‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 113 sur 167 · S LV · texte numérisé non relu

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[. J'ai répété ces expériences.

IL Le bout d’une artère coupée, pris entre les doigts, parait se dilater , comme le dit Harvey, à

DES ARTÈRES. 375 chaque pulsation; et, en effet, il se dilate d’autant plus qu'on presse davantage l'artère. Mais ce n'est là qu’une expérience bien vague ; il est bien difficile d'y distinguer ce qui n’est que l'effort de l'artère, poussée par le sang contre la pression des doigts, de ce qui tient à sa dilatation naturelle ; et l'on conçoit qu'une telle expérience n'ait eu que bien peu d'autorité sur les auteurs subséquents.

IL. L'expérience deLamure n’estpoint exacte. Si l'on détache une artère des parties sous-jacentes, elle frappe le doigt placé au-dessous comme le doigt placé au-dessus. |

IV. L'expérience d'Arthaud n'est pas , non plus, d'une exactitude complète; car, bien qu'en redressant, en effaçant les courbures d’une artère, on affuiblisse en effet beaucoup sa locomotion, cependant on ne l’éfeint point.

V. Ainsi donc, l'expérience d'Harvey est insuffisante ; celle de Lamure inexacte; celle d'Arthaud incomplète ; et la question du mode selon lequel s'opère le mouvement des artères reste soumise à tout le vague et à tous les doutes qui, dans les sciences d'expériences, ne cèdent qu'aux seules expériences complètes et décisives.

VI. Or, cette question importante, prise dans son ensemble , m'a paru n'être que la détermination expérimentale des divers éléments qui concourent

au mouvement total de l'artère, tels que la dilata. tion, la locomotion, ou d’autres; et par conséquent le premier point a été, pour moi, de massurer du nombre et de la nature de ces éléments. S V.

Dilatation des artères.

L. Il s'agissait d'abord de constater si l'artère se dilate et se resserre alternativement , quand elle se meut.

IL. Galien suppose la diastole et la systole, sans les démontrer; Harvey ne les démontre que par ‘une expérience dénuée de précision ; Weitbrecht cherche à substituer la /ocomotion à la dilatation; Lamure l'y substitue formellement ; Arthaud affirme que l'artère se meut sans dilatation ; il s’est servi, tour à tour, pour ses explorations, de ligatures, de compas, et jamais il n'a vu l'artère se dilater.

IL. Bichat, qui a répandu tant de lumière sur le mécanisme du cours du sang, pense que « la dila- » tation et le resserrement des artères sont peu de » chose et même presque nuls, dans l'état ordi- » naire(1).» Pour lui, comme pour Weitbrecht, la cause spéciale du pouls est dans la locomotion de

l'artère (2).

(1) Bichat: Anatomie générale, art. Remarques sur le pouls. (2) Ibid,

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IV. Depuis Bichat, presque tous les physiologistes joignent la dilatation à Ka locomotion pour expliquer le pouls, le battement des artères. De nos jours, M. Magendie a tenté, de nouveau et avec succès, de constater directement la dilatation de l'artère (1) ; et M. Poiseuille a imaginé un instrument qui la lui a démontrée, et qui, de plus, lui à démontré qu'elle n’est pas très considérable (2). V. De mon côté, je suis parvenu à la démonstration directe de la dilatation de l'artère par le procédé que je vais décrire. Voulant isoler les uns des autres, comme je viens de le dire , les divers éléments qui concourent au mouvement total de l’artère, il me fallait un appareil qui se mût avec l’artère sans changer de forme, ou dont la forme ne fût affectée que par la seule dilatation. Dans cette vue , j'ai fait fabriquer’ une lame très mince d’'acier à ressort de montre ; jai fait faire, de cette lame, de petits anneaux brisés embrassant exactement et tout juste les artères autour desquelles je les appliquais, ou dont les deux bouts, l'artère étant embrassée par l'anneau, venaient aboutir l'un à l’autre. 3 DU On conçoit que ces anneaux ayant assez de flexi-

(1) Précis élément. de physiol., t. Il, 2e éd.,p. 387. (2) Journ. de physiol. expérim. de M. Magendie, 1830, p. 46.

bilité pour céder au moindre effort, et assez de ressort pour revenir aussitôt à leur premier état 3 l'effort cessant, la moindre dilatation de l'artère devait les ouvrir, et qu'ils devaient se fermer à son moindre resserrement. De plus, ces sortes d'anneaux incomplets, où à continuité interrompue en un point donné, étant formés comme de deux branches mobiles, il est aisé, en les ouvrant , de les placer autour des artères que l'on veut soumettre à l'exploration; et si, ce qui, je le répète, est une condition de rigueur , ils embrassent tout juste l'artère sur laquelle on les place, le phénomène que l’on recherche ne tarde pas à se manifester.

