sur tous les points , sans abolir comme sans provoquer la contrac** tilité des iris '.
' Mémoires sur la nature sensible et irritable des parties du corps animal : Lausanne 9 1756. t. I-II.
' Acad. des sciences, Mém, des savans étrangers^ t. III.
3 II y a un fait concordant d'anatomîe comparée fort remarquable. Les reptiles manquent de ^orps striés; les poissons de couches optiques ; mais nul d'eux ne manque de tubercules quadrijumeaux , et conséquemment de yision.
On sait, en outre, que le volume des tubercules quadrijumeaux est, dans toutes les espèces, en raison directe du volume des nerfs optiques et des yeux.
DU SYSTÈME NERVEUX. ar
Quelques observateurs ont cru exciter des contractions et des convulsions , dans les manimi* fères, par les piqûres du corps calleux; c'est qu€ ces piqûres s'étendaient jusqu'aux tubercules quadrijumeaux.
J2' Le cervelet n'excite point non plus immédiatement des contractions musculaires.
Haller et Zinn ' se sont trompés, quand ils ont dit que les blessures du cervelet causent des convulsions universelles : cela n'est vrai que de la moelle alongée placée au-dessous de lui , et probablement intéressée dans leurs expériences^.
3"* Les tubercules quadrijumeaux excitent des convulsions.
Leur irritation , comme celle des nerfs optiques , provoque les contractions de l'iris. C'est avec ces tubercules que commence ou que finit V excitabilité.
4** La moelle alongée, comme la moelle épinière et comme les tubercules quadrijumeaux , excite des contractions.
A cette similitude de propriétés se joint une similitude parallèle d'organisation. La moelle épînière , la moelle alongée, qui n'est que la
. * Liv. cit.
moelle épinière continuée 9 les tubercules quadri jumeaux , qui ne sont que la terminaiaon de cette moelle; toutes ces parties , c est-à-dire toutes les parties excitatrices de contraction, ont la substance grise en dedans et la substance blanche en dehors.
Une disposition inverse de ces deux substances forme le caractère des parties non excitatrices, c'est-à-dire des lobes cérébraux et du cervelet.
On peut donc , à priori^ juger des propriétés de ces parties par leur structure , et réciproquement de leur structure par leurs propriétés.
12. Ces données fixeront définitivement, je pense , la détermination des tubercules quadrijumeaux. On les a pris tour à tour pour les couches optiques dans les oiseaux , pour les hémisphères cérébraux dans les poissons, etc.
Deux raisons m'ont porté, depuis long-tems, à les considérer comme la continuation et la terminaison des moelles épinière et alongée : 1* leur similitude de structure avec elles ; 2* l'origine qu'ils donnent comme elles à des nerfs : les lobes cérébraux ni le cervelet ne sont effectivement Torigine directe d'aucun nerf.
Ainsi , même structure , même destination ; je puis ajouter maintenant , mêmes propriétés :
DU SYSTÈME NERTJEVX. 2Ô
tels sont les caractères communs de la moelle épinière , de la moelle alongée , et des tubercules qua.drijumeaux.
§. vi.
Détermination du siège précis de la sensation.
Des expériences précédentes il suit i® que le système nerveux est doué de deux propriétés distinctes, l'une d'exciter immédiatement les contractions musculaires, l'autre de percevoir les impressions;
2** Que les nerfs, la moelle épinière, la moelle alongée , les tubercules quadrijumeaux , possèdent , à l'exclusion des lobes cérébraux et du cervelet , la propriété d*exciter immédiatement des contractions miusculaîres;
Et 3* que ce n'est dans aucune des parties excitatrices immédiates de la contraction que réside la sensation. Il ne reste donc plus à la chercher que dans les autres , c'est-à-dire dans les lobes cérébraux et le cervelet. En traitant des fonctions propres de ces organes , la grande question du siège précis de la sensation se trouvera donc traitée.