VII. De tout cela il suit donc
1° Que l’opium , à une dose et sous une forme déterminées, agit spécialement sur les lobes cérébraux (1 );
2° Que l'action spécifique de l’opium sur ces lobes reproduit exactement tous les phénomènes qui dérivent de leurs lésions mécaniques ;
3° Qu'en agissant spécialement sur ces organes, l'opium n'altère ou n'abolit que les fonctions
(1) Il est inutile d’avertir , au reste, qu'il ne s’agit ici que des lésions du cerveau, et qu'il est conséquemment fait abstraction des altérations que les substances que j'emploie pourraient déter-
miner sur d’autres parties,
que’je leur ai attribuées dans les ArÉoents chapitres de cet ouvrage ; |
4° Que l'action de l'opium sur les lobes cérébraux produit un épanchement sanguin, lequel se place entre les deux lames des os qui recouvrent ces lobes ;
5° Enfin que sur les petits oiseaux, on peut suivre à l'œil, et à travers la premiere lame des os du crâne, le NE de l'effusion sanuine qui se forme dans l'épaisseur de ces OS.
L. Je fis avaler, à un verdier, un grain d'extrait aqueux de belladona. |
Plusieurs heures s'étaient déjà écoulées, et il ne paraissait aucun symptôme. Je me décidai donc à faire avaler, au même oiseau, un autre grain d'extrait aqueux de belladona.
Au bout de quelques heures, cette dose ne paraissant guère plus efficace, j'ajoutai à peu près un demi-grain de plus.
Quelque temps après, je m'aperçus que l'animal était tout-à-fait aveugle; et bientôt il tomba dans un assoupissement profond. |
IL. Je donnai, à un autre verdier, trois grains et demi à peu près d'extrait aqueux de belladona A eos | NE x
Au bout de vingt minutes, l'animal fut tout-àfait aveugle; et bientôt encore il tomba dans un assoupissement profond.
III. Le crâne de ces deux verdiers étant mis à qu, je trouvai un épanchement sanguin, de couleur noirâtre, qui répondaif à la région des tubercules bijumeaux et à celle des lobes cérébraux (1).
La région du cervelet contrastait par sa blan- : cheur avec les deux autres.
IV. J'ajoute 1°, que l'effusion sanguine, produite par la belladona, a son siége entre les deux lames des os du crâne, comme l’effusion produite par l'opium ; et 2° qu'elle paraît et se développe de même pendant la vie de l'animal.
V. Je me bornai à faire avaler deux grains et demi de belladona à un troisième verdier.
Au bout de quelque temps, l'animal perdit la vue; il ne perdit même jamais que la vue, et le lendemain matin il l'avait recouvrée.
Mais, sur ce verdier, je ne vis point d’ épApgke ment sanguin se produire.
(1) J'avais cru d’abord (voyez la première édition de cet ouvrage) que l’effusion sanguine , produite par la belladona, se bornait à la répion des tubercules bijumeaux. Dans mes nouvelles expériences, je lai toujours trouvée embrassant à la fois la région des lobes cérébraux et celle des tubercules. Elle commence même
souvent par la région des lobes.
VE. Aïnsi donc:
1° L'extrait aqueux de belladona, à une ait déterminée, produit, à peu près, les mêmes effets que l'extrait aqueux d'opium.
° Agissant sur les lobes cérébraux, comme l'extrait aqueux d'opium, il reproduit de même, ou à peu près du moins, tous les phénomènes de l’altération de ces lobes.
3° Les épanchements qui se forment pendant l’action de la belladona occupent tout à la fois la région des lobes et celle des tubercules.
4° Enfin, l'épanchement produit par l’action da la belladona a toujours son siége dans l’épaisseur des parois du crâne, comme | épanchement produit par l'opium.
S VL Expériences sur le cervelet.
[. Je fis avaler, à un moineau, quelques gouttes d'alcool.
Ce petit animal présenta bientôt, dans son vol et dans sa démarche, toutes les allures de l'ivresse. Il ne volait plus que d'une maniere bizarre et interrompue. Il oscillait, il s'enroulait sur " Juimême en volant.
Quand il marchait, ce n'était qu'en chancelant sur ses jambes et par zigzaps.
