‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrés (volume 3)Chapitre 38 sur 67 · VII · texte numérisé non relu

VII

1. J'appelle -mouvement coordonné tout mouvement qui résulte du concours , de l'enchaînement , du groupement , si l'on peut ainsi dire , de plusieurs autres mouvemens , tous distincts , tous isolés les uns des autres , et qui , groupés autrement , eussent donné un autre résultat total.

Ainsi , le saut , la marche , la course , la station , le nagement , le vol:, sont des mouvemens coordonnés ; des mouvemens résuîtans du concours de plusieurs parties distinctes , séparées , isolées ; dont chacune peut agir seule et séparément , ou réunie à une , à deux , à trois , à toutes les autres ; et produit divers effets selon ces diverses combinaisons.

2. Pareillement, le mouvement de l'inspiration , et tous les dérivés de lui ; le cri , le bâillement, certaines déjections, certaines attitudes, etc.. sont encore des mouvemens coordonnés.

Pour inspirer, comme pour crier, comme pour bâiller, etc., il faut le concours d'une infinité de parties diverses ; des muscles de la face , du la-

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rynx, de la poitrine, des épaules, du diaphragme, (le l'abdomen , etc.

3. El j'appelle ces derniers mouvemens , moiivemens de conservation, par opposition aux premiers que désignent si bien les mots de mouvemens de locomotion et de préhension.

4. La mécanique animale se compose donc de deux ordres de mouvemens coordonnés , essentiellement distincts ; et , chose non moins inouïe qu'admirable, ces deux ordres de mouvemens dépendent de deux organes régulateurs essentiellement distincts aussi.

De la moelle alongée dérivent tous les mouvemens de conservation ; du cervelet , tous les mouvemens de locomotion : et ce qui n'est pas moins surprenant encore , c'est que la moelle épinière , agent immédiat de tous ces mouvemens , n'est , cependant , ni le premier mobile , ni le principe régulateur d'aucun '.

5. Il reste à parler des mouvemens du cœur et des intestins , communément confondus avec

' Et ce qui ajoute le dernier trait à tout cela, c'est que ce n'est pas par les mêmes nerfs que la moelle épinière obéit au cervelet et à la moelle alongée.

La distinction de ces nerfs fait partie d'un autre travail qui a pour objet la Détermination des propriétés spécifiques des diverses paires nerveuses.

ceux de la respiration , du cri , du bâillement , etc. , sous les noms vagues et indëlinis de mouvemeiis involontaires.

G. Je commence par le mouvement de la circulation , ou du cœur.

§. VIII

1 . Il n'y a rien de plus célèbre, en physiologie, que les recherches et les expériences nombreuses auxquelles on s'est livré touchant le principe des mouvemens du cœur. C'est par elles , pour ainsi dire, que l'histoire de la physiologie expérimentale commence et finit.

2. Avant Haller, c'était presque toujours du système nerveux que l'on avait dérivé ce principe: les belles expériences de ce grand^ homme sur Virritabiiité semblèrent, durant quelque tems , l'y soustraire ; les expériences récentes de Le Gallois semblaient Ty avoir ramené.

5. Selon Le Gallois , la destruction , non pas même de la moelle épinière tout entière , mais d'une seule quelconque de ses régions , suffit pour abolir la circulation. Et , quant aux mouvemens du cœur qui , comme tout le monde sait , survivent encore long-tems à cette destruction, ce ne sont plus, toujours selon Le Gallois, que

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des moiivemens débiles , impuissans , et les derniers vestiges d'une irritabilité qui s'éteint.

Ainsi, la circulation dérive des forces du cœur; les forces du cœur, de la moelle épiuière; et, par conséquent , le système nerveux redevient le principe des phénomènes circulatoires.

4- Mais, à peine cette théorie de Le Gallois, qui restitue au système nerveux le principe des phénomènes circulatoires, commençait-elle à s'établir en France, qu'un physiologiste anglais, M. Wilson Philip, la combattait déjà par de nombreuses expériences desquelles il concluait, comme Haller l'avait conclu des siennes , que la circulation du sang et l'action des muscles involontaires , indépendantes du système nerveux , émanent d'une force propre a la fibre musculaire \

Voilà donc le principe de la circulation tour à

' « Après avoir étourdi des lapins par un coup sur le «derrière de la tête, M. Wilson Philip leur enleva la moelle » épinière et le cerveau , et maintint la respiration par des «moyens artificiels. Il vit la circulation et le mouvement »du cœur s'opérer comme dans l'état de vie. D'où il con- ))clut que la circulation du sang et l'action des muscles «involontaires sont indépendantes de l'influence desnerts.» Bibliothèque universelle, tom. X, ( sciences et arts), p. i8a, Genève 1819; et ^k exper. inquiry into thelaws of the vitcd functions , etc., London, 1817, pag. ôgetsuiv.

tour attribué, soustrait, restitué, resoustrait encore au système nerveux, et l'on peut juger, par les livres usuels de physiologie, jusqu'où vont, effectivement, le vague et l'indécision qui régnent sur cette importante matière.

