‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrés (volume 3)Chapitre 24 sur 67 · Pour soumettre cette opposition à une · texte numérisé non relu

Pour soumettre cette opposition à une

nouvelle épreuve, je retranchai les deux lobes cérébraux sur deux pigeons , et les deux tubercules quadrijumeaux sur deux autres.

Je plaçai ensuite ces quatre pigeons dans le même appartement, que j'eus soin de tenir bien approvisionné.

Les deux premiers pigeons se laissèrent mourir de faim ; les deux autres surent très bien trouver leur nourriture, la choisir, et en manger beaucoup.

1 1. J'enlevai, sur une poule, le lobe céré*bral droit; soudain la vue fut perdue de l'œil gauche: j'enlevai le tubercule quadrijumeau gauche, et la vue fut perdue de l'œil droit.

Cette poule, ainsi rendue aveugle, d'un côté par l'ablation du lobe cérébral , par l'ablation du tubercule quadrijumeau de l'autre, vécut à peu près deux mois.

Elle entendait bien ; donnait les signes les plus évidens d'intelligence et de volonté raisonnée ; ne marchait que très rarement; et quand on l'excitait à marcher, se bornait à faire quelques pas avec une circonspection extrême , le cou tendu, la tête fixe, tout le corps attentif à la plus légère impression des objets extérieurs.

Du reste , elle savait trouver sa nourriture , la

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choisir, et se noiirtir conséquemment d'ellemême.

12. Je pouvais objecter aux expériences qui précèdent de n'être pas tout à fait concluantes pour le sens de l'odorat, vu que les bulbes olfactifs, en lesquels ce sens réside, perdent toujours leurs racines par l'ablation complète des lobes cérébraux.

i3. J'enlevai donc, sur une poule, les deux lobes cérébraux, en respectant avec le plus grand soin les couches inférieures de ces lobes auxquelles les racines des bulbes olfactifs adhèrent.

Cette poule , ainsi privée de ses lobes, a vécu plus de six mois ; et , à quelque épreuve que je l'aie soumise durant tout ce tems, il n'a jamais paru dans toute sa conduite le moindre indice d'où l'on pût conclure qu'elle odorat.

On trouvera l'histoire de cette poule dans le Supplément expérimental qui accompagne ce Mémoire; et l'on verra tout-à-l'heure, en outre, que les animaux auxquels on n'a enlevé que les parties supérieures des lobes cérébraux, et chez lesquels par conséquent les bulbes olfactifs sont restés intègres ^ n'en perdent pas moins l'odorat avec tous les autres sens , pourvu toutefois que l'ablation dépasse certaines limites.

Au surplus, la poule sans lobes dont il est ici question, ne becquetait, ni ne mangeait, ni ne voyait, ni n'entendait, ni ne donnait aucun signe de volonté: cependant, une excitation immédiate l'ébranlait toujours , et cette excitation, lorsqu'elle était assez forte , déterminait des mouvemens réglés et coordonnés.

Mais ces mouvemens, quelque réglés qu'ils fussent, étaient toujours sans but, sans suite, sans résultat; soit que l'impression, faute des lobes cérébraux, ne fût plus convertie en sensation ou perception distincte, comme je le suppose ; soit que, comme M. Cuvier paraît pencher à le croire, l'impression, quoique sentie, ne laisse ni souvenir ni volonté durable^ dans un pareil animal, très probablement parceque sa mémoire j, qui a disparu avec les lobes qui en étaient le siège , ne fournit plus de base ni d' élémens à ses jugemens '.

14. On sait que les oiseaux essaient presque toujours leur nourriture par le bout du bec avant de la porter dans l'arrière-bouche ; non seulement les oiseaux, privés de leurs lobes cérébraux, ne font plus de pareils essais, mais ils ne mangent plus, ils ne becquettent même plus.

i5. On sait encore que les animaux, surtout les

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' M. Cuvier, Rapport, etc., pag. 85.

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carnassiers, ont l'habitude , en courant de côté et d'autre , de flairer partout ; dès qu'ils ont perdu leurs lobes, ils ne flairent plus.

16. On juge qu'un animal ne jouit plus d'un sens, quand il n'use plus de ce sens.

Un animal ne voit plus , quand ii vase heurter contre tout ce qu'il rencontre ; il n'entend plus , quand aucun bruit ne l'émeut ; il n'odore plus , quand aucune odeur ne l'attire ou ne le repousse ; il ne goûte plus , quand aucune saveur ne le flatte ou ne le chagrine ; il ne tâte , il ne palpe > il ne touche plus enfin , quand il ne distingue plus aucun corps, se heurte obstinément contre tous , et marche ou s'avance sur tous indifféremment.

Un animal qui touche réellement un corps, le juge; un animal qui ne juge plus ne touche donc plus.

17. Les animaux, privés de leurs lobes cérébraux, n'ont donc plus ni sensation, ni jugement , ni souvenir , ni volonté : car il n'y a volonté qu'autant qu'il y a jugement; jugement, qu'autant qu'il y a souvenir ; souvenir , qu'autant qu'il y a eu sensation. Les lobes cérébraux sont donc le siège exclusif de toutes les sensations et de toutes les facultés intellectuelles.

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