La diécanique animale se compose donc
DU SYSTÈME NERVEUX. 2l5
de trois ordres de mouvemens essentiellement distincts : les mouvemens coordonnés de locamotion et de préhensicm 9 les mouvemens coordonnés de conservation, Jes mouvemens du cœur et des intestins.
Dans le cervelet réside le principe coordonna^ teur des premiers ; dans la moelle alongée , celui des seconds ; les troisièmes ne dérivent du système nerveux que d'une manière médiate et consécutive.
i8. La circulation, soutenue parTinsuflation, survit un certain tems, chez les animaux adultes, à la destruction totale du système nerveux.
19. Elle survit à cette destruction, chez les animaux voisins de leur naissance, même sans le secours de l'insuflation.
âo. La circulation peut survivre un teros considérable, quoiqu'il n'y ait plus , dans le système circulatoire , que du sang noir.
21. Le Gallois avait déjà déterminé, par des expériences d'une exactitude remarquable, le point précis de la moelle épinière où commence le siège du premier mobile du mécanisme respiratoire.
J'ai montré que le siège de ce premier mobile s'étend à toute la moelle alongée , et que dans cette moelle réside , en outre , le principe régu-
2l6 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
lateur de tous ks mouvemens coordonnés de conservation.
22. D'un autre côté , Le Gallois pensait que le principe de la circulation dépend immédiatement de la moelle épinière , et de la moelle éprnière tout entière; M.Philip avait déjà combattu cette opinion, en faisant voir, par des expériences nombreuses, que la circulation, soutenue par l'insuflation^ survit à la destruction totale du système nerveux cérébro-spinal: j'ai montré^ comme on vient de voir, qu'à un âge donné la circulation survit à la destruction totale de ce systèmpe, même sans le secours de l'insuflation, et qu'ainsi elle peut continuer un certains tems, déterminé par mes expériences, bien que tout le sang soit devenu tout noir.
25^ Enfin , le ganglion semi-lunaire est , constamment et très énergiquement , excitable; les autres ganglions ne le sont que de loin en loin , et qu'à un degré très faible.
2^. Il reste une dernière considération à développer. Communément , les mouvemens de la respiration, du cri, du bâillement, etc., sont appelés involontaires , par opposition aux mouvemens de locomotion et de préhension, qu'on appelle alors volontaires.
On vient de voir ce qu'il faut penser de cette
expression ^e volontaires ^ appliquée à certains uiouvemens. Layolontén'ost jamais que la cause provocatrice, éloignée, occasionelle de ces mouvemens ; mais enfin elle peut les provoquer , en régler l'énergie , en déterminer le but ; et , ce qu'il y a d'essentiellement remarquable, elle peut cela de tous points. Ainsi un animal peut, à son gré, se mouvoir ou non , lentement ou vite, dans telle ou telle direction qu'il lui plaît. Il est donc maître absolu , non pas du mécanisme de sa marche , mais de sa marche.
Il en est de même de la course et du saut, qui ne sont qu'une marche précipitée ; du vol , du nagement, de la reptation, qui ne sont que différentes espèces de marche ; delà station, qui n'est qu'une partie de la marche, et, en un mot, de tous les mouvemens de locomotion ou de translation. Il en est de même encore de la préhension des objets , de leur transport , de leur projection , de leur conduction , et , en un mot, de tous nos mouvemens de relation avec eux.
La respiration , le cri , lé bâillement , certaines déjections, certaines attitudes, au contraire, ne dépendent que , jusqu'à un certain point , etquedans certains cas, de la volonté. En général, tous ces mouvemens ont lieu sans qu'elle s'en aperçoive , sans qu'elle s'en mêle , sans qu'elle y parti-
2l8 PROPRIETES ET FONCTIONS
cipe, souvent même quelque opposée qu'elle y soit.
Enfin , les mouyemens du cœur et des intestins sont totalement $ complètement et absolu- . ment étrangers à la volonté.
Soiis le rapport de la volonté « comme sous le rapport du mécanisme ^ comme sous le rapport des organes du mouveihent, il y a donc trois ordres de mouvemens essentiellement distincts. Les uns sont totalement soumis à la volonté ; les autres n'y sont soumis qu'en partie ; les autres n'y sont point soumis du tout.
DD SYSTEMS NERTEOX. 219
APPUCATIONS A LA PATHOLOGIE.
1. En 1768, r Académie royale de chirurgie proposa, pour la troisième fois, et pour sujet d'un double prix, la question suivante : «Éta- » blir la théorie des lésions de la tête par conti'e- » coup, et les conséquences pratiques qu'on peut » en tiret '. •
Sous une forme toute chirurgicale , ce sujet renfermait une question fondamentale de physiologie ; il la supposait même , jusqu'à un certain point, résolue.
Il est clair qu'on ne saurait établir, effeetire^ ment, la théorie des lédêns de la tête^ ou, pluê exaetement^ de l' encéphale, si l'on ne connaît déjà les propriétés et les fonctions des diverses parties dont cet organe important se compose.
â. La question n'était donc pas très claire^ ment posée ; je crois qu'elle aurait àù l'être ainsi :
Kl »m
> Prix de VJLoadé roy. de ehirurg. , tom. I Y.
Établir , par des expériences et par des observa-tions précises^ les propriétés et tes fonctions des diverses parties dont se compose l' encéphale y afin d'en déduire ensuite la théorie des lésions ^ soit di-rectes y soit par contre - coup ^ de chacune de ces parties.
3. La circonstance du contre -coup ne change effectivement rien à la question , du moins sous le point de vue qui nous occupe.
Qu'il y ait lésion par coup, ou par contre-coup, peu importe ; le tout est qu'il y ait Içsion, et, dès qu'il y a lésion , le tout est de reconnaître les signes qui la constatent , et de remonter par ces signes jusqu'à son siège : tout se réduit donc toujours à déterminer le siège d'une lésion céré^ brale donnée par les signes de cette lésion.
4- Or, il est , encore un coup, visiblement impossible de discerner les signes de la lésion d'un organe , si l'on ne connaît déjà les fonctions ou les propriétés de cet oi^ane.
Les signes 9 ou les symptômes ^ ne sont que les propriétés altérées; la lésion , ou le siège de la lé^ sion^ n'est que Y organe lésé : on ne peut donc déterminer les symptômes de la lésion, si l'on n'a préalablement déterminé les propriétés de Cor^ gane. Ces deux propositions sont corrélatives : qui énonce l'une, suppose l'autre. On ne remonte
d€s symptômes au siège qu'en remontaût des propriétés à ïorgane : quaud on a les propriétés d'un organe y on a donc toujours, à coup sûr, les signes , ou les symptômes , de sa lésion.
5. Toute la question, toute la difficulté, dans la théorie des lésions de l'encéphale^ consistait donc dans la détermination des propriétés ou fonctions des diverses parties qui le constituent ; il y avait donc, dans le sujet proposé par TAcadémie, une question physiologique à résoudre, avant d'arriver à la question chirurgicale même. Plusieurs desconcurrens eurent le grand mérite de le sentir; TAcadémie le sentit ausfti, puisqu'elle couronna leurs Mémoires.
6. Une courte analyse de ces Mémoires suffira, je pense , pour donner tout à la fois une idée , et des efforts remarquables de leurs auteurs , et de l'état de confusion , de vague , d'incertitude , où , malgré ces efforts , la science se trouvait encore.