C'est le désir de substituer enlin quelque résultat positif et définitif à ce vague et à cette indécision, qui m'a suggéré les expériences suivantes.

§. IX

1. Je détruisis, sur un lapin, toute la moelle lombaire, y compris le renflement postérieur.

Au bout de dix heures , la circulation persistait encore dans le train postérieur même ; c'est-àdire dans le train dont la moelle avait été détruite. Je remarque seulement qu'au bout de ce tems elle y était sensiblement plus affaiblie que dans le train antérieur.

2. Je détruisis pareillement, sur une poule, toute la moelle lombaire et tout le renflement postérieur.

Pareillement , la circulation survivait encore dans ie train postérieur même, plus de douze heures après l'opération.

5. Je dé4:ruisis , sur un cochon-d'inde , toute lamoelle lombaire, tout le renflement postérieur,

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et toute la portion dorsale qui va de ce renflement à l'origine de la dernière paire intercostale.

Il était deux heures quand cette opération fut terminée.

La respiration n'était nullement troublée ; l'animal marchait sur son train antérieur, portait bien sa tête, et s'empressait, autant qu'il le pouvait, de s'enfuir quand on l'approchait.

A cinq heures, lui ayant jeté quelque nourriture, il poussa des cris de joie et mangea.

A six heures , l'artère crurale donnait encore des battemens sensibles; je l'ouvris, et il en jaillit du sang rouge.

4. Sur un petit chien et sur un petit chat , âgés de 18 à 20 jours, je détruisis et toute la moelle lombaire, et toute la moelle dorso-costale.

Chez ces deux petits animaux , la circulation survivait encore, même dans le train postérieur, vingt-quatre heures après l'opération.

Je répète ici, comme remarque générale et s'appliquant à tous les cas que l'on vient de voir, que la circulation, quoique survivant dans les parties situées au-dessous de la portion de moelle détruite, s'y montrait pourtant, au bout d'un certain tems, plus affaiblie que dans les autres.

5. Je pris un lapin adulte; je détruisis d'abord la moelle lombaire et la moelle dorsale jusqu'à

l'origine de la dernière paire intercostale; j'ouvris alors la trachée-artère; j'adaptai la canule d'une seringue à insuflation à cette ouverture, et l'insuflation fut commencée du moment où commença la destruction de la moelle costale.

La moelle cervicale, la moelle alongée, toute la masse cérébrale furent ensuite successivement détruites.

L'insuflation se continuait, et la circulation persisîait toujours.

Une heure après, les carotides battaient encore avec force; l'artère crurale même ayant été coupée donna du sang rouge par jets sensibles. 6. Je pris tout de suite un autre lapin ; j'ouvris le crâne ; j'enlevai toute la masse cérébrale; et l'insuflation commença avec la destruction de la moelle alongée.

Je détruisis ensuite toute la moelle épinière. A chacune de ces destructions partielles survécut la circulation ; elle survécut à toutes.

y. Je détruisis, sur un gros canard, sur un jeune coq et sur une forte poule , tout le système cérébro-spinal à la fois.

La circulation, soutenue par l'insuflation, survécut une heure chez le premier de ces animaux, et plus d'une heure et demie chez les deux autres. 8. La circulation survit donc, un certain tems^.

à la destruction totale du système nerveux.

9. Mais on ne parvient à la détacher ainsi de ce système qu'en suppléant à propos, comme on vient de voir, la respiration par l'insuflation.

D'où l'on pouvait inférer qu'en prenant un âge auquel la respiration ne fût pas encore devenue aussi nécessaire qu'aux âges précédemment observés, on arriverait infailliblement à maintenir la circulation beaucoup plus long-tems , soit par l'insuflation, soit même , jusqu'à un certain point , sans elle.

I. Sur un petit chien, âgé de 7 à 8 jours seulement, j'enlevai d'abord les lobes cérébraux; la faculté de se tenir d'aplomb et de marcher, encore si imparfaite à cet âge, ne fut cependant point troublée. Le petit animal respirait d'ailleurs très bien et criait très fort quand on l'irritait.

Je retranchai le cervelet; toute faculté régulière de se mouvoir fut aussitôt perdue.

J'ôtai les tubercules quadrijumeaux; l'animal continua à bien respirer, à s'agiter quand on l'irritait, et à crier quand on l'irritait violemment.

J'enlevai la moelle alongée , et la respiration fut éteinte.

DU SYSTÈME NERVEUX. 1 qS

Je laissai l'animal un quart d'tieure dans cet état ; la circulation, quoique tout le sang fût de- Tcnu noir, survivait très bien.

Je détruisis alors, avec un stylet d'acier, toute la moelle épinière d'un bout à l'autre ; la circulation , qui ne charriait pourtant plus que du sang noir, survécut toujours ; quarante minutes après, elle survivait encore.

2. Je détruisis sur un autre petit chien, du même âge que le précédent, tout le système cérébro-spinal à la fois.

La circulation , quoique tout le sang fut devenu noir, survécut près de cinquante minutes à cette destruction : époque à laquelle, menaçant de s'éteindre, elle fut ranimée et prolongée par l'insuflation.

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