VI. J'ai appliqué un de ces anneaux incomplets, ou à branches mobiles, autour de l'aorte abdominale d’un lapin. Aussitôt, j'ai vu les deux bouts de l'anneau s'écarter et se toucher, ou s'ouvrir et se fermer alternativement. ;

VIL. J'ai répété cette expérience sur plusieurs lapins ; et constamment j'ai vu l'anneau à branches mobiles accuser et traduire à l'œil, par le rapprochement et l’écartement alternatifs de ses bouts, la dilatation et le resserrement alternatifs de l’artere. | |

VIL. Et ce jeu des branches mobilesde l'anneau, déterminé par le jeu même des parois de l'artère,

DES ARTÈRES. 379 s'est montré avec plus d’évidence encore sur l'aorte abdominale du chien, laquelle, comparée à celle du lapin, est tout à la fois plus volumineuse, et d’une énergie d'action plus marquée (1).

IX. L’artère se dilate et se resserre donc alternativement, quand elle se meut. La dilatation est donc un des faits, un des éléments du mouvement de l’artere. Est:il le seul ? |

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Locomotion de l'artère.

L. Selon Weitbrecht, l'artère qui bat se déplace, ou, tour à tour, quitte et reprend sa place. Selon Arthaud , la locomotion des artères est toujours en raison descourbures qu'elles forment, et même, selon lui, les artères droites ne se locomeuvent pas.

IL. Je commence par examiner ce qui se passe aux angles ou flexuoités des artères. À chaque angle, à chaque flexuosité, à chaque courbure d'une artére, il se fait un mouvement desoulèvement où de redressement, mouvement remarquable et évident à la simple vue. Bien des physiologistes l'ont constaté à la crosse de l'aorte : 1à ce mouvement

(1) Les chiens sur lesquels ces expériences ont été faites étaient de moyenne taille,

éloigne l'artère de la colonne vertébrale, et produit un véritable déplacement, dans le sens strict du mot.

ILE. Nulle part, ce déplacement, cetielocomotion des artères par le redressement, par le soulèvement de leurs courbures, ne se prête mieux à l’étude que sur les artères mésentériques. Toutes ces artères, libres, ou à peine soutenues par une membrane fine ,se locomeuvent ou sé déplacent, et surtout à leurs flexuosités ou courbures. On n'a qu'à renforcerces courbures pour renforcerla locomotion, quà les diminuer pour l'affaiblir, qu'à les effacer pour l’affaiblir plus encore, sans cependant l’éteindre on l'abolir entièrement, quoi qu'en ait dit Arthaud.

IV. En effet, les artères droites (1) mêmes se déplacent, ou, pour me servir de l'expression reçue, se locomeuvent. J'ai mis à nu l’une des deux carotides primitives sur un mouton; je l'ai déga-

(1) Droites : c’est-à-dire les moins flexueuses , car presque toutes . les artères sont plus où moins recourbées, ou à leur origine ou dans leur trajet; et, pour le système artériel à sang rouge, par exemple , elles le sont toutes à leur origine commune, la crosse de l'aorte. Ajoutez que l'effet de la courbure d’une artère se fait sentir sur celle qui la suit , lors même que celle-ci est droite. Ce que je dis donc ici des artères droites qui se locomeuvent , ne doit s’entendre que des artères telles qu'elles sont en réalité, et non d’ar-

tères qui seraient absolument droites.

gée des parties voisines et sous-Jacentes, et Je l'ai vue, tour à tour, se soulever, s’abaisser, se courber en arc, en un mot, se locomouvotr ou se déplacer, prendre et quitter tour à tour sa place.

V. Mais ce n’est pas tout. Il y a, dans un des sillons de la panse du mouton, une artère qui, lorsqu'on l’a dégagée des parties voisines, est plus libre encore que celles du mésentère, et qui présente plusieurs courbures successives et inverses. Or, quand cette artère $e meut, on voit ses courbures opposées se changer alternativement les unes dans les autres, ou, successivement, les points convexes de chaque courbure devenir concaves, et les points concaves devenir convexes.

VI. Ainsi donc, le mouvement /ocomotif des artéres renforce, soulève, redresse, abaisse, efface, change les courbures des artères ; et ce mouvement /ocomotif est le second ‘élément du mouvement total de l'artère.

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Suceussion ou élongation de l'artère.

