‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrés (volume 3)Chapitre 66 sur 67 · VIL · texte numérisé non relu

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Comme cette opposition si remarquable entre la manière d'agir des lobes cérébraux et celle du cervelet est l'un des points les plus impor-

tans du travail de M. Flourens , nous allons , pour en donner une idée juste à nos lecteurs, rapporter ici deux expériences qui nous semblent suffire à mettre cette opposition dans tout son iour.

PREMIKBE KXPÉHIENCE.

M. Flourens retrancha le cervelet , par couches successives , sur un pigeon : au retranchement des premières couches, l'animal n'éprouva qu'un peu de faiblesse et d'hésitation dans ses mouvemens.

Aux moyennes couches , sa démarche devint chancelante et agitée , et tout-à-fait semblable à la démarche bizarre de l'ivresse ; bientôt il ne marcha plus qu'avec le secours de ses ailes.

On continua les retranchemens; l'animal perdit totalement la faculté de marcher; ses pieds ne suffisaient plus à la station , et il ne parvenait à se soutenir qu'appuyé sur sa queue , ses coudes et ses ailes ; souvent il cherchait à marcher ou à s'envoler, mais toujours sans y réussir

Le poussait-on en avant , il roulait sur sa tête ; en arrière , il roulait sur sa queue.

On porta plus loin encore les retranchemens ; l'animal perdit jusqu'à la faculté de se tenir appuyé sur ses coudes, sa queue et ses ailes ; il rou-

028 PKOPRIÉTÉS ET FONCTIONS

lait continuellement sur lui-même, sans pouvoir s'arrêter à une position fixe , ou bien il finissait par rester à plat sur le dos ou sur le ventre.

Du reste , il voyait et entendait très bien ; son air était gai ; sa tête , alerte et éveillée.

DEUXlliME EXPERIENCE.

M. Flourens enleva , sur un pigeon , le lobe cérébral droit : l'animal perdit sur-le-champ la vue de l'œil gauche; mais la contractilité de l'iris de cet œil persista toujours.

Il se manifesta une faiblesse plus marqué'e aussi du côté gauche : à ces deux circonstances près , l'animal se tenait debout , marchait , courait , volait, voyait de l'autre œil , entendait , voulait , sentait , comme à l'ordinaire.

On enleva l'autre lobe : la vue fut soudain perdue des deux yeux, mais non la contractilité des iris; il y eut d'abord une faiblesse générale très marquée.

D'ailleurs, l'animal se tenait parfaitement d'aplomb sur ses pâtes ; et , dans quelque position qu'on le mît , il reprenait parfaitement l'équilibre; il marchait quand on le poussait; quand on le jetait en l'air, il volait.

Mais, abandonné à lui-même, il restait comme plungé dans un assoupissement perpétuel.

Jamais il ne se mouvait qu'autant qu'on l'irritait ; jamais il ne donnait aucun signe de volonté.

La mémoire, la vision, l'audition, la volition, toutes les perceptions étaient éteintes.

§. vm.

11 n'y a pas une de ces nombreuses expériences que M. Flourens n'ait répétée sur chaque classe des animaux vertébrés ; et il a toujours indiqué les nuances plus ou moins tranchées qui distinguent ces classes entre elles. /

§. .IX

Distinction des phénomènes du sentiment et du mouvement.

Puisque les parties nerveuses d'où dérive le sentiment sont distinctes des parties d'où dérive le mouvement, on conçoit la possibilité de déterminer, à volonté, des paralysies distinctes du sentiment et du mouvement.

1° L'exemple le plus frappant de cet isolement effectif est celui de la coïncidence admirable de la perte de la vision avec la conservation de la contractilité des iris.

On a vu comment , les lobes cérébraux enle-

vés, l'animal perd incontinent la vue des deux yeux , et n'en conserve pas moins la contractilité des iris ; pour peu même qu'on irrite la conjonctive, ou les nerfs optiques, ou les tubercules quadrijumeaux , cette contractilité devient convulsive.

Voilà donc tout ensemble perte de la vision et convulsibilité des iris , c'est-à-dire perte du sentiment, et exaltation du mouvement.

2° Il y a deux moyens d'éteindre la vision sans sortir de la masse cérébrale : l'un, l'ablation des lobes cébraux ; c'est ]a perte du sentiment : l'autre , l'ablation des tubercules quadrijumeaux ; c'est la perte du mouvement.

3° Finalement , les deux lobes enlevés , l'animal ne commence aucun mouvement ; mais un mouvement est-il commencé, il le continue.

Il ne marche pas de lui-même, mais il marche quand on le pousse.

Ce n'est plus sa voliîion qui détermine ses mouvemens ; mais une irritation extérieure peut suppléer à la volition, et les déterminer comme elle.

En un mot , tous les phénomènes du sentiment sont éteints , et tous les phénomènes du mouvement n'en persistent pas moins encore.

Rien ne prouve mieux assurément combien

DU SYSTEM!: NERVEUX. Ôùl

CCS deux phénomènes sont distincts et indépendans l'un de l'autre.

Telle est l'analyse abrégée des expériences que M. Flourens a soumises au jugement de l'Académie. Il se propose de lui communiquer également la suite de son travail , qui roule particulièrement sur l'action du système nerveux dans les mouvemens involontaires. Dès que nous la connaîtrons , nous nous empresserons d'en enrichir ces Annales.

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