Je lui fis avaler quelques gouttes d'alcool de. plus. Il perdit jusqu'à la faculté de se tenir debout, : .où dans toute autre position fixe et équilibrée.
On eût dit, aux premières gouttes, qu'iln'avait perdu que la moitié de son cervelet; on eût dit, aux dernières, qu'il l'avait perdu tout entier.
IL. Pour suivre, dans tous ses détails, cette dégradation parallèle des fonctions du cervelet par la lésion mécanique. d'un côté, par l'action de l'alcool de l’autre, je fis cette expérience comparative. | 3Vs
IL. Sur un moineau, je n'enlevai d’abord que les couches superficielles du cervelet; je passai ensuite aux couches moyennes; petit à petit Jarrivai aux couches les plus profondes ; je finis par enlever le cervelet tout entier.
‘ En même temps, je fis avaler, à un autre moineau, d'abord, deux ou trois; gouttes d'alcool; puis deux autres; puis deux encore: ce qui fit à, peu près six ou sept, en tout.
Ces deux petits oiseaux commencèrent par chanceler sur leurs pattes ; puis ils ne marchèrent et ne volèrent plus que de la manière la plus bizarre ; puis ils ne surent plus ni marcher, ni voler; ils finirent par ne pouvoir plus même se tenir debout. ri
Jusqu'ici la concordance avait été parfaite. Une
différence essentielle parut alors, c'est que le moineau pris d'alcool, parvenu au dernier degré de l'ivresse, perdit en même temps l’usage de ses sens et de ses facultés intellectuelles ; usage que le moineau privé de san cervelet conserva toujours.
IV. J'examinai le crâne et l'encéphalé, non seulement des deux moineaux dont je viens de parler, èt que j'avais rendus ivres par l'alcool, mais de plusieurs autres oiseaux, verdiers, pinsons, etc., etc., auxquels j'avais également fait prendre de l'alcool, et sur lesquels j'avais vu de même tous les phénomènes de l'ivresse se développer. ;
Sur tous ces ciseaux, je trouvai, dans l’intérieur du crâne, et à la base du cervelet, une petite effusion de sang ; et voilà tout ce que je trouvai.
Je ne trouvai jamais d'épanchement sanguin dans les os du crâne.
$ VIL
L. L'action de l'alcool n’est donc pas suivie de la formation d'un épanchement sanguin, entre les deux lames des os du crâne.
Mais, voici quelque chose de plus remarquable. L'action de l'extrait aqueux d’opium produit un épanchement sanguin entre les deux lames des os
SUR GERTAINES PARTIES DU CERVEAU. 403 du crâne ; ss l'action de la morphine n’en produit pas.
IL. J'ai fait avaler j jusqu àun jusqu’ à deux grains de morphine : à plusieurs verdiers, à plusieurs moineaux ; et, dans tous ces cas, l rl est mort sans qu'aucun épanchement sanguin entre les deux lames des os du crâne ait jamais paru.
IE. 1 action d'une substance donnée ne suffit
done pas pour que l'épanchement dont il s'agit se
produise. À cette première cause, il faut qu'il s’en Jjoigne une autre, savoir, la gène de la respiration, laquelle accompagne presque toujours, en effet, l’action de l’opium et de la belladona , employés sous forme d'extraits.
IV. Si l’on fait prendre un grain d'extrait aqueux d'opium ou de belladona à un oiseau, à un moineau, à un verdier, par exemple, on voit bientôt les deux mandibules de l'animal se coller l’une à l’autre; l'animal paraît oppressé; il ne respire qu'avec. effort, qu'avec peine ; et c'est alors seulement qu'un épanchement se produit entre les deux lames des os du crâne.
S VIL
Ï. Ainsi donc :
° Certaines substances agissent spécialement sur certaines parties du cerveau ;
2° Certaines substances, employées sous une forme donnée, produisent des épanchements sanguins pendant la vie même de l'animal ;
3° L’épanchement, produit alors, répond toujours à la partie du cerveau sur laquelle agit spécialement la substance employée ;
Et 4° enfin, le siége de cet épanchement est toujours dans l'épaisseur même des os du crâne, ou entre les deux lames qui les composent.