I. Sil'onmet une artère à nu, l’une des deux carotides primitives, par exemple, on reconnaît bientôt qu'elle est mue d'un mouvement de secousse qui, tour à tour, la pousse d’arrière en avant et la ra-

mène d'avant en arrière (1). Pour plus d'évidence, jai marqué d'un trait coloré un point donné de la carotide primitive, mise à nu et dégagée des parties voisines, sur un mouton; et J'ai vu, tour à tour, ce trait coloré avancer ou reculer par rapport à une ligne fixe, à une aiguille immobile, par exemple, à laquelle je le comparais.

IL. Aux mouvements de dilatation et de locomotion de l'artère, qui viennent d'être démontrés, se joint donc un mouvement de secousse qui, tour à tour, la porte d’arrière en avant, et d'avant en arrière : et là est le troisième élément du mouvement total, ou battement de l'artère.

LL. La dilatation, la locomotion etla succussion, pour me servir de l'expression d'Arthaud, le premier qui me paraisse avoir signalé ce fait (2), voilà donc les trois éléments primitifs ou constitutifs, et déterminés par l'expérience, du mouvement total de lartère. |

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I. En physiologie, quand on a, d’une part, les P Y ? 9 P 1 éléments constitutifs d'un phénomène, et, de l’autre, l'organe qui exécute ce phénomène, il ne

(1) C'est-à-dire du thorax vers la tête, et de la tête vers le

thorax.

(2) Quoique , à la vérité, d'une manière bien vague.

s'agit plus que de rattacher les éléments du phénomène aux qualités physiques de l'organe. Or, la qualité physique des artères la plus essentielle, relativement au point de vue qui m'occupe, est leur élasticité.

IL. Bichat, Éverard Home, Béclard, M. de Blainville, ont fait connaître, sous le rapport anatomique, et M. Chevreul, sous le rapport chimique, le tissu particulier, ce tissu Jaune, rétractile, auquel l'artère doit de revenir avec énergie sur elle-même, quand elle a été distendue. M. Masendie a déduit de cette force de retour la nature du jet du sang qui s'échappe d'une artère ouverte, Jetcontinu, dit-il, sous l'influence du resserrement des artères, et saccadé par l'effet de la contraction des ventricules (1).

LIT. Or, maintenant, remarquez que, par suite de son élasticité, l'artère peut être distendue en largeur, d'où sa dilatation ; en longueur (2), d'où sa

succussion, son élongation (3); qu'elle peut être flé-

(1) Précis élémentaire de physiologie, t. IF, 2° éd., p. 410.

(2) L'extensibilité en longueur n’est pas moins remarquable que l'extensibilité en largeur. L’aorte du cheval, par exemple, peut être allongée ‘de près d’un tiers en sus de sa longueur ordinaire , et cela, sans que sa membrane moyenne se rompe.

(3) Je dis succussion ou élongation ; car Fartère étant fixée par

,ses deux bouts, un trait coloré, marqué sur elle, ne peut, alternativement, se porter en avant et en arrière d'un point fixe donné,

sans qu'alternativement elle s'allonge et se raccourcisse.

chie, redressée, déplacée, d’où sa locomotion ; et que, dans tous ces cas, elle revient par ellemême et par elle seule, à son premier état, et vous aurez toute cette suite de mouvements inverses et alternatifs de l'ensemble desquels dérive son mouvement total ou son battement.

IV. Remarquez, en outre, que l'effort impulsif du sang et l'élasticité des parois de l'artère étant donnés, tous les mouvements de l'artère en dérivent nécessairement et rigoureusement.

V. En effet, l’artère étant supposée pleine, et dans l'état ordinaire elle l'est toujours, chaque nouvelle quantité de sang poussée par les ventricules

ne peut y pénétrer sans la distendre en largeur, en longueur, sans tendre à ramener, avec une nouvelle force, à la ligne droite, ses flexuosités, ses courbures, sans déterminer par conséquent plus ou moins, selon la disposition plus ou moins flexueuse de l'artère, sa dilatation, son élonga-

tion, sa locomotion.

VLEt delaplénitude de l'artère, et de la tension de ses parois, et de la continuité de la colonne de sang qui la remplit, et de la tendance incessante (1) de cette colonne à la ligne droite, il suit que chaque nouvelle quantité de sang, poussée

(1) Et, de plus, croissante à chaque nouvelle quantité de sang

poussée par les ventricules.

par les ventricules, ébranle toute cette colonne continue à la fois; et, simultanément date, al= longe et locomeut l'artère.

VIL Le battement, ou mouvement total de l’artère, est donc un phénomène ur, mais complexe ; mouvement résultant de tous ceux auxquels se prête l'élasticité de l'artère, et, particulièrement, de sa dilatation , de sa locomotion et de son élongation.

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